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vos serviteurs, vos amis, les mauvaises chances de la vie ? Ne souhaite:-vous pas d’embellir vos demeures, de les peindre, de les orner, de leur ajouter tout le luxe superflu dont elles brillent? Et n'est-elle pas aussi votre demeure, cette ville et cette campagne où vous vivez, où vous marchez la nuit et le jour, où vous demeurez plus enccre que dans vos maisons ? Ne faut-il pas entretenir vos routes, éclairer vos rues, écarter de dessous vos pas comme de dessus vos têtes tous les mille dangers qui vous menacent? Payons donc les impôts, Ô mes frères ! payons-les, parce qu’ils sont nécessaires, parce qu’ils sont utiles : veillons seulement à ce qu'ils ne soient pas détournés de leur destination pour soudoyer l'intrigue et la flatterie ! |
Enfin, fatigué de marcher si lentement et d'avancer si peu dans les rudes sentiers de l'observation, ennuyé des étroites limites de la réalité, il m'arrive quelquefois de sortir du monde connu, de donner carrière à mon imagination, de fermer l'oreille aux voix importunes, et de m’élancer à tcute vapeur dans les vastes champs de la fantaisie, et je rêve... non pas comme notre ami le fabuliste, que,
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Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes,
Je vais détrôner le sophi.
(mais ce qui est peut-être moins possible encore) que tous les hommes sont bons, que la religion les a enfin domptés et assouplis, que la civilisation les a rendus indulgents lesuns pour les autres, sans envie, sans dénigrement, résignés aux choses qu’ils ne peuvent empêcher ; que les gouvernements sont établis précisément pour remédier aux inégalités qui sont du fait de la nature et qu’elle ne multiplie que trop; que tous les efforts de l’homme tendent à former ce niveau de bienêtre général qui ne laisse place à aucune juste plainte; qu’il n’y a plus que des ministres de l’agriculture, de la santé publique, du commerce, de l'instruction publique, et autres de ce genre; qu’on ne parle de guerre que contre les fléaux, les inondations, les maladies, les tremblements de terre et les serpents. Or, dans cette nouvelle utopie que je fonderais dans
notre Martinique(1), voici quel serait le programme d’une fête:
(1) Une des plus belles fictions de l'antiquité est celle du jardin des Hespérides, rempli de pommes d’or et placé sous la garded’un affreux dragon, J’aime quelquefois à voir dans cette fiction un mythe de notre chère Martinique, la première des îles qui s’offre au navigateur fatigué de sa longue course à travers l’Océan, celle qu’ils ont surnommée la reine des Antilles, qui s'élève au milieu des flots comme une verte émeraude enchâssée entre une perle et un diamant, et qui est placée sous la éerrible love du trigonocéphale, Pour rendre cette image complète, il faut se souvenir que la terre de la Martinique se trouve entre deux rochers : l’un à l'extrémité nord, que les marins nomme la perle, et l’autre à l’extrémité sud, qu’ils appellent le diamant. Un jour que je visitais un steamer qui venait de passer devant la plupart des autres Antilles, j’aperçus un Anglais appuyé sur le bastingage de bäbord, et entièrement absorbé dans la contemplation du paysage qui s’étendait devant lui. C'était la mer calme, lisse, damassée seulement par les accidents de la brise légère qui effleurait sa surface, la mer remplissant cette large baie foraine de Saint-Pierre, qui s'étend de la pointe du Cabet à la pointe du Prêcheur ; puis le long fesiton du rivage, concava littora, irrégulier comme tous les ouvrages de la nature auxquels l’homme n’a pas mis la main, et dessiné par la ligne d’écume blanche qui marque le point de rencontre de la mer avec la terre, Sur la droite s’élevaient les falaises de l’Anse-Turin et de la Grosse-Roche, tout écorchées, rongées, crevassées par le choc des vagues qui les battent incessamment, comme des barrières qu'elles voudraient renverser pour passer outre. Au-devant, la ville avec ses luiles rougeâlres, et qui du large paraît comme un banc de coquillages échoué sur la grève ; derrière la ville, cette ceinture de mornes qui enveloppe la partie du mouillage, comme le demi-cintre d’un cirque romain. Plus à gauche s’ouvraient les grandes plaines des habitations Pécoul et Perrinelle, plantées de cannes à sucre, dont quelques carrés actuellement en fleurs, empanachés de leurs flèches argentines, brillaient au soleil comme un régiment de cavalerie, casque et plumet en tête, un jour de grande revue, tandis que d’autres pièces au feuillage vert-tendre contrastaient avec Je gros-vert sauvage des forêts de la Montagne-Pelée, Celle-ci enfin, avec sa têle chenue et vraiment pelce par les vents, avec ses flancs ombrés ce noir et sa masse triangulaire, cabalistique, dominait le paysage, comme le trône de la divinité du lieu prête à s’élancer sous la forme d’une éruption volcanique, au grand effroi et tremblement de toute l'ile. Tout, jusqu’à celle fabrique de la batterie Sainte-Marthe, placée sur l’ayant-scène,. avec son pavillon national et la chapelle en ruines qui est à ses pieds, et qui laisse voir vide et à jour la petite fenêtre où pendait la clochette de quelque vieux ermite; tout dans ce tableau, l’immensité du ciel, l’immensité de la mer, l’immensité de la nature, et en regard cette ville, ce bastion, cette chapelle, témoignages de la présence et de la petitesse de l’homme, tout contribuait à former un des paysages les plus complets, une des plus majestueuses harmonies qu’on puisse voir.
