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res, ainsi que le représentent beaucoup d'images qui en sont faites (1). In a havy undulating manner, dit un auteur anglais.
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Il forme des ondes ou plutôt une suite d’arcs de cercles latéraux, dont l’un sert de point d'appui à l’autre, de telle sorte que si l’on voulait remonter au principe du mouvement, à la force impulsive qui animelereptile, il semble qu’il faudrait descendre jusqu’à sa queue ; car, dans ce système de mouvement, cette queue paraît être le point de départ ou d’impulsion. On ne saurait dire où gît le principe de ses déplacements (CHATEAUBRIAND). Occultis accessibus, non occultis passibus animal hoc progreditur (ARISTOTE). On voit par ces citations que dans tous les temps le mode de progression du serpent a excité l’étonnement des hommes.
Si, comme on n’en peut douter, la cause première du mous. vement chez le serpent, comme chez tous les autres animaux, part du système nerveux, c'est-à-dire du cerveau et de la moelle épinière, il faut que le fluide, l’influx, le je ne sais quoi nerveux (lescende jusqu’à sa queue et remonte ensuite,,afin que le reptile soit animé et poussé en avant; je ne veux pas dire que le serpent est obligé de s’avancer droit et roide devant lui; il est au contraire fort souple, il peut remuer sépärément toutes les partiéshde sa longue échine, tantôt sa tête, tantôt son Cou, sa queue, son dos, de même que nous pouvons mouvoir nos bras et nos jambes. Cependant on peut dire que le serpent ne se meut point comme la plupart des autres animaux ; Car il n’a ni nageoires, ni pieds, ni ailes. Au premier coup d’æil, sa progression semble se rapprocher de celle du ver de terre, c’est pourquoi quelques-uns la qualifient de vermiculaire; mais lorsqu'on vient à comparer de plus près ces deux reptiles, ôn voit qu'il existe entre leurs mouvements de grandes différences. Le serpent a une colonne
(1) Je me suis assuré qu’il en était ainsi en faisant marcher devant moi les serpents qu'on m'apportailet que j’excilais soit avec une baguette, soit en approchant du feu près de leur corps. Cependant, même sur un fait aussi facile à vérifier, il ÿ a dissentiment, Un auteur anglais s'exprime ainsi : « On carth their wiudings are perpendicular to the surface, in water they are parallel to it, » €
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vertébrale composée de pièces mobiles résistantes et qui sont jointes par de nombreuses articulations ; le ver n’a rien de semblable; il est tout chair et tout d’une pièce. Le serpent se jette en orbe, monte et s’abaisse en spirale, roule ses anneaux comme une onde, dit un poëte; il peut enfin se tourner, se virer et se diriger dans tous les sens, mais il ne peut s’allonger nise raccourcir. Le ver, qui n’est qu’une suite d’anneaux charnus, élastiques, s’allonge et se raccourcit à volonté : c'est dans cette sorte d’élasticité que gît tout le principe de sa locomotion; c’est, en un mot, un ressort qui marche. Le rampement est plus ou moins rapide; les serpents l’exécutent en décrivant des sinuosités de gauche et de droite, et vice versa, prenant un point d'appui sur la queue, lorsqu'ils veulent porter la tête en avant, et sur la partie voisine de la tête, lorsqu'ils veulent approcher la queue.
Les moyens de progression du serpent consistent dans ses ‘côtes quisont très-nombreuses (250 pour un serpent de taille ordinaire, et dans les écailles de sa face inférieure 275), qui sont imbriquées les unes sur les autres, mais dont chacune reste à moitié libre et parfaitement indépendante. C'est par là qu’il a prise sur le sol et qu’il s’y fait des points d'appui. Ge sont ses pieds et ses jambes, comme le dit ingénieusement Aristote. Squammis quasi ungquibus et costis quasi cruribus innituntur. Il] marche comme marche une roue à engrenages.
Mais ce qu’il y a de sûr, ce qu’il est important de connaître, c’est que, quel que soit le secret de la progression du serpent, cet animal, lors même qu’il fuit, fuit commele lion : ilmarche lentement et ne procède point par longues traites. Cela se voit surtout lors de la coupe des cannes; l’approche des travailleurs, et sans doute aussi le bruit qu’ils font, donnent l'éveil au serpent, mais il ne se lève que pour aller se remiser ou plutôt se relover à quelques pas. C’est pourquoi, lorsqu'on est ‘ à la poursuite d’un serpent qui vient d’être aperçu, il ne faut pas aller le chercher bien loin.
M. Darrigan m'a dit avoir vu de ses yeux que dans la descente d’un morne, le serpent avait la vitesse d’un trait, mais que dans la montée il s'élevait difficilement, Je ne trouve dans son organisation rien qui rende compte de cette différence. D’autres disent qu’il peut aller à reculons; je ne l’ai pas vu.
