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EX RUSSIE. UNE EMEUTE OUVRIERE EN POLOGNE 2O

« nous ne demandons pas de manger de la viande, puisque cela coûte si cher., mais nous voulons au moins deux roubles de plus pour pouvoir nourrir nos enfants et faire cuire nos pommes de terre dans la graisse, puisque nous travaillons quatorze et quinze heures par jour! »

L'inspecteur resta sourd à ces réclamations.

Arriva le i®*^ mai qui tombait un dimanche. Le lendemain lundi plusieurs milliers d'ouvriers des filatures de coton étaient en grève.

Le lundi et le mardi les ouvriers n'avaient pas bougé ; mais le mercredi, l'idée vint à quelques-uns de forcer les boulangers à se mettre aussi en grève. On s'organise en bande et on va à la « Vieille Ville » où sont les quartiers juifs, dans 1q but de forcer les boulangeries Israélites à suivre le mouvement. Les Juifs, qui ignorent ce qui se passe, refusent d'adhérer ainsi aux sommations des grévistes, on les rosse, ils se défendent, et les ouvriers retournent à la ville chercher du renfort, disant aux camarades que les Juifs les ont battus.

Il y a, à côté de Lodz, une sorte de Faubourg séparé qu'on appelle « le quartier des voleurs »: c'est un endroit où l'administration parque les récidivistes de toutes catégories; ils sont au nombre de cinq cents environ. En apprenant ce qui se passe, ils vont se mêler aux grévistes qui parcouraient les rues et quelques-uns d'entre eux font courir le bruit que les juifs viennent de mettre le feu à une église... On se groupe et on revient en nombre à la « Vieille Ville ». Alors,

c'est une folie : on brûle des maisons, on brise tout, on jette les meubles par les fenêtres, on tue... Des femmes furent violées, des enfants estropiés dans Tinfemale bagarre. On pilla.

Le lendemain, rémeute continua. Dans les rues de Lodz, chaque israélite qui passait, homme ou femme, était roué de coups et dévalisé. Un pauvre diable de tailleur (le mien me dit le narrateur) revenant de porter chez moi un habillement que je lui avais payé, eut la barbe arrachée et un œil crevé; on lui vola les 15 roubles qu'il avait sur lui. Et tant d'autres histoires pareilles !

On avait télégraphié à Varsovie pour faire venir.de nouvelles troupes; trois régiments de cosaques arrivèrent le jeudi soir.

Vendredi 5 mai, les fabricants étaient réunis sous la présidence du gouverneur de Lodz, à l'hôtel Mandteuffel, pour s'entendre d'urgence sur les mesures à prendre; le gouverneur défendait aux fabricants de faire aucune concession aux grévistes : « 11 ne le faut pas, disait-il, Tannée prochaine ils recommenceraient. Plus tard, on verra ».

A sept heures moins le quart, arriva de Varsovie à l'hôtel de Mandteuffel une dépêche du gouverneur général Gourko, dont on attendait les ordres. Cette dépêche était ainsi conçue : « Tuez sans pitié, ne ménagez pas la poudre. » Elle fut lue devant tous les fabricants réunis, et je peux en certifier l'exactitude. Le maire de Lodz, le président de la ville, comme on l'ap-

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