‹ Enquête sur l'évolution littéraireChapitre 32 sur 72 · M. SAINT-POL-ROUX-LE-MAGNIFIQUE · texte numérisé non relu

M. SAINT-POL-ROUX-LE-MAGNIFIQUE

Saint-Henry, 17 mai.

Monsieur,

Votre épistole m'arrive en Provence, corbeille de jolies filles.

J'y réponds, sous la joviale marguerite du Soleil, devant la masse de larmes versées par les amants et les poètes que l'on nomme la Mer.

J'ai fort hésité à vous communiquer ma profession de foi, l'heure me paraissant prématurée. Mais vous insistez avec une telle vertu qu'enfin je m'installe sur le chevalet de votre Question.

Nier l'imminence d'une Réforme et d'une Renaissance, c'est-à-dire d'une novation de systèmes et de formes, serait nier l'étoile polaire. Toutes proportions gardées, la contemporaine avant-garde de l'Art Prochain rappelle, par son bariolage, les précurseurs scientifico-philosophiqucs du seizième siècle. La Re-

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naissance d'autrefois comme la Renaissance de demain, offrent à leur début une confuse mais fertile variété de crédos et de formules. N'avons-nous pas Luther- Wagner, Pic de la Mirandole-Villiers de risle-Adam, Montaig-ne-Taine, Machiavel-Zola, Rabelais-Rodin, Théodore de Bèze-Mendès, Vinci- Puvis de Ghavannes, Jacob Bœhm-Mallarmé, Nicolas de Cuss-Prance, Paracelse-Huysmans, Gopernic- Mirbeau? Le collectif volcan où fermentent ces esprits divers érupte chaque jour davantage. Les laves inhument peu à peu l'Herculanum des confessions vétustés, et de ces laves apaisées jaillir.i bientôt le lacryma-christi de l'Art espéré î

Ce que l'admirable Heraclite pensait des Choses et de Dieu, je le dis de l'Art : que sans cesse il devient. Potentiel Juif-Errant de la marche-pour-la-vie, il ambule vers le Trône de Perfection — accessible à la seule^ fin du Monde ! Sa vitalité réside dans sa perfectibilité. Les néophodes Cantaloups de la Sorbonne déclarent, à l'exemple d'Aristote, le ciel inaltérable, heureusement surviennent des Galilée pour, de temps en temps, découvrir des constellations nouvelles : chandeliers de Renaissances.

Quant à la Poésie, ma sentence est que, touchant le rendit^ elle n'a pas encore offert sa manifestation véritable, adéquate. On a pris, pour elle, jusqu'ici, certain style d'officielle sélection. A travers les époques, splendirent des aèdes certes glorieux qui, parsemant

leur poudre-aux-oreilles, firent g"énufléchir les populaces ravies. Ces g'rands hommes, je les honore d'un culte filial, convaincu que les Vieux sont notre atavisme, leurs œuvres nos mois de nourrice. Mais leui* art fut-il vraiment l'art divin, la Toute-Poésie?

Nenni!

Opinion si notoire déjà que des chercheurs risquèrent, dans notre siècle d'orig-ine, qu'il pouvait y avoir autre chose. D'aucuns, ces lustres derniers, cogitant partiellement ce que je prétends, vinrent soutenir, qui la poésie c'e^t le son, qui \s. poésie c'est la couleur, ainsi de suite. Manifeste progrès. Néanmoins ces apôtres bégayaient encore. Non, la Poésie n'est pas uniment de la musique, uniment de la couleur...

Elle est tout cela, et davantage.

Le poète, braconnant dans les fourrés du Mystère, ne le pipera qu'avec toutes les armes humaines réunies en faisceau. Qu'est-ce que l'être? Le mariage d'un corps et d'une âme. La compatible entente du ménage réalise la légitime géniture, l'époux et l'épouse ne faisant qu'un — de par l'amour : égoïsme à deux. Le corps est une âme qui se sert d'un corps, a énoncé un philosophe antique. Il faut quérir l'absolu avec l'être intégralement tendu vers toutes les directions. L'artiste se cantonne à tort dans les extrêmes : idéalisme ou positivisme. Est-il trop de deux bras pour étreindre une femme — qui se refuse? On s'est contenté jusqu'à ce jour d'une opinion d'or ou d'une opi-

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nion de cuivre. Allons à l'alliage ! L'étincelle jaillit du baiser des pôles contraires.

