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VIL.—Amputation du bras au vingt et unième jour après la piqûre.— Tétanos au dix-huitième jour après l'amputation.— Opium.— Guérison.
Jeune nègre appartenant à M. Adclphe Rondeau : vingt ans, très-robuste. Piqué à la main par un serpent, le 27 septembre 1842, fut pansé parun des meilleurs panseurs du quartier, environ une heure après l’accident. Cela n’empêcha pas qu’un vaste phlegmon ne s’ersuivit, avec destruction de la plus grande partie de la peau de l’avant-bras et du bras; jusque près l’insertion du deltoïde, les os du carpe et l’extrémité des deux os de l’avant-bras étaient à nu. Le 16 octobre, je fis l’amputation à la partie supérieure de l’avant-bras, à quatre travers de doigtde l'articulation, en un point où le tissu cellulaire était encore empâté et visiblement malade. La plaie fut ferméepar des bandelettes agglutinatives médiocrement serrées. Je n’espérais pas une réunion par première insertion. Dès la première nuit, lemalade sommeilla beaucoup plus paisiblement qu'il ne l’avait fait depuis l'accident. Tout alla bien jusqu’au 3 novembre : la cicatrisation se faisait, les lèvres de la plaie s'étaient dégorgées, une partie de la peau que j'avais voulu conserver était tombée en gangrène. Il y avait une saillie de l’os de 2 lignes. Le 3 novembre, dix-huitjours aprèsl'opération, ce jeune nègre, qui se croyait presque guéri, se mit à la croisée dès quatre heures du matin, à cette époque de l’année où les matinées commencent à être fraîches; il y fuma pendant une heure. Le lendemain 4, il se plaignit d’une difficulté d’avaler et d’une certaine roideur des mâchoires et des muscles du cou et de la nuque. Ce trismus, qui signale toujours l'invasion du tétanos, me donna l'éveil, et ce fut alors que j’appris l’imprudence commise par le malade. Je prescrivis 15 centigrammes d’opium en 12 pilules, dont une d'heure en heure, et le soir 7 grammes de sirop diacode. Le lerdemain 5, le trismus avait fait des progrès; il permettait à peine d'ouvrir la bouche. Le malade éprouvait quelques soubresauts lorsqu'on entrait dans sa chambre; le pouls était très-fréquent, et cependant la chaleur était modérée, les sueurs abondantes; il y avait eu dusommeil. Le malade demandait dts aliments; toutes ses autres fonctions n’offraient point de modification notable; la plaie était pâle, et la suppuration un peu tarie. Il y avait aussi constipation et un peu de difficulté
à uriner. Les choses restèrent à peu près ainsi pendant deux jours. Le malade prit durant ce temps 55 centigrammes d’opium : les soubresauts disparurent, puis la roideur des mâchoires, qui persista encore deux jours. Le 13, le malade était bien. La cicatrisation de là plaie acheva de se faire. Le 12 décembre, le nègre remonta chez son maître.
Je ne puis douter qu’il y ait eu là un commencement de tétanos assez prononcé pour ne pas pouvoir être méconnu. J'ajoute que c’est le seul cas de tétanos traumatique que j'aie vu guérir depuis que j'ai étudié la medecine. Il n’en est pas de même du tétanos spontané, dont j'ai vu au contraire tous les cas guérir. D'où vient cette différence ?
Il est très-probable que le traitement appliqué dès le début, alors que le tétanos n'était pas conformé, a été une circonstance favorable à la guérison.
Le développement du tétanos au dix-huitième jour est aussi à remarquer, car presque toujours c’est du dixième au douzième qu'il débute. Avant cette observation, lorsque je dépassais le quinzième jour, je croyais mes opérés à l'abri de cette redoutable complication.
VIIL — Hémiplégie sept heures après la piqüre, rebelle à tous les moyens médicaux et disparaissant momentanément dans l’excitation de la colère.
