‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 31 sur 93 · scène journalière en ce’ pays, d’une dame préparant la layette · texte numérisé non relu

scène journalière en ce’ pays, d’une dame préparant la layette

de ses négresses ? Quelle sollicitude! voyez comme elle compte toutes les pièces, comme elle craint d’en oublier une

seule, même la plus superflue ; comme elle s’assure que tout

est propre, que rien ne manque: On dirait que c’est elle qui va être mère. O vous dont je ne puis nommer les noms, vous

que j'ai vues avec attendrissement livrées à ces nobles soins,

recevez le tribut de m2 respectueuse admiration. En vérité,

en vérité, ceux qui rêvent pour cette terre une transforma-

tion meilleure, seront fort embarrassés à remplacer certains

traits de sa vie patriarcale. Il y aura des souvenirs et des regrets. |

Pansement de M. de Beauce.

Le citron est le principal remède employé à Sainte-Lucie, suivant le lieutenant Tyler, qui sur trente soldats ainsi pansés, n’a vu qu’un seul mort, et, suivant M. de Beaucé, habitant qui a publié une notice sur Sainte-Lucie(parue en 18/40).

«Voici, dit M. de Beaucé, lamanière de panser la morsure du serpent ; je la donne comme saranE employée avec le plus grand succès.

«1° Faire une ligature à deux ou trois pouces au-dessus de

la blessure ; | - « 2° Donner au malade un petit verre à toast, moitié rhum, moitié jus d’orties piquantes ;

« 3° Ouvrir verticalement les blessures avec un rasoir ou bistouri, les ventouser pour retirer le venin, qui sort ordinairement avec le sang. Si l’on ne peut appliquer une ventouse, il faut faire sucer les blessures par quelqu'un qui n’ait point de mal à la bouche ;

« 4° Retirer avec des pinces les crocs du serpent, qui se Cassent souvent dans la plaie, par l'effet du saisissement qu'éprouve la personne mordue ; |

« 5° Macérer dans du rhum de l'herbe pied-de-poule avec du sel et du piment, laver la plaie et y appliquer un cataplasme avec les mêmes matières ; |

« 6° Envelopper le malade avec des laines pour le faire transpirer, et lui donner au besoin un second petit verre de

rhum et de jus d'orties ; Fr « 7° Donner pour boisson ordinaire du grog, € c'està-à -à-dire du

rhum et de l’eau; faire diète.

« Si le pansement est bien fait, aussitôt que le malade a transpiré, il est guéri, et peut travailler vingt-quatre heures après. Néanmoins il faut éviter de le faire sortir à l’humidité.

« Le venin du serpent pris intérieurement n’empoisonne pas, mais il s’inocule comme le vaccin. La personne qui suce la blessure et crache le venin n’a rien à craindre, à moins qu’elle n’ait mal à la bouche.

« On peut au besoin remplacer l'herbe pied-de-poule par des feuilles de plantain. ces deux plantes coupent parfaitement la gangrène. »

Enfin, comme autorité ce scientifique en faveur du citron, nous citerons Charras, qui fit donner à un gentilhomme mordu par une vipère, dans les expériences qu’il faisait chez lui, des rouelles de citrons saupoudrées de sucre, «Car, ajoute-t-il, le citron a une faculté spécifique contre le venin de la vipère ; si on en veut croire les auteurs qui en ont écrit, il est fort ami du cœur et des autres parties nobles. »

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N° -.25 Remède par la liane laiteuse (PÈRE LABAT ).

« Voici encore un autre remède pour la morsure des serpents. C’est une liane qu’on appelle laiteuse , et qu'il ne faut pas confondre avec le bois laiteux, dont j'ai parlé ci-devant.

Ceux qui ont été mordus d’un serpent sucent le lait de cette plante ; bois et feuilles, tout est bon, et après avoir un peu ratissé la première écorce, ils mâchent la seconde avec le bois pour appliquer le marc en manière de cataplasme sur la morsure qu’il faut avoir soin de scarifier légèrement. Ce marc attire le venin que l’on voit comme une matière verdâtre et virulente sur le cataplasme, quand on le lève pour en mettre un autre, ce qu’il faut faire de six en six heures ; observant que ce soit le blessé qui mâche l’écorce et le bois dont il est composé. On fait encore, avec le même bois légèrement pilé, une tisane dont on lui donne à boire à discrétion. J’ai remarqué que tous les remèdes qu’on applique sur les morsures des serpents peuvent être employés pour guérir les ulcères, de quelque nature qu’ils soient. On prétend que le suc de cette liane est souverain pour ces sortes de maux.