Dans la religion poétique, l'âme est une harpiste dont la harpe est le corps : harpe à cinq cordes. Pincez une seule corde, vous avez la voix dans le désert égoïste et partial : pincez les cinq, voici l'expansive charité, voici la symphonie.

Ah ! si nous vivions dans la zone métaphysique de l'Absence, j'admettrais le mépris des Cérébraux pour les Choses et pour notre carcasse, mais nous sommes exilés dans la Babylone du Sensible et nos harpes sont parmi les saules.

Le poète se peut donc comparer, organiquement parlant, à une harpe supérieure s'adressant aux harpes moindres des peuples. Les vibrations de cellelà doivent éoliennement vitaliser celles-ci.

— Les cmq cordes de la harpe ?

— Nos cinq sens... qui traquent, capturent, puis officieusement naturalisent, accessibilisentle suprême gibier dérobé par l'esprit. Oui, la Poésie, synthèse des arts divers, est à la fois saveur^ ^^arfmn, son, lu- '>nière, forme. Son œuvre prismatique (aux cinq facettes, sapide-odorante-sonore-visible-tangible) est le domaine où l'âme règne sur une mosaïque formelle et gouverne au milieu d'une orchestration foncière. Il en résulte un art attique amplifié : l'idée enchâssée dans un quintuple climat. Le subjectif dans l'objectif. Art parfait, où, par un voisinage étrange^ semble

presque se spiritualiser la matière et se matérialiser ridée, la forme est la cage des lions et des faisans de ^abstraction, elle corporise l'idéalité, idéalise la réalité. Qu'on n'aille point m' attribuer le sophisme d'une esthétique des seules sensations ! Ayant voulu poser les assises d'un quai de départ, j'ai dû commencer par les sens qui sont la prime et banale preuve de l'existence de l'homme en le cerveau de qui siège le Vatican des sensations. Ce sont les buccins des sensations qui sonnent la diane de l'humanité et c'est par le pont-levis des sens que le fantôme du Mystère entre visiter le donjon de notre esprit. Ma Théorie des Cinq Sens, ai-je inféré dans une étude sur le divin Pierre Quillard, est l'avènement de l'art individuel et vivant : le Verbe fait Homme. Ajoutons que les sens fraternisent avec un désintéressement tel qu'ils fusionnent chez les natures d'éUte au point de se confondre. Cette communion des sens engendre l'émotion suprême, Féclosion de l'âme, son apparition, son entrée en matière. Longtemps j'ai supposé que la sensibilité pouvait être la substantialité de l'âme. Serait-ce pas au moins joli de dire que les sensations sont la forme insaisissable du corps et la forme saisissable de l'âme? Le vulgaire commerce des sens, on le voit, n'est pas en cause, mais le subtil résultat de cet essaim se coalisant et s'épurant vers l'unité sensationnelle jusqu'à distiller dans la ruche cérébrale un relief unanimement élu.

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Je n'insiste tant que parce que d'ingrats poètes propendent à cong-édier la Matière, ainsi qu'une trop vieille servante usée au service du Naturalisme. Ouais ! la fille est verte plus que jamais ! le serait-elle trop pour certains ? Bannir le contingent et le fini, c'est jouer à colin-maillard dans le transcendantal tunnel des vieilles lunes. On m'entendra mieux lorsque j'aurai présenté notre monde, la Vérité, comme les débris épars de Toriginelle Beauté rompue.