Unenégresse africaine, âgée de trente-cinq ans, dans la colonie depuis vingt-cinq ans, sur l'habitation Vinancourt, d’une forte constitution, fut piquée, en prenant de la bagasse le 23 mai185#, à la main gauche par un serpent ayant 80 centimètres. Il était onze heures du matin. Elle se rendit aussitôt à sa case. La main enfla, mais modérément; la malade ne paraissait pas beaucoup souffrir; elle ne fut pansée qu’à trois heures de l’après-midi, quatre heures environ après l'accident. Le pansement consista en ventouses, en plusieurs doses d’une infusion de poivre de Guinée et de racine de trèfle dans du tafia, et en applications sur la morsure de différentes plantes pilées. Jusqu’à six heures du soir, il ne paraît pas qu’il y eût rien d’extraordinaire. Mais alors, la malade ayant été abandonnée par le panseur (m'’écrit M. le Lorrain, propriétaire de
l'habitation, homme d’une haute intelligence), la femmeen profita pour boire tout d’un Coup une grande quantité d’eau fraiche.Uneheureaprès, le panseur, à son retour, la trouva ne pouvant ni s’exprimer ni remuer tout le côté droit ; elle avait perdu l’usage de la parole et presque entièrement le mouvement du bras droit et du membre inférieur du même côté. On se. borna à lui faire des frictions huileuses et à la faire suer par des boissons diaphorétiques. Comme la paralysie persistait, on apporta cette femme à l’hôpitalle 2 juin. Elle pouvait faireentendre des sons, mais sans les articuler; de temps en temps, il lui arrivait de prononcer des mots très-distincts ; elle imprimait à sa langue tous les mouvements qu’on lui commandait, on n’y saisissait ni lenteur ni déviation. Elle marchait mieux que durant les premiers jours, mais traînait un peu la jambe; le bras au contraire était ballant le long du corps etsusceptible de moins de mouvements que le membre inférieur. La sensibilité était parfaitement conservée partout. On ne distinguait aucune enflure, ni aucune trace de la piqûre primitive; l'intelligence et tous les sens étaient intacts, l’appétit et le sommeil bons.
En l’absence de tout traitement établi, je soumis cette femme à des vomitifs répétés de deux jours l’un, à des vésicatoires à la nuque et à des bains de vapeur.
La marche devint plus facile au bout d’un mois; mais l’amélioration n’augmentant pas et toutes les fonctions organiques étant en bon état, la négresse fut renvoyée à son maître.
J'appris qu’en arrivant sur l’habitation, ayant su que son homme avait convolé à d’autres amours, elle fut prise d’un accès de jalousie pendant lequel on fut étonné de l’entendre parler très-distinctement; puis avec le calme, le mutisme recommença.
J'ai revu cette négresse environ deux ans après: elle était absolument dans le même état. Je la fis soumettre à l’action d'appareils galvaniques qu’un confrère avait apportés de Paris; mais après plusieurs applications, n’en obtenant aucun bon effet, elle ne voulut plus continuer cette médication.
J'ai vu quatre fois de ces paralysies de la parole; dans ces quatre cas, les symptômes locaux de la piqûre avaient été peu prononcés, et la perte de la parole fut durable, je n’en ai jamais vu la fin, quoique j'aie pu suivre les malades pendant plusieurs années.
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Quelques observateurs affirment avoir vu le mutisme survenir très-peu d’instants après la piqûre. Il est à remarquer que dans ce cas, ce fut environ sept heures après. Quelle à été . l'influence du verre d’eau fraîche sur la détermination de cet accident, c’est ce qu’il n’est pas facile d’abstraire. On sait combien l'esprit est prompt à rapporter à une dernière circonstance souvent insignifiante la cause de graves accidents qui lui ont succédé; il y a surtout contre l’eau fraîche une prévention populaire dont il faut tenir compte.
Dans ce cas, les accidents locaux furent presque nuls. fl en arrive toujours ainsi lorsqu'il y a un développement rapide des symptôme généraux et sympathiques; il semble que le poison absorbé aussi rapidement n’ait pas le temps d’agir localement. C’est une condition pour que l’action générale ait lieu. Les belles et nombreuses expériences de Fontana ont confirmé cette observation. Il a vu dans ces cas la maladie générale se produire dans le même temps que la maladie locale, c’est-à-dire en moins de quelques secondes. |
IX.— Hémiplégie et perte de la parole cinq heures après une piqüre.
Jeune négresse, vingt-six ans, de l’habitation Beauregard (Rivière -Pilote), piquée à la racine de l’ongle du petit doigt par un serpent de 14 pouces. Quinze heures après, elle commença à ressentir le commencement d’une attaque de paralysie à l'extrémité des doigts de l’autre main; vingt-quatre heures après, le mouvement était impossible dans le bras et la jambe du même côté : il y avait hémiplégie complète et perte de la parole; la sensibilité était conservée ; les symptômes locaux étaient peu prononcés. Dix-huit mois après, la paralysie persistuit et avait résisté aux révulsifs les plus énergiques.
Presque tous les cas de paralysie que j’ai observés à la suite de la piqûre du serpent sont restés incurables malgré les traitements les mieux dirigés, les plus variés et les plus.persévérants.
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