(Nouveau Voyage aux Iles, p.232.) L'auteur ajoute une descripion de la liane laiteuse pour la distinguer des autres lianes.

Outre le remède précédent, outre celui par la Liane à serpent déjà indiqué et encore un autre que nous donnerons plus tard en son lieu, le père Labat, dans un chapitre particulier, résume ainsi la manière de panser de son temps la piqûre du serpent.

N°. 99, | Pansement rapporté par le père Labat.

« On vint me chercher pour confesser un nègre de M. Roy à la Grande-Rivière, qui venait d’être mordu d’un serpent. M. Michel eut l’honnêteté de m'y accompagner.

«Il faut que j'avoue que l’état où je trouvai le nègre me fit compassion : il avait été mordu trois doigts au-dessus dela cheville du pied, par un serpent long de sept pieds, et gros à peu près comme la jambe d’un homme ; on l’avait tué, et on

me le fit voir. On espérait que le serpent étant mort, le venin agirait avec moins de force sur celui qui avait été mordu (1). J’en demandai la raison qu’on ne me put dire. J’appris seulement qu’ils prétendaient avoir une longue expérience de ce qu'ils me disaient, fondée sur la sympathie; je ne sais s’ils connaissent cette vertu. Ce pauvre garçon était couché sur ure planche au milieu de la case, entre deux feux, couvert de quelques blanchets, c’est-à-dire de gros draps de laine où l’on passe le sirop dont on veut faire du sucre blanc. Avec tout ce feu et ces couvertures, il disait qu’il mouraïit de froid, et cependant il demandait sans cesse à boire, assurant qu'il sentait en dedans un feu qui le dévorait avec une envie prodigieuse de dormir. Ce sont les symptômes ordinaires du venin, qui arrête le mouvement et la circulation du sang, et cause ainsi ce froid extraordinaire dans les parties éloignées du cœur, et en même temps cet assoupissement involontaire, pendant que tous les esprits retirés au dedans y excitent un mouvement violent, cause de la chaleur intérieure et excessive qui l’obligeait de demander si souvent à boire. Je voulus voir sa jambe, que jé trouvai liée très-fortement au-dessous et au-dessus du genou, avec une liane ou espèce d’osier qui court comme la vigne vierge; la jambe et le pied étaient horriblement enflés, et le genou, malgré les ligatures, l'était un peu ; je le confessai, et j’en fus fort content ; il est vrai que pour l’empêcher de dormir, je lui tenais une main que je remuais sans cesse ; il était âgé de dix-neuf à vingt ans, et assez sage. Son père, sa mère et ses autres parents qui entrèrent dans la case après que j’eus fini ma fonction, témoignaient bien du regret. Je fis appeler le nègre qui l'avait pansé, et je lui demandai en particulier son sentiment sur cette morsure : il me dit qu’il y avait du danger, et qu’on ne pouvait rien décider qu'après vingt-quatre heures, quand on

(1) Le temps a dissipé cette superstition; à sa place, il en existe aujourd'hui une contraire. Quelques-uns des psylles, panseurs et preueurs de serpents, croient qu’il est dangereux pour eux de tuer un serpent; que leur charme et leur pouvoir s’en ressentiront, et qu’à la première occasion ils ne manqueront pas d’être piqués. Ge préjugé existait aussi du temps du père Labat, car on lit, dans une autre partie de son ouvrage, que pour rassurer les esprits des nègres de sa paroisse, il voulut en leur présence tuer lui-même un serpent et le fit brüler,

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lèverait le second appareil; que cependant il en espérait bien, parce que la ventouse qu’il avait appliquée sur la morsure avait attiré quantité de venin. |

«Je lui demandai de quelle manière iltraitait ces sortes de plaies, et de quels remèdes il se servait, il s’excusa de ne pouvoir me dire le nom de toutes les herbes qui entraient dans la composition de son remède, parce que ce secret lui faisant gagner sa vie, il ne voulait pas le rendre public. Il me promit de me traiter avec tout le soin possible si je venais à être mordu; je le remerciai de ses aires, souhaitant très-fort

+de n’en avoir jamais besoin.

«A l'égard du traitement, il me dit que dès qu’on est mordu, il faut se lier ou se faire lier fortement le membre mordu sept où huit doigts au-dessus de la morsure, et que quand il se rencontre quelques jointures, il faut encore lier au-dessus, et marcher au plus tôt pour se rendre à la maison sans s’arrêter et sans boire, à moins qu’on ne veuille boire de sa propre urine, qui dans cette occasion est un puissant contrepoison. Il est vrai, me dit-il, que quand on est mordu à une jambe, on à bien de la peine à marcher, parce que dans un moment elle s'engourdit et semble être devenue de plomb ; mais pour lors il faut tirer des forces de sa raison et rappeler tout son courage. Pour lui, la id chose qu'il faisait quand on lui présentait un blessé, c'était d'examiner si les deux crocs du serpent étaient entrés dans la nc à ou s’il n°y en avait qu’un.

« Quand les trous des deux crocs sont assez près l’un de l’autre, et dans un endroit où une ventouse les peut couvrir tous deux, on n’en applique qu’une; quand cela ne se trouve pas, on en applique deux; mais avant de les appliquer, on a soin de faire des scarifications sur les morsures. Après que la ventouse à fait son effet, on presse fortement et on comprime avec les deux mains les environs de la partie biessée pour expulser le venin avec le sang. Il arrive souvent que l’on réitère deux ou trois fois l'application des ventouses, selon que celui qui traite voit la sortie du venin abondante ou médiocre.

« On à soin sur toute chose de faire prendre au blessé un verre de bonne eau-de-vie de vin ou de cannes, dans lequel on a dissous une once de thériaque ou d’orviétan ; on broie cependant dans un mortier une gousse d’ail, une poignée de

liane brûlante, du pourpier sauvage, de là malnommée, et deux ou trois autres sortes d'herbes ou racines dont on ne voulut pas me dire lé nom (1); on y mêle de la’ poudre de tête de serpent avec un peu d’eau-de-vie, et on fait boire ce suc au blessé, après l’opération des ventouses; on met le marc en forme de cataplasme sur la blessure, et on a soin de tenir le malade le plus chaudement que l’on peut, et sans lui permettre de dormir au moins pendant vingt-quatre heures, sans lui donner autre chose à boire qu’une tisane composée du suc dé ces mêmes herbes avec de l’eau, du jus de citron et un tiers d’eau-de-vie.

« On lève le premier appareil au bout de douze heures, on y met un second cataplasme semblable au premier, qu’on lève douze heures après, et pour lors on juge de lä guérison” ou de la mort du blessé par la diminution ou augmentation de l’enflure, et par la quantité de venin que le cataplasme a attiré (2). En trois ou quatre jours au plus on est hors d’affaire, supposé que la dent du serpent n’ait pas percé quelque artère, quelque tendon ou veine considérable; car en ces cas les remèdes sont inutiles, et en douze ou quinze Res res on paye le tribut à la nature.

«Il a une autre manière de traiter les morsures de serpent, qui est plus expéditive, et que j’approuverais fort si le danger était moins grand pour ceux qui S’exposent à à guérir le blessé. Elle consiste à se faire sucer la partie blessée jusqu’à ce qu’on en ait tiré tout le venin que la dent du die y aurait introduit.

«Ceux qui ont assez de courage ou de Fa pour S’eXPOser à faire cette cure, se gargarisent bien la bouche avec de l’eau-de-vie ; et après avoir scarifié la plaie, ils la sucent de toute leur force, ils rejettent de temps en temps ce qu’ils ont dans la bouche, et se la nettoient et gargarisent à chaque fois, observant de caresser fortement avec les deux mains les environs de la partie blessée. On a vu de très-bons effets

(1) On voit que dès le temps même du père Labat, on était déjà réduit à mêler ensemble les prétendus spécifiques, dans l'espoir que la-vertu de l’un ajouterait à la vertu de l’autre. (Voyez ce que j'ai dit précédemment de ces analgames, page 134.)

(2) Celte observation est à vérifier ; elle pent servir à établir le pro nostic sur la gravité d’une piqûre, É

de cette cure, mais elle est très-dangereuse pour celui qui la fait; car s’il a la moindre écorchure dans la bouche ou qu’il avale tant soit peu de ce qu'il retire, il peut s'attendre à mourir en peu de moments, sans que toute la médecine le puisse sauver.

