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Rapport sur les animaux destructeurs du serpent Fer de lance des Antilles, par une commission composée de MM. A. Passy, DARESTE, DUMÉRIL, LOBLIGEOIS, PECOUL, PRÉVOST et RUFZ, rapporteur.
Messieurs,
Il vous a été lu, dans la séance du 28 mai, un très-intéressant mémoire de M. le comte de Chastaignez, membre de la Société, résidant à Bordeaux, sur l'introduction aux Antilles des diverses espèces d'animaux destructeurs des serpents. Propriétaire d’une habitation à la Martinique, M. de Chastaignez est à même d'apprécier quel fléau est pour cette colonie le bothrops lancéolé. De tous les reptiles venimeux c’est le plus redoutable; sa morsure fait périr à la Martinique plus de cinquante personnes par an, sans compter un grand nombre d’autres qui restent estropiées à la suite de cet accident. Sa fécondité ajoute encore à la terreur qu’il inspire, car ses portées sont souvent de cinquante à soixante petits. M. de Chastaignez a pensé avec raison qu’il pouvait ranger ce terrible
reptile dans la classe des animaux nuisibles, contre lesquels l’article 2 de nos statuts recommande l’acclimatation des espèces qui en sont dans la nature les antagonistes. Parmi ces espèces, M. de Chastaignez vous propose l’ichneumon d'Égypte, les mangoustes de l’Inde, le hérisson et l’oiseau appelé Secrétaire du Cap.
La commission que vous avez nommée pour examiner ce travail, et dont j'ai l'honneur d’être le rapporteur, est d'avis d'accueillir la proposition de M. de Chastaignez, et de la recommander aux membresde la Société qui habitent les pays où se trouvent les espèces qui peuvent servir d’auxiliaires contre le bothrops lancéolé, avec prière de faire parvenir ces espèces à la Martinique. La commission pense que la destruction d’un aussi dangereux animal est digne d’être mise au nombre des prix de la Société, et qu’une somme de 1,000 fr. devrait être accordée à l’acclimatation à la Martinique, soit de l’ichneumon d'Égypte, soit des mangoustes de l’Inde ou du secrétaire du Cap, s’ils sont destructeurs du bothrops lancéolé.
M. Rurz a fait suivre son Rapport des renseignements suivants, que nous donnons à l’appui.
Pour avoir une idée de la mortalité qu’occasionne la piqûre du serpent, j'ai essayé d’une statistique approximative. Mes renseignements ont été pris auprès de quelques habitants éclairés, et surtout de MM. les curés, toujours assez bien au fait de ces accidents qui excitent une sorte d'émotion publique; il est résulté que pour toute la colonie, dont la population s'élève à 125,000 âmes, la mortalité de la piqûre du serpent, portée à cinquante personnes par an, n’est pas au-dessus de la vérité. Cette mortalité a lieu principalement parmi les travailleurs des champs, hommes adultes en plein rapport pour la société coloniale. On peut, toujours approximativement, l'évaluer à un vingtième des personnes piquées. Chaque personne piquée est mise hors de travail pendant quinze jours ou trois semaines au moins, et un très-grand nombre de ces dernières restent estropiées pour le reste de leur vie. Car la piqûre du serpent n’entraîne pas seulement la mort, elle laisse bien d’autres infirmités, de vastes abcès, origine d’ulcè-
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res incurables, des cancers, des nécroses des os, des gangrènes, des engorgements du tissu cellulaire, des céphalées opiniâtres, des paralysies, des amauroses et même la perte de la parole. Nommé médecin de l'hôpital civil, créé en 1850 après l'émancipation, j'ai eu en moyenne pendant six ans à faire trois amputations de membres par an, par suite de la piqûre du serpent, sans compter d’autres opérations de moindre gravité. M. de Luppée, qui m’a succédé dans ce service, m’écrit que la même proportion acontinué de se présenter depuis mon départ.
