‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 18 sur 93 · BD · texte numérisé non relu

BD

« à la fesse droite; derme des parties tuméfiées tout noir; « l’épiderme et le poil s’en détachent, une odeur infecte s’en « exhale ; extrémités froides ; pupille dilatée; mouvements du « cœur fort lents.

« L'animal mourut à sept heures. » (Suivent les détails de l’autopsie, page 57.)

M. Blot rapporte que Russel a vu périr un cochon qu’il avait fait piquer par un cobra de cappello. C’est sans doute en raison de cette analogie que Bajon a prétendu que la piqûre du serpent était plus mortelle sur une personne grasse que sur une personne maigre.

Suivant les uns, le venin du serpent est si subtil qu’il agit sur de serpent lui-même. On dit que, pressé par quelque danger inévitable, poussé dans ses derniers retranchements et réduit au désespoir, il se perce de son croc, s’empoisonne, se suicide aussi résolûment que Caton d’Utique (1). Il y a encore, à ce propos, une autre histoire : c’est que le serpent n’a pas de plus grand ennemi que l4 fourmi; celle-ci s’introduirait sous les écailles du reptile, et, par ses morsures continuelles, l’irriterait tellement que le serpent, furieux, se piquerait lui-même, croyant atteindre son ennemi et s’en débarrasser. C’est, sous une autre forme, la fable du Moucheron vainqueur du lion. Notre imagination se complaît dans cette antithèse de la faiblesse venant à bout de la force.

Mais, lors même que la fourmi pénétrerait dans les écailles du serpent, celles-ci sont disposées de telle sorte, que la fourmi ne peut jamais être en contact qu'avec l’épiderme et qu’elle ne touche point aux chairs du reptile. On trouve, il est vrai, assez souvent de petits serpents rongés par les fourmis : cela prouverait que la fourmi est un des animaux destructeurs des petits serpents, comme elle l’est de presque tous les jeunes animaux ; Car on trouve de jeunes chats, de jeunes cochons, de jeunes chevaux dont les yeux ont été dévorés par les fourmis ; mais cela ne dit point que les gros serpents vivants soient attaqués par les fourmis; que si parfois on rencontre

# ; | (1) Cette tradition existe aussi pour le scorpion, Lorsqu'on l’entoure d’un cercle de feu, et qu’il ne peut fuir, on dit qu’il se perce de son

dar tue, M, Théophraste Raynal m’a dit en avoir fait l'expérience; mais qi n’a pas vu que le scorpion se soit tué ou piqué. + LS + + "

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le cadavre de gros serpents couvert de ces petites bêtes, il est probable que l’animal avait été tué préalablement par une autre cause. Les fourmis n’envahissent point les corps vivants des gros animaux; mais elles ont un admirable instinct pour reconnaître quand la vie à abandonné ces corps. A peine le corps a-t-il expiré que les fourmis s’en emparent : leur présence dans ce cas est même un des signes de la mort.

Suivant une autre opinion toute contraire, le venin du serpent serait sans action sur l’animal lui-même. On cite pour preuve que les 3ros serpents se battent entre eux, et probablement se piquent sans se tuer.

Rien n’est moins démontré que cela. Qui a vu les serpents se battre ? qui les a vus se piquer sans se tuer?

D’autres m'ont cité cette observation aussi contestable comme une des raisons qui leur expliquent comment, dans le combat de la couresse contre le serpent, la couresse restait vainqueur ; étant un animal à sang froid, la couresse, disentils, résisterait à l’action du venin, dont les effets ne seraient sensibles que sur les animaux à sang chaud. |

Mais tout cela est encore dans les hypothèses. On voit dans l'expérience de la couleuvre de Sainte-Lucie et du Fer de lance de la Martinique mis en présence que la couleuvre avait été piquée jusqu’au sang, mais qu’elle ne parut éprouver aucun mauvais effet de cette piqûre.

M. Guyon a entrepris de vérifier par Fespénenes quelle

pouvait être l’action du venin sur les animaux à sang froid, et particulièrement sur le reptile lui-même. Des anolis, des anguis lombricoides, un scinque, ont succombé ; mais le reptile seul a résisté à l’action de son venin. Voici l'expérience : « Le 23 août 1823, à deux heures de l'après-midi, j’enfonce successivement dans la queue et dans le dos de deux vipères les crocs pleins de venin d’une vipère de 5 pieds de longueur, tuée depuis quelques instants. Deux heures et demie : trois incisions sur la plus forte des deux vipères, dont deux sur le dos et l’autre sur la queue: L'animal était voulait s’'élancer sur ma main à travers 4 de v était renfermé. n

« 24, matin, la piqûre et les plaies rer excessivement abondante qui a mouillé tout f: sont les reptiles.

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« 25, les plaies faites par le bistouri tendent déjà à se cicatriser : les deux reptiles paraissent ne pas souffrir. Aucun accident n’est survenu depuis. »

D’autres expériences n’ayant pas eu plus d'effet, M. Guyon arrête cette conclusion : que le venin de la vipère FER DE LANCE exerce une action "délétère sur tous les animaux vertébrés des trois premières classes, excepté sur le replile lui-même.

Mais, à ce résultat des expériences de M. Guyon, je crois devoir opposer les faits suivants, rapportés par Lacépède : « Le capitaine Hall {le même dont il a été déjà parlé, ayant « mis auprès du Boiquira un serpent blanc sain et vigoureux, « ils se mordirent l’un l’autre; le serpent à sonnettes répandit « même quelques gouttes de sang; il ne donna aucun signe « de maladie; mais le serpent blanc mourut en moins de « huit minutes. On agita le Boiquira assez pour le forcer à se « mordre lui-même. et il mourut en douze minutes. Ainsi, ce « furieux reptile peut tourner contre lui ses armes dange- « reuses et venger ses victimes. »

Voilà des témoignages bien contraires. Il est vrai que dans les deux sortes d'expériences il y a eu des conditions différentes qui peuvent expliquer la contradiction. M. Guyon a expérimenté sur le Fer de lance, et le capitaine Hall sur le Boiquira. M. Guyon s’est servi du croc et du venin pris sur des serpents morts, le capitaine Hall a fait piquer le Boigwra pendant qu’il était encore en vie. Or, la diversité est tellement infinie dans les productions de la nature, qu’il n’est pas possible de conclure très-exactement de la ressemblance d’une espèce à une autre, et qu'entre des analogies très-rapprochées, il y a encore place pour que l'erreur se glisse. « Nature, dit Montaigne, s’est obligée à ne rien faire qui ne fût dissemblabie. » C’est pourquoi je crois qu’il faut laisser cette question dans ie doute jusqu’à ce qu’un troisième ‘expérimentateur nous apprenne si le venin du serpent agit ou n’aint sur l’animal lui-même.

taussi que le venin du serp?nt était mortel même

aux. Voici la tradition telle qu’elle est rapportie Un nègre tranche d’un coup de coutelas

Rs, va implanter ses crocs din l'é- € ie qu’elle presse avec force; le cafier meurt

« en peu de jours, » C’est en effet une tradition très-répan-

due que celle de cette tête de serpent qui, après avoir été

séparée du tronc, conserve l’impulsion qu’elle a d’abord re-

çue, et peut ainsi faire des blessures che même à des . hommes.

M. Guyon a enfoncé des crocs de serpents et les a laissés à demeure dans de jeunes orangers, dans des jasmins, dans des grenadiers, etc. ; il n’a jamais observé qu'un effet délétère ait succédé à ces expériences : les arbres ont continué de fleurir et de porter leurs fruits.

Plusieurs personnes m'ont affirmé qu’en faisant piquer par un serpent un bout de canne, d’autres m'ont dit même une tige de bananier, on voyait le venin monter comme par aspiration jusqu’au nœud le plus voisin, ou jusqu’à plusieurs pouces le long &e la tige du bananier, à peu près comme l’eau monte dans un morceau de sucre qu’on met en contact avec elle. M. Cornette Saint-Cyr m'a assuré qu'il avait répété l’expérience pour le morceau de canne et qu’il n’avait pas vu le phénomène signalé se produire.

Malgré le proverbe : Morte La bête, mort le venin, beaucoup de monde persistait à croire que le venin du serpent, recueilli après la mort de l’animal et administré à un individu par la bouche et par l'estomac, était un violent poison. Les savants n'étaient point d'accord sur ce point. Fontana soutenait que le venin ne perd point sa qualité vénéneuse, d’autres combattaient Fontana. M. Guyon a constaté, à n’en pouvoir plus douter, que le passage du venin dans les voies digestives est sans danger aucun, qu’il y est digéré. Mes expériences sur ce point sont tout à fait confirmatives des siennes.

Au contraire, M. Guyon reconnaît, comme beaucoup d’autres, que le venin, recueilli et introduit dans le tissu cellulaire sous-Cutané par ane solution de continuité, do encore être

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poules, pigeons, anolis, chiens ou chats. :

que chez les gros animaux : bœufs, mu duit dans le tissu cellulaire sous-cutané lieu qu’à des symptômeslocaux peu prono douleur de la partie piquée, ‘a n'avait je

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