YIGE-PRESIDENT DE LA CHAMBRE DES DEPUTES
Je vous remercie, monsieur, de m'avoir fait lire vos croquis si vivants et si variés. Le baron Alphonse de Rothschild et M. Jules Guesde ; le duc de Doudeauville et M. Fournière ; M. Paul Leroy-Beaulieu et M. Brousse; M. Schneider, les contre-maîtres et les ouvriers du Creusot; la municipalité socialiste de Roubaix et les manufacturiers de cette ville; le président de la Chambre de commerce de Paris et le familistère de Guise ; M. Christophle ; M. Eugène Pereire ; ouvriers, paysans, marins ; — puis, au-delà de la Manche, M. John Burns, le leader socialiste à la Chambre des Communes, et le général Booth, généralissime de Tarmée du Salut; au-delà du * Rhin,M.Bebel et le professeur Adolf Wagner; le pasteur anti-sémite Stœcker et M. de Hansemann, président de la banque d'escompte de Berlin; en Autriche, le prince Aloïs de Liechstenstein, chef des « chrétiens sociaux », et M. Schœffle; le chef des socialistes russes, M. Pierre Lavrof, et Féminent professeur à l'Université de Moscou, M. Wladimir Soloviev; un mir russe et
une émeute ouvrière en Pologne ; l'anarcbiste italien Malatesta, et l'évêque populaire du Minnesota, Mgr Ireland: — voilà, certes, une galerie de portraits, de tableaux, comme peu de collectionneurs pourraient se flatter d*dn réunir, et, en quelcjues pages, un monde de faits, d'idées, sur la constitution des sociétés et l'avenir de la civilisation. Vous avez illustré la gravité du sujet par la diversité piquante des peintures, et fait succéder habilement aux révoltes tragiques de la misère des scènes de mordante comédie, dignes du crayon de Forain. Votre livre est à la fois d'un homme de cœur et d'un artiste.
M. Jaurès vous loue d'avoir compris ; il a raison. Oui, vous avez bien marqué les grandes lignes des principaux systèmes qui se disputent à l'heure qu'il est l'empire des esprits. Et, de plus, vous avez senti. Vous avez senti ce qu'il y a, aujourd'hui encore, d'affreusement misérable dans un grand nombre d'existences, ce qui reste d'injustice dans nos vieilles sociétés à la veille du vingtième siècle.
Vous avez bien rendu aussi ce qu'il y a d'inévitablement partial (même hors l'égoïsme vulgaire) dans les vues de la plupart des hommes attelés, duhauten bas de l'échelle, à leur besogne. Chacun, — sauf de rares exceptions, — confond volontiers sa fonction avec l'intérêt social, et ne voit que le côté du problème qui le regarde ; chacun semble enfermé dans son compartiment, » — qui dans son champ ou dans son atelier, qui dans sa banque ou sa boutique, qui dans son parti, sa secte ou son