Vous voyez, d’après ce tableau, que j'ai appuyé dans mon enquête de preuves plus détaillées, de quelle conséquence est pour la Martinique la piqûre du serpent. Aussi M. le docteur Guyon, qui s’est occupé du même sujet que moi, a-t-il eu raison de s'écrier «que le Fer de lance était une véritable calamité « pour les îles qui en étaient affligées, car il ne se passait pas « de jour qu'il ne fît des victimes, et que sa destruction serait « pour ces contrées un bienfait non moins grand que la dé- « couverte de Jenner pour le monde entier. »
Il semble qu’un pays en proie à un pareil fléau ne devrait avoir rien de plus à cœur que de s’en affranchir. Cependant, je dois le dire, l’insouciance, l’apathie de notre population à cet égard est incroyable. C’est presque, j'oserai le dire, la stupide résignation du désespoir. Ce que j'écrivais en 1840, ce qu'écrivait M. Guyon en 1814, est encore vrai aujourd’hui. « L’habitant de la Martinique s’est résigné à vivre ayec son « ennemi; depuis longtemps il n’entreprend plus rien contre « lui. On lui a fait sa part : à luiles halliers, les bois, tout ce « qui n’est point habité par l’homme; on nele recherche que « lorsqu'il se montre sur les terrains cultivés. »
Ce n’est point, Messieurs, qu’on ne songe point au serpent à la Martinique. On peut dire, au contraire, qu'il est toujours et partout présent. 11 entre dans la combinaison de toutes nos pensées et de toutes nos actions. Sous la hutte du noir, dans ces contes et fabliaux où se plaît l’imagination des hommes primitifs, le serpent, le compère serpent joue toujours le principal rôle. On dirait la continuation de celui qu’il a joué auprès de nos premiers parents. A la table du riche habitant, dans son salon, le serpent a toujours sa part dans la conversation; à la porte de l’habitation, dans ces veillées que
l’on passe au grand air pour respirer les fraîches du brises soir et se remettre de la chaleur du jour, le serpent fournit l’anecdote du jour, et tient lieu des incendies, vols et assassinats qui font les faits divers de vos journaux; mais ni la crainte du voleur ou de l’assassin qui menacent vos nuits, ni la préoccupation de vous sauvegarder du heurt des voitures et de ces mille accidents qui encombrent les rues d’une grande ville, n’égalent la préoccupation du serpent pour habitant de nos campagnes. S'il marche dans les champs, ses yeux sont sans cesse aux aguets; il les porte à droite, à gauche, en haut, en bas. Cela est devenu une sorte d’acte instinctif. Au moindre frôlement des herbes, ce n’est pas au vent, ce n’est pas à l'oiseau, ce n’est pas à tout autre insecte qu’il songe, c’est au serpent. S'il gagne le soir sa demeure, il ne se confie point à la lueur des étoiles ou même de la lune, il se fait précéder d’une torche résineuse pouréclairer le chemin, et s’arme d’un bâton, dont il sonde les moindres broussailles. Il n’est pas rare de voir les nègres se réunir par troupes pour profiter d’un même flambeau, et défiler ainsi le long des mornes. Dans ces marches nocturnes, lorsqu'il arrive un accident, ce n’est pas le premier en tête qui est atteint ; on a remarqué que c'était plutôt un des derniers, soit que l’animal n’ait pas été éveillé de suite, soit qu'il ait voulu prendre son temps pour mieux viser son coup. Cette pensée du serpent nous entre dans la tête avec le jour qui ouvre nos yeux; que dis-je? elle assaille notre sommeil et nous suscite les plus affreux cauchemars; vient-on à poser le pied par terre, au milieu de la nuit, on croit toujours sentir l'impression du froid que fait sentir le reptile. Dernièrement, aux portes de la ville de Saint- Pierre, une négresse s’éveille aux cris de son enfant malade, elle enflamme une allumette, et tout aussitôt d’entendre le bruit d’un-jet ou d’un ressort qui se débande; la malheureuse enlève son enfant, se précipite par la fenêtre et crie : « Au serpent! » On accourt; c'était en effet un bothrops lancéolé de 4 pieds qui, lové sur une étagère, s'était, au bruit et à l'éclat du feu, lancé au hasard. Je pourrais multiplier de pareils récits à l'infini.
Je dirai tout en un mot. Le serpent Fer de lance, à la Martinique, inquiète tout travail et tout plaisir; il est appendu sur la colonie comme l’épée sur la tête du Sicilien Damoclès. Mais,
triste effet de l’habitude ou plutôt, comme l’appelle M. de Chastaignez, de la routine, cette rouille de l’esprit dont votre Société a entrepris de débarrasser l'esprit humain, le Martinicain, je le répète, s’est habitué au serpent. Ce qui fait penser que Damoclès lui-même se serait habitué à son épée, et aurait achevé sans souci le festin du tyran de Sicile, si l’expérience qu'avait imaginée Denis s'était prolongée seulement quelques minutes.
J'ai insisté, Messieurs, sur cette obsession qu’exerce le serpent, pour vous donner une idée du service que vous rendriez à la Martinique, si jamais vous parveniez à la délivrer d’une pareille tyrannie.
Ge n’est point ici le lieu d'entrer dans les détails de l’histoire naturelle de cet animal. J’ai longuement exposé dans mon enquête, avec l’aide de la colonie entière, dont je n’ai été que le secrétaire, les mœurs du bothrops lancéolé, sa physiologie, et surtout la pathologie qu’entraine sa piqûre et les moyens thérapeutiques qu’on lui peut opposer. Je m'occupe, en ce moment, avec l’aide et l’encouragement de votre savant secrétaire, M. Auguste Duméril, de publier une nou-
velle édition de ce travail,
Je dois pourtant, pour achever de vous édifier sur le Ps de ce monstre, car je ne puis l’appeler autrement, rappeler que votre vipère de 2 pieds à 2 pieds 1/2 au plus, n’est que la miniature de notre bothrops; que le plus grand nombre de ceux que l’on rencontre ont de 4 à 5 pieds; qu'il n’est pas rare d’en trouver de 6 : le plus long que j'ai vu avait 6 pieds 1/2.
