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tains lieux; c’est de l’Orient qu’est venue la petite vérole, et c’est en Angleterre que la vaccine a été découverte. C'est rapetisser l’homme que de le réduire, comme un végétal, aux avantages d’une localité; la terre est le domaine de l’homme, il y fouille, il y puise, il prend et déplace tout à son gré. La nature fournit la matière première, peu importe où ; au génie de l'humanité appartient la main-d'œuvre.
La liane à serpent est aujourd’hui bien déchue de son ancienne réputation ; elle ne constitue plus à elle seule un remède spécifique, mais elle entre comme ingrédient dans plusieurs composés. Voici une formule que j'ai trouvée dans un
. vieux cahier de recettes de l’habitation Decasse :
De la liane à serpent. — « Le remède à serpent se compose d'autant de liane à serpent que peut contenir la main, infusée dans un poban de tafia. Plus le remède est vieux, meilleur il est.
« Lorsque le nègre a été piqué, on commence par lui faire boire un petit verre de cette liqueur, dans laquelle on ajoute une bonne pincée de poivrede Guinée bien pulvérisé. On scarifie la piqûre, que l’on frotte avec du citron rôti, et on met dessus un emplâtre de thériaque. On continue toutes les heures à donner un petit verre du remède, dans lequel on ajoute toujours une forte pincée de poivre de Guinée. Si l’enflure gagnait, on récidiverait les doses toutes les demi-heures, surtout si des vomissements survenaient ; on peut aller jusqu’à un poban et demi. Il faut tenir le malade bien chaudement; s’il a soif, on lui fait boire une décoction de malnommée : on a bien soin de ne pas le laisser dormir. Après les vingt-quatre heures, s’il y a beaucoup d’enflure, on fait des fumigations avec toutes sortes d'herbes aromatiques ; après quoi on enveloppe bien la partie enflée avec du petit mouron bien pilé et des herbes à femme passées au feu. On purge le quatrième ou cinquième jour avec une prise de jalap ou des poudres d’Aillaud. 11 faut surtout porter la plus grande attention aux dépôts, et s’il en survenait, avoir sur-le-champ recours à un médecin expert. »
Remède de M. Beausoleil.
« Je fais boire aussi promptement que possible une infusion
de trèfle femelle et de poivre de Guinée dans environ un petit verre de tañia.
« Je fais des scarifications sur toute l’étendue de la partie enflée, je les multiplie autant que je les juge nécessaires ; j'en ferais deux cents si deux cents me semblaient nécessaires.
« Je maintiens la partie piquée constamment chaude, avec un grand réchaud allumé et placé au-dessous. J’applique sur les piqûres des crocs et sur les parties voisines des cataplasmes faits avec la racine de l’envers, les feuilles de semen:-contra, l'écorce de bois immortel et un pied-de-poule, le tout bien chaud, et je fais frictionner l2 partie, toujours en descendant, avec cette décoction.
« On continue ce pansement jusqu'à parfaite guérison.
« Au bout de six jours, s’il y aenflure, posez un cataplasme avec pain, vin et suif.
« S'il survient une fluxion de poitrine, donnez une tisane faite avec de la malnommée rouge et des écorces de bois immortel, en ajoutant une cuillerée de taña et six gouttes d’eau de Luce dans chaque tasse, On donnera une tasse tous les quars d'heure et l'on mettra des vésicatoires au côté.
«S'il survient de la paralysie, écrasez trois gousses d’ail dans une tasse de vinaigre et faites rincer trois fois la bouche sans avaler.
« S'il y a de la gangrène, pansez avec le mouron, l’arada et la racine de citronnier. » |
Ce traitement m'a été dicté par M. Beausoleil, panseur très-
enommé sur les hauteurs de Saint-Pierre. On en a vu lPappli-
cation dans les deux observations du nègre de l'habitation Deguerre et de M. ***, citées précédemment.
Ce pansement est à peu près le même que ceux des n° 4 et 2, seulement où y trouve quelques changements dans les herbes.
Le pied-de-poule, l’arada, le semen-contra, la malnommée rouge, sont ajoutés; d’autres ingrédients, au contraire, sont supprimés ; mais au fond ce sont les mêmes principes.
