‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 71 sur 93 · VÉSICULE OU GLANDE À VENIN · texte numérisé non relu

VÉSICULE OU GLANDE À VENIN

h Le:

Sur une tête de Fer de lance, dont la peau a été enlevée, à la partie latérale et postérieure, au point où la joue paraît … renflée, on voit une surface bombée, blanchâtre, qui occupe la moitié de cette région: l’autre moitié supérieure est occupée par une masse musculaire; la portion blanchâtre peut être isolée ; on reconnaît qu’elle est comme engaînée dans la portion musculaire qui lui sert d’enveloppe ; c’est un corps distinct ayant la forme en amande, fermé de toute part comme un sac, et qu'on sépare des parties voisines, excepté à l'endroit d'un conduit qui le rétrécit et le continue jusqu'aux crochets: ce corpsest le réservoir ou glande à venin ; peu visible dans la vipère, où il a pu être méconnu, il saute aux yeux dans le Bothrops lancéolé. Ce réservoir à venin occupe donc, dans l'épaisseur de la lèvre supérieure entre l'œil et la branche montante du maxillaire, toute la région qui chez les mammifères forme la fosse temporale. C’est sa présence en ce poin jointe à l’écartement des maxillaires, qui donne à la tête du Bothrops lancéolé cette forme ailée et triangulaire qui la fait comparer à un fer de lance. I1 se compose, 1° d’une enveloppe propre, blanchâtre, nacrée, évidemment tendineuse, épaisse d'environ un millimètre, laquelle après avoir couvert la glande, se rétrécit en goulot et forme le conduit qui aboutit aux crochets; il est plus ou moins distendu par un liquide qui est le venin et que l’on fait sortir à l'extrémité du conduit lorsqu'on presse sur la glande. Une coupe pratiquée à travers ce corps montre qu’il est composé d’un tissu jaunâtre, spongieux, lequeliest partagé en plusieurs compartiments par des lamelles blanchâtres qui paraissent être des prolongements in. térieurs de l’enveloppe tendineuse. Ge tissu propre emplit la capacité circonscrite par l'enveloppe et rappelle un peu la texture du parenchyme testiculaire de l'homme. Dans ces

derniers temps, M. Léon Soubeiran a reconnu que chez la vipère cet appareil est constitué par des follicules rameux dont les petites tiges frangées porteraient des feuilles pennées, creusées de petits canaux qui tous aboutissent dans un seul conduit qui devient le canal unique et excréteur. Ge canal excréteur aboutit au crochet, après s’être légèrement dilaté pour former une sorte de réservoir où l’humeur sécrétée peut s’accumuler. M. Léon Soubeiran, dans des préparations soumises à l’Académie des sciences en 1858, a très-bien démontré cette disposition chez la vipère Bérus; suivant lui, ce renflement dont les parois sont garnies d’un système de follicules simples, forme un appareil spécial non décrit par les auteurs et est la seule partie de la glande qui peut être considérée comme un réservoir à venin. La nécessité, dit-il, d’un réservoir spacieux pour contenir le venin, tel que l’ont décrit et figuré les auteurs, ne me semble pas bien démontrée, et jesuis plus disposé à croire que, chez la vipère, la sécrétion se fait d’une manière active seulement au moment où le besoin d’un afflux de liquide se fait sentir, exactement comme il y a augmentation d’activité dans la sécrétion de la salive chez l’homme au moment du repas. Si le liquide sécrété ne s'écoule pas continuellement par le canal du crochet, cela tient à ce que le crochet, en se repliant le long de l'os palato-maxillaire, détermine un pli prononcé dans la direction du conduit, et par suite obstrue le Canal en rapprochant ses parois l’une contre l’autre, Quand au contraire le crochet est redressé, le pli disparaît et l’écoulement du fluide venimeux ne reconnaît plus d’obstacle.

Plusieurs anatomistes avaient déjà reconnu que le mot de réservoir ou de vésicule appliqué à l'organe d’où sort le venin, était un mot impropre; que cet organe était une véritable glande ; quelques-uns, J. de Muller entre autres, l'avaient rangée au nombre des glandes conglomérées, et Home en avait reconnu la disposition en tige de plume, ainsi que le dit l'expression de pinnatified structure qu'il lui donne.

Le venin n’est donc pas sécrété et accumulé d'avance comme l’urine dans la vessie, jusqu’au moment où l’animal le pousse au dehors, il est renfermé dans les petits canaux qui forment le tissu de la glande, aussi qu’on en peut juger par l’état de distension très-variable de la glande, suivant qu’elle contient plus ou moins de venin sécrété; il est probable que, sous lin-

— al —

fluence de la colère, cette sécrétion continue un certain temps, comme celle de la salive, pendant la mastication.

Au sortir des petits canaux sécréteurs, le venin passe dans le conduit d’excrétion qui se remarque au-devant de la glande. .Celui-ci chez un Bothrops lancéolé de cinq pieds, a la dimension de l’artère radiale d’un adulte, et est long d’un centimètre et demi; il est extérieurement formé par le tissu tendineux de l'enveloppe glandulaire. Tout à fait vide à l’intérieur, c’est un vrai canal; au moment de son dégagement de la glande, il forme un coude visible chez la vipère et si prononcé chez le Bothrops, que ce coude donne à ce conduit, lorsque l’animal est au repos, la courbure d’un col de cygne. Cette plicature est placée au-dessous de l’œil. Je crois, comme M. Soubeiran, qu’elle est destinée à retenir le venin dans la glande, à faire obstacle à sa sortie, et que lorsque l’animal met ses crochets en érection pour s’en servir, par l’élongation du conduit, le coude disparaît et le venin coule facilement dans les crochets. Ce mécanisme fort simple me paraît suffisant pour expliquer la rétention aussi bien que la sortie du venin de la glande.

Je n’ai pas observé chez le Bothrops, comme M. Soubeiran l’a vu sur la vipère, une dilatation du conduit excréteur qui pâ! être pris pour un réservoir à venin. Gette dilatation serait toujours très-peu prononcée, et comment le venin pourrait-il s’y accumuler et s’y maintenir ? Que si, après la plicature, le con-

duit paraît d’un calibre un peu plus fort, cela est tout naturellement l'effet du froncement de la plicature. Quant aux follicules particuliers, formant, suivant M. Soubeiran, un appareil spécial, dont serait garnie celte portion dilatée du conduit excréteur qui peut être considérée comme un réservoir à venin, je n’ai pu en reconnaître l’existence chez le Bothrops lancéolé, par la dissection d’un tête fraîche. Mais ce petit appareil ne répondrait-il pas plutôt aux glandes de Cowper, dans l’urètre, plutôt qu’à une prostate destinée à fluidifier le venin lorsque celui-ci vient à se concréter dans le réservoir? Je n'ai jamais trouvé de venin amassé et encore moins concrété dans une partie quelconque du trajet du conduit excréteur, chez le grand nombre de Bothrops lancéolés que j'ai eu occasion d'examiner.

Par son extrémité antérieure, le conduit excréteur du verin

s’abouche avecles crochets. Nous verrons plus bas, après avoir décrit ces crochets, comment se fait cetabouehement,

Page 1