‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 3 sur 93 · NUE · texte numérisé non relu

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humaine fût un poison pour certaines espèces d'animaux et qu’un philosophe, parmi ces animaux, voulant réfléchiret raisonner sur la nature de ce poison, vint à dire que notre salive est un des principaux sues qui concourent le plus à notre digestion, ce nouveau philosophe aurait-il tort, et n’aurait-il pas deviné la nature? Mais si, au contraire, cette même espèce prétendait que notre salive nous a été donnée pour les empoisonner, puisqu'elle les tue en effet, ne serait-elle pas dans une erreur bien absurde? Voilà pourtant où vont donner, tête baissée, ceux qui recourent sans cesse aux causes finales, dans l'examen et l'explication des faits et des événements physiques. »

Oui, le serpent est merveilleusement organisé pour le but qu'il doit atteindre, Oui, son venin ne lui est pas donné expressément contre l’homme. Ge n’est que par occasion qu’il s’en sert contre nous; il peut même remplir toute son existence sans appliquer ce venin à cet emploi. C’est un animal nocturne, qui ne prend possession de la terre que par énterim, aux heures de la nuit, quand nous la lui abandonnons. On verra qu’il nous fuit plutôt qu’il ne nous recherche. Oui, il est dans l'exercice de ses fonctions naturelles, dans ses droits sur sa légitime défense, lorsqu'il nous tue nous, nos bœufs et nos chiens. La terre ne paraît être le champ naturel de la guerre, en prenant ce mot dans le sens que lui donnent les terribles usages des nations, que si l’on n’embrasse pas dans sa vue l’économie générale des êtres. Je confesse que lorsque l’on réfléchit aux conditions de l’ensemble de ce monde, tout se lie, tout s’harmonise, tout s'explique, et que les cas où le mal paraît se montrer gratuitement, rentrent dans le système général d’adoucissement des obligations de la nature. Mais alors il faut admettre que nous aussi, lorsque nous nous défendons contre le serpent, lcrsque nous le détruisons, nous ne faisons que remplir à son égard la fonction de répression qu’il remplit à l'égard des autres espèces. Si nous n'arrêtions sa monstrueuse fécondité, il aurait bientôt tout envahi, il serait le maître de la création, le seul être régnant sur la terre. Par

tt | | Lune

rapport à nous, il faut donc voir dans le serpent une de ces mille épreuves dont l’auteur de toutes choses s’est plu à hérisser la terre pour exercer la vigilance de l’homme, et l’obliger au travail. Semblable à ces barrières que nous élevons, à ces fossés que nous creusons exprès dans nos hyppodromes, pour mieux juger de la rapidité et de la vigueur de nos chevaux.

L'homme est en droit de faire la guerre aux serpents, comme il est en droit de se libfrer de toutes les choses qui lui sont nuisibles. 11 peut en toute sécurité de conscience exterminer leserpent, assuré de trouver dans d’autres espèces, et par son industrie, le secours que le serpent lui fait trop chèrement payer.

« Tranquilles habitants de nos contrées tempérées, s’écrie « Lacépède, à la fin de son chapitre des serpents venimeux, que « vous êtes heureux loin de ces plages où la chaleur et l’humi- « dité règnent avec tant de force! Ne regrettez pas la beauté « de ces climats, leurs arbres plus touffus, leur feuillage « plus agréable, leurs fleurs plus suaves, plus belles! Ces « fleurs, ces feuillages, ces arbres cachent la demeure du « serpent!»

Telle est la forte impression que laisse cet animal dans les souvenirs de ceux qui ont été une fois en rapport avec lui, que depuis mon retour en France, je sens souvent une hésitation involontaire à m’asseoir sous vos frais bosquets où à m’engager dans les taillis de vos bois; le moindre bruit, la moindre forme un peu torse, m’arrêtent court. Il me faut la réflexion, pour ne pas sauter en arrière et ne plus me croire sous le jet du terrible Fer de lance. Que de fois mes enfants m'ont interrogé du regard pour me demander : pouvons-nous aller là?

Tout cela, Monsieur et cher confrère, pour vous expliquer , et vous faire excuser la belle haine dont j’ai été pris contre le Fer de lance. J'espère vous avoir gagné à ma cause, et que vous vous juindrez à moi pour pousser à sa destruction, dûtil laisser un jour un vide dans les collections zoologiques et

donner quelque peine, pour le retrouver, aux Dumérils

futurs.

Agréez l'hommage de la plus haute estime et des plus vives sympathies de votre bien dévoué confrère,

E. Rurz.

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