On ne saurait trop réprouver, je le répète, ces scarifications faites à tort et à travers. Le moindre bon sens suffit pour
en faire sentir, non-seulement l’inutilité, mais la barbarie. C’est un précepte médical mal compris, mal exécuté. On conçoit qu’il est nécessaire de scarifier la piqûre des crocs pour favoriser la sortie du venin; mais à quoi sert de picoter, par conséquent d'irriter tout un membre de haut en bas? Par l’irritation de ces incisions, si légères qu’elles seront, n’estce point provoquer l’afflux des liquides, par conséquen souffler sur le feu, et augmenter la matière du phlegmon ÉRYES pélateux, qui est un accident très-redoutable ?
D'ailleurs, la multiplicité de ces piqûres chez un sujet nerveux peut déterminer une excitation extrême. On trouve dans la science des exemples de morts survenues à la suite de piqûres multipliées faites par des guêpes ou par des abeilles.
Cependant M. Beausoleil m’a assuré que sur plus de deux cents personnes pansées par lui, il n’avait perdu que les deux que j'ai citées, et il faut ajouter encore que ces deux personnes avaient été pansées tardivement, ce qui est, pour quelque pansement que ce soit, la circonstance la plus défavorable.
NA Remède de M. Duchamp.
« Prenez : Mouron, une once. — Poivre de Guinée, une once. — Chardon bénit, demi-once. -— Bon tafia, une boutrille.
« Pilez le mouron et le chardon bénit dans un mortier de marbre; introduisez-les dans la bouteille de tafia avec le poivre de Guinée réduit en poudre, bouchez bien la bouteille et conservez pour l'usage. Avant d'employer le remède, il faut avoir soin de bien remuer la bouteille.
« La dose est, pour la morsure d’un gros serpent, de trois petits verres à liqueur administrés de demi-heure en demiheure.
e l'our ia morsure d’un serpent ordinaire, d'un à deux petits verres.
« Lorsque la morsure est grave, on applique à trois pouces au-dessus de la plaie un vésicatoire d'un pouce et demi de
large et d’une longueur convenable pour entourer le membre. »
La grande estime dont jouit M. Duchamp rejaillit sur tout ce qui s’attache à son nom. Ce remède est très-recherché dans les environs de Saint-Pierre. Je tiens de M. Duchamp luimême qu'après l'avoir empioyé pendant longtemps et sur un grand nombre de personnes, à peine s’il se souvient de quelque mortalité.
Ce remède ne diffère de ceux des n° 4, 2 et 4, que par la
présence du chardon bénit, qui est considéré dans le pays comme un puissant sudcrifique.
M. Duchamp recommande aussi l’usage d’un vésicatoire audessus de la piqûre. L'expérience seule peut prononcer sur la valeur de cette pratique.
Remède employé sur l'habitation Lajus, au Carbet, communiqué par M. Baquié.
« Prenez : Trèfle mâle. — Bouton d’or (pyrèhtre du pays). — Mouron : de chaque plante entière trois onces. — Poivre de Guinée, une once. — Bon tafia, une bouteille.
« Après avoir nettoyé les plantes, réduisez-les en pâte dans un mortier, introduisez-les dans un vase avec le poivre de Guinée, ajoutez letafia, bouchez bien, laissez infuser pendant quinze jours, en ayant soin de remuer de temps en temps, passez à travers un linge serré, exprimez et conservez pour l'usage.
« La dose est de trois verres à liqueur pris de demi-heure en demi-heure. On frictionne la partie blessée avec la même liqueur plusieurs fois par jour, en ayant soin de ne cesser de frotter que lorsque la peau est redevenue bien sèche. Les frictions doivent être longues et fortes.
« On a soin de conserver dans un vase à part le marc, auquel on ajoute une once de poivre de Guinée en poudre et suffisante quantité de tafa. On s’en sert pour appliquer des cataplasmes sur la plaie, »
M. Baquié se loue extrêmement de l’usage de ce remède. Le soin qu’il porte à tout ce qu'il fait doit contribuer à ses succès.