‹ Enqu sur le serpent de la Martinique [vip fer de lance, bothrops lancetc.]Chapitre 8 sur 93 · BR · texte numérisé non relu

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sachems. Je dois pourtant lui rappele® que MM. Moreau de Jonnès et Guyon, qui parlent de cette importation des petits crapauds à la Martinique, la considèrent comme une fable. C’est à nos grands-papas à décider cette grave question.

Le serpent attaque-t-il l’homme? 11 semble que, dans l’état actuel de nos relations avec le serpent, rien ne devrait être moins obscur que la réponse à cette question. Mais telle est l'incertitude de l'observation humaine, que même sur ce point il n’y à point accord. La plupart des personnes interrogées par moi m'ont bien répondu que le serpent ne se jette sur l’homme que lorsqu'il est surpris et que l’homme se trouve à sa portée ; qu’en toute autre occasion il fuit notre approche, lorsqu'il peut en être averti. Cependant, quelques-uns m'ont raconté des histoires de négresses poursuivies par le serpent. L’auteur de l’article Trigonocéphale (grand dictionnaire des sciences naturelles) dit positivement qu’il poursuit l’homme par une suile d’élans rapides et avec La vitesse d’un trait lancé avec force par la corde d’un archet vigoureux. C’est ainsi que se raconte l’histoire, même naturelle. Certes, s’il en était ainsi, la Martinique serait encore inhabitée. Quant aux récits particuliers de personnes poursuivies par le serpent, ils ne sont explicables qu’en tenant compte de la peur, qui fait voir bien des choses. « Une croyance populaire, que la peur a fait naître, suppose que le serpent poursuit l’homme : c’est une erreur. J’ai souvent attaqué des serpents dans les trous mêmes où ils s'étaient logés et je les ai piqués avec des gaules; tourmentés, ils mordaient la gaule, ils étaient visiblement dans une grande fureur, ils allongeaient sous la gorge une sorte de poche, ce que les nègres appellent tirer la mangeole. Jamais l’un d’eux ne m’a poursuivi. Dans les champs, lorsqu’ils cherchent à fuir, je les ai poursuivis de très-près, je les ai vus s'arrêter comme le lion et se mettre en garde; mais jamais aucun n’a couru sur moi; le pays ne serait point habitable s’il en était autrement. » (Lettre de M. Duchâtel.) Il est hors de toute contestation possible que le serpent, si gros qu’il soit, n’est plus à craindre du moment qu'il est vu et qu’on est hors de l’atteinte de son jet. M. V. G**, home courageux, dans la parole duquel j’ai foi, m’a raconté que, se trouvant un jour face à face avec un serpent, sans reculer et sans perdre son ennemi de l'œil, il se fit apporter un bâton et tua

le serpent avant que celui-ci eùt eu le temps de broncher fasciné qu’il était par le regard assuré de l’homme. On constata que l'animal n’était point dans le travail de la digestion et qu’il n’était paralysé par aucune cause appréciable. Un cœur ferme est le meilleur bouclier. La fixité du regard paraît être un des moyens dont se servent les bateleurs indiens pour se faire obéir du Naja tripudians et diriger ses mouvement dans l'espèce de danse qu'ils lui font exécuter. Peut-être aussi le serpent était-il trop près de M. V*#* et ne pouvait-il prendre son élan ; car on dit que, pour piquer, le serpent a besoin d’être à distance et de prendre carrière. » Je « revenais un jour, m’écrit le bon et aimable M. Duchatel, homo « nec infacetus et satis lilteratus, je revenais de la chasse de la « poule d’eau, et je voulais décharger mon fusil sur des gri- « ves venues à la pipée, lorsque je sentis ma jambe gauche « glisser sur un corps qui cédait; je me retourne et j’aperçois «un énorme serpent gris-blanc, tout contre moi, et me (é- « chant la jambe! Sauter dix pas en arrière et tuer le serpent « d’un coup de fusil, fut l'affaire d’une seconde. Je pensai que « j'étais trop près de l’animal pour qu’il eût pu me piquer ; il « attendait que je m'éloignasse. » J’assistais un jour, sur mon habitation du fond Cancnville, à la coupe des cannes, lorsque tout à coup j'entends des cris perçants. C'était une négresse

qui fuyait à toutes jambes, emportant un énorme serpent

grimpé sur sa jupe et débordant sa tête de la sienne. Ce serpent paraissait aussi effrayé que la: femme, et ne songeait certainement pas à mordre. Le commandeur put les joindre et tuer l’animal deson coutelas.

Autre historiette : — Le salon de la belle habitation de M. C***, à la Basse-Pointe, était fermé depuis longtemps. Une négresse y étant entrée sans lumière, sentit sous son pieä un corps rond et froid ; l'héroïne, sans changer de position, appelle à son secours : on accourt, les fenêtres sont ouvertes, et l’on voit que cette femme tient sous son pied un énorme serpent! Si j'étais peintre, je voudraisspeindre cette Africaine, le pied ainsi posé sur le serpent. Certes, elle ne pensait point que le serpent était trop près d’elle pour la piquer. L'art ancien n’a pas trouvé de plus belle expression à donner à l'homme que celle d’Apollon quand il vient de tuer le serpent Python.

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« Le Dieu a décoché sa flèche ; de la hauteur de sa joie il con- « temple sa victoire, elc., ete., etc. »

(WiNkELMAN, Description de l’ Apollon du Belvédère.)

Ge n’est pas tout. À quelque temps de là, mon ami M. de L***, qui avait entendu cette histoire de la bouche même de M. C***, eut occasion d’aller demander un gîte sur l’habitation de la Basse-Pointe. Un nègre le conduisit dans unechambre obscure, évidemment inhabitée depuis longtemps, et dont l’une des portes ouvrait sur un salon. «N'est-ce pas, dit M. de L***, le salon où l’on a tué ce serpent? — Oui, maître, répondit le nègre, pas fini encore. » L***, qui est un homme résolu et incapable d'aucune lâcheté, comprit qu’il fallaits’exécuter, mais “il ne s’endormit pas sans songer au serpent et à la brave négresse. Tout à coup, vers le milieu de la nuit, voilà qu’il entend un grand fracas et sent en même temps tomber sur sa poitrine un corps lourd; c'était trop lourd et trop bruyant pour être un serpent. Il suffit à M. de L*** d'étendre la main pour reconnaître que c’était le ciel de lit. Réveiller les domestiques, appeler un secours quelconque, c’eût été courir le risque d’être la fable de l'atelier. M. de L*** se dégagea comme il put de dessous son ciel malencontreux; mais il m'a assuré qu’il ne referma plus l'œil de la nuit et qu’il revit le jour avec plaisir. Cette sorte de cauchemar doit être assez fréquent à la Martinique : on doit souvent y rêver serpent, d'autant plus que dans les courtes veillées du pays, il n’est pas rare d'entendre raconter des contes de serpents qui ont été trouvés lovés sur la poitrine de personnes endormies. On dit que, surpris par le grand jour dans les appartements où il s’est égaré la nuit à la poursuite de quelque proie, le Fer de lance se montre timide, craintif, circonspect ; il évite de mordre, pour n’être pas découvert : il est certainement moins hardi que lorsqu'il sent derrière lui les halliers ou la falaise. J’ai entendu raconter qu’un serpent avait passé la soirée dans un salon sous un Canapé, en compagnie de pus de vingt personnes. Aussi nos pères, mieux avisés que nous, ne se servaient-ils que de meubles élevés sur de hauts supports bien dégagés ; disposition préférable, non-seulement contre le serpent, mais contre la poussière, les insectes et les domestiques négligents, aux soubassements massifs et plaqués coutre le sol de nos meubles

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modernes. Une bonne ménagère, en quelques coups d’œil, faisait l'inspection de la case.

