‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 26 sur 93 · LATE · texte numérisé non relu

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« Depuis, il m’est arrivé de panser deux nègres mordus à la main gauche, par un serpent gris de la même grosseur, le même jour, sur la même habitation Pécoul, dans la même

- pièce de cannes.

« Par elles-mêmes, ces observations n’offrent rien de bien remarquable; mais comme il est rarement donné au médecin de traiter de semblables morsures, je n’ai pas négligé de les consigner dans mes notes. Ce qui suit est l’expression de l’exacte vérité. Vous en tirerez les conséquences selon votre manière de voir.

« Un nègre d’assez chétive apparence, âgé de cinquante ans environ, fut mordu à l'indicateur de la main gauche, le 23 janvier 4844, en ramassant des paill& dans une pièce de cannes qu’on coupait. Un messager me rencontra en route, en sorte que le malade reçut mes soins vingt ou trente minutes après son accident.

« Le nègre, assis dans sa cabane, s’agitait, se lamentait, parlait de sa mort prochaine et certaine. 11 me montra sa main tuméfiée, engourdie, froide; du sang coulait par les deux ouvertures queles crocs du serpent avaient faites. Au pli du bras je vis une ligature d’un éffet puissant (deux brins de péedde-poule), et cependant le patient n'était rien moins que rassuré.

« Je lui conseillai d’abord de sucer fortement son doigt mordu, et de rejeter la salive ; puis j’incisai sur les morsures. Quand le sang eut coulé en abondance, je frictionnai la plaie avec un citron, ensuite avec de la charpie imbibée d’alcali : sur tout le membre on pratiqua des frictions avec du tafia, de l’huile d'olive, de l’alcali et du jus de citron. Ce même liniment fut pris à l’intérieur par petits verres à liqueur, six en deux fois, à une heure de distance. On lui donna pour boisson une décoction d’écorce de quina. Les progrès de la tuméfaction furent lents, et deux ou trois jours après le membre était revenu à son état naturel. En un mot, le nègre ne courut aucun danger.

« Un autre nègre plus jeune, plus robuste, plus grand, fut mordu presque au même moment par un serpent irrité qui s’é-

ança et l’atteignit à l’annulaire de la main gauche. Ce nègre affectait un grand courage, mais au fond sa frayeur était extrême; il regardait son camarade comme un homme perdu a “ ,* ..

pour avoir été pansé par un blanc, et surtout par un blanc médecin.

« Il était mordu depuis près de quatre heures quand je le pansai; sa main, son avant-bras, étaient tuméfiés énormément. Depuis le moment de son accident, il avait son membre lié fortement avec un mouchoir de poche.

« Son pansement fut le même. De plus, il lui fut donné trois petits verres d’une liqueur spécifique dont M. Duchamp, de la Rivière-Blanche, vous donnera la recette, si vous en êtes désireux.

« Les suites furent autrement graves ; car malgré le remède infaillible, la main, l’avant-bras, le bras, le cou et le côté gauche de la poitrine se tuméfièrent d’une manière effrayante. Le malade en fut quitte pour ure belle peur. Au bout de deux jours, l’empâtement diminua, et aujourd’hui la tuméfaction est à peine sensible : on pouvait craindre des abcès. Cette terminaison fàcheuse a peut-être été prévenue par les frictions longtemps continuées et répétées.

« Observez que le serpent était plus animé que le premier qui avait mordu, et que de plus il y avait quatre heures d’écoulées avant l'administration des secours.

« Dans tout ce qui précède, je ne vois rien de plus que dans la morsure de la vipère d'Europe. Le traitement est celui qu’on emploierait en France. Les deux serpents avaient environ 4 mètre de longueur; ils étaient plus gros que le goulot d’une bouteille, et pour vous donner une idée de la véracité du nègre, il É croyait gros comme son bras, tant la peur grossit les objets!

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« Lundi 20 du mois dernier, une vieille négresse de M. Pécoul fut encore piquée dans sa case, avant que d’aller au travail. Elle ne vit pas le serpent, resta pendaut huit heures sans se plaindre et exposée à une pluie continuelle, Enfin son pied se tuméfa tellement que la malheureuse fut obligée d'entrer à l'hôpital. Pour ne pas me déranger, le géreur pansa mème, conne il m'avait vu faire,-et la femme allait au mieux jours après, quand on me la montra. Il faut dire aussi que le serpentretrouvé et tué n’était pas long de plus d’un pied et gros comme le canon d’une plume de cygne.

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