M’étant approché de l’Anglais : — What do you think of that? lui dis-je. — 4 splendid colony, répondit-il. Ce mot de splendide résonnera à tout jamais dans le cœur d’un Martinicain.
Par un des beaux jours d’hivernage, qui sont ici les plus beaux jours, quand ils sont beaux , un jour que le ciel limpide et bleu, sans un nuage, la mer calme et diaphane, sans une vague, a. en face l’un de l’autre comme deux belles glaces, se reflétant à des profondeurs infinies ; par une de ces matinées (1) qui ne laissent à la Martinique rien à envier au printemps de la Grèce décrit par ses plus grands poëtes, le son du cor se ferait entendre, on se réveillerait aux roulements du tambour, aux grandes volées des cloches, à l’appel du canon; les fanfares de la trompette enflammeraient dans tous les cœurs le sentiment guerrier; chaque jeune homme - souhaiterait, non pas un Anglais, non pas un Américain à dévorer,
Optat aprum fulvumve leonem,
mais un Fer de lance; car ce jour-là serait le jour de la guerre, de la battue aux serpents, le jour des Morts pour le Fer de lance. La jeunesse se réunirait tout en armes dans l’une de ces grandes savanes qui servent de portes à la ville de Saint- Pierre ; les bannières des chefs déploieraient au soleil leurs riches couleurs et leurs franges dorées; on se répandrait dans la campagne à plusieurs milles, et à un signal donné toute cette armée, faisant volte-face, se renverserait sur la ville et pousserait devant soi tous les serpents cernés dans cette vaste enceinte. Aucun buisson, aucun trou, aucun hallier, aucun coin ne serait négligé ; on visiterait, on fouillerait, on examinerait tout, on feuilleterait chaque arbre afin de ne laisser échapper aucun des ennemis. Arrivé sur les bords de ces escarpements où la plaine se précipite en falaises et se fond en abîmes redoutables, les siéges en seraient faits, comme de hautes citadelles. Lei, l’adresse aurait les honneurs du courage ; c’est à qui escaladerait ces hauts lieux, les uns sur des échelles, les autreS suspendus aux lianes, aux pointes et aux fentes des rochers. Le fer, le feu, le soufre, feraient déguerpir l'ennemi des retraites qu’on pouvait croire inaccessibles.
(1) La matinée est aux colonies le plus beau moment de la journée : ce sont deux heures de printemps que la nature accorde chaque jour à ces heureux climats.
Cependant la troupe moins ingambeet moins hardie des vieillards et des hommes mariés se tiendrait échelonnée et embusquée le long de cette circonvallation tracée autour de la ville, et qu’on appelle les boulevards. Les serpents, obligés de fuir par ce passage, achèveraient d’être immolés, sans que personne eût à courir un danger. C’est ainsi qu’en France le chasseur attend le long d’une coupe de bois le chevreuil ou le rusé renard, poussé par la meute des chiens ou des batteurs.