Lorsqu'il marche, le serpent porte la tête haute; la partie
cs, DA di antérieure de son corps, que l’on peut considérer comme son cou, se détache du sol : Incedens recta cervice, dit Acrell, reliquo corpore irrepens. Gette attitude est pleine de grâce et de fierté; c’est ce que Virgile représente si bien par la fameuse coupe du vers :
Pectora quorum inter flucius arrecta!
(Episode de Laocoon, lorsque les deux serpents nagent de Ténédos vers la ville de Troie.) :
Mais dire, comme quelques-uns, qu’en certains moments, surtout lorsqu'il est furieux, le serpent se redresse de toute sa longueur, qu’il marche droit, debout sur l'extrémité de sa queue, dans une attitude perpendiculaire e! comme par enchantement (CHATEAUBRIAND),
Longa trabe rectior adstat, (Ovine. )
l’image peut être poétique, mais elle n’est pas naturelle pour un anatomiste. Nous ne concevons guère un équilibriste de cette force, surtout avec une colonne vertébrale si longue, si flexible, entièrement cartilagineuse, et un système musculaire destiné à ramper. They entirely want a FULCRUM, the whole body being composed of insupported muscles and joints that are yielding : all formed to give play, none to give power. (Encyclopédie anglaise, art. SERPENT.) Cependant beaucoup de témoins déposent avoir surpris le serpent ainsi debout.
Magna se mole ferentem,
Je veux citer un de ces témoins, afin qu’on s’adresse à lui pour plus amples renseignements : c’est M. Esparvier, dont la réputation comme bon habitant est incontestable ; il m'a dit avoir tranché en deux, avec son coutelas, un serpent qui se
présentait à lui dans cette roide attitude. Pour peu que le serpent eût cinq pieds, à Jupiter, quelle rencontre!
Je ne sais si, comme Pline l’enseigne, le serpent dort les yeux ouverts, apertis dormit oculis (il est vrai qu’il na pas de paupière supérieure) ; mais je ne crois pas qu’il y ait eu personne d’assez hardi pour être allé observer son sommeil (1)
(1) Le sommeil du serpent, ainsi que l’attestent plusieurs personnes, parait être un sommeil profond ; pendant qu'il est en cet état, on peut porter sur lui la main impunément et sans le réveiller. Un fait qui m’est pour ainsi dire personnel sert à confirmer cette observation. Il est trèsvrai, comme le bruit s’en est répandu dans le public, que samedi dernier un serpent de 3 pieds 7 pouces a élé trouvé logé sur l’une des fenêtres du premier étage de ma maison de ville, rue Pesset, Il était probablement endormi, Une servante, qui élait allée pour fermer la fenêtre, prit le serpent pour une pierre et y porta la main ; elle s’aperçut de sa méprise au froid que lui fit sentir le contact. On accourut à ses ‘cris, et ce ne fut que lorsque le serpent fut frappé qu’il commença à se mouvoir. J'ai constaté que son estomac était vide et qu'il ne pouvait être endormi, Un serpent dans ma maison, à point nommé, au moment où je m’occupe des serpents! n'est-ce pas là une de ces rencontres fortuites où l’on serait tenté presque de prêter au hasard une intention? ou pour parler comme Montaigne, « semble-t-il pas que ce soit un sort artiste? Mes domestiques sont convaincus que ce serpent m'a été envoyé. Par qui ? par un conciliabule de serpents? ou par quelque être plus fabuleux encore? Aucun ne veut coucher dans la chambre où le serpent a été trouvé : ils me prient de renoncer à couper les serpents, c’est-à-dire à les disséquer. Je suis menacé de la terrible colère des serpents! En des temps de ténèbres, c’est de faits semblables que les superstitions prennent naissance ; j’ai déjà noté la manière vraiment remarquable dont les nègres parlent du serpent. C’est Lloujours pour eux un être intelligent et malicieux, une sorte d’esprit aux aguets pour nuire à l’homme et dont il faut se garder d’encourir la colère, c’est toujours compère serpent. Le serpent dont je parle est venu des halliers qui sont dans le voisinage de ma maison et qui commu niquent avec le morne Miral, J'avais fait, les jours précédents, tailler ces halliers, prévenu de la présence d’un serpent par la renconire d’une peau, Il se peut encore que l’animal ait été apporté dans les herhes de mes chevaux, D'autres personues, d’un jugement plus raffiné el qui ne se contentent point d'explications simples et naturelles, veulent que ce serpent
ait été altiré par l’odeur des serpents morts, et dont je fais dessécher les squelettes dans ma cour, Mais tous les animaux fuient devant les cadavres de leurs semblables, c’est contre eux le plus sûr épouvyantail : le cheval recule à passer devant l’abatloir des boucheries ; j’ai entendu les bœufs, à cetle approche, pousser de longs gémissements ; ce n’est pas sans une sorte d’effroi que nous voyons le cimetière, Le serpent serait donc, après l’empereur Vitellius, le seul être pour qui l'odeur d’un frère mort sentirait toujours bon. Le fait me servira encore à constater que le serpent peut grimper le long des murs (ce que j’avais énoncé précédemment d’une