Les premiers historiens des Antilles, Dutertre et Labat, parlent d'individus de 8 à 9 pieds de long et de 3 à 4 pouces de diamètre. La tradition raconte que les premiers Européens qui tentèrent la colonisation de la Martinique furent obligés de se rembarquer par l'horreur que leur inspiraient les serpents dont l’île était alors infestée, Permettez-moi, enfin, par une sorte d'artifice oratoire pour achever de gagner votre conviction et votre intérêt, de produire ici un individu de la terrible tribu dont nous parlons, un bothrops lancéolé, pris au hasard dans le cabinet du Muséum. Considérez ce hideux animal, voyez cette couleur sombre et cette forme ronde qui le rendent d’autant plus perfide que
c’est la forme des branches d'arbres ou la eouleur de la terre sur lesquels il repose souvent, et dont l’œil ne saurait le distinguer. Voyez cette large gueule et ces longs crocs plus rapides et plus mortels qu’un pistolet à double détente, et lisez surtout cette terrible inscription : « Serpent qui a tué deux hommes. » ,
La. pullulation de ce monstre n’est pas moins effroyable que son aspect; tous ceux qui l'ont étudié lui ont- attribué des portées de cinquante à soixante petits J’en- ai trouvé une de soixante-cinq. Aussi le rencontre-t-on par centaines. Lun de nos collègues qui, lui aussi, avait déjà appelé votre attention sur ce sujet, l'honorable M. Pécoul, peut vous attester que dans le nettoyage des savanes de son habitation, environ quelques hectares de terre, on en a tué trois cents
Je n’ai parlé jusqu’à présent que des dangers que le serpent fait-courir à l’homme. Je dois ajouter qu’il n’est pas moins redoutable aux autres animaux. Il est carnivore et se nourrit de tous ceux dont les dimensions lui permettent d’en faire sa proie. On a retiré de son ventre des poules et leurs couvées, et jusqu’à de jeunes chevreaux. Aussi le trouve-t-on souvent dans les poulaillers, où il fait autant de ravages que votre renard. Il est le fléau des oiseaux, dont il envahit les nids et dont les cris souvent révèlent sa présence et semblent appeler l’homme à leur secours. Le cheval se cabre à son aspect et tombe sous son venin; j'ai vu le bœuf lui tendre des cornes impuissantes. Toute la nature animée l’a en horreur. Mais s’il est l'ennemi de tout le monde, par un juste retour tout le monde lui est hostile.
« Les cochons, les chats, beaucoup d’autres animaux font la « chasse aux reptiles ets’en repaissent avec avidité. Peut-être « leur préservatif ne consiste qu’à savoir diriger leurs attaques « de façon à n'être pasmordus, ou peut-être, en cas d'accident, « la chair même du serpent, qu’ils mangentle plus ordinaire- « ment, leur sert d’antidote. (FOUCHER D'OPSONVILLE.)
La poule elle-même si craintive, en attendant qu'elle soit mangée par les gros bothrops, écrase de son bec et mange les petits bothrops; le chien l’attaque résolûment : on a vu jusqu’au rat se défendre contre iui. En 14842, pendant que j'écrivais mon enquête, et qu’en face de ce terrible animal, j'agitais, en moi-même, comme bien d’autres sans doute,
cette téméraire question : « De quelle utilité le serpent et ses semblables, si funestes à l’homme, peuvent-ils être dans la création ? » je vis un jeune chat entrer dans mon cabinet, tenant en sa gueule un petit serpent qui se débattait contre lui. Je reçus ce petit accident comme un avertissement, comme une leçon qui m'était donnée par cette providence divine, dont la sagesse infinie est pour nous un point de repère si sûr dans nos embarras d'esprit. Je compris que le serpent, les insectes et leurs congénères ne sont qu’une circonstance de ce grand problème du bien et du mal sur la terre, destiné à exercer la liberté et la sagacité de l’homme, et sans lequel nous ne saurions concevoir cette liberté.
Il n’est pas probable que Dieu, ce grand donneur, comme l'appelle Montaigne, qui nous a donné tant de choses et tant de choses superflues, nous ait laissés désarmés contre les surprises d’un aussi vil animal que le serpent. S'il s’est réservé, comme le dit fort bien M. de Chastaignez, à lui seul le pouvoir de créer, il a donné à l’homme celui de modifier la création, qui est après, la plus grande puissance donnée sur la matière (1).
Or l’acclimatation, telle que vous l’avez conçue, est l’une des plus grandes et des plus belles applications de cette puissance ! C’est à l’occasion du bothrops lancéolé, et en considérant le secours que l’acclimatation de certains animaux pouvait nous apporter contre lui, que j'écrivis ces mots que M. votre secrétaire a bien voulu rappeler, comme une recommandation pour moi lorsque vous m’avez fait l'honneur de me recevoir :
«C’est une des belles parties de notre histoire que cet « échange géographique des ressources de la terre, ces colo- « nisations de plantes,d’arbres, d'hommes et d’animaux : cela «agrandit l’existence humaine ; que de belles branches de «commerce pourraient en sortir! » :
En effet, je recherchai alors, dans les trois règnes de la nature, tous les moyens, tous les auxiliaires, animés ou inani-
més, minéral, plante ou animal qui pourraient nous servir
(1) Linné, parlant de la morsure du serpent, s'exprime ainsi: « Impe- « rans beneficus hamini dedit Iudis ichneumonem cum ophiorrhiza ; Ame- « ricanis suem cum Senega; Europæis ciconiam cum olev et aleali, »
contre le serpent. Ce serait trop abuser de la bienveillance avec laquelle vous avez bien voulu m'’écouter, que de reproduire cette longue étude qui ne contient pas moins de quinze à vingt pages de l'enquête.
