RARES
D’autres croient que les piqûres du tr douter à mesure qu elles sont plus voisi du cœur; c’est encore un fait qui ne peut être décidé en dernier ressort que par l'observation directe. Mais, à s’en tenir au raisonnement, le voisinage du cœur ne fait rien à l’affaire ; la circulation du sang, ainsi que l'indique le mot, suppose un cercle, et qui dit cercle entend une circonférence dont tous les points aboutissent à un centre. Or, dans la circulation du sang, il faut que le sang passe par tous les points de cette circonférence avant d'arriver au centre, qui est le cœur. La circon-
nce, c’est la périphérie des organes, c’est tout l'extérieur
corps ; peu importe que le venin soit déposé sur tel ou tel point de cette circonférence, il sera partout pris par le sang à son passage, c’est-à-dire absorbé. La plus ou moins grande facilité de l'abscrption dépend du nombre des vaisseaux absorbants de ja partie et non de son voisinage du cœur. Aucune partie ne communique directement avec le cœur, mais toutes par le détour de la circulation. Or, il y a telle partie des membres où l’absorption est beaucoup plus facile qu’en beaucoup d’autres parties du tronc. Ces notions physiologiques sont élémentaires; je ne les rappelle ici que parce que je parle à des personnes auxquelles il est permis de les ignorer, etc.
Je croirai par analogie que les piqûres des doigts, de la paume de la main, celles des orteils et de la plante des pieds, doivent être les plus dangereuses ; c’est en général le sort de toutes les piqûres qui intéressent ces parties, de quelque nature qu’elles soient et avec quelque instrument qu’elles soient faites. Le danger vient autant de la partie que de la piqûre ; les doigts et les orteils aussi, comme organes du tact, ontété pourvus d’une trame nerveusetrès-serrée et touteparticulière, dont les lésions sont extraordinairement sensibles à l’économie du corps. Les différentes parties du corps ne se ressemblent pas sous le rapport de la conformation. Il y en a que le serpent ne peut saisir avec ses deux crochets à la fois, ou bien les crochets ne peuvent entrer profondément, parce que la gueule même de l’animal s’y oppose. La peau peut être frappée trèsobliquement ou percée de part en part. On conçoit combien ces diverses circonstances doivent influer sur la nature des blessures; il en peut résulter une légère maladie, la mort ou
sont plus à re-
rien du tout. C’est ui explique 1e nades variations qu’on observe dans la té des piqûres du Fer de lance, et la réussite d’un grand nombre de remèdes. k
Est-ce toujours avec ses deux crocs, ou bien quelquefois avec un seul, que pique le serpent? Cette question préliminaire n’est point indifférente et de pure curiosité. On conçoit que, pour le pansement, il importe de reconnaître toutes les voies par lesquelles le venin a pu pénétrer, car la négligence d’une seule de ces voies peut rendre inutiles les soins les mieux administrés. L’inflammation et l’enflure qui survi nent très-promptement dans la partie piquée doivent M | souvent fort difficile la recherche des petites plaies faites parles crocs ; Cependant, toujours dans mes expériences sur les animaux, j'ai pu reconnaître les piqûres qui leur étaient faites, et cela malgré le poil, et par le sang qui en découlait. Beaucoup de panseurs m'ont assuré que dans un grand nombre de cas on ne trouvait qu’une seule piqûre. En effet, il est possible que cela vienne de ce que le serpent n’ait piqué qu’avec un seul de ses crocs, soit à cause de la position où il se trouvait lorsqu'il s’est élancé, soit parce que l’un de ses crocs était cassé et que le croc de rechange n’était pas encore solidifié, soit enfin par une autre cause qui nous échappe. Mais comme dans le plus grand nombre des cas le serpent doit se servir de ses deux crocs, si, par hasard, on ne voyait qu’une seule piqûre, je dis qu’il ne faudrait pas s’y arrêter aussitôt, mais qu’il faudrait procéder à la recherche de l’autre piqûre avec la plus grande minutie, Comme on a vu quelquefois des animaux être piqués à plusieurs reprises, à coups redoublés, il sera toujours prudent, dans les cas dont toutes les circonstances ne nous seront point connues, de s’assurer qu’il n’y a pas de piqûres multiples. Pendant que j'étais interne à l’Hôtel-Dieu de Paris, lorsqu'on nous apportait un individu qui venait d’être mordu par un chien enragé, il nous était prescrit de ne négliger aucune morsure, si légère qu’elle fût, que présentait le corps de la personne. Il fallait les cautériser toutes. Je me souviens d’un jeune enfant, à peine âgé de quelques mois, qui avait été criblé de morsures par. un petit épagneul de salon. Les petites dents aiguës de l’animal avaient produit de véritables piqûres. Il y en avait une cinquantaine. On les brûla toutes avec un stylet ARS au feu.