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de près ; on aurait crié à celui-là plus prudemment qu’à propos du chat : Ne réveillez pas le serpent qui dort. Lors même qu'il paraît reposer, le serpent est toujours en garde, toujours prêt à s’élancer sur qui le surprend. C’est sans doute à cause de cette vigilance continuelle qu’on en a fait emblème de la Prudence, dont il entoure le miroir. Il est alors lové ou louvé (c’est un terme de marine) ; lover est le mot local dont on se sert pour représenter la position où le serpent se tient. Roulé plusieurs fois sur lui-même, il forme alors, dit M. Blot, quatre cercles égaux superposés el appuyés sur sa queue; mais le plus souvent ces cercles sont plutôt concentriques que superposés. Tout son corps est ramassé sous sa tête; celle-ci est placée au sommet et au centre de cet enroulemeñt, retirée un peu en arrière, comme une vedette toujours en observation et comme un trait toujours prêt à partir. Lorsque l’animal veut s’élancer, il se débande comme un ressort, allonge sa masse avec une telle vitesse, qu’on le perd de vue dans cet instant. L’éclair n’est pas plus prompt. , Les poëtes de toutes les nations se sont extasiés sur cette pose du serpent (je ferai remarquer, en passant, que de tous les animaux le serpent est celui qu’ils se plaisent le plus à comparer avec l’homme). Les descriptions du serpent lové abondent; le lecteur me saura gré peut-être de lui remettre sous les yeux la plus célèbre de toutes par rapport à nous, celle du serpent lové près de madame Eve dans le paradis terrestre :
Cireular base of rising folds, that tower’d Fold above fold, a surging maze!
L e. e e , e e. L e . . LI
His head the midst, well siored with subtle wiles.
« Base circulaire de replis superposés qui montaient en « forme de tour, orbe sur orbe. Labyrinthe croissant ! « Sa tête élevée au milieu est remplie de fines ruses!
« As when of old some oralor renown’d « In Athens or frée Rome, etc, , etc.
(ob Paradise lost. )
manière très-indécise), car pour alteindre le point où était logé celui qai a été trouvé chez moi, il a fallu qu'il montâi le long d’un mur de 18 à 20 pieds de hauteur,
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« Il se tenait comme au vieux temps, dans Athènes et dans Rome libre, un orateur renommé chargé de quelque grande cause, etc., etc. »
Mais il est maladroit à moi de rappeler les beaux vers de Milton au milieu de mon humble prose : c’est vouloir détourner l’attention du lecteur et égarer ses souvenirs.
Revenons au Fer de lance. Ge qu’il y a de positif, c’est que lorsqu'il s’élance, il ne franchit qu’un espace tout au plus égal à sa longueur. Quelques-uns prétendent qu'il peut atteindre plus loin, s’il est placé sur une élévation. « Il est certain, dit Lacépède, que l’espace qu’il parcourt est généralement peu étendu. » Il faut considérer que le serpent, lancé, ne perd jamais le sol, qu’il ne bondit point; c’est-à-dire qu’il n’y a pas un moment où il reste suspendu dans l’air, entièrement dégagé de la terre ; il conserve toujours par sa queue un point d'appui et de retour : c’est ce qui lui laisse la possibilité de revenir sur lui-même avec tant de vitesse et de se relover. Je suis confirmé dans cette opinion par M. Duchâtel qui m'écrit : « Un serpent ne peut guère atteindre plus loin que le tiers de sa longueur, parce qu’il faut qu'il se replie sur luimême, Ou, Li parler -le langage du Pays, qu’il se remette en demi-love.
Donc le CL n’est pas toujours LAS La le plus souvent il se tient dans une demi-love, c’est-à-dire à moitié et irrégulièrement roulé ; il forme alors des nœuds bizarres. J'ai pu en examiner un à mon loisir dans cette position. On faisait tout autour de lui les préparatifs pour lattaquer, il était impossible qu’il ne s’en aperçût pas; mais lui, insouciant, sans déceler la moindre inquiétude, la tête tournée en sens inverse de ceux qui cherchaient à l’appro-
cher, comme un duelliste consommé, ne semblait pas même
RER PT Rp =
y prendre garde. On eût dit qu’il avait la conscience de la force de son redoutable venin, tant son regard était assuré. Jamais je ne vis regard plus hypocrite et plus féroce à la fois, quand tout à coup, s’élançant par le côté, il voya sur ses agresseurs { voyer est encore un mot local pour exprimer le bond que fait le serpent qui s’élancé); mais heureusement celui-ci n’atteignit personne et fut tué par un nègre avant qu’il eût eu le temps de se relever. « J’ai plusieurs fois assisté à l’attaque de serpents lovés, dit M. Duchâtel ; les nègres cher-