« Toute les contrées du globe, dit M. Schlegel, offrent cer- «tainsmammifères qui poursuivent les serpents avec une ar- « deur acharnée: chez nous ce sont principalement le blaireau, « le hérisson, les belettes, les martes et les putois qui con- « tribuent à la destruction des serpents ; dans les contrées tro- « picales de l’ancien continent, ilsrencontrent des ennemis «terribles dans la civette, les mangoustes et d’autres carni- « vores. »
Je me bornerai à examiner les nouveaux animaux qui nous sont proposés aujourd’hui, et que nous devons au généreux esprit qui anime la Société d’acclimatation : ce sont les mangoustes, les hérissons et l’oiseau appelé Secrétaire ou Serpentaire du Cap.
Les mangoustes sont de petits quadrupèdes de la grosseur environ d’un chat et placés par les naturalistes dans l’ordre des carnassiers. On en compte au Muséum (Catalogue de M. E. Geoffroy Saint-Hilaire) huit espèces. Deux de ces espèces ont paru à M. de Chastaignez propres à l’office que nous leur destinons.
La première est la mangouste d'Egypte ( viverra ichneumon); elle n’est autre en effet que l’ancien ichneumon, que les souvenirs classiques recommandent à notre vénération comme l'ennemi des crocodiles. Cet animal avait gardé quelque chose de fabuleux, que lui à fait perdre l’observation réelle et de visu de M. Geoffroy Saint-Hilaire ( Mémoire sur les mammifères de l'Egypte). Nous ne saurions trouver ailleurs de plussûrs renseignements. En effet, d’après Buffon, tous les naturalistes avaient répété que la mangouste ou ichneumon est domestique en Egypte, comme le chat l’est en Europe. Les paysans, suivant Buffon, en apportaient de jeunes dans les marchés; on s’en servait pour détruire les rats et les souris, et les Egyptiens s’amusaient, dit-il, de leur douceur et de leur aimable familiarité.
«La vérité, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, est qu’on n’est « dans aucun temps parvenu, en Egÿpte, à rendre l’ichneu- «mon domestique ; l'espèce y est partout à l’état sauvage :
«on n’en apporte de jeunes individus aux marchés que quand « par hasard on en trouve d’égarés dans les champs, et si, «parce qu’on en tire quelques services, on les souffre dans «les maisons, ils s’y rendent bientôt à charge en étendant «leurs ravages sur les animaux de basse-cour. »
Le même auteur nous montre l’ichneumon comme ayant cinquante centimètres de long et peu élevé sur ses pattes. Il est d’une grande défiance et d’une extrême timidité ; aussi est-il assez rare de l’apercevoir et bien difiicile de l’approcher. Il a un ennemi très-acharné à sa destruction, c’est un petit lézard qui vit des mêmes proies, qui use des mêmes artifices pour se les procurer. Il n’est guère plus gros que l’ichneumon, mais comme il est plus agile, il en vient facilement à bout.
Où a reconnu généralement que l’ichneumon ne détruit pas le crocodile à la façon que raconte Hérodote, c’est-à-dire en s’introduisant par la gueule dans son corps durant le sommeil et lui rongeant les entrailles, mais qu’il mange ses œufs déposés dans les sables du bord du Nil. M. Geoffroy Saint- Hiïaire fait observer que ce n’est pas par une antipathie particulière qu’il se jette avec tant d’ardeur sur les œufs de crocodiles, mais parce que les œufs de tous les animaux indistinctement sont la nourriture qu’il cherche.
Tous les auteurs anciens, il est vrai, disent quel’ichneumon détruit les serpents. Aristote ajoute qu’à cause de sa grande timidité il ne combat jamais avec le gros serpent qu’en: appelant d’autres ichneumons à son secours. Aussi, au dire d'Horapollon, sa figure dans le langage hiéroglyphique servait-elle à exprimer un homme faible qui ne peut se passer du secours de ses semblables. Élien rapporte que l’ichneumon se livre seul à la chasse des serpents, mais que c’est en usant de toutes sortes d'artifices et de précautions : il se roule dans la vase, qu’il sèche ensuite au soleil; dans cet équipage de guerre et sous la protection de cette espèce de cuirasse, ainsi que l'appelle Plutarque, l’ichneumon se jette sur les plus grands serpents, en ayant soin, toutefois, de préserver son museau par sa queue qu’il replie autour.
Après de pareils renseignements, on se demande de quel secours ce petit animal de 50 centimètres de long, sansaucune arme défensive particulière, si timide, si lâche, qu'un petit
lézard de moindre dimension que lui en vient facilement à bout, pourrait être contre nos bothrops de 6 à 7 pieds, contre leurs crocs si affilés et surtout contre leur venin? Que pourraient ces prétendus artifices dont parlent Élien et Plutarque? Ajoutez que l’icheumon n’a pas la ressource de s’attaquer aux œufs, car le bothrops est ovovivipare, et son œuf, si on peut appeler ainsi les enveloppes membraneuses de son fœtus, se déchire à la sortie du cloaque et laisse échaper le petit qui, tout aussitôt animé par sa méchante nature, se love et paraît prêt à guerroÿer.
