EN RUSSIE. UN MIR 2O
— Pourquoi n'émigrent-ils pas dans des provinces plus riches?
— Justement! Ils pourraient aller en Sibérie dont le climat, au sud surtout, n'est pas plus mauvais qu'ailleurs et où les récoltes sont magnifiques, mais le gouvernement met des barrières, car les seigneurs propriétaires ont besoin ' de bras pour cultiver leurs terres à eux, et si les paysans quittaient tous les provinces ingrates, la main-d'œuvre agricole deviendrait trop chère sinon introuvable. Et puis ces propriétaires tirent encore profit de la location de leurs forêts et de leurs prés aux paysans, car ceux-ci ont trop peu de terrains pour en faire des pâturages. Et pourtant, tous les ans, malgré les entraves, plus de trente mille paysans sont arrêtés à la frontière sibérienne, à Tioumiegn, et on ne laisse passer que ceux qui ont cinq cents roubles d'avance : c'est, une nouvelle législation; ceux qu'on retient deviennent un gros embarras chaque jour plus inquiétant.
— Demandez donc au starosta, dis-je pour conclure, à mon guide, ce qu'il faudrait faire pour que les paysans soient moins misérables.
Le vieux répondit en soupirant :
— 11 y a trop de bonnes terres autour du mir^ les seigneurs en ont plus que tous les paysans ensemble... il faudrait agrandir les m«>5...Et puis... et puis... — il baissa la voix comme honteux^ de ce qu'il disait — trop d'impôts... trop d'impôts...
Cette nuit-là, nous couchâmes sur la paille sans nous plaindre.
EN RUSSIE (suite)
UNE AMEUTE OU^'lMÈJlE EN POLOGNE. l'aNTISÉMITISIE
Lodz (prononcez Lodj) est une grande ville d* la Pologne russe, à quelques heures de chemii de Ter au sud de Varsovie, la plus importante dt la province au point de vue industriel. C'est \i qu'au mois de mai dernier des troubles sesool produits, les journaux dirent ; des troubles antisémites. Aucun détail n'était parvenu en Francr sur les incidents, toutes les dépêches ayant éiê interceptées au départ ou à la frontière. A Varsovie, où je m'étais arrêté, on avâitde tous côtés tellement réussi à piquer ma curiosité, quej^ n'ai pas pu résister à l'envie de la satisfaire.
Et je n'ai pas eu à le regretter. Je rapporte, en effet, quelques notes qui, à plus d'un titre. intéresseront, je pense. Je me suis rendu compte à ce moment de mon voyage, qu'il est impossible, si l'on veut rester dans le vrai, d'émettre sur cet immense pays des opinions générales:
ce qui est vrai ici île l'est pas là; il y d des différences capitales entre les si diverses parties de ce tout phénoménal, hybride, qu'on appelle la Russie ; en effet, plus que partout ailleurs, les faits économiques s'y contredisent, au Nord et au