‹ Enquête sur la question sociale en EuropeChapitre 8 sur 57 · LETTRE DE M. PAUL DESCIÎANEL XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. PAUL DESCIÎANEL XXIII

s'était laissé trop longtemps distancer : nous sommes en retard.

De même, quand j'écoutais avec vous les doléances de l'ouvrier du Creusot contre les institutions patronales qui l'enserrent en même temps qu'elles le protègent, je pensais que ces œuvres si utiles aujourd'hui encore et en bien des cas indispensables, qui font tant 4'bonneur nu génie d'organisation et à la prévoyance de nos grands industriels, je pensais que cette tutelle, dont les ouvriers sentent plus la sujétion que les bienfaits, tiennent à un régime transitoire entre l'industrie du passé et celle de l'avenir; que ces formes, actuellement bienfaisantes et nécessairesi jsont destinées à disparaître ; et que, comme l'a dit un de ces grands patrons philanthropes, un de ceux précisément qui ont élevé les institutions patronales au plus haut degré de perfection, M. Engel DoUfus, la pratique de l'épargne et de la prévoyance sous les auspices du patronage précède logiquement la complète émancipation économique au moyen de la coopération.

Je pourrais multiplier ces exemples.

Ainsi, chaque cas particulier se ramène aussitôt à une vue générale. Résultats acquis, conquêtes nouvelles à réaliser, législation et histoire comparées, méthodes, tous les éléments du problème se présentent en même temps à la pensée. Sans doute, ces vues d'ensemble ne peuvent supprimer, hélas I un des facteurs indispensables de toute amélioration sociale : le temps ; mais on voit le but à atteindre, la voie à suivre, les obstacles à

franchir, les moyens de les vaincre, et Ton trouve dans cette intelligence de la réalité plus de force pour agir, parce qu'on aperçoit claire menf, audelii des souffrances et des fatalités présentes, les délivrances futures.

C'est pourquoi nous devons remercier tous ceux qui, comme vous, monsieur, sans nul partipris d'éducation, de milieu ou d'école, apportent leur contribution désintéressée à ce libre exainen.

Nous n'avons pas trop de toutes les intelligences et de tous les courages pour accomplir Tœuvre de solidarité et de justice qui est, — avec le relèvement définitif de la patrie, — le noble tourment et le grand devoir de notre génération.

Paul DESCHANEL.

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