Enfin, l'inconvénient qui le rend si incommode aux habitants de la haute Égypte dont il dévore les poules et les pigeons, ne rendrait pas l’ichneumon très-sympathique à une. partie de notre population; je veux parler des nègres, dont ce petit bétail forme la fortune, et qui la plupart du temps ne le nourrit qu’en le laissant errer dans la campagne.
L’autre mangouste proposée est la mangouste viverra mung, dont Buffon a fait le genre mangouste; il paraît en avoir eu un individu en sa possession. Mais tout ce qu’il dit de ses mæurs et de son hostilité contre les serpents est puisé dans les Amænitates exoticæ de Kempfer. Kempfer a écrit en voyageur curieux plutôt qu’en naturaliste. A l’occasion de l’aophiorrhiza mungo, herbe très-amère qu’il offre comme antidote contre la, morsure des. serpents, il dit que le. nom de mungo lui vient d’une sorte de petite belette : « Mulstela quædam seu viverra Indis mungutia, Lusitanis ibidem mungo appellata. » Cette. mangouste, dans les combats qu’elle livre aux serpents, lorsqu'’elie se sent blessée, va se frotter sur l’ophiorrhiza mungo, et revient ensuite au combat sans craindre les effets du venin. C’est ainsi qu’elle en a appris l’usage aux hommes.
« L’on a prétendu, dit Foucher d’Opsonville, que la mangouste « avait recours aux feuilles de l’ophiorrhiza mungo pour se gué- «riret se préserver de la piqûre du serpent, mais comme cet « animal se trouve dans des endroits où il n’y a pas d’ophiorrhiza, « cette plante ne lui est pas nécessaire contre la morsure des « reptiles. » (F. D'OPSONVILLE. )
Je ne m’arrêterai pas à vous faire observer que ce que Kempfer dit de l’ophiorrhiza mungo a été dit de presque toutes les innombrables plantes préconisées contre la piqûre du serpent.
Le même Foucher d’Opsonville, page 86, dit, en parlant, de
l’ichneumon de l’Inde ou mangouste : « Il attaque les reptiles et en détruit beaucoup. J'en avais un que je fis châtrer; il me suivait comme un chat. Je fis un jour apporter une petite couleuvre d’eau vivante devant lui, son premier mouvement parut être celui d’un étonnement mêlé de colère, car d’abord il hérissa son poil; mais un instant après, se glissant derrière le reptile, tout à coup, avec une prestesse singulière, il Jui sauta sur la tête, qu’il saisit et brisa entre les dents. Ceci parut réveiller en lui un goût destructeur. J'avais chez moi des volailles de diverses espèces curieuses. Élevé au milieu d’elles, jusqu'alors il les avait laissées aller et venir sans y faire attention; mais à quelques jours de là, se trouvant seul, il les étrangla presque toutes, en mangea peu et me parut avoir bu le sang de deux. »
Mais comme Kempfer écrit aussi que ce petit animal s’apprivoise facilement, facile mansuescit, et qu’il en a eu un qui le suivait à la ville et à la campagne, à l'instar d’un petit chien, énstar caniculi, et qu’enfin il ne l’accuse d’aucun inconvénient, nous vous serions reconnaissant d’en demander quelques individus à nos correspondants de l'Inde, et particulièrement à M. de Montigny.
J'en dirai autant d’une mangouste, originaire de Madagascar, et que je vois signalée dans les catalogues de la science comme ayant été naturalisée aux îles de France et de la Réunion. (Geoffroy Saint-Hilaire, Catalogue du Muséum.)
J'arrive maintenant aux hérissons, qui sont les seconds animaux recommandés par M. de Chastaignez comme pouvant servir à la destruction des serpents.
Le hérisson (Erinaceus Europæus) est ce singulier petit animal devant lequel nous nous sommes tous plus d’une fois arrêtés avec admiration. Du museau à la queue il à de 6 à 8 pouces, n’est pas plus gros qu’un gros rat; il a surtout un pelage qui lui est particulier, qui offre en guise de poils de fortes épines qu’on ne peut toucher impunément. Le hérisson craint-il quelque attaque, il se ramasse, se roule en un globe et présente de tous côtés ses redoutables épines.
Le hérisson est rangé au nombre des ensectivores. Dans tous les livres d'histoire naturelle il est annoncé comme se nourrissant de hannetons, de scarabées, de grillons, de vers et de serpents. vi %
Un journal de la Martinique, le Propagateur, à eu l’idée de réclamer son assistance contre le bothrops lancéolé, car nous sommes disposés à appeler toute ia nature à notre secours. Voici, je crois, le fait qui a donné lieu à l’article du Propagateur :
Le Journal zoologique de Londres raconte que le professeur Buckland, soupçonnant que le hérisson pouvait manger les serpents, mit dans une cage une petite couleuvre anglaise, snake british, de l’espèce, dit-il, la plus inoffensive. Le hérisson se mit d’abord en boule sur la défensive; mais M. Buckland ayant poussé les deux adversaires l’un contre l’autre, le hérisson donna à la couleuvre un premier coup de dent, qui fut suivi d’un second. Puis il lui cassa l’échine, lui broya les os et se mit à la. manger en commençant par la queue, en avala la moitié et acheva le reste le lendemain ; après chaque botte portée au reptile, le hérisson avait soin de se mettre sur ses gardes en se roulant en boule et présentant les pointes de son armure. |
Ce fait a été répété par M. Bell et par M. Fennelle dans leur Histoire sur les quadrupèdes de la Grande-Bretagne qui-sont les écrits les plus récents sur la matière. M. Bell le qualifie de combat raconté à la manière antique.