Dansla notice sur Sainte-Lucie,publiée en 4841 par M Beaucé, on lit le fait suivant : « Le serpent ne se sert de ses crocs et « de son venin que pour sa défense; car sur l'habitation Tout- « massé, une négresse nourrice eut les deux seins successive- « menttetés par un serpent pendant la nuit. Soit frayeur, soit « sommeil ou présence d’esprit, elle attendit que l’animal se fût « retiré, ce qu'il fit après avoir vidé les deux seins. Alors elle « appela son maître, qui vint à son secours et tua le serpent. Il « était réellement plein de lait ; la négresse n’eut point de mal.»

Voilà une concurrence pour les petits chiens, si utiles aux femmes qui ont trop de lait. La mode en viendra peut-être: — il serait pittoresque, et même mythologique de voir un Fer de lance suspendu au sein de nos belles compatriotes. Si Jupiter existait encore, Jupiter serait bien capable de prendre cette forme-là.

Cela s’est dit de la vipère d'Europe, qu'on l’avait plus d’une fois surprise au pis des vaches qu’elle tetait aussi bien que le ferait un veau. Un savant a même passé une thèse sur ce fait: Vaccam serpens emulgens, bien que le serpent n'ait point un appareil de succion, mais des crochets qui semblent contraires à cet acte. Je ne savais pas que le même goût eût été observé chez le Fer de lance. Du temps que j'avais pour voisin feu M. Monileury Delhorme, d’ingénieuse mémoire, la présence d’un serpent nous ayant été signalée dans des masures qui environnaient notre maison, il fit placer du lait, dans le dessein de voir si le serpent se laisserait allécher; mais celui-ci ne se laissa pas prendre. Lacte, vino, aqua et ovorum vitellis delectantur : Is aiment le lait, le vin, l’eau et les œufs, dit un auteur latin. Vini incontinentes esse Aristoteli proditum, ideo quidam vino circa sepes apposilo viperas venantur. Ainsi, suivant Aristote, le serpent serait un ivrogne! Si les nègres savaient qu’Aristote a dit cela, oh! la bonne excuse pour le vin, les liqueurs et le tafia qu'après quelque temps nous ne retrouvons plus dans nos greniers !

Pour moi, en parcourant toutes ces traditions, je ne vois que la prodigieuse tendance qu’anciens ou modernes, nous avons toujours eue à admettre des accidents bizarres, des observations précipitées, pour des lois naturelles et générales.

Dans une des lettres qui m'ont été adressées, je trouve ce renseignement : « Le serpent, dès qu’il est aperçu et qu’il est « poursuivi, s’il croit ne pouvoir plus se confier à la fuite, « s'arrête, se love en rond et, dressant de ce rond sa tête me- « naçante, il attend bravement son ennemi. Il suffit alors que « le nègre pose à une petite distance son chapeau ou une par- « tie de ses hardes roulés, le nègre aura tout le temps d’aller «.querir une arme ou d'appeler un aide pour tuer le reptile. « Celui-ci est tenu en arrêt et ne bouge pas; il croit toujours « que c’est l'ennemi qui est devant lui. » Cette ruse de guerre nous est bien permise. J'ai été témoin d’un fait pareil. Ayant fait rencontre d’un serpent, pendant la nuit, je l’arrêtai tout court en plaçant devant lui une lanterne allumée, et mous eûmes le temps de prendre les précautions convenables pour e tuer. — Feu M. Auguste de Larochetière m'a assuré qu'il s'était préservé de l’atteinte d’un gros serpent en la parant avec un parapluie : la soie portait les traces de l’imbibition du venin.

Donc on peut dire que le Fer de lance est naturellement timide ; qu’en liberté, il fuit l’homme plus qu’il ne le recherche. Surpris ou éveillé en sursaut, il se jette sur le passant qui l’a éveillé, comme il se jette sur une branche d'arbre, ou sur un corps quelconque qui s'offre à sa portée et excite sa défiance. Mais il n’attaque ni ne poursuit jamais; au contraire, lorsqu'il est captif et tenu en cage, il se montre très-irascible; à la moindre démonstration hostile, il se replie sur lui-même, se met en garde, darde sa langue et s’élance contre les barreaux de sa cage. C’est peut-être cette attitude qui lui a fait supposer un caractère agressif.

Il n’y a pas un enfant qui ne sache ici que rien n’est plus facile à tuer qu’un serpent. Cette tradition est-elle répandue pour maintenir les courages? On dit que le coup d’une simple baguette, par une main faible, suffit pour rompre l’échine au plus gros serpent. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours reconnu que la mort des serpents qui m’étaient apportés était le résultat de coups violemment assénés; on ne se croit jamais trop sûr de a mort d’un pareil ennemi; il est permis de le fouler aux pieds. Lacépède dit que « la vie, dans les vipères d’Eu- « vope, est très-tenace, qu’on ne parvient à les tuer qu'avec « une certaine difficulté et qu’elles résistent aux coups et aux

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« blessures plus peut-être que d’autres serpents. » Suivant une troisième opinion, le serpent, aussitôt qu’il sesent frappé, ferait le mort. Arundine percussi, mortuorum instar jacent : si frequente ictu pelieris totis viribus mordere conantur. J'ai oui parler ici de nègres, preneurs de serpents, qui ont été piqués par des serpents qu’ils croyaient morts.

Lucrèce, au livre IV, rapporte, comme une chose trèsconnue, la manière suivante de tuer le serpent :

Est ulique ut serpens hominis contacta salivis, Disperit, ac sese mandendo conficit ipsa.

Crachez sur un serpent, sa force l’abandonne, Il se mange lui-même, il se dévore, il meurt, (VOLTAIRE, )

Pline, Galien, Scaliger, ont aussi vanté contre la piqûre des serpents la salive de l’homme à jeun.

Voltaire, qui poursuit la crédulité humaine partout où il la trouve, combat ainsi cette opinion à l’article SERPENT de son Dictionnaire patin op que à :

« Je certifie que j’ai tué en diverses fois plusieurs serpents, « en mouillant un peu avec ma salive un bâton ou une « pierre, et en donnant sur le milieu du corps du serpent « Un petit Coup qui pouvait à peine occasionner une petite « Conclusion (10 janvier 1772. — FIGUIER, chirurgien.)

« Ce chirurgien m’ayant donné ce certificat, deux témoins « qui lui ont vu tuer ainsi des serpents m'ont attesté ce qu’ils « avaient vu. Je voudrais le voir aussi; car j'ai avoué dans « plusieurs endroits que j'avais pris pour mon patron saint « Thomas Didyme, qui voulait toujours mettre le. doigt « dessus.

« Il se peut, en effet, que Dieu ait permis que la salive de « l’homme tue les serpents; mais il peut avoir permis aussi « que mon chirurgien aitassommé des serpents à grands coups « de pierre et de bâton. Il est même probable qu'ils en « seraient morts, soit que le sieur Figuier eût craché, soit « qu’il n’eût pas craché. »

Je recommande cet apologue à MM. ***.

L’horreur que le serpent inspire à tous les hommes est extrême. L'effet surtout que savue produit sur certains nègres est incroyable. Il ne faudrait pas beaucoup pour leur persuader que le diable y est encore caché. Un jour que

M. Gandelat et moi nous nous amusions à suivre en canot un serpent que nous faisions nager dans la mer, un des rameurs du canot de M. G*** paraissait tellement impressionné chaque fois qu’on approchaît du reptile, qu'il fallût le débarquer. Lorsque le serpent fut près d'aborder la plage, ce fut une émeute dans la foule accourue pour le voir. On se rua sur lui avec pierres et bâtons, il fut impossible d'empêcher qu’on l’assommât ; c'était à qui se ferait gloire de porter au moins un coup à cet ennemi du genre humain. Il a été remarqué que les négresses en avaient plus peur que les nègres. Dans la coupe des cannes, on alterne les sexes autant que possible : une négresse est placée entre deux nègres. L'atelier travaille sur la même file et de temps en temps la voix du commandeur rappelle de songer aux serpents :

Discite justiliam moniti non temnere divos!

