‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 73 sur 93 · AE · texte numérisé non relu

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vipère, et que Nicholls à observé le serpent à sonnettes. Or, leserpent àsonnettes étant d’une dimension bien autre que la vipère, les circonstances relatives aux blessures de cet animal sont plus saillantes, pour ainsi dire, plus distinctes et peuvent être mieux étudiées que celles des blessures de la vipère. Notre Fer de lance se rapproche plus du serpent à sonnettes que de la vipère; les effets produits par sa blessure sont pour ainsi dire celles de la vipère vues au verre grossissant,

Fontana convient, dans des lignes soulignées par moi, que celles des grosses dents qui tiennent moins fortement à leurs alvéoles, s'élèvent alors d'autant moins qu’elles sont plus mobiles et moins bien assurées sur la mâchoire.

Alors ces dents moins élevées ne se trouvent plus sur le même plan que les autres, et comme elles sont courbes, comment leurs pointes qui sont dirigées dans des sens différents, peuvent-elles s’enfoncer dans une même surface ? De plus, elles sont plus mobiles.

Il est vrai que Fontana n’hésite pas à assurer que la vipère mord et saisit non-seulement avec les dents qui sont arrêtées dans leurs alvéoles, mais encore souvent avec celles qui sont mobiles.

Mais comment mordre et saisir avec des dents mobiles ? Cette assertion me paraît si évidemment fausse et sa fausseté si facile à démontrer, que j'en ai conçu de la défiance pour tout le reste de l’opinion de Fontana dans cette occasion ; en effet, il suffira de lire un peu plus bas la description de ces crochets mobiles appelés par moi erochets de réserve, pour reconnaître qu’il estimpossible qu’ils puissent mordre : d’abord, parce qu’ils n’ont point de base solide qui leur serye de point d'appui; qu'ils ne tiennent au maxillaire supérieur que par un pédicule mou, gélatineux, évidemment vasculaire; qu’onles en détache par la plus légère traction; qu’ils restent couchés dans la gaine qui leur sert de fourreau, et ne sont susceptibles d'aucun mouvement; qu’enfin la plupart, excepté les deux montés, sont rudimentaires et ne sont point parfaits, qu'ils n’offrent pas les orifices nécessaires au cours du venin, surtout l’orifice alvéolaire qui s’abouche avec le conduit de la vésicule.

Il est vrai qu’il semble résulter de la lecture de Fontana que le maxillaire supérieur de la vipère peut présenter trois ou

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quatre alvéoles de chaque côté : je puis assurer que j'ai vu quelquefois dans la vipère toutes les quatre dents canines également fermes et bien plantées dans leurs alvéoles et plus souvent j'en ai trouvé trois bien implantées et très-fort en état de saisir et de mordre; il n’est pas douteux que dans ce cas la vipère ne peut pas mordre avec deux dents, une de chaque côté, mais qu’elle doit le faire également avec toutes celles qui sont fixées solidement dans leurs alvéoles.

Ceci est un peu obscur : Fontana parle de trois dents bien implantées. Il ne dit pas clairement si c’est dans trois alvéoles de chaque côté.

Je puis assurer, de mon côté, que dans tous les Fer de lance aisséqués par moi à la Martinique, je n'ai jamais noté que deux alvéoles de chaque côté pour les crocs montés ; depuis que j'ai lu le passage de Fontana, j’ai examiné plusieurs individus de Fer de lance conservés au Muséum de Paris, et je ne leur ai trouvé que deux alvéoles de chaque côté, et Fontana lui-même ne semble-t-il pas se contredire lorsqu'il dit, un peu plus bas; de dix vipères que j'ai examinées, il y en avait trois qui avaient deux dents mobiles et deux fermes dans leurs alvéoles, les sept autres n’avaient qu'une seule dent mobile et deux fermes et bien arrêtées; toutes les autres, auxquelles je présentait un morceau de tendon de bœuf bouilli et bien dépouillé de sa graisse, le saisirent avec force et y laissèrent bien imprimées les traces de toutes leurs dents; il faut dire cependant que leurs dents les moins fermes n'étaient pas des plus mobiles, et quand elles sont bien vacillantes, je me suis assuré qu’illes s’élèvent alors si peu, qu’il est absolument impossible que leur pointe vienne s'appliquer sur le corps que la vipère saisit.

J'étais curieux de vérifier si la proposition générale émise par Fontana, que la vipère peut mordre avec trois ou quatre crochets à la fois de chaque côté, se trouvait justifiée par leS détails de ses observations particulières qui sont si nombreuses ; dans toutes il se contente de dire qu’il à fait mordre un pigeon ou un lapin, mais dans aucun il ne relate le nombre des piqûres.

J'ai consulté aussi les observations de vipères recueillies sur l’homme. Toutes ne font mention que d’une seule piqûre ou de deux, une dans ces derniers cas de chaque côté. J’en excepte l'observation due à M. Quain (voir Lancet anglaise), de la pi-

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qüre faite par un naja prèsl’aile du nez du gardien du jardin zoologique de Londres: Mr Quain dit qu’il y avait trois pigüres. Dans les piqûres de Fer de lance que j'ai été à même d'examiner, outre les ouvertures faites par les crocs et d’où le sang s’écoulait quelquefois assez abondamment, j'ai noté quelquefois aussi, à côté et sur un autre plan, de petites em- . preintes ou écorchures à peine marquées, qui par leur peu de profondeur et leur position m'ont semblé être les empreintes des dents du maxillaire inférieur et non des crochets. Le serpent s’aide alors du maxillaire inférieur, comme point d’appui pour enfoncer les crochets. Il exerce alors avec ces dents un commencement de préhension de la proie. Ceci explique peut-être la troisième piqûre de l’homme piqué par le Naja.

J’ai insisté sur le nombre des ouvertures faites par la piqûre des crochets, parce que ce sont autant de voies d’entrée pour l'introduction du venin, et qu’il importe de n’en négliger aucune dans le pansement, de peur que la négligence d’une seule ne rende tous les autres soins inutiles.

Suivant moi donc, le Bothrops lancéolé ne mord qu’avec un seul crochet de chaque côté, quoiqu'il ait deux crochets montés.

Le crochet monté qui n’agit pas est le crochet d'attente, destiné à remplacer le crochet en exercice lorsque celui-ci vient à se casser, ce qui arrive très-souvent, à cause de la friabilité de la substance de ces crochets et de leur forme courbe qui fait que l’animal ne peut les retirer de la blessure qu’il fait, qu'avec ia plus grande difficulté, et souvent les y laisse. Nonseulement sur les individus de Fer de lunce observés par moi à la Martinique, mais sur ceux conservés au Muséum de Paris, j'ai rarement trouvé intacts les quatre crochets montés: le plus ordinairement, il en manque un ou deux et quelquefois les quatre sont cassés. M. Auguste Duméril a noté qu’à la ménagerie des reptiles venimeux, le gardien qui nettoie les cages est obligé pour ce soin de se servir de gros gants, afin d'éviter la piqûre des crochets cassés et rejetés qui se rencontrent sur le sol de ces cages. On les trouve dans les fèces de l’animal ; dans une boîte dans laquelle on avait envoyé un crotale, M. Auguste Duméril a trouvé dix-huit de ces crochets.

Un des motifs qui ont fait croire à Fontana que les vipères

mordaient avec les deux crochets montés, C’est qu'enf sant sur la vésicule à venin, il voyait refluer ‘et sortir lex nin également par les extrémités de tous les Crochets montés ; mais Chez la vipère, comme l’avoue Fontana, ces érbEHEtS sont si rapprochés, si serrés, que cette petite expérience, la sortie du venin à la fois par tous les crochets montés, peut n'être pas très-distincte, et laisser quelque confusion. Nicholls paraît avoir vu le contraire sur le serpent à Sonnettes. Je regrette de n’avoir pas connu le dissentiment qui existait entre ces observateurs, sur ce point, lorsque j'étais à même de pouvoir répéter à la Martinique, sur des Fers de lance récemment tués, les expériences qui auraient pu éclaircir ce point dont les conséquences pratiques sont ‘Si importantes. J'espère que l’attention de quelque autre observateur, éveillée par moi, pourra suppléer à cette omission et décidera : 4° Si chez le Fer de lance, la glande à venin étant comprimée, le venin sort également par les deux crochets montés, crochet en exercice et crochet d'attente ; 2° s’il y a des cas de piqûre où l’on retrouve les impressions des quatre crochets gauches et droits.

Lorsqu'on essaie de suivre le conduit excréteur du venin jusqu’à son abouchement avec les crochets, on reconnaît qu’il ne se divise point et ne se partage point entre les crochets montés, il se termine par une ampoule où sac qui embrasse la base des deux crochets montés. A l’intérieur de ce sac flotte un repli de la membrane qui a servi à le former comme une sorte d'épiploon, ‘et qui s'étend entre le crochet en exercice et le crochet d’attente comme pour les séparer. Mais ce repli offre à sa base un trou parabolique bien remarquable, qui semble destiné à établir une communication entre la partie du sac qui répond au crochet en exercice, et celle qui répond au crochet d'attente, à peu près comme le trou de Botäal chez le fœtus, entre les deux oreillettes. À la racine de ce repli ainsi perforé se trouve ‘un orifice à bords mousses, aplati, qui n’est pas visible à l’œil nu, maïs qui devient trèsapparent lorsqu'on fait passer une soie de sanglier du conduit excréteur du venin vers les crochets. Cette ‘soie ne sort pas par les crochets, mais par l'orifice situé à la partie interne du sac, et à la base de son repli intérieur. C’est ce que nous avons fait représenter dans la plañche III, n° 1 et

BOTHROPS LANCÉOLE .

VA th. Becque é frères.

Muscles de l'appareil a venin.

te osseuse.

mbouchure libre du conduit venimeux dans la gaine des crochets. iérie des crochets.

8; il en résulte que cet orifice est libre, n’est point accolé à demeure avec l’orifice supérieur du croëhet; que pour ÿ faire passer le venin, il'est nécéssaire qu’il s'applique par une sorte de mouvement vital à cet orifice du crochet, auquel cette application le fait correspondre bout à bout. En effet, lorsqu’onrenverse ce sac, de manière à écarter l'orifice d’abou- Chement du conduit, on voit toujours ouvert ét béant le trou dont la base du crochet est perforé. Cette liberté de l’extrémité d’abouchement du conduit excréteur du venin expliqué comment cette extrémité peut sé porter et s’adapter tantôt au crochet en exercice, tantôt au crochet d'attente, lorsque le premier vient à être cassé et qu’il est remplacé par son vicaire, et comment la nature n’a pas eu besoin de créer plusieurs conduits pour chacun des conduits. Cette disposition que je crois être le premier à bien démontrer, avait été entrevue par Fontana Sur la vipère. « Il faut nécessairement, dit-il, que le venin qui sort de son Conduit par le petit orifice entre tout entier dans le trou de la dent, et quoiqu'il coule avec abondance par ce canal, il n’a garde de se répandre dans la gaîne, vu que l’orifice par où il sort est infiniment plus petit que le trou parabolique du crochet, auquel lapplication intime de la gaîne le fait correspondre immédiatement; en un mot, il y passe tout entier, surtout lorsqu'il n’y a qu’une seule de ces dents. Bien plus, j’ai observé que si on replie la gaîne de dessus la base des dents, et qu’on presse un peu de proche en proche sur le Conduit, le venin se porte par une pente naturelle vers le trou de la dent, qu’il rémplit en entier, avant qu'il s’en répande une goutte dans la gaîne. Or cette pente naturelle n’a d'autre cause qu’une petite fossette (1), qu’on découvre à peine au microscope sur la màchoire ét qui s'étend jusqu’au trou parabolique du crochet.

(1) Je n’ai point trouvé cette fossette chez le Bothrops lancéolé, Mais lés deux alvéoles que présenté aux crochets montés l’os maxillaire ‘supérieur, sunt séparées par une crête dont les parties latérales forment des dépressions que doit suivre l’écoulement du venin. La membrane flottante que fournit le sac pour séparer les crochets et la fente dont ce repli est percé à sa base, explique comment le venin est dirigé, tantôt vers l’un ou l’autre des crochets, sans passer par les deux simultané-— ment, Ce dernier cas peut arriver cependant lorsque le venin est trèsabondaut et que l’orifice d’abouchement ne s’adapte pas exactement à celui du crochet, comme céla arrive après la mort.

Je ne prétends pas dire cependant qu’il n’y ait tel cas particulier où cette liqueur ne puisse se répandre d’aborddanslagaîne, et glisse même jusqu’à la pointe des dents, surtout lorsqu'il y en a deux assez rapprochées pour se toucher, et ne laisse ainsi qu’un sillon entre deux, et lorsque la vipère mord assez profondément pour faire entrer ses dents bien avant dans la chair et bouche méme le trou parabolique du erochet, et qu’elle serre assez fort et assez longtemps pour comprimer la vésicule et donner le temps à la liqueur de se glisser entre ces deux dents. Ces cas sont rares : pour lors il n’est pas douteux que cet animal ne puisse même tuer sans que le venin ait passé par le conduit ordinaire de la dent. J'ai essayé quelquefois de boucher avec de la poix, tantôt le trou parabolique, tantôt le. trou elliptique des crochets, et aussi quelquefois tous les deux ; mais pour lors cette liqueur jaune qui est le venin, ne parvenait jusqu’au fond de la gaîne que diffcilement et après qu'on avait comprimé fortement et pendant longtemps le réservoir à venin et son musele constricteur. »

Cette possibilité du reflux du venin autour des crochets, sans passer par leur intérieur, s'explique par la disposition que nous venons de faire connaître; et cette disposition explique l'erreur de Redi et de Mead, qui croyaient que la gaîne des dents constituait le sac à venin et que ce venin était sécrété par une glande placée sous l’æœil, parce qu'ils avaient vu le venin sortir quelquefois de la gaîne sans sortir par les crochets ; elle montre aussi que la pratique de certains chariatans, de faire mordre aux vipères un corps enduit de poix pour boucher l’orifice des crochets, peut n'être pas toujours sans danger, puisque par le mode d'abouchement du conduit excréteur du venin, qui n’est ni accolé ni anastomosé avec ie canal du crochet, il peut arriver que le venin passe le long. de ces crochets et pénètre ainsi tout de même dans les plaies qu'ils font.

Venons maintenant aux crochets de réserve : il est hors de toute contestation possible qu’ils ne sont que des crochets en germe et sans aucun service, jusqu’à ce qu’ils soient appelés à remplacer les crochets montés; on en compte de 5 à 7, tous plus petits les uns que les autres, de façon que sur un Fer de lance de 5 pieds, dont le crochet en exercice avait un centi mètre 1/2 de long, le dernier crochet de réserve avait à peine

2 millimètres ; de ces crochets, les plus développés offrent un, commencement d'orifice alvéolaire plus ou moins marqué, mais non complet, mais tous présentent l’orifice elliptique de la pointe par où doit sortir le venin. On a pensé que le canal du crochet des serpents solénoglyphes n’était que la rainure ou cannelure de celui des protéroglyphes qui se transforme en Canal par le rapprochement de ses bords; cette disposition, dit-on, serait visible sur les crochets les moins développés et encore rudimentaires lorsqu'on les examine à la loupe. En effet, lorsque l’on examine les plus petits de ces crochets, qui ne présentent que des bouts de crochets, on voit que l’orifice du venin n’est qu’une fente ; mais à mesure que le crochet se développe, le canal apparaît aussitôt, et si à la loupe on distingue encore une ligne tlanchâtre le long du crochet, c’est la trace diaphane du canal et non de la persistance de la rainure. C’est ce dont on peuts’assurer au moyen d’une soie passée d’un orifice à l’autre.

Les crochets de réserve n’ont point d’alvéole da leur cor-

respond. Ce fait, malgré l'obscurité laissée par scription de Fontana, me paraît hors de doute; ils ne tiennent à l’appareil à venin que par un pédicule mou et vasculaire qui les rattache à la membrane interne de la gaîne des crochets; ils sont ramassés en grappe à la base des crochets montés, et placés les uns à côté des autres, (voir planche III, n° 4), de manière que les plus développés au premier coup d’œil cachent ceux qui le sont moins; ils ne tiennent guère à la gaîne et on les en détache par la plus légère traction.

Les crochets de réserve sont évidemment destinés à remplacer les crochets montés par un mécanisme vital qu’il n’est possible &e constater que par son résultat. Fontana a vu que ce remplacements’opérait en 20 jours. « J’arrachai tout exprès, dit-il, à une grosse vipère, une de ces dents qui était mobile et mal assurée dans son alvéole, et quelque temps après je m’aperçus que la plus grosse de celles qui sont placées sous la gaîne et au-dessous de l’alvéole, s’était un peu avancée vers l’alvéole vide ; quelques jours après, je crus l’en voir encore plus rapprochée. Je poursuivis mes observations tous les deux jours, et je vis à la fin que cette dent s'était parfaitement logée dans l’alvéole, où elle était encore très-mobile et mal assurée, Cet acheminement successif s'était fait dans l’espace

de vingt jours. » Quant à moi, j’ai vu que chez les bothrops lancéolés dont j'avais cassé les autres crochets montés, les piqûres redevenaient visibles et venimeuses en moins de douze jours, etles crochets remplacés offraient alors toute leur solidité.

Les trois sortes de crochets que nous venons de décrire, lorsque l’animal est en repos, sont renfermés dans une gaîne placée à la partie antérieure des alvéoleset en dedans de la bouche. Cette gaîne est formée par une double membrane, l’une qui est la continuation de la membrane muqueuse buccale, l’autre qui est une membrane fibreuse fournie par celle des gencives : elle ala forme d’une bourse et paraît s'ouvrir, comme une bourse, en glissant sur la convexité des crochets montés et se repliant à leur base lorsque l’animal vient à les dresser. Mais alors les crochets de réserve sont pressés et contenus par elle, et restent enfermés dans sa cavité. Cette gaîne s'étend à la base des crochets montés, et comprend la partie où se voit l’abouchement du conduit excréteur du venin.

Lorsque les crochets montés sont au repos et repliés vers l’œsophage dans la bouche, la gaîne les recouvre aussi, à peine en paraît-il les pointes entre les bords de l’orifice de cette gaine. Cette disposition permet à l’animal d'introduire sa proie dans la gueule sans être gêné par les crochets. Mead a dessiné l’ouverture de cette gaîne ou bourse, comme si elle était frangée : je l’ai toujours trouvée arrondie et mousse.

Après avoir examiné la disposition anatomique si distincte de l’appareil à venin : la vésicule et son conduit, les crochets et la gaîne qui les renferme, on ne comprend pas comment les anatomistes qui ont étudié cet appareil aient pu se tromper sur la destination réelle de ses diverses pièces. Il est certain cependant qu’il y a eu entre eux à cet égard de très-vives discussions, Croirait-on que pendant des siècles on ait imaginé que le siége du venin des serpents était au fiel et que de là, il montait directement aux gencives par des vaisseaux. Il faut arriver à l’année 1666, aux expériences de Redi et de Charras, pour que l'appareil à venin soit mentionné : encore Charras faitil consister le venin dans les esprits irrités, tandis que le suc jaune contenu dans les vésicules des gencives n’est pour lui qu’une pure et très-innocente salive. Il distingue bien les crochets des autres dents, la vésicule, la gaîne des crochets : mais

il méconnaît le cours du venin à travers le canal et prétend que le suc jaune ne sert qu’à humecter les ligaments de ces parties ou à nourrir les crochets de réchange qui se trouvent dans la capsule. Redi s’assura que les crochets avaient une cavité interne, mais il nie que cette cavité soit un conduit de l'humeur jaune, qu’il fait provenir de la gaîne et qui, suivant lui, couie le long des crochets et ne sort point de leurs extrémités. Vailisnieri, Mead, Nicholls, Tyson, Ranby, Fontana, Duvernoy, Meckel, Cuvier, se sont occupés du même sujet, en l’éclaircissant de plus en plus. Maison voit qu’aujourd’huiencore, sur un point en apparence facile à vérifier au premier coup d'œil, il existe un dissentiment assez important, à savoir si la vipère fait sa morsure avec une seule ou plusieurs dents de chaque côté. Ces incertitudes montrent que les sciences d'observation ne peuvent être écrites par un seul homme, qu’elles sont l’œuvre du temps, non solum ingenii humani, comme dit Baglivi, sed temporis filiæ. Il leur faut marcher de vérifications en vérifications, et l’axiome populaire, que deux yeux voient mieux qu’un seul, y est souvent applicable.

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