Assurément, Ce fait est considérable. Nous l’acceptons comme une précieuse indication ; mais il est à regretter que l'adversaire du hérisson ait été une couleuvre de la plus innocente espèce, au dire même de l'historien du combat. Le hérisson serait-il aussi hardi, aussi fort contre le Fer de lance ? Vous connaissez les deux adversaires, jugez si vous l’osez.
Soit comme médecin, soit comme maire de la ville de Saint- Pierre, j'ai été plus d’une fois appelé à juger de ce prétendu antagonisme du serpent avec d’autres animaux dont on nous offrait l'assistance, et le peu de succès de ces épreuves vous expliquera peut-être mon scepticisme. On parle d’abord beaucoup dans le pays de l’antagonisme de la couleuvre indigène, appelée couresse, contre le serpent. J’ai longuement examiné cette question dans mon enquête; il existe des faits incontestables. On a trouvé des couresses qui renfermaient des serpents elles avaient avalés, mais ces serpents étaient toujours d individus beaucoup plus petits que les couresses. Et
la couresse n’ayant que deux pieds et demi dans sa plus grande longueur et étant très-fluette, je me suis toujours demandé comment elle pouvait avaler des bothrops de 4 à 6 pieds de long et d’un pouce et plus de diamètre. Le contenant peut-il être moindre que le contenu? Ce prétendu antagonisme de la couresse et du bothrops rentrerait donc dans la loi générale que tous les êtres animés, chien, chat, poule, cochon, etc., dévorent les petits serpents, en attendant qu’iis en soient un jour à leur tour dévorés.
On parlait beaucoup d’une couleuvre appelé Clibro (4) ou Tête de chien, plus grosse que la couresse et qui égale, si même elle ne surpasse en dimensions les plus gros Fers de lance. Cette couleuvre existe à la Dominique et à Sainte-Lucie, qui sont des îles voisines de la Martinique et qui n’en sont sépa-
(1) Le Clibro (Brachyruton plumbeum, coluber Constrictor, opisloglyphe) se trouve à Sainte-Lucie et à la Dominique. 11 y en a de 5 à 6 pieds de long et de :3 à 4 pouces de grosseur : deux cent trente-six plaques abdominales et soixante-douze sous-caudales. Le clibro est d’une couleur d’acier; il a le ventre blanc, et aussitôt qu’il a changé de peau, il brille comme du marbre. Sa tête est petite ei couverte de larges écailles, son œil bleu et terne: il a quatre dents à la mâchoire supérieure et deux à l'inférieure, et vit de reptiles et principalement du rat tail, bothrops Fer de lance, Le venin de ce dernier n’a aucun effet sur le clibro, J’ai vu, dit le lieuterant Tyler, des clibros mordus impunément par le Fer de lance ne pas discontinuer de l’avaler ; car le clibro ne tue jamais d’2vance sa prie, il l’avale vivante. J’ai retiré de son ventre des couleuvres ainsi avalées vivantes et qui continuaient très-bien de vivre après, Ayant placé dans un tonneau un clibro de même taille qu’un Fer de lance, quoique d’un diamètre deux fois moindre, le clibro saisit le Fer de lance par le milieu du corps et l’enroula autour de lui. Le Fer de lance le mordit jusqu'au sang. Ils s’arrêtèrent quelques instants. Le clibro, cachant sa-tête sous son corps, se glissa jusqu’auprès de la tête du Fer de lance, puis se précipita dessus, le saisit dans sa gueule, et commença ainsi la déglutition de son ennemi, opération qui dura trois heures, On m'a dit que le clibro, blessé par le Fer de lance, allait se frotter sur certaines herbes, J'ai plusieurs fois constaté qu’il ne prenait pas toujours cette précaution, (Proceedings of the Zovlogical Society. London, part. 17, 1849.)
Je n’ai pas hésité à rapporter cette expérience de M. le lieutenant Tyler, quoique si contraire à la mienne, De pareilles contradictions sont sans doute fort étonnantes, Cela prouve qu’il ne faut jamais s’arrêter à une seule expérience, et cela doit engager le Martinicain à remettre le clibro en face du Fer de lance, Mais je le répète, comment se -il qu’à Sainte-Lucie, il existe plus de Fers de lance qu’à la Martinique ?
