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Voici une autre catégorie d'accidents : les choses ne se passent plus aussi bénignement. Le gonflement, d’abord pâle et borné aux environs de la piqûre, devient livide et nd à tout le reste du membre, au-dessous comme au-dessus de la piqûre; une sensation pénible s'étend jusqu'à l’épigastre ; il ya un malaise indéfinissable, trouble général, et bientôt commencent des nausées qui sont suivies de vomissements : lassitude inexprimable ; fréquents étourdissements ; les idées s’embarrassent et le malade tombe dans une somnolence ou coma fort remarquable, ce qui peut aller jusqu’à la mort. Suivant Fontana, dans la piqûre de la vipère, ces accidents internes sont sensibles en quinse qu vingt secondes, aussi promptement quéles externes, etcettelaction générale est d'autant plus prononcée que la maladie locale l’est moins.
Cette somnolence a été signalée depuis longtemps. En 1694, le père Labat dit, en parlant d’un nègre piqué du serpent : « Je le confessai. et j’en fus fort content; il est vrai que pour « l'empêcher de dormir je lui tenais une main que je remuais « souvent. »
Et, en 1785, Bonodet : « Ceux qui meurent ne paraissent « pas éprouver une agonie bien cruelle, et ils périssent dans « une sorte de léthargie qui commence aussitôt qu’on est « mordu. »
C’est pour combattre cette tendance au sommeil que quelques pauseurs nègres, dans toute la naïveté africaine, n’ont imaginé rien de mieux que de faire battre du tambour jour et nuit autour du malade, afin de le tenir éveillé.
Mais, en même temps que les symptômes précédents, le pouls se ralentit, la respiration aussi, il y a injection de la face, teinte plus ou moins sombre, plus ou moins bleuâtre de toute la surface cutanée, coloration que M. Guyon compare à celle du choléra dans la période algide, ou bien avec celle de la fièvre jaune dans sa dernière période.
Les extrémités se refroidissent, le corps se couvre d’une sueur froide et visqueuse, les syncopes se répètent, et les malades succombent. J’ai oui dire que dans ces cas la mort avait eu lieu deux ou trois heures après la-piqüre. Il est certain que la mort de M. Picherie eut lieu en moins de six heures, et celle de M. Labat en moins de neuf heures. Des médecins, qui ont eu l’occasion de voir les malades à ces derniers mo-
ments, m'ont assuré que, sans les circonstances commémowatives, ils les auraient crus en proie aux derniers phénomènes d’une fièvre pernicieuse algide.
Il y a des malades qui accusent une chaleur extérieure parfois très-vive, et c’est alors, surtout, qu’ils se plaignent de cette soif dont on a tant parlé et qui bien souvent paraît être moins un produit du mal lui-même que du traitement suivi par le panseur. « D’un côté, dit M. Guyon, ils font suer le‘ma- « lade à outrance, et de l’autre, ils né leur permettent pas « de boire, De que les liqu des sont con Î « mal. » À
Quelquefois les PRÉNOM ENS nous venons d n’entraînent point si rapidement lame |
On a vu même des malades en re quelle proportion. « Eans ces cas de guérison, c’est ordinai- « rement le quatrième jour, suivant Blot, que le bien se ma- « nifeste ; il s'établit des sueurs abondantes, l’assoupissement « diminue et le malade semble revenir à la vie. » D’autres fois, les phénomènes se prolongent; une fièvre plus ou moins aiguë persiste, et bientôt apparaissent tous les signes d’une congestion pulmonaire : oppression, expectoration sanguine plus ou moins abondante. «Telle est même, suivant M. Guyon, « la fréquence de cet accident, qu’il est généralement reçu « parmi les habitants que la morsuüre a toujours pour résul- « tat une fluxion de poitrine. Nous l’avons observée trois fois : « une fois, le troisième jour, une fois, le cinquième ; sur quoi « je remarque que les panseurs ne fxent l’époque de son ap- « parition que du huitième au neuvième jour, ce qui tient à « ce qu’elle n’existe pour eux que lorsqu'ils voient apparaître « des crachats sanguinolents. » (Guyon, page 10 et suivantes.)
Les malades dont parle M. Guyon, et qui ont présenté ces signes de congestion pulmonaire, ont guéri; suivant la-tradition populaire, la fluxion de poitrine, suite de la piqûre du serpent, serait le plus souvent mortelle,
Ce passage de l’ouvrage de M. Guyon est tout ce que nous possédons de scientifique sur cette fameuse pneumonie, suite de la piqûre du serpent. Je ne sais si ceux qui ont écrit sur la piqûre du Boiquira et des autres serpents en ont dit davantage; mais, pour le Fer de lance, je suis sûr que c’est le seul document écrit et positif que nous ayons. Le sujet devient de
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plus en plus technique. Je prie ceux des lecteurs étrangers à
la médecine, et qui ont eu la curiosité de me suivre jusqu’à #.
ce moment, de m’excuser si je ne puis plus trouver aucune explication qui mette les choses à leur portée. I] s’agit ic: d’une question d'anatomie pathologique : c’est affaire à régler entre les médecins. Je demanderai donc à ceux-ci si les signes rationnels rapportés par M. Guyon, l’éxpectoration sanguine entre autres, leur paraissent suffisants pour admettre qu’il y a dans ces Cas, rer vér rique c’est-à-dire cet état caractérisé ésii | > désignée sous le nom d’hépatisation
vil faudrait la vue directe de cette nettre |” existence, c’e à-dire a ibent, où bien s'ils guérissent, il faudrait au ao erception des signes physiques (râle crépitant sec, soufïle b onchique, bronchophonie, matité du son) établie par une auscultation Consciencieuse ; car C ’est aujourd’hui la seule formule symptomatique bien exacte de la pneumonie et qui fasse foi : l’expectoration sanguine peut provenir de la bouche ou de la gorge, comme dans l'hydrophobie, ou bien d’une exsudation bronchique, ainsi qu’on le remarque dans certaines maladies et particulièrement dans l'affection typhoïde. I1 y a alors un état particulier qui tient plutôt de l'engouement que de l’hépatisation et que les anatomopatlhologistes modernes ont désigné sous le nom de splénification. Or, autant qu’on peut parler a priori, je Croirais que c’est plutôt à cet engouement qu’à l’hépatisation véritable qu’il faut rapporter la fluxion de poitrine ou expectoration sanguine observée chez les personnes qui sont piquées par le Fer de lance. Ce sujet est donc entièrement neuf, digne d’être signalé à l’attention, et ce ‘serait une gloire pour un médecin de donner là-dessus à la science une belle série d'observations. Quelsenseignementsne tirerait-on pas de cette étude, puisqu'on pourrait suivre la maladie d’un bout à l’autre, depuis le moment où elle naît de quelques gouttes de venin jusqu’à celui où elle se terminerait soit en bien soit en mal? On sait que jusqu’à présent il a été impossible à la médecine de déterminer artificiellement l’inflammation spécifique de tel ou tel organe. J'ai oui préciser, par des personnes il est vrai qui croient que tout est explicable, ies cas où cette fluxion de poitrine aurait lieu : c’est, disent-elles, ie cas où l’ammoniaque ou tout
autreremède chaud a été donné et que les malades ont éprouvé
Vun refroidissement; or voici explication qu’elles tirent de ce fait: l’ammoniaque détermine une transpiration abondante, et cette transpiration venant à être arrêtée, de là pneumonie. On conçoit combien cette explication est donnée en l’air ; je n’en parle aussi qué comme d’une tradition populaire.
Jusqu'à présent nous avons vu que les malades piqués du serpent mouraient, 4° par le cerveau, c’est-à-dire à la suite d'accidents nerveux dont le cerveau est le point de départ ; 2° par les poumons. Voici un cas où le principe du mal paraitrait avoir agi sur l’abdomen; la congestion se serait établie sur le tube digestif. te:
Le soldat Hautbois, piq su Le fut pansé tant à l’extérieur qu’à l’intérieur ave niaque. Quelques heures après, il est pris de fortes douleurs à l’abdomen, avèc sensibilité sur tous les points de cette cavité. Ces douleurs s'étendent jusque ‘dans la régions épigastrique; elles sont intolérables, Malgré des applications de sangsues, bains, cataplasmes, le malade ne cesse de crier : Mon ventre! mon ventre ! I] meurt trente-six heures après la piqûre. A l’autopsie, on trouve que l'intestin grêle présente une teinte livide des plus foncées qui ne s'étend ni à l’estomac ni au gros intestin.
M. Guyonestdisposé à attribuer la phlogoseintestinaleauxfréquentes doses d’ammoniaque que prenait le malade, doses qui n’ontpas été déterminées. Ce faitn’est pas unique; dans plusieurs observations de la piqûre des vipères communes que la science possède, on trouve des exemples de ces douleurs abdominales.
Je n’ai jamais observé l’ictère, à la suite de la piqûre du Fer de lance; il est vrai que chez le noir, ce symptôme frappe moins l'attention que chez le blanc ; il est cependant encore assez appréciable par l’état des conjonctives ; en outre, les cas graves de la piqûre du Fer de lance entraînant promptement la mort, il se peut qu’on n’ait pas le temps de reconnaître l’ictère, ou même qu'il n’ait pas eu le temps de se former. Quoique dans les cas où il existe par une autre cause, l’ictère se forme quelquefois instantanément. Ce symptôme paraît avoir été assez souvent observé, après les piqûres de la vipère. Fontana le rapporte aux cas où les malades ont beaucoup vomi ou bien ont eu beaucoup de nausées. La bile, sécrétée par l'excitation du foie et ne pouvant se dégorger dans les
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intestins par la crispation du canal cholédoque, est résorbée : et passe dans la masse des humeurs. Dans ces derniers temps, » M. Gubler (Mémoire de la Société de Biologie) n’a voulu voir dans ces ictères à la suite de la piqûre des serpents, qu’un effet de la peur. S’ilen était ainsi, tout porte à croire que ce symptôme serait plus commun qu’il ne l’est; car la frayeur est toujours très-grande, lorsqu'on est piqué du serpent.
