‹ Enquête sur la question sociale en EuropeChapitre 7 sur 57 · LETTRE DE M. PAUL DESCHANEL XXI · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. PAUL DESCHANEL XXI

Voilà, suivant nous, ce qu'il y a de vrai et de faux des deux parts.

Il faut donc concilier Tindividualisme et Taltruisme, combiner les forces privées — individu, association, coopération, — avec les forces publiques, — commune, département. Etat. — La forme supérieure de l'organisme social est, dans Tordre économique, la synthèse de l'action privée et de l'action publique, comme, dans l'ordre politique, celle de la liberté et de l'autorité, et, dans l'ordre administratif, celle de la centralisation et de la décentralisation.

Certes, il est plus facile de laisser faire et de se croiser les bras, comme les économistes doctrinaires ; et aussi il est plus facile de promettre au peuple, à défaut du paradis céleste, le paradis sur terre, et de bercer la misère humaine par une chanson nouvelle, comme les socialistes ; les uns et les autres, du haut de leur intransigeance dogmatique et de leurs maxines toutes faites, raillent notre éclectisme, — qu'ils appellent scepticisme ; — ils nous demandent avec ironie jusqu'où nous irons, et ils nous reprochent de manquer de principes et d'idéal. Il est très vrai qu'à nos yeux, dans l'ordre économique comme dans l'ordre politique, et en matière de travail comme en matière de douane, chaque cas qui se présente est une question d'espèce et demande une solution particulière, différente ; nous ne croyons pas à la vertu des axiomes a priori^ à la magie de^ formules uniques et absolues, pour résoudre ces complexes problèmes. Mais quoi !

est-ce donc manquer de principes et d'idéal, que de nous refuser à séparer l'histoire, le droit, la morale de Téconomie politique, et la notion du juste de celle de l'utile? Est-ce manquer d'idéal, que de mettre au-dessus des biens matériels la créature qui pense et qui souffre ? Est-ce manquer de principes, après avoir fait le tour des idées, des systèmes qui ont agité le monde depuis un siècle, d'y reconnaître ce qu'il y a de contingent et de relatif, d'en discerner le fort et le faible, d'essayer de ramener les intérêts particuliers à l'intérêt général, et dé nous élever à ce point qui, dans utie société, domine les contradictions et les travers?

Alors, loin de flotter au hasard des circonstances, on tientypour chaque affaire, le fil conducteur ; dans le détail des choses et lè^ applications de la pratique, on sait où l'on va, parce qu'on a eu, du sommet qu'on a gravi d'abord, une vue d'ensemble.

Quand, par exemple, vous nous conduisiez, à la suite de pauvres femmes en haillons, dans les misérables taudis sans lumière et sans air des quartiers ouvriers de Roubaix, je pensais à tout ce qui nous reste à faire au point de vue du logement de l'ouvrier, de la salubrité et de l'hygiène, et à ce qu'ont fait d'autres peuples. Sans doute, de généreux efforts ont été accomplis dans notre pays depuis quelques années, soit par l'initiative privée, soit par le législateur (je n'ai garde d'oublier l'excellente loi de mon ami Siegfried) ; mais, en cela comme en bien d'autres choses, la France

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