Oyez cet apolog^ue :

— « Au temps qui n'était pas encore le Temps, >) Dieu, solitaire Idée des Idées, voulut les corporiser, » afin de distraire son intellectualité. L'incarnation > opérée, la Beauté fut. La Beauté fig-urait la forme » de Dieu. En la créant, il avait désiré se réaliser. » Toutefois Dieu restait l'Idée : l'Idée de ces Idées qui » formaient la Beauté. Alors ce fut une unité, ce fut >' encore une dualité. Devant ces Idées formelles » (multiple mirage de son Idée une), Dieu s'éjouis- » sait, tel un enfant devant un joujou.

» Or, il advint ceci. Sans doute possédée de ce dé- >> mon qui incite à produire, la corporelle Beauté, se » croyant indépendante, eut la curieuse envie d'imi- » ter Dieu, de créer à son tour. Mais — comme elle » était la Perfection, et que la Perfection ne se peut » surpasser, son unique devoir étant d'être — la » Beauté, superbe d'harmonie, fut punie de son ca- » price : elle se rompit dans l'efi'ort de conception, se

» répandit pêle-mêle et ses débris devinrent la Vérité, » c'est-à-dire le moindre : I'ici-bas. »

Mon apologue révèle un univers fait du châtiment de la capricieuse Beauté dont la substance gît, en désordre, attendant le talisman qui réhabilitera son équilibre et sa cohésion d'antan. Je cherche donc les lignes de la Beauté parmi la Vérité, son essence parmi Dieu, puisqu'en lui permane l'intègre et vierge Idée de la Beauté. La Beauté étant la forme de Dieu, il appert que la chercher induit à chercher Dieu, que la montrer c'est le montrer. Et l'on trouve le Bien par le seul fait que l'on trouve la Beauté, en dehors même de toute marotte didactique. Le rôle du Poète consiste donc en ceci : réaliser Dieu. L'œuvre du Poète est une création, mais une seconde création, puisqu'il met à contribution les membres de Dieu.

Le Poète a pour boussole son intuition. La Beauté, châtiée, qui rôde parmi l'imagination humaine, lui sussure sa nostalgie. Nous devons noter la qualité de cette nostalgie. La Beauté brisée ne retrouvera sa perfection qu'à travers son grand regret delà Splendeur perdue: le Poète est le chancelier de ce regret.

On le voit, mon idée-réalisme est un arbre immense ayant ses racines en Dieu, ses fruits et sa frondaison ici-bas. Les sensations nous apprennent les fruits, l'esprit dialecticien remonte à l'amande du noyau de ces fruits, cette amande mène l'esprit aux rameaux, et ces rameaux d'Ezéchiel conduisent l'esprit vers les

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racines, au Principe enfin, puisque ces fruits émanent de la raison séminale.

Le sublime Idéalisme de Platon est cruel pour notre Monde qu'il appelle monde d'apparence et d'ombres. Je soupçonne Platon d'avoir commis une politesse envers la Divinité et cru Celle-ci plus avare ou l'homme moins riche. Les ombres de Platon me semblent des lanternes vénitiennes dont il faut savoir soulever le papier pour entrevoir la flamme intérieure. Les sens s'arrêtent au papier lumineux. Stimulons notre esprit, sans lui nous n'aborderons jamais la petite flamme cachée, rayon de l'inspiratrice Flamme.

Je ne préconise point l'indigeste recensement des Choses selon le génial Groquemitaine de Médan, lequel exige que tout écrivain ait ses trente -deux yeux comme une queue de paon. Du moins, soUicité-je qu'on en désarcane l'essence causale, qu'on en cristallise l'orient, la caresse et le divorce de leurs correspondances, autrenient dit les modes qui sont en quelque sorte la vive chevelure de la substance. Méthode qui se peut nommer la niaïeutique des Choses. Le poète est le Sage-homme de la*Beauté.

