‹ Enquête sur le serpentChapitre 11 sur 13 · DE L’AMPUTATION · texte numérisé non relu

DE L’AMPUTATION

Amputer, c’est retrancher une partie du corps pour le salut du reste. On conçoit que pour beaucoup de cas de piqûres un pareil moyen de guérison n’est point proposable ; mais si le siège de la piqûre est aux doigts, aux orteils, si l’on considère les accidens du phlegmon qui seront la suite tant de la piqûre que des moyens du traitement, l’ankylose, la destruction des tendons qui peuvent succéder à la guérison, je dis que le retranchement, une bonne fois soit du doigt, soit de l’orteil, toute affreuse que l’idée en paraisse au premier abord, n’est pas tant à repousser ; mais le sacrifice étant extrême, une longue et judicieuse observation pourrait seule en déterminer la nécessité.

En résumé, ligature, succion, lotions, frictions, cautérisation par le fer rouge bu parles caustiques avec ou sans incision des piqûres, avec ou sans application préalable des ventouses, amputation même des parties dans certains cas, tels sont les moyens que je conseille pour remplir la première indication dans le traitement de la piqûre du Trigonocéphale.

Il y a des personnes qui, par-dessus les plaies scarifiées, ventousées, cautérisées, conseillent de mettre encore un vésicatoire, afin de déterminer là une fluxion centrifuge et de continuer à lialer le venin en dehors. M, Guyon agissait ainsi, et nous avons vu, dans une autre partie de celte enquête, que M. Duchamp en donne aussi le conseil.

Enfin, quand votre malade aura été bien pansé, mettcz-le dans un lit, tenez-le

chaudement sans*cependant clore toutes les fenêtres et sans tenir un réchaud de charbon allumé dans l’appartement ; faites boire, si vous voulez, quelques verres d’une des infusions en renom dans le quartier, ou bien un verre de vin de Madère ; mais n'allez pas jusqu’à l’ivresse. Poussez à la sueur par une tisane légèrement diaphonique, soit une infusion de feuilles d’oranger, ou de feuilles de corôssolier, ou de l’ayapana (1).

Si le piqué est un nègre, donnez-lui quelques bonnes paroles, énumérez-lui vos histoires de guérison,

Surit verba et voces quibus Centre dolorem Possis et magnam morbi deponere partent.

« Il y a des paroles efficaces, des maximes salutaires qui calment la douleur. »

Si c’est un lettré, ordonnez-lui par dessus votre pansement une ode d’Horace ou quelques pages de Montaigne,

Ter pure lecto poterurit recreare libello.

Et à Dieu le reste 1

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