rées que par un bras de mer de sept lieues de largeur. On attribuait à la présence de cettecouleuvre à la Dominique l’absence des bothrops lancéolés qui n’y existent pas, sans tenir compte qu’à Sainte-Lucie, le clibro se trouve en compagnie du Fer de lance, et que les Fers de lance sont même, au dire de quelques-uns, plus nombreux dans cette colonie qu’à la Martinique, parce que Sainte-Lucie est moins cultivée; on répétait sans cesse que le clibro devraitêtre introduit à la Martinique, A ma sollicitation, M. le contre-amiral Vaillant fit venir de Sainte-Lucie deux forts clibros, et en présence de la population de la ville de Saint-Pierre, invitée à ce spectacle pour le rendre plus authentique, je mis dans une cage les deux clibros contre un bothrops lancéolé, à peu près de même dimension qu'eux. Ils parurent vivre d’abord dans la meilleure intelligence. Lové sur lui-même et comme impassible, le bothrops lancéolé se tenait au fond de la cage, et ne perdait de vue aucun mouvement de ses adversaires. Ceux-ci, plus alertes, rampaient le long des parois ; les ayant poussés les uns contre les autres, afin de les exciter, le bothrops finit par mordre l’un des clibros jusqu’au sang: disons d’abord que cette blessure n’eut aucune suite, et clibros et bothrops laissés ensuite pendant plusieurs jours dans la même cage ne se firent aucun mal, et parurent mener véritablement une vie de famille. Tous les détails de cette expérience ont été publiés dans le journal {a France d'outre-mer (mars 1853). Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’à Sainte-Lucie et à la Dominique, les clibros sont sens destructeurs des volailles.
Pour en revenir au hérisson, je dois faire observer que cette singulière armure qui paraît le rendre formidable est plus à redouter en apparence qu’en réalité; elle est purement défensive. «Le renard sait beaucoup de choses, le hérisson n’en sait qu’une grande, disaient proverbialement les anciens : ii sait se défendre sans combattre et blesser sans attaquer. » C’est par cette phrase que Buffon commence son article du hérisson. Ajoutons que cette cuirasse n’est pas impénétrable, qu’elle n’enveloppe pas tout son corps; son museau, ses oreilles, ses pattes, ses flancs, le dessous de son ventre, n’ont point d’épines; aussi le renard et le chien terrier, au prix c de quelques égratignures, en viennent-ils à bout. Pensez- -vous que le bothrops serait moins hardi et moins adroit, et ne trouverait
pas le défaut de cette cuirasse pour y glisser ses 'dards venimeux ?
Quoique le hérisson soit un animal assez commun et qui se rencontre même dans les jardins, ses mœurs ne sont pas trèsbien connues; les naturalistes ne sont pas d'accord sur les aliments dont il se nourrit; il n’est pas sûr qu'il mange les rats, mulots et souris. Suivant M. Fennelle, il peut avaler de jeunes lapins et de petits chiens. Quelques-uns le rangent parmi les frugivores; mais ilne pourrait manger que les fruits qui tombent des arbres ou ceux qui sont à sa portée, car il n’est pas grimpeur. Enfin, M. White le représente comme mangeant les racines : « La manière dont il s’y prend pour couper la racine du plantain, dit M. White, est vraiment curieuse. Comme sa mâchoire supérieure proémine sur l’inférieure, il fait tourner la plante jusqu’à ce qu’il l’ait saisie par le bout de la racine et la mange jusqu'aux feuilles. »
Ce dernier fait m’a paru devoir être pris en grande considération dans l'introduction du hérisson à la Martinique. Vous savez tous que la canne à sucre fait la richesse de nos colonies ; elle est sucrée au ras de la terre, pour ainsi dire dès le collet de la racine. Tous les animaux en sont très-friands, particulièrement les rats qui en font de grands dégâts, car il suffit qu’ils lui impriment la dent pour que la canne soit perdue; elle fermente, rougit et se dessèche. Le nombre des cannes ainsi ratées sur Certaines habitations est considérable et forme une partie de la récolte. Aussi nos habitants exposés à ce dommage en sont-ils très-touchés; ils vont jusqu’à préférer dans leurs cannes la présence du bothrops à celle des rats, car il est reconnu que le bothrops est un grand destructeur de rats, qu’il n’attaque jamais l’homme, que bien qu'il soit trop multiplié, il ne l’est pas encore autant que le rat, et que, si jusqu’à un certain point on peut se préserver des uns, on ne saurait se garantir des autres.
Que serait-ce si le hérisson, qui mange les fruits et la racine du plantain, venait à prendre goût pour la canne et à faire concurrence aux rats? nos habitants ne trouveraient-ils ède pire que le mal? En 1843, la Société d’agriculda l'ordre de la Légion d'honneur pour l’importase de l'herbe du Para, graminée qui fournit un fourrage ex nt, et devait faire révolution dans notre
bétail. Aujourd’hui, l'herbe du Para a tellement envahi les cultures et exige des sarclages si ruineux qu’on demanderait non-seulement la croix d’officier de la Légion d'honneur, mais même celle de commandeur pour qui nous délivrerait de cet affreux parasite. C’est pourquoi je pense qu'avant d'admettre le hérisson dans notre société coloniale, il serait convenable de le tenter et de le mettre en rapport avec la canne pour voir comment il se comporterait envers elle. Gette expérience serait des plus faciles (1).
(1) Je crois devoir rappeler ici une note sur la valeur du hérisson comme animal à opposer au bothrops lancéolé, par M. A, Chavannes, docteur-professeur de zoologie, publiée dans le tome VI, N° du 3 mars 1359, du Bulletin de la Société d’'acclimatation. Cette note combat mes appréhensions sur l'introduction du hérisson à la Martinique. Personne ne désire plus que moi que l'opinion de M. Chavannes l'emporte sur la mienne. J’ai même fait des démarches pour que le Mäinistère de l’ Algérie et des Colonies nous expédiät des hérissons d'Alger. Le difficile est de trouver des personnes qui prennent soin de ces animaux pendant la traversée, Oui, il faut toujours en venir à l’expérimentation. Aucune considération à priori, aucune analogie, ne sauraient dispenser de faire une expérience, On doit s'attendre que, dans celte grande et belle œuvre si éminemment civilisatrice que se propose la Société d’acclimatation, il y aura bien des essais inféconds, c’est l’histoire de l’industrie humaine; mais sur des centaines d’expérimentations n’en réussirail-il qu’une seule, ce succès sera un immense bienfait qui obtiendra une éternelle reconnaissance. La société doit imiter la providence, qui, en toutes choses, sème à pleines mains pour récolter peu.