Sans traiter les Choses d'apparences, j'admets toutefois que la perle de l'idée couve et palpite sous les parasites sables amoncelés par le temps et ses ulcères. Oui, toutes les petites âmes participant à la grande âme de la Beauté, toutes ces mignonnes unités concourant à l'une complexité, ont du sable sur

elles. Le Romantisme n'a glorifié que les micas insectes et coquillages de ce sable, le Naturalisme a dressé la comptabilité de ses grains ; les écrivains à venir joueront de ce sable puis lui souffleront dessus afin de ressusciter le symbole enseveli, Fhamadryade essentielle, le cœur qui bat de l'aile au centre de tout, l'esprit de la substance. Le monde physique est un vase empli de métaphysique. Chaque chose est un tabernacle d'Isis, chaque chose est une idée ayant sur elle la poussière de l'exil. La Vérité c'est la charbonnière, avant le débarbouillage, la Beauté cette même charbonnière débarbouillée. En étreignant la première, c'est la seconde qu'il faut violer. Mais que l'on soit avant tout possédé de cette foi qui 'permettait à sainte Térèse de voir Dieu réellement dans l'hostie. Puisque la Toute-Beauté, cette résultante^ s'est évanouie du monde sensible et que parmi nous grouillent, çà et là, ses composantes^ le problème à résoudre est : quelles sont les forces à marier pour inventer la Toute-Beauté ? L'univers figurant une catastrophe d'Idées, comment les réordonner poui ériger leur Idée, leur Synthèse ?

— Mais le public? objecterez-vous, Monsieur.

— Ce Sicambre nous lapidera d'abord et nous coulera plus tard, en bronze. Simple comme l'œuf de l'impavide Christophe ! Je ne professe pas à l'éganj des Gentils l'intolérance de saint Augustin. Tertullien émet, avec une politique noblesse, qu'il est

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odieux de contraindre un esprit libre à sacrifier malgré lui. La place m'est heureuse à cueillir cette cordiale maxime de La Bruyère que je recommande à l'Eminence Grise de Gandillot-le-tombeur-de-Shakespeare : « Celui qui n'a égard en écrivant qu'au goût de » son siècle, songe plus à sa personne qu'à ses écrits : » il faut toujours tendre à la perfection, et alors ■ cette justice qui nous est quelquefois refusée par ) nos contemporains, la postérité sait nous la rendre. » Tôt ou tard, la foule qui gémit aujourd'hui dans le capharnaum de l'onocéphale Convention, s'émancipera vers l'évidente Rédemption.

Sa méfiance actuelle se comprend. A peine sort-elle de l'étude décadente. Et tenez, ce tabide décadisme fut un bienfait de la Providence. Les décadents auront du moins eu la céleste inconscience d'avoir précipité la réaction nécessaire. En d'antérieures époques déjà, ils incubèrent de robustes avènements. Les plus nobles floraisons ne sourdent-elles pas des trappes de la décomposition ? Sont-elles autre chose que d'harmonieux phénomènes émanés de causes vicieuses qui s'amendèrent jusqu'à telle ^rtu réalisée ? Notre époque est la copie de celle d'Elisabeth. Comme présentement, c'était en Angleterre, l'école déliquescente ; y paradaient l'euphuiste Lyly et le bizarre Donne. De cette poésie quintessenciée jaillit cette fleur dont le parfum nous survivra : Shakespeare. Nous sommes encore l'Italie du dix-septièm.e

siècle où le chef des poètes cavaliers, le corrupteur Marini, était Tobjet d'une idolâtrie. Et nous sommes aussi la France du même siècle que le maréchal d'Ancre emmusqua de Fauteur de la Sa7n])0gna et des Baci, alors que les Scudéri faisaient s'agenouiller le goût, les Précieuses se coucher Tesprit. De même que Shakespeare sort deLyly, nos merveilleux Classiques sortent des marinistes et des ruelles.

— Ce que je pense du Pèlerin Passionné 'i

— Que ce petit-neveu des Guillaume de Loris, Bertram de Born, Rutebœuf, Jean de Meung- recèle quelques perles dans les coquilles de sa cagoule. Le Talleyrand du Symbolisme, notre ami Charles Morice, nous parut excessif, disant de son compaing: « Moréas n'a pas d'idées, il ne lui manque que cela. » Coup d'aile de chérubin. Dieu merci ! Jean Moréas m'apparaît comme la complémentaire de François Coppée. En tant que tempérament artistique, il n'est pas sans m'évoquer, aux heures bizarres, un trombone à coulisse qui dégagerait des sons de fifre.

— L'avenir de la Poésie ?

— Il est aux divins, aux hommes-dieux !... Car l'ère va reflorir des dieux foulant le sol comme au temps rapporté par le frêle Musset. Les poètes sont imminents qui, prenant leur titre à sa primordiale acception, dévoileront leur propre Monde loyalement conçu par eux sans qu'ils se soient anéantis dans une cérébralité exacerbée, n'affichant aucune ingratitude en-

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vers Tunivers de Dieu, leur ensealissime Principal. Sur ce point, j'ai dit au Mercure de France^ où Tailhade, de (iourmont, Vallette , Aurier écrivent avec une dague ciselée :

« Les poùtes, nous sommes des dieux, c'est acquis. » Chacun de nous conçoit un monde, d'accord. Néan- » moins convenons que notre monde particulier n'est » que l'élixir du monde initial, si prestement réinté- >) gré aux heures corporelles. Notre original s'étaye ■> de l'originel. Le monde foulé — co-propriété indivise ■> de tous dans la république de la vie — il nous faut •) le considérer comme ^'apprentissage foncier de j) celui de notre esprit, lequel n'est, à franc dire, que » le résultat d'un désir de réaliser mieux, désir servi » par la morale de notre personnelle esthétique. La » floraison du poète se mesure donc à son génie d'es- )) sentiellement comprendre ou d'amender (par un ') prêt d'intentions foraines) celle de Dieu. »

Ce divinisme paraphrase l'apophtegme de Goethe : « La vraie poésie s'élève au-dessus du monde sans le perdre de vue. » Désormais, le poète aurc^le droit de chanter, à son heure du cygne, qu'un univers s'éteint avec la lampe de ses os, et ses disciples devront la coucher dévotieusement dans la tombe et, de même qu'on plaçait jadis une bête de marbre aux pieds d'un mort illustre, placer un globe symbolique aux pieds <ie l'endormi divin.

— Mais le Symbolisme actuel ?

— Le Symbolisme du jour eng'once l'art dans le carcan du système, le restreint au séminaire du dogme. Soyons symbolistes comme Dante.

Cultivons le symbolisme sans le rig-oriser, ni l'édifier en petite tente sous l'ample soleil artistique. Je prise fort le Symbolisme, sobre et en filigrane, qui préside à certains chefs-d'œuvre des princes Maeterlinck, Henri de Régnier, Viellé-Griffin, Gabriel Randon, Stuart-Merrill. Instituer une école symboliste — c'est fonder une Suisse de la Poésie.

Qu'on y prenne garde, le Symbolisme exaspéré aboutit au nombrilisme et à l'épidémique mécanisme. Remémorons-nous l'abus du Syllogisme au moyen âge. Accordons toutefois au Symbolisme actuel les circonstances atténuantes, car il est le bout du bâton dont le Naturalisme est l'autre bout. Les selles physiques de celui-ci contraignirent les esprits aux sels métaphysiques, de même que les finales épines de la dialectique au moyen âge inclinèrent les âmes vers les roses mystiques. Ce Symbolisme est un peu la parodie du Mysticisme. Mais si fut logique le Mysticisme dans cette période passive et contemplative de la scolastique où chaque tronc de chêne se sculptait en reliquaire, chaque roc se creusait en cellule, si logique, dis-je, fut le suave Mysticisme des saints Bernard et Bonaventure, le Symbolisme exclusif estanormal en.notre siècle considér(iblo de combative activité.

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Considérons donc cet art de transition comme une spirituelle niche faite au Naturalisme, aussi comme un prodrome (aucunement néglig-eable) de la Poésie de demain, et passons.

— L'Orient des poètes selon moi ?

— Puisque toute Renaissance arbore une enseigne, l'histoire ayant cure des étiquettes, je vous prophétiserai que la Poésie va vivre son

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