« Après que j’eus consolé ce pauvre nègre blessé, je dis à l’'économe de l'habitation de m'envoyer avertir le lendemain matin de l’état où se trouverait le malade, afin que je pusse l’assister selon le besoin qu’il en aurait. »

Pansement recommandè par le père Dutertre. — Remède contre les morsures de toutes sortes de serpents.

« La première chose qu’on fait pour panser les personnes atteintes de ces vénéneuses morsures, est de lier promptement la partie blessée au-dessus de la plaie, prenant toutefois garde de ne pas trop serrer, d'autant que cela peut nuire au blessé. Puis on applique une ventouse sur la plaie, et l’ayant ôtée, on fait trois ou quatre scarifications dessus, après quoi on applique derechef la ventouse jusqu’à trois ou quatre fois, et cela attire le venin. Cela fait, on met un emplâtre de thériaque sur la plaie. Cependant il faut avoir soin de faire prendre dela thériaque ou quelque autre potion cordiale au malade, et de le tenir chaudement : car tous les esprits se retirent au cœur et laissent toutes les parties du malade trèsfroides et disposées à la corruption.

« Il faut prendre garde, en faisant laligature au-dessus de la plaie, de ne pas serrer avec autant de force qu’on le peut, ainsi que le recommande le sieur de Rochefort, parce que la partie supérieure, s’enflammant, attire, nonobstant la ligature, le venin qui, trouvant une partie enflammée, y cause des désordres irrémédiables. Un avis qui est encore très-salutaire, c’est de dilater le plus que l’on peut laplaie, et d’en tirer beaucoup de sang : et si le sang n’en sortait pas, il y faudrait appliquer le feu, ou même couper l’endroit de la morsure, avant que le venin ait gagné plus avant. Quelque ardeur aussi que ressente le blessé, il ne faut pas qu’il passe dans l’eau ni qu’il

en boive , mais qu’il se serve de tisane faite avec de gros mil et du jus d'orange.

« Quelques-uns se mêlent de sucer les morsures, et d’en tirer le sang et le venin tout ensemble. Quoique cela soit bon, c’est une chose si dangereuse, que je ne conseille à personne de s’en servir qu’au défaut de tout autre remède, — car si celui qui suce a la moindre égratignure autour des gencives ou dans la bouche, ou qu’il avale la moindre goutte de sa salive envenimée, il est certain qu’il en mourra sur-le-champ, comme il arriva à un nègre de M. le gouverneur de la Martinique, qui, voulant secourir un sauvage mordu d’une couleuvre, en lui suçant le venin de l'épaule, s’envenima le cœur et tomba mort à ses pieds en lui sauvant la vie. »

(Extrait du P. Dutertre, tome IT.)

J'ai rapporté les textes mêmes du père Dutertre et du père Labat. J'ai pensé que le lecteur me saurait gré de lui en épargner la recherche et de lui faciliter la comparaison des divers remèdes, en les plaçant à la suite les uns des autres. D'ailleurs les ouvrages de ces deux historiens commencent à être rares et ne sont pas sous la main de tout le monde.

Comme, dans des réflexions générales, je reviendrai sur les scarifications, les ventouses et autres pratiques empruntées à la médecine, je n’en dis rien ici. Quant aux simples recommandés, on voit que ce sont les mêmes que ceux énoncés dans les remèdes précédents, à l'exception de la tête de serpent et de la thériaque dont nous parlerons plus tard.

Mais un point sur lequel je désire arrêter un moment lattention, c’est l’opinion qu’on doit avoir de la succion de la plaie par une autre personne ou par l'individu lui-même. On a vu que M. Beaucé donnait cette pratique pour être sans danger. Le père Dutertre et le père Labat disent le contraire et citent des faits incontestables à l'appui de leur opinion. « Il faut bien, disent-ils, se garder de sucer les piqûres lorsque l’on a quelque plaie ou ulcère à la bouche. » Mais comme les personnes qui sont dans ce cas doivent être rares, je crois que le précepte de sucer la piqûre, comme précepte général et lorsque la chose est possible, est un excellent précepte : la succion est la meilleure de toutes les ventouses ; il n’en est