Enfin, la chasse finie, des monceaux de Fers de lance seraient livrés aux flammes! charmants auto-da-fé que l’histoire ne couvrirait jamais d’anathèmes! Je voudrais ensuite qu’on se rendît au temple de Dieu, — car toujours au Seigneur tout honneur, -— qu’on célébrât des actions de grâces comme pour la plus belle victoire, que l’église entonnât ses plus beaux chants, ceux qu’elle a chantés pour Rocroy ou pour Austerlitz; puis la fête se terminerait par des couronnes distribuées aux plus heureux d’entre les vainqueurs, aux héros de la journée, par des festins, par des chants, par des danses, avec toute la pompe enfin du plus pompeux des opéras.
Cette fête se renouvellerait chaque année et dans toutes les communes de la colonie.
Risum tenealis, amici,
Qu'’étaient-ce donc que tous ces jeux isthméens, néméens, pythiques, olympiques, etc., etc.? Nétaient-ce pas des solennités consacrées au souvenir de la délivrance d’un pays de quelque monstre semblable au Fer de lance?
Ex illo celebraitus honos, lætique minores Servavère diem, ....
dit Evandre célébrant la commémoration de Cacus, semihominis Caci, étranglé par Hercule. (ViRGILE, L VIN.)
Aux Etats-Unis, dans les environs de la montagne de Castkell et du lac George, les habitants sont obligés par la législation de l'Etat de se réunir à certaines époques, et de faire des battues qui détruisent quatre à cinq cents reptiles chaque fois.
« Quelques accidents, dit M. Paulet, bien constatés par suite « de la piqûre de la vipère, ayant eu lieu à Fontainebleau, le « jury de médecine du département de Seine-et-Marne, le «maire de Fontainebleau, le préfet du département, le sous-
« préfet de l’arrondissement, s’empressèrent de se concerter « surles moyens de prévenir lesaccidents. Uneaffiche où respi- « rent l'humanité et la bienfaisance promit une récompense à « CEUX qui mettraient à mort les vipères ou les rapporteraient « vivantes. L'effet de cette précaution a étési heureux qu'aucun « accident de ce genre ne fut plus observé, et qu’on prit en « 1804 quinze vipères parmi lesquelles se sont trouvées deux « femelles, dont l’une avait seize œufs dansle corps et l’autre « six. Cette mesure de sûreté a fait beaucoup d’honneur à « l'administration départementale et municipale. » En 1856, le conseil général de ce même département de Seine-et-Marne a voté 8,000 fr. de prime pour la destruction des vipères. (Journal des Débats, 2h septembre 1856.)
Dernièrement M. Arnoux me racontait qu’à son retour de France, lorsqu'il brûlait encore du feu sacré de l’émulation européenne, il avait consacré tous ses dimanches à la chasse des serpents sur l'habitation de madame sa mère, située dans la banlieue de Saint-Pierre. Aidé d’un nègre, il furetait dans tous les trous et dans toutes les terres incultes ou cultivées, tuait chaque fois un ou deux serpents, si bien qu’il parvint à purger l'habitation de leur présence, car il finit par n’en plus trouver (1).
Et moi, j'ai fini les deux premières parties de cette enquête, qui sont les principales (puisque ce sont elles qui apprennent à détruire le reptile par l'étude de ses mœurs, et à guérir les cruelles morsures qu’il produit, par l’étude des traitements les plus efficaces). Le long temps que j'ai mis à terminer ce travail, dû en grande partie aux obstacles apportés dans le mode de publication, m’a servi à le compléter; car j'ai pu recevoir des renseignements nouveaux, faire des rectifications provoquées par la lecture des articles au fur et à mesure qu'ils paraissaient. Ceci me paraît un gage d'authenticité, car
(1) Depuis que j’ai livré mon dernier article à l’impression, obligé de me retirer quelque temps à la campagne de mon frère, pour rétablir ma santé, j'ai profité de mon loisir pour exécuter en petit cette battue que je propose. Et le long d’une lisière qui borde l’avenue d’entrée, lieu où l’on passe cent fois et le jour et la nuit, où jouent des enfants, M. Arnoux et mei nous avons fait tuer sept serpents! Que d’autres lieux, et des plus proches de nos demeures, seraient trouvés aussi infestés, si on voulait y faire les mêmes recherches !
chaque article a été publié coram populo, et sous le coup de la contradiction de tout un chacun. J'ai à m’excuser desidigressions, hors-d’æœuvre, fioritures,
Bullatis, ut mihi, nugis
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