Note sur la valeur du Hérisson comme animal à opposer au Bothrops lanceolatus, par M. A. CHAvaNNESs, docteur-professeur de zoologie.
Dans les renseignements qui suivent le rapport sur les animaux destructeurs du Bothrops lanceolatus (p. 11 du Bulletin, 1858), M. le docteur Rufz fait le procès du hérisson, et le condamne comme impropre à lutter contre le serpent venimeux de la Martinique, Il est même disposé à regarder l'introduction du hérisson aux Antilles comme pouvant être dangereuse, si cet insectivore venait à prendre goût à la canne.
Sur ce dernier point et sur l’aptitude du hérisson à allaquer des ser- Po venimeux, M. Rufz sollicite de nouvelles cp ECS : il demande qu’on melte le hérisson en présence de la vipère € canne
Le hérisson attaque et mange les vipères sans ê c'est un fait mis hor: de doute par les belle (Schlungenkunde, Gotha, 1832, 1 vol, in-8).
Voici la traduction de ce qui se rapporte aux expériences de Leuz :
« Le 30 août, j’introduisis une grosse vipère dans la caisse où le hérisson allaitait tranquillement ses petits. Je m'étais assuré que celte vipère ne manquait pas de venin, car elle avait, deux jours avant, tué un serin en peu de minutes. Le hérisson la sentit bientôt (il se dirige par l’odorat plutôt que par la vue), se leva de sa litière, s’approcha sans précautions, flaira la vipère de la queue jusqu’à la tête el surtout à la gueule, sans doute parce qu’il y sentait la chair. La vipère commença à siffler et mordit le hérisson plusieurs fois aux lèvres et au museau : celui-ci, sans s’é— loigner, se lécha, et reçut une morsure à la langue ; sans s’en inquiéter, il continua à flairer la vipère et la toucha même avec ses dents, mais sans mordre. Enfin, il saisit la tête, la broya avec les crochets et la glande à venin, malgré les contorsions du serpent qu’il dévora jusqu’à la moitié. Après quoi il retourna allaiter ses petits; le soir, il acheva de manger la vipère commencée et en dévora une aulre petite. Le jour suivant, il consomma trois jeunes vipères, et demeura, ainsi que ses petits, en parfaite santé ; on ne remarquait ni enflure, ni rien de particulier à l’endroit où il avait été mordu,
« Le 1° septembre, le combat recommença. Le hérisson s’approcha comme la première fois de la nouvelle vipère, la flaira, et reçut pas mal de coups de dents au museau et dans ses épines. Pendant qu'il la flairait, la vipère, qui s’était fortement blessée aux épines, chercha à échapper, Elle rampait dans la caisse, le hérisson la suivait toujours flairant ; chaque fois qu’il s’approchait de la tête, il recevait une morsure. Enfin, il la retint dans un coin de la caisse : la vipère ouvre une large gueule en montrant ses crochets ; le hérisson ne recule pas. Elle s’élance, et le mord à la lèvre si fortement qu’elle y reste attachée ; il la secoue, elle décampe ; il la poursuit, et reçoit encore plusieurs coups de dents. Cette bataille avait duré douze minutes ; j'avais compté dix morsures qui avaient frappé le museau du hérisson, vingt qui s'étaient perdues en Vair ou sur ses épines, La vipère avait la gueule ensanglaniée par suite des blessures qu’elle s’était faites aux épines. Le hérisson saisit la tête entre ses dents, mais la vipère se dégagea. L’ayant alors prise par la queue, puis derrière la tête, je vis que ses crochets étaient encore en bonne condition.
« Lorsque je la rejetai dans la caisse, le hérisson la saisit de nouveau par la lête, qu’il broya ; il la mangea lentement sans s’inquiéler de ses contorsions, retourna ensuite à ses pelits et les allaila sans ressentir d’inconvénients, £
« Dès lors ce hérisson a souvent dévoré des vipères, et toujours en commençant par leur broyer la tête, ce qu’il ne faisait point pour les serpents non venimeux, Il transportait souvent dans son nid le surplus de ses repas pour le consommer à son aise, Le hérisson habite volontiers, comme Ja buse, des localités où les vipéres et d’autres serpents abondent, et sans doute il en détruit bon nombre. »
Après ceute traduction presque littérale, j’ajouterai que le danger de voir le hérisson ronger la canne n’est pas à redouter, Lenz, qui l'a observé longtemps, dit qu’il mange des coléopières, des vers de terre, des grenouilles, même les crapauds, qui paraissent cependant lui répugner ; il mange avec grand plaisir les orvets et les couleuvres, mais par-dessus tout les souris ; il combat courageusement et avec succès contre le hamster,