‹ Enquête statistique et bactériologique sur l'évolution des maladies typhoïdiques dans le ...e corps d'armée en 1914-1916: Leurs relations avec les vaccinations antityphoïdiques et antiparatyphoïdiquesChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Evolution comparée de la vaccination antityphoïdique et des maladies d'aspect typhoïdique dans le + Corps d'armée, de décembre 1914 à mars 1916.

Il ne nous paraît pas inutile de rappeler en quoi consiste essentiellement le phénomène de l’immunisaüon active que doit réaliser une vaccination antimicrobienne. Le fait d'en indiquer les conditions d'exécution nous aidera par la suite à faire apprécier les difficultés et la valeur de l'œuvre accomplie dansles opérations que nous aurons à étudier.

Très anciennement pratiquée par les Chinois, la vaccination contre les maladies infectieuses n’est pas une mesure défensive d'application récente. De tous temps l’on fut frappé de ce que certaines maladies infectieuses évoluant chez un individu et se terminant par la guérison, prémunisent cet individu contre une atteinte ultérieure de la même maladie.

En des temps où on ne connaissait mi le terme d’infection, n1 bien entendu sa signification, on savait déjà par l’inoculation de pus variolique et, plus tard, de pus de « vaccin » Jennérien prémunir contre la variole.

Procédés également empiriques dont le second ne

réalisait sur le premier qu’un progrès pratique, évi-

3 19 Li

demment considérable, mais sans importance vraiment scientifique, puisque rien n'était susceptible de l’expliquer. Lorsque Pasteur eut imaginé son procédé d’atténuation des virus, lorsqu'il eut fourni par une géniale série de déductions basées sur l’expérience le moyen de provoquer dans l'organisme une maladie atténuée (Etudes sur le choléra des poules) de ce jour, la question des vaccinations contre les maladies infectieuses était résolue. Et cette démonstration avait été faite du premier coup avec une telle rigueur, un tel souci de la méthode et une technique si réglée en ses moindres détails, qu’elle reste au-dessus de toute critique et de toute idée de perfectionnement.

Qu'il s'agisse de la vaccination contre le charbon, la rage, le choléra ou la fièvre typhoïde, l'opération consiste à habituer un organisme vierge à lutter efficacement contre des germes de destruction à l'égard desquels il ne possède pas normalement d'éléments de défense. Nous savons quels phénomènes de digestion cellulaire constituent la nature intime de ce mystérieux travail. La réalisation de ce travail exige que plusieurs facteurs se trouvent exactement en harmonie : virus vaccinal convenablement atténué, actif encore mais non plus dangereux, quantité de virus minutieuse ment dosée, adaptation progressive de l'organisme, inoculations espacées à intervalles réguliers, un trop long espace de temps entre les inoculations ou au contraire une accumulation intempestive de doses exagérées pouvant faire perdre le bénéfice antérieurement réalisé. Tout ceci ne concerne que le vaccin. Il faut, d'autre part, pour que l'opération s'effectue sans

SONTb ee

danger, que l'organisme récepteur soit capable d’en faire les frais, c'est-à-dire que les cellules destinées à l'élaboration des anticorps et, plus encore, les appareils éliminateurs soient dans un état convenable de fonctionnement, puisqu'il s'agit de transformer des substances plus ou moins toxiques et d’en éliminer l'excédent. Enfin, pour certains, toute opération de vaccination suppose au début de sa réalisation une phase négative, c'est-à-dire une période plus ou moins longue pendant laquelle les défenses de l'organisme occupées à la transformation et à la digestion des substances vaccinales peuvent se trouver en défaillance si, à ce moment précis, le véritable virus, non atténué, vient envahir l’économie.

Il faut ajouter que cette conception de l’hypersensibilité de l'organisme au début de la vaccination est surtout théorique et que rien n autorise à la considérer au point de vue de la vaccination antityphoïdique comme un fait étalbi.