aucune qui pompe et attire autant le venin ; en même temps elle presse les parties voisines par le mouvement des lèvres et lave la plaie par la salive. « Qu’on suce, sur ma foi, dit Severino, je suis caution que celui qui sucera sera à l’abri de tout mal et de tout accident.» A quoi Morgagni répond : « Je croirai que le peuple agit sagement en n’ajoutant pas foi à Severino, qui affirme que celui qui sucera la blessure faite par le serpent, ne Courra aucun danger. » Suivant Acrell, la succion est nauséeuse et pleine de dangers , nauseosa et discriminis plenissima. Fontana n’en est pas non plus partisan; il dit que dessangsues appliquées sur la piqûre de la vipère sont mortes, mais n’ont pas empêché de mourir ceux qui en étaient piqués. Dans ces derniers temps, M. Brainard a élevé aussi des doutes sur l’efficacité de la succion. Au contraire, Charras a observé un chien qui, ayant pu lécher sa plaie, avait guéri facilement : « Je puis dire, ajoute-t-il, avoir goûté « moi-même du venin en des temps où j'avais quelques « excoriations dans la bouche, et même je remarquai que « ma salive était un peu teinte de sañg, sans m'être aperçu «d'aucune acrimonie ni chaleur extraordinaire. » L’innocuité de la succion n’est done pas un fait acquis à la science et sur lequel il ne faille plus revenir. (Combien y en a-t-il de ceux-là dans la thérapeutique médicale!) C’est pourquoi je le signale à l’attention des observateurs.

Quant aux effets du venin dans les voies digestives, j ai ‘déjà rapporté les expériences faites par M. Guyon et par moi (page 85), et qui démontrent que ce passage est tout à fait sans danger. Le venin est décomposé et digéré par les sucs gastriques. (Voyez la partie pathologique.) Beaucoup d’autres expérimentateurs sont d'accord avec nous; c’est le fait, dans l’histoire du serpent, sur lequel il existe le moins de dissentiments.

Remède recommandé par M. Thibaut de Chanvalon. (Voyage à la Martinique, 4751.)

« On sait aujourd’hui dans toute l’île la facon de traiter leur piqûre. Parmi divers remèdes, le plus simple de ceux que

j'ai éprouvés est celui du caapeba, que l’on connaît à la Martinique sous le nom de léane «a serpent, où mieux encore sous celui de liane à glacer l’eau. On lui donne ce dernier nom parce qu’elle est si mucilagineuse, qu’elle épaissit l’eau dans laquelle on l’écrase. Gette eau épaisse forme une espèce de gelée ; elle paraît alors figée. Il faut prendre cette plante, en faire boire le jus au malade de temps en temps et appliquer le marc sur la morsure, après en avoir frotté la plaie. Cette plante ne vient point dans tous les terrains ; à la Martinique on ne la trouve point dans cette partie de l’île appelée la Montagne-Pelée, »

Je ne sais si la liane à serpent dont il s’agit ici est la même dont nous avons déjà donné la recette, d’après le père Labat, ou si c’est l’ophiorizza mungos dont nous allons parler tout à l'heure, et qui signifie aussi, en grec, racine de serpent. Je serais tenté de croire. que c’est de cette seconde plante qu’il s'agit; car l’auteur, qui est postérieur au père Labat, ajoute : « Cette recette si simple est inconnue aux îles, quoique cette liane entre dans la composition de quelques-unes de celles qui sont usitées. Sur le témoignage de Marcgrave et de Pison, je l’appris à diverses personnes qui l’ont éprouvée avec succès. »

Autre remède du même auteur.

« J’ai sçu que les Indiens de la Guyane avaient appris aux habitants de Cayenne un remède à peu près semblable. Ils prennent des feuilles d’ouanque ou ouangle, après les avoir pilées, ils en font boire le jus au malade et en appliquent le marc sur la morsure.

« La plante que l’on connaît à Cayenne sous le nom d’ouangue est celle que l’on appelle gigiri à la Martinique. C’est le digitalis sesanum dicta, rubello flore, du père Plumier; le sesanum foliis ovato oblongis integris (Linné).

« Je tiens ce remède de M. de Préfontaine, officier de

ET

Cayenne. Comme le caapeba n’est pas très-commun à la Martinique, on aura plus facilement le gigiri. Les nègres le cultivent pour sa graine que l’on mange.

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