Sitôt qu’un de ces animaux est aperçu, l'atelier reflue en arrière, et le plus hardi, ou le plus habitué d’entre les nègres, sort des rangs ettue le serpent. Mais il faut voir la fuite que prennent les négresses et entendre les clameurs qu’elles poussent. Tout le monde a éprouvé le saisissement involontaire que fait éprouver la rencontre soudaine de la couresse, si innocente qu’on la sache; mais elle a la forme du serpent. A la Guadeloupe, à la vue d’une couresse, les nègres se débandent, quoiqu’ils sachent qu’il n’y a pas de serpents dans cette île ; mais à la Guadeloupe on craint plus les serpents qu’à la Martinique, major e longinquo reverentia! On m’a dit qu’à la Dominique les nègres reculent devant la Tête de chien, qui n’est aussi qu’une couleuvre et qui n’a jamais fait de malà personne. En France la répulsion s'étend non-seulement aux couleuvres, mais jusqu'aux plus innocents orvets. Il y a peutêtre en ceci quelque chose de providentiel ; que le lecteur me permette d'expliquer mon idée. Le nombre des espèces de serpents répandus sur la surface du globe, ainsi que je l'ai dit au commencement de cette histoire, est considérable; mais, dans Ce nombre, quelques-uns seulement sont venimeux. Or, c’est la renommée de ces quelques venimeux qui protége les autres; Car ceux-ci, sans armes, sans défense, deviendraient facilement la proie de tous les animaux carnivores; mais ils

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sont défendus par l'ombre de leur terrible famille. Grand cependant est toujours mon étonnement chaque ta que je songe à l’impassibilité du nègre tous les jours en face des redoutables effets de la piqûre du serpent. Un travailleur est-il piqué : Je suis pris! s’écrie-t-il, moi pris! 11 saute hors des rangs ; à peine ses voisins se dérangent-ils pour lui porter secours ; quelquefois c’est sa femme ou son fils qui le viennent soutenir. On tue ou on ne tue pas le serpent. Le blessé gagne sa case, le travail recommence, comme si de rien n'était. Vingt-quatre heures après, l’homme est mort ou dévoré par un phlegmon diffus. Ce drame se répète cinq cu six fois l’an, sur une même habitation, sans exciter plus d'émotion. L’honneur militaire ne maintient pas mieux le soldat, qui voit tomber son camarade à ses côtés, serre les rangs et va de l’avant. Est-ce courage, indifférence, grâce d'état, fatalisme? que sais-je ?

Il est certain que sans connaître Mahomet et ses dogmes le nègre offre dans ses croyances et dans ses actions un grand fonds de fatalisme. J’hésitais un jour à pénétrer dans une pièce de cannes, très sale dont il fallait disposer letravail à La tâche. Le nègre qui m’accompagnait vit et comprit mon hésitation : « N'ayez pas peur, maître, me dit-il, il faut avoir du malheur pour être piqué du serpent;et si vous devez l'être, vous le serez aussi bien dans votre chambre qu'ici, » L’Arabe atteint du choléra qui s’enveloppe dans son manteau, se couche par terre, et repousse tous les secours de la médecine, est-il plus fataliste ?

La manière dent marche le Fer de lance, son mode de progression, comme nous disons en physiologie, n’est pas beaucoup mieux connu que les autres parties de son histoire. Je crains que le simple énoncé d’une pareille proposition ne paraisse quelque peu paradoxal ; car c’est làune de ces questions qui, pour être résolues, n’ont besoin, on le dirait, que d’un seul regard. Mais qui a regardé le Fer de lance dans l’in- tention de voir comment il marche? C'est ce que le lecteur décidera s’il veut entrer avec moi dans un examen un peu attentif.

Le serpent rampe, c’est même de là que lui vient son nom de serpere, qui veut dire ramper. Il s’avance en traçant des sinuosités horizontales, parallèles au sol et non perpendiculai-

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