Quoi qu'il en soit, le fait que nous avons voulu exposer est que la vaccination antityphoïdique constitue une opération délicate, déjà difficile dans de bonnes conditions, à plus forte raison en temps de guerre et lorsqu'elle doit porter sur plusieurs millions d’individus soumis aux conditions d'hygiène les moins favorables. C’est sans nul doute cette considération, peutêtre aussi la pensée que la guerre trouverait une soluon plus rapide qui ont conduit les autorités du Service de Santé militaire à adopter pour les premières opéraons vaccinales une technique en quelque sorte condensée qui consistait à pratiquer seulement deux

injections du vaccin de M. le professeur Vincent, vaccin fourni par le Laboratoire de l’Institut antityphoïdique du Val-de-Grâce.

Ces débuts de la vaccination antityphoïdique se firent au Corps d'armée dès que, à l'issue de la bataille d'Arras, les troupes se furent accoutumées à l’existence et à la guerre de tranchées. Conformément aux ordres reçus de la Direction générale du Service de Santé, la vaccination fut organisée dans tout le Corps d'armée au fur et à mesure des disponibilités permises par les opérations militaires. Quiconque a vécu loin des services régimentaires est incapable de se représenter les difficultés apportées fatalement par le service. Bien entendu, il ne pouvait être question de vacciner les troupes aux tranchées. Il fallait profiter des relèves et inoculer les hommes pendant leur séjour dans les cantonnements dits de repos, car rien n’est moins assuré que le repos en temps de guerre. On se méprendrait étrangement si l’on pensait que les relèves aient pu alterner avec une régularité susceptible de se prêter à des inoculations méthodiquement successives. A ce moment, dans le secteur occupé, les alertes sont fréquentes, les séjours à la tranchée fort inégaux : 1l est arrivé maintes fois que les troupes, au cantonnement, ont eu juste quelques heures, pendant lesquelles les hommes ont pu se nettoyer, vérifier leurs armes, un départ précipité interdisant toute autre préoccupation.

Enfin, le soldat s'instruit, apprend le maniement des nouveaux engins, et le séjour hors tranchées laisse peu de temps à la vaccination antityphoïdique. Chaque médecin de corps de troupe auquel incombait

ce soin, réglait néanmoins avec le commandement de son unité, les séances de vaccination, mais tout zèle ne pouvait, en raison même des circonstances, suppléer au manque de temps. Néanmoins on persista, et l’on finit par porter le nombre des injections à trois, même pour certaines unités à quatre, mesure dont nous aurons à étudier l'importance au chapitre suivant.

Nous venons de voir le mal que l’on rencontrait à vouloir pratiquer des injections régulières; ces injecions, du moins, furent faites avec conscience, l’on s’entendit pour ne pas trop les espacer, et dans les locaux, souvent en piteux état, des infirmeries de bataillon, l’on eut à cœur de ne rien négliger pour mener à bien cette tâche difficile. Les chiffres qui nous ont été communiqués avec la plus grande bienveillance par M. le médecin inspecteur Follenfant, vont nous permettre de suivre l’évolution des opérations vaccinales à partir du mois de décembre 1914 jusqu’au mois de mai 1915.

Plus de 180.000 injections de vaccin ont été pratiquées pendant cette période ; le tableau suivant en

donne le détail :

.…* C. A. Nombre d'hommes ayant reçu DATES 1 2 3 4 , injections de vaccin antityphoïdique Du 1°" décembre 1914 au 18 fé- é

VHÉDLQT SM INT OM SEM EG Nr T0 6 400 Du 18 février 1915 au 1° mars LOT De MOT NUE VA ES CO NE ST Du 1°* mars au 15 mars . . . . 8,821 30.400 Du 15 mars au 25 mars . . . . 3.905 6.279 32.751 5.922 Du 25 mars au 1e mai 1915. . . 472 1.695 30.042 18.703 mm" 183.588

Injections de vaccin antityphoïdique pratiquées de décembre 1914 à mai 1919.

A pi

Nous y voyons qu’au 1° mai 1915, l'effectif total du Corps d'armée avait reçu les trois premières injections, dose suffisante pour réaliser une immunisation agissante. En outre, près de 24.000 hommes avaient reçu, à la même date, la quatrième inoculation et étaient de ce fait entièrement vaccinés; il y avait donc approximativement, dans le Corps d'armée, un tiers de l'effectif complètement immunisé, le reste étant très sérieusement protégé, ainsi que nous allons en juger.

Si l'on veut bien, maintenant, par comparaison, jeter un coup d'œil sur les chiffres représentant le nombre des évacuations pour maladies typhoïdiques (fièvre typhoïde, embarras gastrique fébrile), on aura déjà un premier aperçu de l'efficacité des opérations vaccinatrices.

À la vérité, ces chiffres ne représentent pas une donnée d’une valeur absolue. Une grande partie des malades n’ont pas été l’objet de recherches et, partant, de contrôle bactériologiques, de telle sorte que, vraisemblablement, tous n’ont pas été atteints d'infections typhoïdiques. D'autre part, 1l faut tenir compte des non vaccinés par cause de contre-indications et dont le nombre s’élève dans le Corps d'armée à près de cinq mille. Enfin, un Corps d'armée n’est pas, en guerre, une unité fixe à effectifs invariables et immuables. Des compagnies du génie, des divisions de cavalerie, des sections de munitions, des sections de parc d'artillerie, etc., s’en détachent ou s’y incorporent, déterminant un mouvement incessant d'hommes chez lesquels il est souvent impossible de contrôler la vaccination, Ces chiffres, comme les précédents, sont donc

ES approximatifs. Ils représentent seulement le mouvement général de la morbidité, mais les écarts en plus ou en moins se trouvent corrigés dans l’ensemble, car ils s'équivalent à peu près, étant donnée la masse énorme des effectifs :

Evacuations du ...® Corps d'armée, pour :

Fièvre Embarras gastrique Maladies

typhoïde fébrile typhoïdiques Décembre 1914.00 114 209 —1107 FaNnVierErO TES 199 303 462 HéVriertronoe 76 79 155 MaTSSTOTO ERA RE 38 09 71 AV DLLÈEO TO ENS 12 22 34

Il n'y a pas, nous semble-t-il, de démonstration plus frappante de l'efficacité de la vaccination antityphoïdique que cette chute rapide des maladies typhoïdiques dans le Corps d'armée, parallèlement aux progrès des injections vaccinales. Ces beaux résultats dans la lutte contre la typhoïde encouragent d’autant plus à prescrire cette mesure, qu'aucun accident ne permet d’hésiter à l'appliquer. L'organisme apte à la vaccination n’a rien à en craindre. La réaction fébrile consécutive à l'injection est normale, et une journée de repos est prévue pour les vaccinés le lendemain de l'injection.

D'ailleurs les accidents remarqués au cours de la vaccination antityphoïdique ont suscité assez d’écrits pour que nous ny insistions pas davantage, nous bornant à retenir la conclusion générale de ces incidents, à savoir que tous proviennent de ce que un des facteurs essentiels que nous énoncions au début de ce

HE Au chapitre n'a pas été pris en considération : une intégrité fonctionnelle suffisante de l'organisme et en particulier des appareils éliminateurs. L'organisme qui peut être vacciné ne doit contracter qu’une immunisation et nulle atteinte en son économie.

Nous en sommes donc arrivés à suivre la marche parallèle, mais en sens inverse de la vaccination antityphoïdique et du nombre des évacués pour affections typhoïdiques. Ceux-ci deviennent de plus en plus rares et qu'est-ce que trente-quatre fièvres typhoïdes ou embarras gastriques fébriles évacués pour tout un Corps d'armée pendant tout le mois d'avril 1915. À cette époque, rappelons-le vite, vingt-quatre mille hommes ont reçu quatre injections de vaccin, et la presque totalité de l'effectif restant a reçu trois injections, encore sont-elles souvent combinées de telle sorte, au point de vue dose, qu’elles égalent en quantité de vaccin, les quatre injections normales.

3/4+ 1,5 +2,5 — 4 cme. 3/4 1/2+1+1,5 +2—5cmce.

La vaccination antityphoïdique peut alors être considérée comme terminée et comme ayant largement contribué à écarter le danger infectieux. Il est d’ailleurs temps, car les opérations militaires ne laissent point de délai, l’Artois redevient le centre actif et le Corps d'armée prend part aux succès qui inaugurent la campagne d’été 1915.

Il n’est plus question de vaccination et, d'ailleurs, l’évolution des maladies typhoïdiques est toute rassurante. Le bénéfice d'une mesure, préparée et appliquée

Page 1