Quant à l’ictère local mentionné par Bernard de Jussieu sur les deux avant-bras du jeune étudiant auquel il adminis- | tra l’'ammoniaque au troisième jour de l’accident, ce ne peut être que l’un de ces changements de coloration par où passent les extravasations sanguines, au fur et à mesure que la résorp-
tion s’en opère. ue de
Dans le plus grand nombr cas, il semble que l’action du venin porte directement sur le cœur ; c’est du moins ce qu'on en peutaugurer par la promptitude de la mort. « Le venin, dit le père Dutertre, lui gagne le cœur, les syncopes le prennent, et il tombe pour ne jamais se relever, avant même qu'aucun phénomène local ait eu le temps de se manifester. » |
J'ai cité un de ces cas de mort subite rapporté par M. Blot; en voici un autre, extrait du même auteur :
« Une négresse, appartenant au sieur Caunes, orfévre à « Saint-Pierre, aperçoit une énorme vipère en sarclant des « cafés sur l’habitation de son maître ; saisie d’épouvante, elle « fait précipitimment un pas en arrière pour l’éviter, mais « le reptile s’élance aussitôt sur cette femme et l’atteint au « côté droit de la poitrine. La malheureuse profère un seul « cri en tombant; des nègres s’empressent de la transporter « à la maison distante d’une vingtaine de pas; elle e expire « dans le trajet. »
J'ai déjà dit quelle part devait être attribuée à la peur dans des cas pareils.
Mais, pour être subite, la mort n’a pas besoin d’être instantanée, c’est-à-dire de succéder immédiatement à la piqûre. Il est venu à ma connaissance plusieurs cas de personnes piquées chez lesquelles aucun accident, même local, ne s'était d’abord manifesté et qui, quelques jours après, sont tombées mortes tout d’un coup au moment où on les croyait guéries : . telest le cas d’une négresse qui m'a été tout récemment com- . muniqué par M, Blot. Je tiens encore de M. Eugène Degage
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qu’un nègre de l’habitation de M. son père fut piqué sur les
deux heures de l'après-midi, au moment où il travaillait dans son jardin, par un serpent de très-moyenne dimension. Ce nègre vint se faire panser chez son maître, n’eut presque pas d'accidents pendant deux jours, et se trouvait si bien qu'il voulait retourner au travail, lorsque, dans la nuit du troisième jour, il fut pris subitement d’accidents convulsifs, et mourut avant qu’on eût eu le temps de lui porter des secours. M. Auguste de Venancourt m'a parlé d’une hématurie ( pissement de sang) observée par lui sur un nègre, au lendemain d’une piqûre de serpent qui ne fut pas mortelle.
Tels sont les accidents généraux déterminés par la piqûre du serpent, lorsque le venin agit sur l’un des principaux appareils organiques de l’intérieur.
Mais souvent cette action est entièrement locale, c’est-àdire bornée à la partie piquée. J’ai déjà dit qu’elle déterminait un gonflement prompt à se dissiper.
Leplus souvent l’irritation est assez forte pour produire un abcès plus ou moins considérable.
Souvent aussi, la suppuration, au lieu de se limiter en un abcès, s'étend à tout le membre, et de là phlegmon diffus, érysipélateux, affection siredoutable que Dupuytren, dans ses salles de chirurgie, la considérait comme ne le cédant en gravité à aucune des maladies internes les plus aiguës. Voici alors comment se passent les choses.
Le gonflement de la partie piquée s'étend de proche en proche, même à une grande distance de la partie mordue:; le membre devient triple de son volume ordinaire; on y sent un empâtementmollasse,gazéiforme: des phlyctènes se multiplient sous l’épiderme. « Il faut avoir vu, dit M. Blot, ces membres « tuméfiés et couverts de placards violets pour s’en faire une « idée; on dirait qu'ilse fait une énorme infiltration sanguine, « semblable à celle qui résulterait d’une contusion violente. (On verra, dans deux autopsies quenousrapporterons, combien était juste cette induction de notre confrère.) La suppuration « s'établit en moins de deux ou trois jours, la peau se déde colle, et, si eile n’estconvenablement incisée, tombe en gan- « grène. Alors des portions de tissu cellulaire se détachent « avec une sanie roussâtre, les tendons, les ossont mis à nu,
les articulations sont ouvertes, le sphacèle s'empare des
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