RUSSIE. UNE ÉMEUTE OUVRIÈRE EN POLOGNE
td, à l'Est et à TOuest, le tempérament et le iractère même changent aux extrémités du >lossaI empire. Mais ce qui demeure — et qu'on ,/v 3 peut nier — ce qui se manifeste partout avec L même évidence, à la fin terrible, opprimante, 'est l'esprit de l'administration impériale, l'in- ' iUence terrorisante des fonctionnaires, la peur, a. p^ur sourde et maladive du pouvoir. Je l'ai tentie rôder autour de moi aux frontières, dans .es hôtels, dans la rue, dans les magasins, dans les maisons mêtne, et à force, à force d'entendre • les gens me parler bas, à force d'histoires sombres, racontées partout et qui venaient de se passer, devant cette unanimité de regards troublés, elle m'a effleuré, cette peur, moi aussi, malgré' mon passeport bien en règle...
Je suis arrivé à Lodz au mois de juin, à temps pour apprendre des témoins oculaires et des victimes, pris au hasard, les choses qui suivent. Je ne les nommerai pas non plus, ceux-là, car mon indiscrétion briserait infailliblement leur situation; mais, qu'on me croie, ils étaient bien placés pour voir...
Or donc, voici ce qui s'est passé à Lodz du 2 au 10 mai 1892 :
Jusqu'à ces derniers temps, les fabricants de cotonnades étaient tout-à-fait maîtres chez eux; la loi de 1886, instituant les inspecteurs de fabrique et réglementant les contrats entre patrons et ouvriers, était restée jusque-là lettre morte. Le premier inspecteur qu'on avait envoyé avait pris un jour pai'ti pour les ouvriers contre Ks
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patrons, parce qu'il avait été prouvé^ entre autres choses, que ceux-ci volaient ceux-là dans les métrages de leurs labeurs; ils comptaient aux ouvriers loo archines de calicot fabriqué (71 mètres) au lieu cfe i3o archines (92 m. 50) qu'ils avaient réellement produits. La preuve avait été éclatante et l'inspecteur voulait obliger les patrons à restituer. Mais les fabricants de Lodz sont très riches, il y en a qui sont cinquante et cent fois millionnaires, et leur influence à Pétersbourg est énorme... Ils obtinrent le changement de l'inspecteur : on l'accusa d'être du parti des ouvriers et d'être responsable des troubles...
Un autre fonctionnaire fut appelé. Les ouvriers continuèrent à affluer au bureau de l'inspection; mais désormais, leurs réclamations ne trouvaient plus d'écho.
Le i«' mai approchait : des affiches imprimées en allemand (il faut savoir qu'à Lodz et presque partout en Pologne on parle beaucoup Tallemand à cause de l'immigration prussienne) étaient collées aux portes des usines, une grande agitation commençait. Une délégation ouvrière alla un jour se plaindre à l'inspecteur du salaire insuffisant; ils lui prouvèrent que les 3 roubles et demi qu'ils gagnaient par semaine (7 francs 50) ne leur suffisaient pas; ils établirent qu'ils dépensaient pour eux, par semaine : i rouble de logement, i rouble de pommes de terre, i rouble de pain, et qu'il ne leur restait rien pour leur femme et leurs enfants. Ils dirent: