PARTIE PHYSIOLOGIQUE
Suivant M. de Lacépède, le serpent Trigonocéphale existerait à la Martinique, -à Ste.-Lucie et à Cayenne; suivant MM.BlotctGuyon, seulement à la Martinique,
(1 ) Je ne dois pus oublier deux excellais traoaux publiés depuis l’ouvrage de lit. de Lacepède: l’un est la thèse inaugurale de notre modeste et savant confrère te docteur Blot, et l’autre la thèse du docteur Guyon qui partout utilise sa présence par de belles recherches scientifiques. Ces travaux, dont nous ferons un fréquent usage, portent principalement sur les effets de. la piqûre du serpent ( je n’entrerai point dans de grands détails, dit M. Blot sur ce qui a rapport à l’histoire naturelle de la vipère fer de lance).
(2) Je sais qu’il y a des hommes à qui de pareilles recherches peuvent paraître oiseuses, sans utilité, bonnes seulement à faire perdre le temps-, ce sont de ces hommes vraiment positifs, qui veulent une application pratique à tout emploi de l’activité humaine et qui diraient volontiers comme cet anglais de Sterne, à la vue du colysée de Rome « excellent pitt pour un combat de coqs. » Je prie ces -personnes de m’excuser de leur ravir quelques minutes par la lecture de cet article et de prendre la place de quelque nouvelle divertissante ou de quelque annonce fructueuse. Dieu , pour le développement de son oeuvre, a créé des esprits de toutes sortes, soyons indulgens pour toutes les manies.
de Saint-
à Stè.-Lucie et à Béquia ou petite Martinique, îlot situé dans les eaux Vincent.
Pour Cayenne et la Dominique, il est hors de doute que le Trigonocèphale n'y existe point. Voici la note qui m’a été remise par M. Pujo, qui a habité Cayenne :
« Je n’ai jamais ouï dire que le Trigonocèphale de la Martinique existât à « Cayenne; je m’en suis informé et toujours il m’a été répondu négativement par « les gens du pays. Je n’ai jamais ouï parler d’aucun accident produit par la. « piqûre. »
Ceci m’a été répété par dix autres personnes.
Nos relations de proches voisins avec la Dominique permettent très facilement de constater qu’en fait de reptiles il n’y a que la couleuvre dite Tête de chien.
Quant à Béquia, j’ai interrogé diverses personnes de Saint-Vincent, elles m’ont toutes répondu que c’était la première fois qu’elles entendaient dire semblable chose et qu’elles étaient assurées que Béquia n’avait point de serpens.
C’est donc la Martinique et Sainte-Lucie qui jouissent dans l’univers du triste privilège de posséder le Trigonocépliale.
Suivant le père Dutertre, il n’en aurait pas été toujours ainsi, le serpent ne. serait point originaire de notre sol : « quelques sauvages, dit-il, nous ont assuré « qu’ils tenaient par tradition certaine de leurs,pères que les serpens de la Marie Unique venaient des Arrouages, nation de la terre ferme, auxquels les caraïbes « de nos îles font une guerre cruelle. Ceux-là, disent-ils, se voyant conünuellement « vexés par les fréquentes incursions des nôtres, s’avisèrent d’une ruse de guerre « non commune mais dommageable et périlleuse à leurs ennemis, car ils amas- « sèrent grand nombre-de serpens qu’ils enfermèrent dans des calebasses, les ap- « portèrent à la Martinique et, là, leur donnèrent la liberté.»
Quoique j’ai rappelé cette tradition, ce n’est point pour obtenir là dessus des éclaircissemens. Mais, pour lui opposer une puissante objection faite par M. Guyon, c’est que si le reptile avait été importé par les Arrouages, ou par d’autres, on le trouverait ailleurs que dans les îles où on le trouve aujourd’hui, et c’est ce qui n’a pas lieu (1).
3 mc Question. Existe-t-il à la Martinique une ou plusieurs espèces de serpents?
Voici l’opinion de M. Blot : « la couleur de la vipère commune ne varie que « du gris cendré ou verdâtre au gris le plus foncé ; celle de la vipère Fer de lance « offre, au contraire, des différences bien tranchées; il y en a d’un jaune aurore,
« d’un jaune orpin maculé de brun jaune, on en voit de brunes, de noirâtres, de « noires et de tigrées. Enfin on en trouve qui sont maculées régulièrement de a toutesces nuances et dont les flancs sont teints d’un rouge vif et brillant. Cette « diversité de couleurs a fait naître l’idée qu’il existait plusieurs serpens vénimeux ci à la Martinique ; mais ce ne sont que des variétés, et un fait qui le prouve.
(1) Pareille chose a été dite de la Guadeloupe: qu’on avait tenté d’y introduire leserpent; mais qu’il n’avait pu y vivre. L’expérience, quoique fort curieuse, aurait de trop graves suites pour qu’on songe jamais à la tenter. Mais on nepeut penser que le mal soit fait sans intérêt, pour le mal, et il n’est pas à présumerque la Guadeloupe ait eu un ennemi assez cruel pour lui avoir voulu faire ce funeste présent. Le fait est attribué aux anglais en temps de guerre : il est vrai qu’on raconte d’Annibal qu’il fit jetter au milieu de la flotte romaine des vases remplis de serpens. Comment concevoir qu’on ait pu sc servir ainsi des Trigonocéphalesi Les nations modernes ont des bombes plus sûres, plus maniables ci:
« c’est, qu’en ouvrant le corps des vipères, ony trouve des vipéreaux de diffé- « rentes couleurs. (1)
On ne saurait mieux dire.
Des nègres, interrogés par moi, ont prétendu que la couleur noire était particulière aux vieux serpens et je tiens du respectable M. Dérivery, habitant du François, que le serpent à macules roses, dont parle M. Blot, existe principalement dans les rochers du bord de la mer où il se nourrit de crabes.
D’autres m’ont dit que le serpent jaune était moins long que le gris, qu’il n’atteignait jamais d’aussi grandes dimensions. Il est certain qu’il est beaucoup plus rare, sur 100 serpens, à peine en voit-on 10 jaunes : c’est la réponse constante qui m’a été faite. J’avais pensé que les serpens de cette couleur pouvaient être plus communs dans certains quartiers de l’île ; cela ne résulte pas de mes interrogations; quélqu’un m’a dit que tous les serpens jaunes devenaient noirs en vieil-
Reprenons cette histoire ab ovo.
Dans l’ovologie du serpent, plus d’un point est douteux; quelques uns disent que le nombre des serpenteaux produits dans une seule portée est incroyable, d’autres précisent d’avantage, que chaque portée comprend depuis 20 jusqu’à GO (lettre sur la vipère de la Martinique, par M. Bonodet, avocat au conseil supérieurde la Martinique, inséréedans la république des lettres etdeîarts, année 1786). Je tiens de M. Hue , que le plus grand nombre qu’il ait compté s’élevait à G7. Ces différences doivent, sans doute, dépendre)de la grosseur du serpent. J’ai eu deux fois occasion de disséquer des serpens femelles tuées dans l’état de gestation et ayant de 4 à 5 pieds de long. J’ai trouvé chez - l’une 36 œufs et chez l’autre 46. La vipère d'Europe contient de 12 a 25 œufs.
J’ai entendu dire que chaque œuf contenait deux vipereaux, il est facile de prouver que ceci est faux, qu’il n’y a qu’un seul vipereau dans chaque œuf. Cela prouve combien l’erreur est insouciante pour altérer des faits dont la vérification est si facile.
Les œufs, dans le ventre de la femelle du serpent, sont disposés suivant deux rangées symétriques qui forment deux sortes de grappes ou chapclctsSHls sont, au dire de Lacépède, toujours en nombre pair. Ils s’étendent depuis un pouce audessus du cloaque jusqu’au niveau de l’estomac. Lacépède, d’après certains voyageurs, rapporte que les petits sortent tout formés du ventre de leur mère qui ne cesse de ramper pendant qu’ils viennent à la lumière. Mais, suivant un autre observateur (M. Bonodet), ils se débarrassent de leur enveloppe au moment même où la femelle les dépose à terre. Je crois plutôt à ce dernier mode departurition. J’ai examiné avec soin des serpens femelles pleines; le cloaque où aboutit l’œuf est peu dilaté. Il est impossible qu’un viperau puisse s’y développer dans sa longueur. J’ai trouvé des œufs dans le conduit ovarique près de tomber dans le cloaque et encore parfaitement intacts. Le vipereau, dans l’œuf, est roulé sur lui-même et dans la position défensive que nous décrirons plus tard et qu’on désigne par le mot loué. Je ne crois donc pas qu’il puisse éclore dans le ventre même de sa mère. Dans une portée de 36 teufs tous les vipereaux avaient les mêmes dimensions; ils étaient également bien formés, les plus éloignés, comme
(1) En parlant de la vipère Ammodyte, l’une de celles qu’on trouve en Europe, le docteur Host dit que ses teintes sont très variées; sur une trentaines d'individus qui lui furent apportés des environs de la rivière de Vienne, il ne s’en trouva pas deux parfaitement semblables.
les plus près du cloaque, c’est à dire comme les plus près d'être mis à la lumière. Peut-on inférer de là que la parturition du serpent soit, comme on le dit, simultanée; c’est à dire, qu’une fois commencée, elle ne s’arrête point avant que tous les œufs ne soient sortis, et se fait toute en un jour? Je, croirais plus volontiers à une parturition successive, cela est plus conforme à ce qui a lieu chez les animaux, ovipares qui peuvent être observés de près.
M. M. m’a assuré que tout le long du trajet d’un serpent femelle, qui venait de mettre bas, il avait retrouvé un mucus, gluant, fort reconnaissable ; je crois qu’il en doit être ainsi; cardans l’œuf, outre les vipereaux, on trouve un corps jaune qui leur sert de placenta. Il y a aussi des enveloppes de l’œuf et un fluide gluant, demi transparent, qui tient lieu du blanc de l’œuf, tout cet arrière-faix doit-être rejeté en même temps que le petit qui y tient par un véritable cordon ombilical. Ce cordon s’implante très près de la queue, à la réunion du quart inférieuravecles trois quarts supérieurs del’animal. Les vipereaux, enEurope, pendant quelque temps après leur naissance, traînent a leur suite les débris de l’œuf qui les renfermait sous l’apparence de membranes déchirées irrégulièrement.
On doit s’attendre à trouver ici une tradition fort répandue, mais que j’ai peine à. prendre pour autre chose qu’un conte populaire. Qui n’a ouï raconter que le serpent femelle, ayant mis bas tous ses petits, le long d’un chemin, revient sur ses pas et dévore ceux qui n’ont pas eu assez de force pour s’écarter du lieu où ils ont été déposés ? On le dit ; mais qui l’a vu ? pour moi, j’imagine difficilement un observateur assez impassible pour avoir assisté d’un bout à l’autre à une pareille scène, sans l’interrompre ou sans fuir. Je crois plutôt reconnaître dans cette histoire certains airs d’un mythe ou d’un symbole. On a dit pareille chose de Saturne : Saturne avait pour emblème le serpent.mordant sa queue et formant un anneau;-l’un et l'autre signifient le temps qui dévore ses enfans. Ces confusions des fables avec la vérité ne sont pas rares dans l’histoire de l’esprit.humain.et le serpent est le plus symbolique des animaux.
Il n’est pas impossible non plus qu’on ait trouvé quelques serpenteaux dans l’estomac d’un serpent femelle qui les aurait dévorés comme elle dévore toute espèce d’insectes. Je ne connais cependant aucun fait particulier de ce genre ; mais d’un fait isolé à un procédé naturel et général il y a loin. On ne peut conclure ainsi, ces généralisations trop hâtées forment dansles sciences l’espèce d’erreurs la plus commune. Lorsqu’en examinant les assertions, en apparence les mieux établies et qui circulent dans la conversation, on a cent fois saisi l’esprit humain en flagrant délit de précipitation ;■• j’avoue, qu’on a le droit d’être en défiance contre les faits extraordinaires.
Une grande preuve que quelques uns croient apporter à l’appui de cette fable, c’est le petit nombre de serpens qui existent en comparaison du grand nombre d’œufs que l’on trouve dans le corps de la femelle. J’ai déjà dit qu’il y avait en général exagération dans ce nombre, et les personnes qui parlent d’après cette considération ne réfléchissent pas à ce qui se passe pour toutes les productions vivantes. Lesespèces animales, sans excepter l’homme, sont comme les végétales: de véritables graines que la nature seme à pleines mains, les unes tombent en de bqns terrains et s’y développent, d’autres végètent, parce qu’il leur est échu des conditions moins bonnes, quelques unes ne viennent même pas à la lumière. Lorque j’étais interne à l’hôpital des enfans malades, effrayé de la mortalité dont j’étais le témoin, je voulus voir s’il en était de même pour le reste de Paris; je consultai les registres de l’étatcivildu 10 arrondissement et je m’assurai qu’avantl’âge de trois ans la moitié des enfans mourait; dans les villes moins délétères
que Paris pour l’enfance, la mortalité n’est pas moins d’un tiers ; c’est à dire que sur trois enfans, qui naissent aujourd’hui, il en mourra un avant qu’ils aient atteint l’âge de trois ans. C’est la loi. Observez encore ce qui se passe dans une couvée de poulets ; quand vous avez fait la part des infirmes, du chat, du rat, de la pluie, de la patte de la mère et du serpent lui-même, combien en reste-t-il ? La laitière de Lafontaine le sait bien :
Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon 1
A plus forte raison des serpens! L’enfance de cet animal est la plus abandonnée de toutes les enfances. Ausortir du ventre de sa mère, leserpenteau ne reçoit aucune éducation; pas une aile pour le réchauffer, pas un cri pour lerallier, pas un nid, pas un trou. Il est livré à toutes les mauvaises chances, en proie à tous ses ennemis, et ses ennemis c’estla natureentière. Inimicitiam gerit curn hominibus, cumplantis et cum animalibus fPline). Ecrasé par les uns, dévoré par les autres, noyé par le torrent, brûlé par le soleil, il n’apprend de sa mère ni à distinguer ses alimêns, ni à fuir, ni à trouver un abri, il est réduit à son seul instinct qui est la guerre, guerre dont la nécessité commence pour lui avec la vie ; aussi en doit-il périr un grand nombre avant qu’ils aient acquis assez d’expérience pour se garantir des dangers fl).
Tous les animaux domestiques détruisent les serpenteaux; c’est dans ce but qu’en certaines habitations on les entretient autour des maisons. Je tiens de M. *** qu’il a vu des poules manger de petits serpens. Il est vrai que, par un retour assez fréquent dans les choses d’ici bas, un jour à leur tour les poules seront dévorées par les serpens devenus grands.
Quelle estla grosseur des serpenteaux au moment où ils vontéclore? Lacépède dit que c’est celle d’un ver de terre. Il en peut-être ainsi pour la vipère de France; mais j’ai vérifié, dans une portée de 40 serpenteaux, qu’ils avaient 8 pouces de long avant que fde naître. Suivant M. Moreau de Jonnès, les petits serpens, au moment même de leur naissance, lorqu’on fend le ventre de la mère et qu’on les en faits sortir par une sorte d’opération césarienne, sont très agiles; et déjà disposés à mordre: j’ai toujours entendu dire qu’il en était ainsi.
Avant de cesser les questions relatives à l’ovologie du serpent, ami lecteur, nous vous ferons encore celle-ci: qu’elle est la durée de la gestation chez la femelle ? Beaucoup nousont ditquel’accouplement, ou le rut de ces animaux, commençait en septembre, se prolongeait jusqu’en janvier et février, c’est à dire que pendant toute cetteépoque on trouvait des serpens accouplés et que les femelles pleines ne se rencontraient qu’enjuillet, août etseptembre suivans; cela porterait à 6 ou 8 mois la durée de la gestation ; toutcela est un peu vague. Lacépède dit que c’est en mars et avril que l’accouplement a lieu et que la mère porte ses petits pendant six mois. Voici un fait bien constaté qui nous permet d’établir, qu’en janvier, on trouve des serpens accouplés. M. B. se promenait dans l’allée Pécoul, lorsqu’il
(1) Un pied de Pavot produit jusqu’à 32,000 graines, dont chacune peut, à son tour, donner naissance a autant de pieds de pavot; on a compté 342,000 œufs dans une carpe, et Fontana avait calculé qu’il ne faudrait aune paire de harengs que dix ans pour remplir l’océan, et qu’il ne faudrait que quatre années aux germes replantés d’un seul pied de jusquiame pour couvrir la totalité de la terre habitable. C’cs ainsi que la nature a concilié le soin des espèces avec le mépris pour les individus [Boudin).
rencontra deux serpens de cinq pieds, flagrante délicto , tout aussi résolument que le plus férocejaloux; illes fit tuer par des nègres avec de longues perches; le mâle était furieux et s’élançait contre les agresseurs, la femelle, plus timide, voulait fuir; mais le corps du mâle l’empêchait d’entrer dans un trou voisin, la disjonction n’eut lieu qu’après la mort. Les organes génitaux du mâle purent être examinés encore à l’état d’érection : c’était un corps rond de 10 lignes de longueuret de 3 de diamètre, disposé en fer de lance (la pièce a été envoyée par M. Morin, au Muséum d’histoire naturelle de Paris).
Avec tout cela il n’est pas possible de savoir si le Trigonocéphale a une ou deux portées dans l’année. La vipère d’Europe en a deux; son part est de 4 mois environ; on ne s’étendra pas plus longuement sur les particularités de l’accouplement des serpens. Suivant M. Bonodet, ils resteraient long temps entrelacés comme deux cordes, suivant Lacepède, plusieur jours; on a vu qu’il n’en était pas ainsi dans le fait que j’ai cité. M. Blot, d’après l’opinion générale , dit que les mâles se livrent des combats et que c’est alors qu’ils se dévorent entre eux. Je tiens de M. B. qu’il est arrivé assez fréquemment, le long des falaises du bord de la mer, que des paquets de serpens soient tombés sur les passans et qu’on a pu vérifier que c’étaient des mâles à la poursuite d’une femelle. Un animal qui ne paraît né que pour détruire devrait il sentir les feux de l’amour ? Cette partie de l’histoire des serpens ne serait donc pas la moins singulière; mais la science est chaste et ne peut se complaire en public dans de pareilles descriptions (1).
La malédiction divine pèse sur l’enfantement des serpens, comme sur celui des autres animaux, in dolore parturies. Je tiens deM. D., qui a surpis une femelle dans ce travail, au bord d’un chemin du Lamenlin,'qu’elleétait engourdie, se traînait avec peine et se laissa tuer facilement. Voici ce que rapporte Georges Sergerius d’une couleuvre : a J’observai qu’après s’être roulée sur les carreaux, ce « qu’elle n’avait pas coutume de faire, elle pondit enfin un œuf. Je la pris sur le « champ, je la mis sur une table et, en la maniant doucement, je lui facilitai la « ponte de treize œufs. Cette ponte dura environ une heure et demie, car, à « chaque œuf, l’animal se reposait, et, lorsque je cessais de l’aider, il lui fallait o plus de temps pour faire sortir son œuf; d’où j’eus lieu de conclure que le bon « office que je lui rendais ne lui était pas inutile, et plus encore de ce que, pen- « dant cette opération, il ne cessa de frotter doucement mes mains avec sa tète, o comme pour la chatouiller, n
Passons maintenant d’un bout à l’autre de l’histoire du serpent: c’est-à-dire de son commencement à sa fin. Quelle est la durée delà vie du Trigonocéphale ? Peu d’hommes, sans doute, seraient en état de résoudre cette question; il n’y a point dans les serpens, comme dans certains animaux, un organe dont le développement sucessif puisse servir à mesurer le nombre de ses années, leur organisation est trop simple pour qu’on ait pu reconnaître, à différentes époques, le même serpent dans les bois ou dans les endroits où ils vivent en liberté.
La seule considération de leur développement pourrait-elle suppléer à toute autre donnée: par exemple, le serpent croitrait-il chaque année d’un cerlain
(IJ Ces recherches sur le part et sur l’accouplement du Trigonocéphale ne paraîtront point oiseuses, je l’espère, car si on pouvait organiser une chasse, une battue annuelle, une sorte de croisade, pour la destruction de ce puissant ennemi, il est clair qu’il faudrait choisir l’époque de l’année où l’on pourrait en exterminer leplus grand nombre possible, d l’inverse de ce qui se pratique pour la chasse des especes utiles, dont les lois protègent lamultiplication.
nombre de pouces? En général les naturalistes enseignent que la vie du serpent doit-être longue, parce que pour parvenir de la longueur de quelques pouces à celle de quelques pieds il faut du temps ; mais il n’y a là dessus rien de précis.
Ce n’est point dans le voisinage dp l’homme que l’on trouve les gros serpents; lorsque.par hazard ifeen approchent, ils se trahissent par leurs méfaits elne tardent pas à en recevoir le châtiment. A la Martinique, c’est dans les grands bois, dans les profondes ravines qu’ont été rencontrés les plus volumineux Trigonoccpkales.
Mais que faut-il entendre par ungros serpent? qu’elles en sont les dimensions, la longueur, la largeur? Il y a beaucoup de personnes qui affirment qu’elles n’ont jamais vu de serpens de plus de 6 pieds ; suivant M. Blot, la longueur ordinaire est de 4 a 5 pieds et va quelquefois jusqu’à 7; la largeur ordinaire est de un pouce et demi à deux pouces : on en a vu qui avaient un diamètre de trois pouces. M. Moreau de Jonnès rapporte, qu’en 1808, le capitaine Henri Desfourneaux tua sur le morne Colomb un individu qui avait six pieds, six pouces, six lignes; le P. Dutertre dit, que de son temps, on en rencontrait souvent longs de 7 à 8 pieds et gros comme la jambe. Le père Labat, suivant sa coutume, va plus loin, o une chose dit-il (tom V. page 47), incommodait la colonie, c’était la prodio gieuse quantité de vipères dont la terre éjait comme couverte. Il y en avait de « monstrueuses, on en voyait alors de vingt cinq pieds de longueur et d’un o pied et demi de diamètre.» Dans un autre endroit, le père Labat parle d’un serpent qui lui lit courir le plus grand danger et dont le corps avait plus de neufpieds de long et plus de 5 pouces de diamètre. J’ai mesuré, dans l’officine de M. Dumoret, un serpent tué dans le quartier du Parnasse et qui avait sept pieds; mais on peut dire aujourd’hui que les serpents quidépasssent six pieds
Les serpents se rencontrent ici partout, depuis les grands bois jusque dans les salons (ceci sans métaphore. Lafontaine dirait on pourrait s’y tromper). En arrivant sur l’orle du cratère de la Montagne-Pélée, M. Moreau de Jonnès tua un énorme serpent (1). Mais les lieux que le serpent recherche sont le dessous des rochers, le dessous des vieux arbres excavés, tombés de vétusté et entourés de plantes parasites, le bord des ruisseaux, les pièces de canues non épaiUées, négligées, voisines des bois ; suivant M. Blot, les nids d’oiseaux où il reste tapi, après en avoir dévoré les œufs et les petits ; les volières, les poulaillers, le,s vieilles masures abandonnées.
On le voit ramper dans la vase ou s’élèvent les mangles ou palétuviers.
Enfin les halliers, les brousailles, tous les lieux mal tenus. Voilà ses domaines.
Il ne se creuse pas de trous particuliers comme les animaux à tanières ; mais il s’établit d’autorité dans ceux que se sont creusés les rats et les crabes, bien sûr de n’en pas être délogés.
Il est rare qu’on le trouve au centre des villes, à,moins qu’il n’y ait été apporté. J’ai souvent entendu citer le cas d’une personne piquée, un soir, au, milieu de la rue Caylus, après des pluies considérables dont les torrents avaient entrainé beaucoup de débris de toutes sortes et probablement le serpent avec. Dans celte même rue Caylus, causant un jour avec M, G., j’aperçus à terre un corps long,
(l) La Montagne-Pelée dçmine la.ville de St.-Pierrc déplus Jr,8 à 900 toises. Suivant M. de Flumbold, il n’y a point de serpents dans les Cordelières au-delà de 13 à 14,000 toises. Par exemple, on n’en trouve point sur leptateaudeSancta Fé de Bogota.
semblable a un bout de corde et que jeremuaï de la pointe de mon pied : c'était un petit serpent mort; M. G. m’apprit que c’était précisément le lieu où l’on déposait, chaque jour, les herbes destinées à ses chevaux. Tout récemment, le journal Les Antilles a fait connaître l’accident arrivé à M. D. qui fut piqué par un serpent au moment où il jetait dans le râtelier de sou écurie les herbes qui lui avaient été apportées.
Le serpent se glisse assez souvent dans les jardins et dans les maisons qui touchent à la campagne.
A la campagne même, on le trouve sous le toit des cases àbagasse, sous celui des ajoupas, souvent aussi dans l’intérieur des maisons. On prétend qu’il se montre alors plus timide, comme pour dissimuler sa présence. Il est certain qu’on entend rarement parler de personnes piquées dans leurs demeures. Entre mille faits que je pourrais citer, en voici un assez singulier : Un négrillon, tout effrayé, vînt un jour annoncer ù mon frère qu’un serpent dansait dans une chambre voisine, celui-ci d’accourir, et il voit un serpent d’environ trois pieds qui s’efforcait de sortir de dessous terre par une fente laissée entre le mur d’enceinte et le plancher de l’appartement ; l’animal, pour se dégager de ce passage, se livrait à de violens mouvemens. On le tua et on eut encore de la peine à le retirer tout entier; On se rappela que cinq ou six mois auparavant le plancher de la maison avait été renouvelé ; le parquet étant resté ouvert cinq ou six jours, le serpent s’y était engagé, probablement à la poursuite d’un rat, et il avait été enfermé avant qu’il eût eu le temps de sortir. Pendant six mois on a'vait donc marché sur lui impunément. Qui, dansles colonies, n’a pas plus d’un fait pareil à raconter?
Une chose surprenante, c’est qu’avec la passion qu’on dit exister ici pour les maléfices, on ne se soit jamais servi du serpent comme instrument de vengeance. Nous verrons qu’il n’est pas difficile de se procurer cet animal vivant; mais je n’ai jamais entendu dire qu’il ait été introduit avec quelque dessein coupable dans les maisons. Il a fallu toute la noirceur du roman moderne pour imaginer l’horrible fable d’Alar-Gull, qui poste un serpent dans la chambre nuptiale de sa jeune maîtresse pour lui donner la mort.
Le serpent n’est point sédentaire, il voyage, et même beaucoup, non pas en touriste, mais en voleur. Cependant il ne laisse pas que de séjourner quelque temps dans les mêmes parages. On peut l’y voir ù différentes fois, et c’est ce qui permet de le rechercher. Le temps qu’il demeure en chaque endroit e t mesuré sur la facilité qu’il y trouve à se procurer sa proie. On dirait qu’il a la conscience de l’horreur qu’il inspire; car c’est pendaut la nuit, à la faveur des ténèbres, qu’il marche. On le rencontre alors partout, même au milieu des che-: mins qui sont pendant le jour les plus fréquentés. Son œil, ainsi que nous le verrons en traitant de son anatomie, n’est point armé de la membrane clignotante dont sont pourvus les animaux nocturnes (1).
Comme tous les animaux, le serpent a des lieux qu’il préfère : ce sont ceux qui sont frais et ombragés. Je tiens d’un nègre que suivant les saisons il varie ses demeures : sur la crête des mornes, pendant la chaleur, et, pendant la saison des pluies, il descend dans les ravines au temps des fraîcheurs. Si la sécheresse est grande, il est connu que les serpents recherchent les bords des rivières.
Cl j. Au milieu de la nuit, à la simple lueur des étoiles, les écailles du serpent, même lorsque l’animal est d’une nuance foncée, brillent d’un éclat argenté fort remarquable; c’est ainsi que j’en reconnus un lové au milieu d’un chemin.
Le Tngonocephale ne vil point en société. On ne trouve point à la Martinique de ces cavernes remplis de serpents, comme on dit qu’il en existe au Mexique et au Pérou. On ne trouve pas non plus des serpeus entrelacés, comme s’entrelacent, en Europe, les vipères pendant l’hiver ; mais aux époques du rût lorsqu’on vient à tuer un mâle ou une femelle, il n’est pas rare que l’autre soit rencontré à peu de distance dans les mêmes parages. L’accouplement est leur seul
Le serpent se tient quelquefois sur les branches des arbres, mais pas aussi souvent que sur le sol; car c’est moins à sa tête qu’à ses pieds qu’ïl faut ici prendre garde. 11 n’est pas rare de trouver de petits serpens dans le feuillage des plantes buissonnières; ils y cherchent un refuge contre les nombreuses causes de destruction qui les menacent. Un nègre de l’habitation Macarty, où il y a beaucoup de cocotiers, m’a raconté qu’on avait plusieurs fois trouvé des serpens au milieu des grappes de cocos qui sont au sommet de l’arbre. Il pensait que les serpens étaient amenés là en donnant la chasse aux rats. Si le serpent peut grimper jusqu’au sommet des cocotiers, il peut dire comme l’écureuil, queI non nscendam. Aussi, quelques personnes prétendent qu’il ne rencontre pointd’obstacle insurmontable, et qu’il s’élève le long des murs les mieux recrepis.
La principale nourriture du serpent est le rat ; c’est la proie que j’ai trouvée le plus souvent dans son estomac : j’en ai retiré jusqu’à six à la fois. Peu dechats en font une plus grande consommation. Comme, les rats sont ici de grands destructeurs de cannes, j’ai ouï dire que le chevalier de P. préférait trouver dans ses cannes des serpens plutôt que des rats, qu’il les appelait plaisamment la maréchaussée de ses cannes. Ce propos m’a été redit par beaucoup d’autres habitans, non pas qu’il soit, j’en suis sûr, l’expression d’un sentiment cruel, il témoigne de la facilité avec laquelle on se préserve de la piqûre des serpens pendant la coupe des cannes, et surtout de l’opinion où sont quelques personnes, comme nous le verrons plus tard, que cette piqûre est, dans leplus grand, nombre de cas, sansgravité. Un habitant distingué de la Guadeloupe, M. M.-M., parfaitement au fait delà culture dans les deux colonies, m’a assuré, qu’avec les mêmes conditions dehalliers etdefalaises dans le voisinage d’une pièce de cannes, les rats, à la Guadeloupe, font dix fois plus de dégâts qu’à la Martinique. On ne peut s’en préserver que par une guerre continuelle, Voici donc que les serpens peuvent trouver une application utile ; non que les Guadeloupéens en voulussent même à ce prix, mais ils ont leur bon côté (c’est des serpens dont je parle). Il ne s’agit peut-être que de savoir s’en servir ? O homme, lorsque tu oses reprendre quelque chose dans l’œuvre des six jours; si contraire à tes intérêts, si mauvaise à ton esprit qu’elle te paraisse, cette chose! ne songes-tu pas (qui l’a faite ? C’est Dieu! le Dieu bon! le Dieu tout-puissant! le Dieu qui ne peut mal faire! — Adores et cherches (1 ) !
(1) Le fait suivant m’a été envoyé dans Une lettre signée Joseph. « Je vois « que dans votre enquête vous rappelez un conte populaire sur l’introduction o du serpent à la Guadeloupe, permettez, qu’a ce sujet, je vous raconte ce que « m’en a dit le baron de Clugny, alors gouverneur de la Guadeloupe. Un habia tant du quartier du Lamenlin, dont les cannes étaient ravagées par tes rats, « craignant d'être ruiné par cette dévastation et sachant que les serpens man- « geaient les tais, prit le parti de venir chercher à la Mariirique le Bienfaisant. « reptile, et il en lâcha quelques couples dans ses cannes. Mais il ignorait que
On dit aussi que le serpent se nourrit d’oiseaux ; la chasse qu’il en ferait serait vraiment singulière. Au lieu de les poursuivre, il les attirerait, les charmerait, les fascinerait par une sorte d’attraction merveilleuse. Pour cela, il lui suffirait de se placer sous un arbre, la gueule béante et l’œil fixé sur sa victime. Le pauvre oiseau, perché au haut des branches, serait ebligé d’en descendre et de se précipiter dans le gouffre vivant, après bien des hésitations. Le peuple et les poètes parlent de ce prodige comme s’ils l’avaient vu ; mais M. Baxton, savant naturaliste américain, qui a étudié les mœurs du Boiquira , dont on raconte aussi cette particularité, la nie tout-à-fait. Il a vu, dit-il, « des combats entre le serpent et « le loriot noir ; mais c’étaient de vrais combats dans lesquels l’oiseau défendait « l’entrée de son nid contre le reptile, comme la poule défend ses poussins. » M. Baxton ne voit là qu’un effet de l’amour maternel, cet amour sans peur et sans reproches, le plus beau des sentimens humains. C’est tout simplement un admirable dévouement 1
J1 n’y a observation si mal faite qui n’ait un fond, de vérité. On sait communément que quelques oiseaux, à la vue de certains animaux, poussent des cris de détresse comme pour appeler du secours. Ici c’est la gorge-blanche, le sisi, le rossignol des îles, la poule même, mais souvent aussi on les entend en faire autant pour un chat ou pour un chien, ou pour tout autre animal qui leur est hostile. M. de Chateaubriand, qui plus que tout autre a contribué à accréditer cette tradition par les charmes de son génie, attribue cette fascination à la peur. « La peur, dit-il, casse les jambes à l’homme, pourquoi ne briserait- » elle pas les ailes à l’oiseau ? »
Tous les animaux ont peur du serpent : le cheval se cabre et frémit à sa vue, le bœuf se détourne et s’enfuit, le chat, si brave et si rusé, n’ose l'attaquer; certains chiens sont plus hardis ; plus d’un chasseur m’ont raconté des combats admirables qui ont augmenté encore mon affection pour ce fidèle animal. Le père Feuillée rapporte que dans les bois de la Martinique il fut assailli par un énorme serpent, il en aurait été la victime sans son chien ; celui-ci s’élança sur le serpent, et, malgré les nombreuses blessures qui faisaient couler son sang, il ne lâcha pas prise avant qu’il n’eût mis le reptile en pièces. Heureusement son maître put le panser avec du suc de bananier, et le fidèle animal n’en mourut pas. Pourquoi donc ne pas profiter de ce courageux instinct ? pourquoi ne point dresser des chiens à chasser les serpens? En Europe, c’est l’homme qui apprend au chien à chasser le gibier, lièvres, perdrix, cerfs ou sangliers. Qui ne se souvient d’avoir vu quelque vieux garde suivi de ses élèves qu’il mène travailler dans les champs? (O Chàlons! Vitry! Beaulieu! ô souvenirs! éloignez-vous!] J’entends encore résonner la voix qui rappelait Diane à l’ordre. Il faut, pour réprimer les écarts, le fouet, le collier de force, voire même le coup de fusil, tout un Code pénal. Il faut, pour dresser un chien d’arrêt, au moins trois ans d’une éducation soignée, presque autant que pour faire un avocat ou un médecin. Je ne doute donc pas que, si on en voulait prendre la peine, il serait possible d’avoir ici des chiens d’arrêt, intrépides chasseurs de serpens?
Avant d’avaler sa proie, le serpent la couvre, dit-on, d’une bave muqueuse, que je n’ai jamais vue, mais qui la rendrait glissante et en faciliterait la déglutition. La disposition de sa gueule est telle qu’il peut y introduire des corps
« le serpent, une fois repu de rais, ne s’occupe plus qu’is digérer. Aussi, m’ajouta « le caustique et spirituel Gouverneur, tes serpents introduits à la Guadeloupe « sont tous morts d’indigestion ! »
considérables et disproportionnés avec les dimensions apparentes de cette cavité: les mâchoires, composéesd’osmobiles, s’écartent démesurément, le gosier et l’œsophage se dilatent en proportion et pour que la respiration ne soit point empêchée parla présence de bols alimentaires aussi volumineux, et que l’animal ne meure point étouffé, l’ouverture delà trachée-artère est presque à l’entrée de la gueule, derrière la mâchoire inférieure, sans épiglotte, et toujours ouverte. C’est ainsi que le Trigonocèphale peut avaler de grosses poules, des coqs d’Inde. Lacepède dit qu’il mange des chats et qu’on a retiré de son ventre des cochons de lait. M. Morin m’a assuré qu’il en avait retiré un Manicou ou Sarrigue (1). Plusieurs autres personnes m’ont répété avoir été témoins de faits pareils. M. Bellevue (Aubin), raconte, à qui veut l’entendre, qu’il a fait extraire sous ses yeux un jeune chevreau de l’estomac d’un serpent. Voici ce qui est bien mieux : On m’a rapporté que sur l’habitation Gentil, dans les bois du Carbet, une couvée de dindonneaux ayant disparu, on soupçonna quelque serpent d’en être le voleur. On se mit à sa recherche, et l’on ne tarda pas à le découvrir, sous utl rocher, repu, engourdi n’en pouvant plus,
. Lateque repletus
Ingluviem immensi ventris .
. Nigro ructabat in antro.
Il fut tué, et, l’ayant pris par la queue, on lui imprima un mouvement de rotation qui lui ht regorger une douzaine de dindonneaux. Çétte histoire ferait assez bien lé pendant de celle des enfantemenS dé la mère Gigogne: je la répète, comme elle m’a été racontée.
Quoiqu’il en soit, il est généralement admis que le serpent, qui a ainsi dégluti une proie considérable, a une digestion longue et pénible, qu’il tombe dans une sorte de sommeil digestif, et qu’en cet état il peut-être foulé aux pieds impunément. On ajoute que c’est alors qu’il répand une odeur forte qui peut le faire découvrir. J’ai disséqué bien des Trigonocéphales : à l’état frais ils ne répandaient aucune odeur remarquable, tout au plus une sorte d’émanation frais, Comparable à celle que répand le poisson. Lors même qu’il y avait dans l’estomac quelque rat a demi putréfié par la digestion, l’odeur qu’exhalait l’animal n’était désagréable qu’après qu’on avait ouvert l’abdomen, et disparaissait aussitôt qu’on avait éloigné l’estomac et les matières qui y étaient contenues ? Il est vrai, qu’après quelques jours de putréfaction, l’odeur du serpent mort est vraiment insupportable et sui generis; c’est ce que l’on constate tous les jours, lorsqu’on rencontre quelque serpent appendu à un arbre par le passant qui la tué. Terribles avertissements que l’on ne sent pas sans effroi sur
(T). Un de mes nègres■ m’apporta un jour un serpent des plus gros, il avait déjk commencé à avaler un très fort manicou, mais sans aucune déchirure, tout le train du derrière du manicou était encore hors de là gueule du reptile, que les parties de devant et la partie de l’épine dorsale, qui se trouvaient dans l’œsophage étaient dejk ramollies. Tout le corps était enduit d’un mucus visqueux assez abondant; la gueule du serpent avait une disteniion énorme et sa longueur, qui, dans son extension naturelle, pouvait être de six pieds, était raccourcie presque de moitié. L’dnimal avait la grosseur d’un bras, laqueue seule avait ses dimensions ordinaires (Lettre déjà citée). Ce fait du raccourcissement du serpent, pendant ta digestion, a été déjà noté très anciennemen t. Voici ce qu’en dit'Aristote : « Dum vorant ex longis brevissimi, et ex tenuibus latissimi fiunt, ut quod deglutivere, melius in ventrem delabatur.)
îles route» île la Martinique! Il y a des nègres qui m’ont affirmé qu’en toutes rencontres ils pouvaient sentir le serpent. (1) Ceci peut dépendre de la finesse ■de l’odorat si variable chez l’homme. On sait toutes les merveilles que l’on raconte de ce sens chez les peuples sauvages. Il serait à désirer qu’il en fut de même ici et que l’on put s’exercer h reconnaître le serpent par l’odorat.
Si maintenant nous entrons dans l’analyse de la digestion du serpent, nous ne serons pas étonnés qu’elle soit aussi lente. Le serpent avale sa proie sans qu’elle ait reçue dans la bouche aucune préparation préalable, soit par la mastication ou par l’insalivation. (2) Je n’ai trouvé à cet animal aucune glande salivaire un peu grosse. Ses dents sont si petites qu’il est évident qu’elles ne peuvent lui servir à mâcher ; ce sont des arrêtes qui fixent l’aliment, le dirigent sur le gosier et l’empêclient d’en ressortir. Aussi sont-elles toutes tournées obliquement en arrière vers le gosier (Dans la partie anatomique je dirai comment il faut les distinguer des crocs.) Il n’y a pas, à proprement parler, de déglutition véritable chez le serpent. Le bol alimentaire n’est point ramassé et dirigé par la langue; entre le bol alimentaire et la langue se trouve la trachée-artère qui les sépare. La langue n’est, pour ainsi dire, qu’un filet nerveux et n’est probablement qu’un simple organe du goût. Si c’est un rat qui a été avalé, il est poussé lentement le long de l’œsophage, et, ainsi que je l’ai vu, sa tête est arrivée à l’orifice pylorique de l’estomac et presque digérée, lorsque sa queue est allongée dans l’œsophage et presque entièrement intacte. L’estomac du serpent ne paraît pas avoir de cardia-, c'est pourquoi cet organe peut se dilater démesurément aux dépens de l’œsophage. L’orifice pylorique est au contraire bien marqué et montre qu’il y a deux temps distincts dans la digestion du serpent comme dans celle des autres animaux. L’estomac était exactement appliqué sur le bol alimentaire quand c’était un rat; il l’en coiffait, pour me servir d’une expression vulgaire, comme un bas de soie. Les fluides gastriques et le mucus dont le rat était imbibé n’étaient pas aussi abondans qu’on serait porté à le
J’ai lu et on m’a dit que lors que les serpents avaient avalé un animal à poils ou à plumes, les poils et les plumes, ne pouvant être digérés comme les chaires, étaient rejetés par une sorte de régurgitation. Ce fait n’a put être vérifié par moi, mais il me parait important. C’est un de ces faits qui peuvent trouver uneapplication pratique immédiate et qui, par conséquent, méritent d’être étudiés. On conçoit que la rencontre de pareils débris peut mettre sur la trace du
(1) . Il n’en est certainement pas du Trigonocéphale comme des serpents qui révèlent toujours leur présence -par l’odeur qu’ils répandent; les naturalistes signalent près de l’anus de ces derniers l’existence de petites glandes qui seraient la source de ces émanations, ainsi qu’il arrive au Chevrotin, Moschus moschiferus, qui secrète le musc. 3e me suis assuré que ces glandes n’existent point chez le Trigonocéphale. Peut-être est-ce une fausse analogie tirée du Serpent à sonnnettes qui est un aes reptiles dont l approche est révélé par l’odeur qu’il exhale. Suivant d’autres; stercus serpentum bene olere, facilèconcedi postest ; cette diversité dans les opinions dépend-elle des variétés de la nature ou de la fécondité de l’imagination humaine ?
(2) . On sait que chez l’homme la mastication, la calorification buccale, l’insalivation et même les préparations culinaires, sont autant d’actes qui facilitent la digestion.
serpent. II faut tout interroger (1).
Le serpent se nourrit aussi des différens insectes, des anolis, si communs dans ce pays, des grenouilles, des crabes, sans doute des toulourcux ou des petits crabes qui courent le long du rivage de la mer ; mais non pas des gros crabes que nous mangeons. Ceux-ci, au contraiie, sont considérés par quelques auteurs comme un animal destructeur du serpent. Cancri serpentes ad Ephesiam metropolim forcipibus arripiunt et ad paludes tranare conaniur. Les crabes, dit Elien, prés de la ville d’Ephise, saisissent les serpents avec leurs pinces et les entraînent dans les marécages qu’ils habitent. Ici plus d’une personne m’a signalé l’espèce de crabes appelée cirique, comme faisant bonne guerre aux serpents.
J’ai vainement multiplié mes questions pour savoir comment le Trigonoccphale s’empare de sa proie. L’enveloppe-t-il de ses replis pour l’écraser à la manière du Boa ? l’arrête-t-il et la tue-t-il de son venin pour l’avaler ensuite tout à son aise? cette dernière supposition me parait la plus probable; beaucoup de gens, cependant, y répugnent; ilscroient qu’une chaire empoisonnée par le venin ne peut servir de nourriture, que l’instinct de l’animal l’en détournerait. Nous montrerons plus tard comment des expériences répétées ont prouvé que le venin, en nature introduit dans les voies digestives des animaux, ne produit pas le même effet que lorsqu’il est introduit sous la peau, dans le tissu cellulaire, par la piqûre du serpent lui même; lors même que le venin avalé par d’autres animaux serait mortel pour eux, il n’est pas dit qu’il doive l’être aussi pour celui qui le secrète ; il existe enlre les fluides d’un même corps un rapport de consanguinéïté
(b). Je profite de cette occasion pour répondre à une objection que m’ont faite plusieurs personnes sur la minutie et l’inutilité de certains détails de mon premier article, particulièrement dans tout ce qui a rapport à l’arrière-faix du serpent. On m’accordera d’abord', comme une des premières règles de l’observation, que, quand on observe une chose inconnue, il n’y a pas de choix à faire, il faut tout noter. Il faut observer pour observer, sans but déterminé à l’avance, (car il est à craindre alors qu’on ne voie, que ce que l'on veut voir.) U faut être indifférent au résultat, c’est-h-dire à la valeur pratique de l’observation, au profit qu’on en peut tirer; tout cela doit-être abandonné à l’avenir. L’histoire de l’industrie humaine ne consiste qu’en conséquences tirées d’observations scientifiques, qui, au premier abord, paraissaient insignifiantes et purement spéculatives. N’est-ce pas ainsi que la machine à vapeur est sortie de la machine à Papin ? Les petites valvules, observées dans les veines et restées longtemps sans explication, ont servi à Harvey à établir la circulation du sang. Je n’en finirais pas si je voulais citer des exemples de cette vérité.
Adeo sunt mu] la.-
Delassare valent Ciceronem !
Dans l’espcce présente, j’ai recherché si le serpent, en travail d’enfanter, ne laissait point quelques traces de son passage, parce qu’il m’a semblé que la connaissance de ces traces pouvait nous aider dans la poursuite de l’animal. A la chasse il faut tout consulter, les poils, les plumes, que le gibier laisse aux branches des taillis. Un bon garde de chasse consulte l’empreinte des pieds de la bêle et en apprend l’âge, la direction qu’elle a dît suivre; et, si l'empreinte est plus ou moins forte, il saura la distance qu’b dit parcourir l’animal. Je dis que c’est ainsi qu’il faut étudier le serpent ,
qui les rend plus tolérables les uns aux autres. On rencontre souvent des poules mortes de la piqûre du serpent, et comme le serpent ne craint point les poules, • il est probable qu’il ne les pique que pour les dévorer après ; mais on conçoit que quelques unes, même après la piqûre, échappent à sa poursuite et qu’il les perde, c’est ce qui arrive à tout chasseur. Enfin dans l’Hygiène publique, iln’est pas démontré que des chairs empoisonnées pendant la vie soient, après la mort, aussi à redouter qu’on le croit vulgairement. Des faits bien observés restreignent
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point une solution absolue. Il y en a, dit M. de Lacépède (en parlant du Boiquira), qui prélèndent qu’on peut manger impunément les animaux que sa morsure fait périr, de même que les sauvages se nourrissent sans inconvénient du gibier qu’ils ont tué avec leurs flèches empoisonnes.
Le serpent est-il herbivore ? j’ai déjà dit que je n’avais trouvé que des rats, dans les estomacs des serpens examinés par moi; quelquefois dans leur gosier j’ai retiré des petites feuilles bien distinctes, et dans leurs matières fœcales j’ai reconnu des nervures de feuilles non digérées et bien reconnaissables. Dans.le pays on ne signale auctine graine, aucun fruit, aucune herbe qui soit recherché par le Trigonocéphate. Cependant les naturalistes décrivent plusieurs espèces de serpens herbivores ?
Le serpent mange tout ce qui a vie ; on dit même que dans les pays ou ils existent ensemble, il vient about du Porc-Epique, malgré son armure. Mais se nourrit-il aussi de chairs mortes, du cadavre des animaux, lorsqu’ils n’ont pas élé tués par lui ?
La solution de ces questions, sur l’alimentation du serpent, nous paraît-être du plus haut intérêt, car si on pouvait reconnaître un aliment recherché par cet animal et qui put être manié d’avance, pour me servir d’une expression du pays, c’est-à-dire empoisonné, ce serait un des plus puissans moyens de destruction qui pourraitêtre employé ; on se délivrerait des serpensaussi facilement que des rats, des poux-de-bois et des autres espèces nuisibles à l’homme ?
Après avoir montré le serpent aussi vorace, aussi glouton, que nous l’avons fait, il est juste de dire qu’en d’autres circonstances il donne l’exemple de la plus grande sobriété qui existe dans le règne animal ! il supporte une diète absolue de plusieurs mois! (Ecoutez bien cela vous qui croyez qu’une diète de trois jours vous fera mourir) ? Il est vrai qu’après avoir empli son estomac avec degjnoies pareilles à celles que nous y avons trouvées, on conçoit que le serpent n’ait pas besoin de manger tous les jours ; il lui faut le temps de digérer? Et comme c’est un animal a sang-froid, ce travail est beaucoup plus lent chez lui que chez les animaux à sang chaud. Ce fait de la patience du serpent a supporter la diète a été mis hors de doute par des expériences nombreuses et faciles à faire. Il suffit de l’enfermer dans une dame-jeanne vide. L’animal captif ne veut prendre aucun aliment; il tombe dans le marasme, (Voyez Guyon. page 67) et se laisse fièrement mourir. On pourrait se servir de cette propriété qu’à le serpent de pouvoir vivre longtemps sans manger, pour essayer d’en porter quelques individus au Muséum de Paris. Mais ce serait, pour je navire qui s’en chargerait, un fort mauvais passager malgré sa sobriété. (*)
(*) Plusieurs lettres m’ont été envoyées; comme la plupart des faits qu’elles contiennent sont relatifs à la piqûre du serpent,je n’en parlerai que dans la partie de l’enquête qui traitera delà piqûre. Quant aux faits qui regardent lesarti -
Après les témoignages multipliés de personnes graves, je suis forcé d’admettre que les serpens se dévorent entre eux : ainsi on a retiré plusieurs fois du ventre desserpens, d’autres serpens a demi avalés. Le dévoré était souvent aussi gros que le dévoreur. J’avais tué un serpent de quatre pieds, me dit M. X., et je l’avais suspendu à un buisson, le lendemain on ne le retrouva point; quelques instans après, mes nègres en tuèrent un autre ; quel ne fût pas mon étonnement de trouver dans son corps mon serpent de la veille. Homo homini sœpissimè serpens ! Je sais des hommes qui sont serpents sur ce point-là? sans que pour cela il faille aller au pays des antropophages.
C’est à la suite des combats que le vainqueur mangerait ainsi le vaincu.
Car les serpens bataillent entre eux tout comme nous, tantôt pour une femelle, tantôt pour une proie, qui sait I pour une province peut-être I On veut régner seul dans une savane ou dans un bois ? la passion du despotisme est si naturelle.
Pro cœsare pugnant
Hypsaies et peragunt civilia bclla cerastœ
Lucain Pharsale liv. IX.
Puisque nous sommes dans la partie guerrière de la vie du serpent, nous ne pouvons passer sous silence la lutte qui, dit on, aurait lieu entre lui et la couresse, couleuvre du pays, coluber cursor: suivant une tradition (je n’ose dire, suivant une observation,) Il existerait entreleserpentetla couresseune antipathie •jui les rendrait ennemis mortels. La victoire resterait toujours à la couresse, malgré l’inégalité des armes ; le bon parti triompherait toujours: cela se voit plus souvent qu’on ne croit. Vous rencontrerez ici des personnes qui vous raconteront ces combats aussi fidèlement que des témoins oculaires. Une belle dame, qui n’est pas crédule, m’a dit là-dessus de fort jolies choses. C’est ordinairement au bord d’une rivière que la rencontre a lieu, la couleuvre guette le serpent, le happe par le milieu du corps et l'entraîne sous les eaux ; ou bien on la voit quitter le combat et s’aller frotter d’une herbe qui guérit ses blessures, lui redonne des forces et qui engourditle serpent. M. Moreau de Jonnes, qui sait tout, va même jusqu’à indiquer les noms botaniques de ces plantes merveilleuses : ce sont les tiges lactescentes de l’Euphorbiahirta, l’Eupkorbia püulifera, l’Euphorbia graminea, le combat finirait par un festin, la couresse, si petite qu’elle est, mangerait le serpent si gros qu’il fut. On le voit : Tite-Live n’est pas plus exact quand il racontele combat des Horaces et des Curiaces, ni la Bible, comparaison plus hermétique, celui de David et de Goliath. A vous de croire ce que vous voudrez du récit d’un pareil champs clos. Heureuse antipathie, si elle était vraie ! la couresse serait pour la Martinique l’antidote du serpent. L’homme est assez disposé à croire, que par une sorte d’antagonisme dans la nature, le remède est toujours placé à côté du mal. C’estpeut-être encore l’une de ses déceptions ?
« Les serpens ont pour ennemis les fourmis qui les dévorent quand ils changent a de peau, les clibros ou têtes de chien et les couresses qui les tuent en les frappant « sur la tête etles avalent. Pendant ce combat à outrance où la victoire semblerait « devoir rester au serpent, chaque fois que la couresse est mordue, elle se roule « sur des feuilles de coton ou de pied-poule et revient à la charge jusqu’à ce que « son ennemi succombe, c’est alors qu’elle le hume en commençant par la tête,
clés déjà publiés, je ne pourrai les faire connaître qu’à la fin dans un article supplémentaire.
« (Bëadcê notice sur Sainte-Lucie.) (1)
Ainsi cette tradition existe à Sainte-Lucie comme à la Martinique et se répété axec autant d’assurance, rien ne serait plus facile que d’en vérifier la réalité. Il su Dirait de mettre en présense le serpent et la couleuvre dans un tonneau ou mieux dans un pitt de coqs. On pourrait même ouvrir des paris. Mais une expérience pour être faite, exige qu’on se donne quelque peine, tandis que quelques phrases plus ou moins bien tournées se tournent dans un fauteuil. D’ailleurs la version du combat sourit à l’imagination, et c’est assez pour beaucoup d’esprits; J’ai vainement tenté jusqu’aprésent de me procurer îi la fois une couleuvre et un serpent, c’est pourquoi je serai réduit à n’opposer au fait en question que quelques raisonnemens. Ainsi on fera observer que présentement :
1° Iln’y a point àla Marlinique de couresse qui alteigneles dimensions u un moyen serpent : les couresses de trois à quatre pieds sont les plus grosses qu’on ait jamais vues. 2° que la couresse n’a point de crocs, ni de venin, ni aucune autre défense. 3° que la couresse n’est peut être qu’herbivore; car on ne trouve point dans son ventre des rats, poules, etc. et autres proies qu’on trouve dans le ventre du serpent; par conséquent, si quelquefois elle se repaît de chair, ce ne serait que de la chair du serpent; on peut, il est vrai, faire cela pour un ennemi. 4° enfin que' le nombre des couresses est loin d’être aussi considérable à la Martinique que celui des serpens; car on ne tue point les couresses par douzaine, dans la coupe dc-s cannes ou dans les défrichemens ? Il serait singulier que le champ de bataille restât plutôt aux vaincus qu’aux vainqueurs. Toutcelame porte à penser, qu’aulieu de manger le serpent, la couresse, pourrait bien, au contraire, faire partie de son menu (2).
Suivant d’autres, le seipent aurait un ami, un allié, bien digne de lui ! sans doute, car cet ami et cet allié serait le crapaud. C’est du crapaud dont il tiendrait les matières dont il compose son venin. Il ne faudrait rien moins que l’union de ces deux êtres, horreurs de la nature, pour produise cet affreux poison. Ce conte est sans vraisemblance; il y faut voir sans doute une allégorie pour
(IJ J’ai vu, m’écrit M. Duchatel, le combat de la couresse et du serpent; celui-ci fuyait toujours, l’autre le saisisssait et cherchait a l’étouffer dans scs étreintes. Mordue; la couresse allait se frotter sur des herbes appelées cheveuxbéqués et revenait au combat. La nuit arrivant, j’ai tué te serpent, regrettant beaucoup de ne pouvoir connaître l’issue du combat ?
Je ferai remarquer les différences qui existent dans toutes les versions de ccs témoins oculaires. L’un dit que la couresse tue le serpent en lui écrasant là tête, l’autre qu'elle l’étouffé de ses étreintes, un autre qu’elle le mange. Les herbes varient aussi. Dans une enquête judiciaire on se défie d’un témoin qui change de
(2) Tous les renseignemens que j’ai pu obtenir me confirment qu’il n’y a à ta Martinique qu’une seule couresse, (colüber ctirsor). C’est celle qu’on rencontre le long des ruisseaux, qui bordent les chemins, dans les ravines, dans tous les endroits ou il y a de l’eau, ses couleurs sont belles, sa robe tire sur le vert, avec deux hordes longitudinales jaunes c u blai ches siir le ries. Le plus ordinairement elle n’a que deux pieds et demi à trois pieds, elle n’a point de crochets mobiles, a elle est, dit M. de Lacépcde aussi timide que peu dangereuse ; elle sc « cache ordinairement lorsqu’elle aperçoit quelqu’un, ou s’enfuit avec tant « de précipitation, que c’est de là que vient son nom de couresse ou covrcuse. u.
représenter cette sorte d’attraction qui existe entre les méchans, et qui fait qu’ils se craignent et se respectent les uns les autres, quœinter bonos amicitia dicitur, hoec intermalos factioest. (Cicéno, De amidlia.)ll est plus probable, comme ledit une autre version, que le crapaud est au nombre des animaux qui servent à la nourriture du serpent. Enfin, une troisième opinion est que le crapaud est ennemi du serpent. Voici à ce sujet une anecdote qui m’a été envoyée par un anonyme (lettre de 16 pages; ; « M. A. D... et M. L. A..., son frère, propriétaires à la Grand’Anse, avaient émigré en 1793 dans une colonie anglaise, que je crois être St.-Vincent ; ils observèrent qu’il n’y avait point de serpens dans cette île, mais qu’il s’y trouvait une grande quantité de petits crapauds d’une très petite espèce. Ces deux messieurs qui avaient, dit l’anonyme, infiniment d’esprit et de raison, pensèrent que la nature a, la plupart du temps, des secrets impénétrables, et que les petits crapauds pouvaient bien être le talisman qui préservaitl’île de St.-Vincent de la présence du Trigonocépliale. C'est pourquoi ils résolurent d’en gratifier la Martiniqué. » Cette importation ne pouvait d’ailleurs avoir d’autre inconvénient que d’incommoder les' oreilles délicates. Les crapauds furent léchés sous le pont de St.-Pierre, ils multiplièrent, se répandirent dans la campagne, mais ils furent longtemps à franchir le Morne-Calebasse. Cependant les Trigonocéphales ne paraissent pas s’en être plus mal trouvés; je cr ois même que nos petits crapauds n’ont servi qu’à leur fournir un aliment de plus. » Ainsi s’exprime le spirituel anonyme, dont je n’ai pu encore deviner le nom, mais qu’à son style et aux autorités dont il se sert, on peut soupçonner d’être l’un de nos aimables et vénérables sachems. Je dois pourtant lui rappeler que MM. Moreau de Jonnès et Guyon, qui parlent de cette importation des petits crapauds à la Martinique, la considèrent comme une fable. C’est à nos grands papas à décider cette grave contestation.
Le serpent attaque-t-il l’homme ? Il semble que, dans l’état actuel de nos relations avec le serpent, rien ne devrait être moins obscur que la réponse à cette question. Mais telle est l’incertitude de l’observation humaine, que même sur ce point il n’y a point accord. La plupart des personnes interrogées par moi m’ont bien répondu que le serpent ne se jette sur l’homme que lorsqu’il est surpris et que l’homme se trouve à sa portée ; qu’en toute autre occasion il fuit notre approche, lorsqu’il peut en être averti. Cependant, quelques-uns m’ont raconté des histoires de négresses poursuivies par le serpent. L’auteur de l’article Trigonocéphale (grand dictionnaire des sciences naturelles) dit positivement qu'il poursuit l’homme par une suite d’élans rapides et avec la vitesse d’un trait lancé avec force par la corde d’un archer vigoureux. C’est ainsi que se raconte l’histoire, même naturelle. Certes, s’il en était ainsi; la Martinique serait encore inhabitée. Quant aux récits particuliers de personnes poursuivies par le serpent, ilsnesont explicables qu’en tenant compte de la peur, qui fait voir bien des choses (1). Il
(1) Une croyance populaire, que la peur a fait naître suppose que le serpent poursuit l’homme : c’est une erreur. J’ai souvent attaqué des serpens dans tes trous mêmes oùilss’etaient logés et je les ai piqués avec des gaules; tourmentés, ils mordaient la gaule, ils étaient visiblement dans une grande fureur, ils allongeaient sous la gorge une sorte de poche, ce que les nègres appelent tirer la mangeole. Jamais l’un d’eux ne m’a poursuivi. Dans les champs, lorsqu’ils cherchent à fuir, je les ai poursuivis de très près, je les ai vus s’arrêter comme te
est hors de toute contestation possible que le serpent, si gros qu’il soit, n’est plus à craindre du moment qu’il est vu et qu’on est hors de l’atteinte de son jet.
M. V. G..., homme courageux, dans la parole duquel j’ai foi, m’a raconté que se trouvant un jour face à face avec un serpent, sans reculer et sans perdre son ennemi de l’œil, il se fit apporter un bâton et tua le serpent avant que celui-ci eût eu le tempsde broncher, fasciné qu’il étaitpar le regard assuré de l’homme. On constata que l’animal n’était point dans le travail de la digestion et qu’il n’était paralysé par aucune cause appréciable. Un cœur ferme est le meilleur bôuclier.
Peut-être aussi le serpent était-il trop près de M. V.... et ne pouvait-il prendre son élan ; car on dit que, pour piquer, le serpent a besoin d’être à distance et de prendre carrière. Je revenais un jour, m’écrit le bon et aimable M. Duchatel, homo nec infacelus et satis littcratus, « je revenais de la chasse de la poule « d’eau, et je voulais décharger mon fusil sur des grives venues à la pipée, lors- « que je sentis ma jambe gauche glisser sur un corps qui cédait ; je me retourne « et j’aperçois un énorme serpent gris-blanc, tout contre moi, et me léchant la o jambe ! Sauter dix pas en arrière et tuer le serpent d’un coup de fusil, fut l’a- « faire d’une seconde. Je pensai que j’étais trop près de l’animal pour qu’il eût o pu me piquer, il attendait que je m’éloignasse. »
Autre historiette : —Le salon de la belle habitation de M. de C.., à la Basse- Pointe, était fermé depuis longtemps. Une négresse y étant entrée sans lumière, sentit sous son pied un corps rond et froid ; l’héroïne, sans changer de position, appelé à son secours, on accourt, les fenêtres .sont ouvertes, et l’on voit que •
cette femme tient sous son pied un énorme serpent! Si j’étais peintre, je voudrais peindre cette africaine, le pied ainsi posé sur le serpent. Certes, elle ne pensait point que le serpent était trop près d’elle pour la piquer. L’art ancien n’a pas trouvé de plus belle.expression h donner à l’homme que celle d’Apollon quand il vient de tuer le serpent Python :
« Le Dieu a deeoché sa flèche ; de la hauteur de sa joie il eon- « temple sa victoire, etc., etc., etc. »
(Winkelman, Description de l’Apollon de Belvédère.)
Ce n’est pas tout : A quelque temps de là, mon ami, M. de L...., qui avait entendu cette histoire de la bouche même de M'de C.... eut occasion d’aller demander gîte sur l’habitation de la Basse-Pointe. Un nègre le conduisit dans une chambre obscure, évidemment inhabitée depuis longtemps, et dont l’une des portes ouvrait sur un salon. — N’est-ce pas, dit M. de L..., le salon où l’on 'a tué ce serpent ? — Oui, maître, répondit le nègre, pas Uni encore. ;L. qui est un homme résolu et incapable d’aucune lâcheté, comprit qu’il fallait s’exécuter, mais il ne s’endormit pas sans songer au serpent et à la brave négresse. Toutà-coup, vers le milieu de la nuit, voilà qu’il entend un grand fracas et sent en même temps tomber sur sa poitrine un corps lourd, c’était trop lourd et trop bruyant pour être un serpent. Il suffit à M. de L... d’étendre la main pour reconnaître que c’était le ciel du lit. Réveiller les domestiques, appeler un secours quelconque, c’eût été courir le risque d’être la fable de l’atelier. M. de L. se dégagea conime il put de dessous son ciel malencontreux; mais il m’a assuré
lion et se mettre en garde ; mais jamais aucun n’a couru sur moi: le pays ne serait point habitable s’il en était autrement ( lettre deM, Duchatel ,)
qu’il 11e referma plus l’œil le reste delanuilet qu’il revit le jour avec plaisir. Cette sorte de cauchemar doit être assez fréquent à la Martinique : on doit souvent y rêver serpent, d’autant plus que dans les courtes veillées du pays,il n’est pas rare d’entendre raconter des contes de serpens qui ont été trouvés lovés sur la poitrine de personnes endormies.
Dans la notice sur Ste.-Lucie, publiée en 1841 par M. Beaucé, on lit le fait suivant : « Le serpent ne se sert de ses crocs et de son venin que pour sa dé- « fense; car sur l’habitation Toutmassé, une négresse nourrice eut les deux seins « successivement têtés par un serpent pendant la nuit. Soit frayeur, soit som- « meil ou présence d’esprit, elle attendit que l’animal se fut retiré, ce qu'il fit « après avoir vidé les deux seins. Alors elle appela son maître, qui vint à son o secours et tua le serpent. XI était réellement plein de lait; la négresse n’eut o point de mal. »
Voilà mie concurrence pour les petits chiens, si utiles aux femmes qui ont trop de lait. La mode en viendra peut-être : — il serait pittoresque, et même mythologique de voir un Trigonocéphale suspendu au sein de nos belles compatriotes. Si Jupiter existait encore, Jupiter serait bien capable de prendre cette forme-là.
Cela s’est dit de la vipère d’Europe qu’on l’avait plus d’une fois surprise au pis des \ailir' qin Ile lelait au-i bien que le foi ail mm au. Je ne -.nais pas que le même goût eut été observé chez le Trigonocéphale. Au temps que j’avais pour voisin feu M. Monfleury Delhorme, d’ingénieuse mémoire, la présence d’un serpent nous ayant été signalée dans des masures qui environnaient notre maison, il fit placer du lait dans le dessein de voir si le serpent se laisserait allécher; mais celui-ci ne se laissa pas prendre. Lacté, vino, aqua et ovorum vitcllis delectantur, ils aiment le lait, le vin, l’eau et les œufs, dit un auteur latin, fini incontinentes esse Aristoteli proditum, ideo quidam vino circa sepes apposito riperas venantur. Ainsi, suivant Aristote, le serpent serait un ivrogne! Si les nègres savaient qu’Aristote a dit cela, Oh! la bonne excuse pour le vin, les liqueurs et le tafia qu’après quelque temps, nous ne retrouvons plus dans nos greniers!
Pour moi, en parcourant toutes ees traditions je ne vois que la prodigieuse tendance qu’anciens ou modernes nous avons loueurs eu à admettre des accideos bizarres, des olisc-rv al ions pHTipitiv-. j" ni des loi, naluuili.s et gènéi aies.
Dans une des lettres qui m’ont été adressées, je trouve ce renseignement : a Le serpent, dès qu’il est aperçu et qu’il est poursuivi, s’il croit ne pouvoir plus a se confier à la fuite, s'arrête, se love en rond et, dressant de ce rond sa tête me- « naçante, il attend bravement son ennemi. Il suffit alors que le nègre pose à a une petite distance son chapeau ou une partie de ses hardes roulés, le nègre a aura tout le temps d’aller quérir une arme ou d’appeler un aide pour tuer le a reptile. Celui-ci est tenu en arrêt et ne bouge pas; il croit toujours que c’est a l’ennemi qui est devantlui. n Cette ruse de guerre nous est bien permise. J’ai été témoin d’un fait pareil. Ayant fait rencontre, pendant la nuit, avec un serpent, je l’arrêtai tout court en plaçant devant lui une lanterne allumée, et nous eûmes le temps de prendre les précautions convenables pour le tuer. — Feu M. Auguste de Larochetière m’a assuré qu’il s’était préservé de l’atteinte d’un gros serpent eu la parant avec un parapluie : la soie portait les traces de l’imbibition du venin.
Il n’y a pas un enfant qui ne sache ici que rien n’est plus facile à tuer qu’un serpent. Cette tradition est-elle répandue pour maintenir les courages? On dit que le
coup d’une simple baguette, par une main faible, suffit pour rompre l'échine au plus gros serpent. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours reconnu que la mort des serpens qui m’étaient apportés était le résultat de coups violemment assénés ; on ne se croit jamais trop sûr de la mort d’un pareil ennemi: il est permis de le fouler aux pieds. M. de Lacépède dit que « la vie, dans les vipères d’Europe, est trèsci tenace, qu’on ne parvient à les tuer qu’avec une certaine difficulté et qu’elles « résistent aux coups et aux blessures plus peut-être que d’autres serpens. » Suivant une troisième opinion, le serpent, aussitôt qu’il se sent frappé, ferait le mort, arundine percussi, mortuorum instar jacenl : si frequente ictu peticris lotis viribus mordere conantur. J’ai ouï parler ici de nègres, preneurs de serpens, qui ont été piqués par des serpens qu’ils croyaient morts.
Lucrèce, au livre IV, (rapporte, comme une chose très-connue, la manière suivante de tuer le serpent ;
Est utique ut serpens hominis contacta salivis.
Disperit, ac sese mandendo confiât ipsa.
Crachez sur un serpent, sa force l’abandonne,
II se mange lui-même, il se dévore, il meurt. (Voltaire. )
Voltaire, qui poursuit la crédulité humaine partout où il la trouve, combat ainsi celte opinion à l’article serpent, de son Dictionnaire philosophique :
« Je certifie que j’ai tué en diverses fois plusieurs serpens, en mouillant un « peu avec ma salive un bâton ou une pierre, et en donnant sur le milieu du a corps du serpent un petit coup qui pouvait a peine occasionner une petite o contusion (10 janvier 1772. —Figuier, chirurgien.(
« Ce chirurgien, m’ayant donné ce certificat, deux témoins qui lui onL vu « tuer ainsi des serpens m’ont attesté ce qu’ils avaient vu. Je voudrais le voir « aussi; car j’ai avoué dans plusieurs endroits que j’avais pris pour mon patron « St.-Thomas Dydime, qui voulait toujours mettre le doigt dessus.
« Il se peut, en effet, que Dieu ait permis que la salive de l’homme tue les « serpens ; mais il peut avoir permis aussi que mon chirurgien ait assommé des « serpens à grands coups de pierre et de bâton. Il est même probable qu’ils en » seraient morts, soit que le sieur Figuier eût craché, soit qu’il n’eûtpas craché. » Je recommande cette apologue à MM***,.
L’horreur que le serpent inspire à tous les hommes est extrême. L’effet surtout que sa vue produit sur certains nègres est incroyable. Il ne faudrait pas beaucoup pour leur persuader que le diable y est encore caché. Un jour que M. Gandelatet moi nous nous amusions à suivre, en canots, un serpent que nous faisions nager dans la mer. Un des rameurs du canot de M. G... paraissait tellement impressionné chaque fois qu’on approchait du reptile, qu’il fallût le débarquer. Lorsque le serpent fut près d’aborder la plage, ce fut un émeute dans la (pule accourue pour le voir. On se rua sur lui avec pierres et bâtons, il fut impossible d’empêcher qu’on l’assommât ; c’est â qui se faisait gloire de porter au moins un coup à cet ennemi du genre humain. Il a été remarqué que les négresses en avaient plus peur que les nègres. Dans la coupe des cannes, on alterne les sexes autant que possible : une négresse est placée entre deux nègres. L’atelier travaille sur le même fil, et, de temps en temps, la voix du commandeur rappelle de songer aux serpens :
Disette jusiitiam moniti non temnere diras !
Silôt qu’un de ces animaux est aperçu, l’atelier reflue en arrière, et le plus
hardi, ou le plus habitué d’entre les nègres, sort des rangs et tue le serpent. Mais il faut voir la fuite que prennent les négresses, et entendre les clameurs qu’elles poussent. Tout le monde a éprouvé le saisissement involontaire que fait éprouver larencontresoudainede la couresse, si innocente qu’on la sait; mais elle a la forme du serpent. A la Guadeloupe, à la vue d’une couresse, les nègres se débandent, quoiqu’ils sachent qu’il n’y a pas de serpens dans celte île ; mais à la Guadeloupe on craint plus les serpens qu’à la Martinique, majoré longinquo revereniia! On m’a dit qu’à la Dominique les nègres reculent devant la Tete de chien, qui n’est aussi qu’une couleuvre et qui n’a jamais fait de mal à personne. D y a peutêtre en ceci quelque chose de providentiel ; que le lecteur me permette d’expliquer mon idée. Le nombre des espèces de serpens répandus sur la surface du globe, ainsi que je l’ai dit au commencement de cette histoire, est considérable; mais, dans ce nombre, quelques-uns seulement sont venimeux. Or, c’est la renommée de ces quelques venimeux qui protège les autres; car ceux-ci, sans armes, sans défense, deviendraient facilement la proie de tous les animaux carnivores ; mais ils sont défendus par l’ombre de leur terrible famille.
La manière dont marche le Trigonocèphale, son .mode de progression, comme nous disons en physiologie, n’est pas.beaucoup mieux connu que les autres parties de son histoire. Je crains que le simple énoncé d’une pareille proposition paraisse quelque peu paradoxal; car c’est là une de ces questions, qui, pour être résolues, n’ont besoin, on le dirait, que d’un seul regard ! Mais qui a regardé le Trigonocéphale dans l’intention de voir comment il marche? C’est ce que le lecteur décidera s’il veut entrer avec moi dans un examen un peu attentif.
Le serpent rampe, c’est même de là que lui vient son nom: de serpere qui veut dire ramper. Il s’avance en traçant des sinuosités horizontales, parallèles au sol et non perpendiculaires, ainsi que le représentent beaucoup d’images qui en sont faites (I) in a havy undulating manner dit un auteur anglais.
Sa c r 0 upe se rec °u rbe en t0r t„eux.
Il forme des ondes ou plutôt une suite d’arcs de cercle latéraux, dont l’un sert de point d’appui à l’autre, de telle sorte que si l’on voulait remonter au principe du mouvement, à la force impulsive qui anime le reptile, il semble qu’il faudrait remonter à sa queue; car, dans ce système de mouvement, cette queue paraît être le point de départ ou d’impulsion. On ne saurait dire ou gît le principe de ses déplacemens (Chateaübriakd), occultis accessibus, non occultas passibus animal hûc ’progréditur (Aristote). On voit par ces citations que dans tous les temps le mode de progression du serpent a excité l’étonnement des hommes.
Si, comme on n’en peut douter, la cause première dumouvement, chez Ieserpent comme chez tous les autres animaux, part du système nerveux, c’est a dire du cerveau et delà moelle épinière, il faut que le fluide, l’influx, le je ne sais quoi nerveux, descende jusqu’à sa queue et remonte ensuite, afin quele reptile soit
(1) Je me suis assuré qu’il en était ainsi en fesant marcher devant moi les serpens qu’on m’apportait et quej’exdtais soit avec une baguette soit en approchant du feu près de leur corps. Cependant, même sur un'fait aussi facile à vérifier, il y a dissentiment. Un auteur anglais s’exprime ainsi, on earth their windings are perpendicular lo the surface, in water they are parallel toit.
animé et poussé en avant; je ne veux pas dire que le serpent est obligé de s avancer droitet raide, devant lui, il est au contraire fort souple, il peut remuer séparémenttoutes les parties de sa longue échine, tantôt sa tête, tantôt son cou, sa queue son dos, de même que nous pouvons mouvoir nos bras et nos jambes. Cependant on peut dire que le serpent en se meut point comme la plupart des autres animaux; car il n’a ni nageoires, ni pieds, ni ailes ; au premier coup d’œil sa progression semble se rapprocher de celle du ver de terre, c’est pourquoi quelques uns la qualifient de vermiculaire ; mais lorsqu’on vient à comparer de plus près ces deux reptiles, on voit qu’il existe entre leurs mouvemens de grandes différences. Le serpent a une colonne vertébrale composée de pièces mobiles résistantes et qui sont jointes par de nombreuses articulations, le ver n’a rien de semblable: il est tout chair et tout d’une pièce. Le serpent a se jette en orbe, monte et s’abaisse en spirale , route ses anneaux comme une onde , » dit un poète ; il peut enfin se tourner, se virer et se diriger dans tous les sens. Mais il ne peut s’allonger ni se raccourcir ; le ver; qui n’est qu’une suite d’anneaux charnus élastiques, s’allonge et se raccourcit à volonté: c’est dans cette sorte d’élasticité que gît tout le principe de sa locomotion. C’est en un mot un ressort qui marche.
Les moyens de progression du serpent consistent dans ses côtes qui sont très nombreuses (250 pour un serpent de taille ordinaire, ainsi que nous le verrons dans la partie anatomique) et dans les écailles de sa face inférieure (275), qui sont embriquées les unes sur les autres, mais dont chacune reste à moitié libre et parfaitement indépendante. C’est par là qu’il a prise sur le sol et qu’il s’y fait des points d’appui. Ce sont ses pieds et ses jambes, comme le dit ingénieusement Aristote, squamis quasi unguibus et costis quasi cruribus innituntùr. 11 marche, comme marche une roue à engrenages.
Mais ce qu'il y a de sûr, ce qui est important à connaître, c’est que quelque soit le secret de la progression du serpent ; cet animal lors même qu’il fuit, fuit comme le lion: il marche lentement et ne procède point par longues traites. Cela se voit surtout lors de la coupe des cannes; l’approche des travailleurs, et sans doute aussi le bruit qu’ils font, (1) donnent l’éveil au serpent, mais il ne se lève que pour aller se remiser ou plutôt se relover à quelques pas. C’est pourquoi lorsqu’on est à la poursuite d’un serpent qui vient d’être apperçu il ne faut pas aller le chercher bien loin.
M. Darrigan m’a dit avoir vu de ses yeux, que dans la descente d’un morne le serpent avait la vitesse d’un trait : mais que dans la montée il s’élevait difficilement. Je ne trouve, dans son organisation, rien qui rende compte de celte différence. D’autres disent qu’il peut aller à reculons,; je ne l’ai pas vu.
Lorsqu’il marche, le serpent porte la tête haute, la partie antérieure de son corps, que l’on peut considérer comme son cou, se détache du sol. Cette attitude est pleine de grâces et de fièrté; c’est ce que Virgile représente si bien par la fameuse coupe du vers :
Pectora quorum inter fluctus arrecta !
(Episode de Laocoon, lorsque .les deux serpens nagent de Ténédos vers la ville de Troie.)
Mais dire comme quelques-uns, qu’en certains momens, surtout lorsqu’il est
(i) Nous parlerons plus tard de l’organe de l’ouïe chez le serpent.
furieux, le serpent se redresse de toute sa longueur, qu’il marche droit, debout sur l’extrémité de sa queue, dans une attitude perpendiculaire et comme par enchantement 1 (Chateaubriand.)’
Longa irabe rectior adstatr
L’image peut-être poétique ; mais elle n’est pas naturelle pour un anatomiste. Nous ne concevons guères un équilibriste de cette force, surtout avec une colonne vertébrale, si longue, si flexible, entièrement carlilagineuse, et un système musculaire destiné à ramper. Tkey entirely want a fulckum, the ecliole body béing composed of insupporied muscles and joints that are yielding; ail formed to give play, noue to give povcer, (Encyclopédie Anglaise, art. serpent.) Cependant beaucoup de témoins déposent avoir surpris le serpeDt ainsi debout,
4fc;
je veux citer un de ces témoins, afin qu’ôn s’adresse à lui pour plus amples renseignemens : c’est M. Esparvier, dont la réputation comme bon habitant est incontestable; il m’a dit avoir tranché en deux, avec son coutelas, un serpent qui se présentait à lui dans cette raide attitude ! Pour peu que le serpent eut cinq pieds : ô Jupiter ! quelle rencontre I
Je ne sais si, comme Pline l’enseigné, le serpent dort les yeux ouverts, aperlis dormit oculis, (il est vrai qu’il n’a pas de paupière supérieure); mais je ne crois pas qu’il y ait eu personne d’assez hardi pour être allé observer son sommeil (i )
(1) Le sommeil du serpent, ainsi que l’attestent plusieurs personnes, parait être un sommeil profond; pendant qu’il est en cet état on peut porter sur lui la main impunément et sans te réveiller. Un fait qui m’est pour ainsi dire personnel sert à confirmer cette observation. Il est très vrai, comme le bruit s’en est répandu dans le public, que samedi dernier un serpent de 3 pieds 7 pouces a été trouvé lové sur l’une des fenêtres du premier étage de ma maison de ville, rue Pessei. Il était probablement endormi. Une servante, qui était allée pour fermer la fenêtre, prit le serpent pour une pierre et y porta la main, elle s’apperçut de sa méprise au froid que lui fit sentir 1» contact. On accourut à ses cris, et ce ne fut que lorsque le serpent fut frappé qu’il commença à se mouvoir. J’ai constaté que son estomac était vide et qu’il ne pouvait être qu’endormi. Un serpent dans ma maison, à point nommé! au moment ou je m’occupe des serpens ! n’estce pas là une de ces rencontres fortuites ou l’on serait tenté presque de prêter au
de près; on aurait crié à celui-là plus prudemment qu’à propos du chat : ne réveillez pas le serpent qui dort. Lors-même qu’il paraît reposer, le serpent est toujours en garde, toujours prêt à s’élancer sur qui le surprend. C’est sans doute à cause de cette vigilance continuelle qu’on en a fait l’emblème de la prudence, dont il entoure le miroir. Il est alors lové ou louve. Lover estle mot local dont on se sert pour représenter la position ou il se tient. Roulé plusieurs fois sur lui* même, il forme alors, dit M. Blot, quaire cercles éguux superposés et appuyés sur sa queue, mais le plus souvent ces cercles sont plutôt concentriques que superposés. Tout son corps est ramassé sous sa tête; celle-ci est placée au sommet et au centre de cet enroulement , retirée un peu en arrière par une espèce de crochet de la dernière vertèbre clervicale, comme une vedette toujours en observation et comme un trait toujours prêt à partir. Lorsque l’animal veut s’élancer, il se débande comme un ressort, allonge sa masse avec une telle vitesse, qu’on le perd de vue dans cet instant. L’éclair n’est pas plus prompt.
Les poètes de toutes les nations se sont extasiés sur cette pose du serpent (je ferai remarquer, en passant, que de tous les animaux, le serpent est celui qu’ils se plaisent le plus à comparer avec l’homme). Les descriptions du serpent love abondent; le lecteur me saura gré peut-être de lui remettre sous les yeux la plus célèbre de toulespar rapport à nous, celle du seipeut lové près de Mme. Eve dans le para-
hazard une intention ? ou pour parler comme Montaigne « semble t-il pas que ce soit un soi t artiste ? Mes domestiques sont convaincus que ce serpent m’a été envoyé.; Par qui? par un conciliabule de serpens ? ou par quelque être plus fabuleux encore? Aucun ne veut coucher dans la chambre oii le serpent a été trouvé: ils meprienl de renoncer à couper (es serpens, c’est à dire à les disséquer. Je suis menacé de la terrible colère des serpens. En deS temps de ténèbres c’est de faits semblables' que les superstitions prennent naissance; j’ai déjà noté la manière vraiment remarquable dont les nègres parlent du serpent. C’est toujours pour eux un être intelligent et malicieux, une sorte d’esprit aux aguets pour nuire à l’homme ci dont il faut se garder d’encourir la colère, c’est toujours compère serpent ! Le serpent dont je parle est venu des halliers qui sont dans le voisinage de ma maison et qui communiquer t avec le Morne-Miral. J’avais fait les jours précédais tailler ces halliers, prévenu de la présence d’un serpent par larencontre d’une peau ( Je parleraiptustard des changemens de peau chez le serpent.) Il se peut encore que l’animal ait été apporté dans les herbes de mes chevaux. D’autres personnes d’un jugement plus raffinéet quine se contententpoint d’explications simples et naturelles veulent que ce serpent ait été attiré par l’odeur de serpents morts, et dont je fais dessécher les squelettes dans ma cour. Mais tous les animaux fuient devant les cadavres de leurs semblables. C’est contre eux le plus sur épouventail, le chevalrecule à passer devant l’abattoir des boucheries, j’ai entendu les bœufs, à cette approche, pousser de longs gémissemens, ce n’est pas sans une sorte d’effroi que nous voyons te cimetière? Le serpent serait donc, après l’empereur Vitellius, le seul être pour qui l’odeur d’un frère mort sentirait toujours bon ? Le fait présent me servira encore à constater que le serpent peut grimper le long des murs (ce que j’avais énoncé précédemment d’une manière très indécise) 4 , car pour atteindre le point où était lovéceluiqui a été trouvé chez moi, il a fallu qu’il montât le long d’un mur de 18 à 20 pieds de hauteur .
dis terrestre :
Circulai - base ofrising folds, (liai tower’d’ Fold above fôld, a surging maze !
His head tlie midst, well stored with subtle wiles : base circulaire de replis superposés qui montaient en forme de tour, orbe sur orbe. Labyrinthe croissant!
Sa tête élevée au milieu est remplie de fines ruses !
« As when of old some orator renown’d « In Atkens or frée Rome etc., etc.
(Milton, Paradiselost.)
«il se tenait comme au vieux temps dans Athènes et dans Rome libre, un orateur renommé chargé de quelque grande cause, etc., etc. a
Mais il est mal adroit à moi de rappeler les beaux vers de Milton au milieu de mon humble prose : c’est vouloir détourner l’attention du lecteur et égarer ses souvenirs.
Revenons au Trigonocéphale. Ce qu’il y a de positif, c’est que lorsqu’il s’élance il ne franchit qu’un espace tout au plus égal à salongueur. Quelques uns prétendent qu’il peut atteindre plus loin, s’il est placé sur une élévation. « II est certain, dit Lacépède, qua l’espace qu’il parcourt est généralement peu éleada. » Il faut considérer que le serpent, lancé, ne perd jamais le sol, qu’il ne saule point; c’est-àdire qu’il n’y a pas un moment où il reste suspendu dans l’air, entièrement dégagé delà terre, il conserve toujours par sa queue un point d’appui et deretour; c’est ce qui lui laisse la possibilité de revenir sur lui-même avec tant de vitesse et de se relover. Je suis confirmé dans cette opinion par M. Duchâtel qui m’écrit : « un serpent ne peut guères atteindre plus loin que le tiers de sa longueur, parce qu’il fau l qu’il se replie sur lui-même, ou pour parler le langage du pays, qu’il se remette en demi love. i>
Donc le serpent n’est pas toujours complètement lové, le plus souvent il se tient dans une demi-love, c’est-à-dire à moitié et irrégulièrement roulé ; il forme alors des nœuds bizarres. J’ai pu en examiner un à mon loisir dans celte position. On faisait tout autour de lui les préparatifs pour l’attaquer, il était impossible qu’il ne s’en aperçut pas; mais, lui, insouciant, sans déceler la moindre inquiétude, la tête tournée en sens inverse de ceux qui cherchaient à l’approcher, comme un duelliste consommé, ne semblait pas même y prendre garde. Jamais je ne vis regard plus hypocrite et plus féroce à la fois, quand tout-à-coup il s’élança par le côté, il voya sur ses agresseurs ( voyer est encore un mot local pour exprimer le bond que fait le serpent qui s’élance); mais heureusement celui-ci n’atteignit personne et il fut tué par un nègre avant qu’il eut eu le temps de se relover. «J’ai plusieurs fois assisté à l’attaque de serpens lovés, dit M. Duchâtel, les nègres cherchent vainement à les tourner et à les prendre par les flancs ou 'par les derrières, mais le serpent ne perd aucune de leurs manœuvres, il les suit de l’œil, et par un mouvement imperceptible, toujours il leur présente sa redoutable tête. »
En général, on croit qu’il est nécessaire que le serpent soit lové pour qu’il puisse piquer ; mais je ne vois pas pourquoi il ne piquerait point même en marchant, si on se trouve à sa portée. On cite des nègres preneurs de serpens qui ont été piqués par l’animal lors même qu’ils le tenaient allongé et par un simple détou r
de la tête (1). Il est vrai que le serpent se love avec une si grande rapidité que ce mouvement est pour lui instinctif. Toujours est-il qu’il faut se méfier du serpent dans toutes les positions I Dans les expériences que j’ai eu occasion de faire, lorsque je jetais au serpent un chien ou tout autre animal pour être piqué, j’ai toujours vu que le serpent ne s’élançait point immédiatement dessus. Il lui faut prendre quelque temps pour remuer sa langue, brandir sa tête, et pour viser son coup; souvent il n’atteint point du premier jet: il fait deux ou trois jets à blanc avant de piquer l’animal : cela me fait penser que lorsqu’on passe au pas de course devant un serpent, c’est une chance pour n’en pas être atteint.
Mais rien n’est plus léger que la progression du Trigonocéphale, l’oiseau qui fend les airs, fait plus de bruit, jamais il ne se révèle par le retentissement de sa marche. Si le long d’un chemin vous entendez frémir les feuilles desséchées ou s’ébouler quelques mottes de terre, soyez sûr que c’est un anolis et non pas un serpent. Vainement vous chercheriez quelques traces de son passage, il n’appuie point sur le sol, il l’effleure, il glisse, il coule et ne laisse aucune empreinte ; tout est mystère en lui, tout est perfidie, il n’attaque point, il surprend. Sa couleur même favorise sa méchanceté; car elle se confond avec celle de la terre, avec celle des feuilles et des troncs d’arbres qui servent à le cacher à tous les regards : c’est un assassin toujours en embuscade 1 c’est pourquoi je ne conçois pas qu’il existe un homme qui puisse n’avoir pas peur du serpent 1
On dit qu’après avoir frappé sa victime, le serpent cherche le ruisseau le plus voisin pour y laver sa gueule encore pleine de sang et de venin, c’est pour lui une nécessité, sous peine de périr des restes de sa fureur. On ne sait qui a vu cela : cela, comme toute l’histoire du reptile, est dans l’air du pays. Aucun nom ne se présente à ma plume pour contresigner lefait. Dans un procès criminel, la découverte d’une circonstance pareille ferait honneur à la sagacité du Poète des assises, M. l’avocat du roi; il en pourrait tirer un grand parti d’éloquence et de moralité; car la tradition est vraiment belle, c’est la grande idée de l’expiation ;elle montre le besoin que nous éprouvons dans notre mystérieuse existence, déplacer toujours i la suite du mal un petit bout de châtiment, même en ce monde! Hélas ! Serpents et bien d’autres choses, tout ce que nous voyons, proclame la nécessité d’une autre vie, pour l’honneur de la Providence !
Le Trigonocéphale nage-t-il ? tous les serpens nagent Je me souviens d’avoir vu des bandes de vipères qui traversaient en toute liberté le lac de Lugano dans le Tessino, et le petit lac de Lourdes aux pieds des Pyrénées: rien n’était plus pittoresque à voir que cette flotille. Je pensais donc que le Trigonocéphale devait nager, quelques personnes m’avaient dit l’avoir surpris traversant des rivières. Une expérience que j’ai faite en vue de tout St-Pierre a montré le serpent aussi rapide, aussi élégant nageur que le font les poètes: du bord d’un bâtiment mouillé à une portée de fusil du rivage, j’ai jeté dans la mer un serpent de quatre pieds ; aussitôt l’animal a mis le cap à terre.
Laocoonta petunl!
Il gagnait le rivage avec une prestesse, avec une grâce qu’il me serait diffleile de vous dire. Comme nous le suivions en canot, chaque fois que nous en approchions, il s’arrêtait et se lovait au milieu des flots aussi lestement que s’il avait eu
(IJ C’est pourquoi il est de précepte, lorsqu’on veut prendre un serpent de le saisir très près de ta tète, derrière la mâchoire.
l’appui du sol. Sa redoutable tête dominait toujours, et, roulé en anneau, il se laissait flotter au gré des courants. Puisqu’il est aussi bon nageur,' on ne conçoit pas que le Trigonocéphale ne tente aucune excursion ü St-Vincenl qui est si proche de Ste-Lucie, non plus qu’à la Dominique qui n’est séparée de la Martinique que par un canal de sept lieues, canal que franchissent les ramiers et autres oiseaux. Le Trigonocéphale serait-il écarté de ces terres par quelque mystérieuse antipathie. (1) La plupart même dés îlets qui sont semés autour de la Martinique et qui n’en sont éloignés que de 2 à 3cents mttres n’ont point deserpens. La surface de ces îlets est évaluée à 100 hectares de terre, (dans des notes qui m’ont été remises par MM. Brière de l’Isle et Monnerot), ces îlets sont couverts de roches et de broussailles qui offriraient de sures retraites au serpent. Il faut pouitaut en excepter l’îlet Delavigné situé à une,enjambée de l’habitation de ce nom et où l’on trouve beaucoup de ces animaux. J’ai ouï dire à M. de Taschei: que les îlets du Vauclin en avaient aussi et je tiens de mon ami, le D' Cornette de St-Cyr, qu’il a pansé une personne qui avait été piquée dans l'ilot Villarson, vis-à-vis Ste- Anne. On dit que le propriétaire de ce dernier îlet a pu y former cependant une colonie de lapins.
Comme dans tons le cours de cette biographie il nous a toujours fallu combattre. l’exagération entée sur le fait simple, sur cet article encore de la natation du serpent, nous avons trouvé des personnes qui nous ont donné cet animal non seulement pour un animal nageur, mais pour un animal pêcheur, ielhydphage, amphibie; il se tiendrait à l’affût sur le bord des rivières, ou sur les rochers qui en encombrent lelit, et happerait les poissons au passage, (sachez en attendant, que les poumons du serpent ne sont point organisés comme les poumons des animaux amphibies. Ce ne sont pas des branchies). Si le serpent plonge, tout au plus doitil plonger comme l’homme pour revenir à l’air presque aussitôt. Cepei Merlande m’a assuré qu’on lui avait apporté un serpent encore envie et qui avait été trouvé dans un de ces paniers à pêche dont se servent les nègres et qu’on appelle nasses : l’animal avait été surpris ià en flagrant délit de vol. Cicéron [Cicero Noster), m’a décrit dans les plus grands détails une merveilleuse pêche aux écrevisses qu’il avait vu faire par un serpent : le reptile, placé sur un rocher, harponnait les écrevisses, comme de la poupe d’un navire un adroit matelot harponne les marsouins. Le même auteur donne de la vitesse de la natation du serpent une idée que je ne sais si le lecteur acceptera: un jour il apperçut un serpent qui traversait le coke du Lamentin à la nage. Ne pouvant l’atteindre avec un canot de poste forçant de rames, il se décida à lui tirer un coup de fusil ; mais l’animal allait plus vite que la balle, et il avait gagné le rivage avant que d’en
(1) J’ai déjà parlé de l'introduction des serpents à la Guadeloupe, les faits qu’on a cités à ce sujet sont peu authentiques.D’ailleurs, qudqueintérét de curiosité scientifique qu’ilpeuty avoir dans unepareille tentative, je dirai que pour n’étre pas criminelle, cette tentative durait besoin de ne pas réussir. Par une expérience contraire, on parle d’introduire à la Martinique, la couleuvre Boa dite Têtede-Chien, qui préserve, dit-on, la Dominique, de la présence du Trigonocéphale, On me cite noire compatriote M. Delaroche, comme devant en faire venir quelques individus; il est vrai qu’on ne signale à ta Tête-de-Cliien d’autre inconvénient que de manger les poules. Cet essai serait au moins innocent, mais on peut dire aussi d'avance qu’elle serait inutile, car, à Ste.-Lucie, il existe des Tête-de- Ghieh et beaucoup dcTrigonocéphales.
Itïifî!
Trigonocép/intes sc soient enrhumés depuis 17G5, ou qu’ils aienteu uneextinction de voix par,(ou te autre cause, j’en demande pardon.à l’épéeiqu’il portait, mais il faut que le général R... ait eu des oreilles bien extraordinaires pour avoir ouï les sifflements dont il parle! Depuis que j’ai connu ce passage, je suis revenu sur cette partie de l’enquête : j’ai multiplié mes questions, et toujours il m’a été répondu que le serpent n’avait aucun cri, de guerre, ni d’amour; que lors même qu’il expire sous nos coups il ne laissait échapper aucune plainte. Quelques personnes, cependant, disent qu’il fait entendre un son particulier. Les unes comparent ce son au bruit que fait le choc de la langue contre le palais lorsqu’on veut exciter un cheval, les autres disent que c’est un gloussement semblable à celui de la poule lorsqu’elle rappelle ses poussins. On suppose que, toujours trompeur, le serpent imiterait ce bruit pour adirer les poussins, les rats et les poules elles-mêmes. Nous le fesons peut être plus rusé qu’il n’est ; nous le calomnions en lui prêtant les sentimens de l’homme.
Le serpent pique-t-il ou mord-il ? Cette question ainsi posée ne peut êtrequ'une question de mots. En effet, il suffit de considérer que le serpent n’a de crochets vénimeux qu’à sa mâchoire supérieure ; qu’il ne saisit point sa proie entre ces crochets comme avec des dents. Lorsqu’il s’élance, il renverse sa tête en arrière, ouvre largement sa gueule qui paraît toute blanche et hideuse à voir, redresse ses crocs, les place dans la direction du but qu’il veut atteindre, les enfonce par le mouvement de sa tête qui lui sert comme d’un marteau, et puis les retire instantanément. Il est vrai qu’il rapproche aussi en même temps la mâchoire inférieure, et parait s’en servir ; mais c’est seulement comme d’un appui pour faciliter l’action de la supérieure; car on ne retrouve jamais sur les objets piqués l’empreinte des dents dont celte mâchoire inférieure est armée. Celles-ci sont de véritables dents, destinées, comme nous le dirons, à un tout autre usage que les crochets. Remarquez, en outre, que les crochets sont à leurs extrémités libres, aussi affilés que l’aiguille la plus fine : ce sont bien là toutes les conditions de la piqûre. Je ne mentionne ici cette question qu’en vue de M...., ce grand interrogateur, l’O’Connell de l’interrogation. Cette question paraît l’embarrasser ; car il me l’a faite plus de vingt fois ; je crois même qu’il incline à croire que le serpent mord plutôt qu’il ne pique. Or, voici une troisième opinion qui nous accordera peut-être, mon interrogateur et moi : c’est que le serpent ne pique point, nemord point; mais qu’il accroche; il lance ses crocs et les retire en ramenant à lui, ou en déchirant la partie dans laquelle ils ont pénétré. Je laisse le lecteur parfaitement libre de choisir laquelle de ces trois manières lui paraîtra la plus exacte. Quant à mon interrogateur, jele sais trop homme de bien et trop homme d’esprit pour souhaiter qu’un Trigonocéphale me pique, me morde pu m’accroche, pour me montrer la différence.
Le plus ordinairement le serpent se contente de frapper une seule fois l’objet sur lequel il s’élance, et puis il revient sur lui et se relove; mais je l’ai vu quelque fois, surtout sur les chiens qu’on lui présente, répéter ses coups avec fureur, envelopper sa victime de ses replis et ne l’abandonner qu’avec peine. On m’a cité un nègre qui portait à la jambe les marques de six piqûres faites à coups redoublés. Le serpent s’était entortillé autour, et il n’avait lâché prise que lorsqu’il fut tué sur la place même. Cet animal m’est odieux ! Je ne supporte pas l’idée qu’il soit consacré à Esculape.
En résumé, s’il faut coire les renseignemens qui me sont parvenus, la popula-
tion de la Martinique serait beaucoup plus considérable en serpens qu’elle ne l’est en hommes ; le serpent abonde partout, oans les quartiers plats du sud, comme dans les montagnes du nord, dans les cannes de l’intérieur, comme dans celles des bords de la mer. M. Cornette de St-Cyr m’a assuré qu’à Ste-Anrie et au marin il y en avait une pépinière indestructible dans les bqis qui couvrent le rivage. M. Auguste Hayot en tue au Diamant tijois ou quatre,par pièce de cannes. « Au « St-Esprit, m’écrit M. Duchatel, cela varie beaucoup ; souvent je coupe cinq ou « six carrés de cannes sans tuer un seul serpent, et, cette semaine, dans environ « un carré, j’en ai tué vingt-deux. » Cette réponse résume cèl le de la plupart des habitans dont j’ai pu avoir l’opinion. M. Filassiet en dit autant du Prêcheur; M. E. Cotrelle autant duMacouba ; mon oncle Rufz deLavizon autant de Saint- Luce; M. deTurpin autant du Lamentin; M. Vergeroh autant du Trou-au-Chat; M. Brière de l’Isle autant du François. Suivant les années et suivant les lieux le nombre du serpent est très variable par pièces de cannes. Voici une autre sorte de document un peu plus précis: M. led' Guyon, qui à tenu note des vipères prises aufort Bourbon et dépendances, en porte le nombre, de 1818 à 1821, à trois-cent-soixante dix, sans compter les viperaux, et, en comptant les viperaux, de 1822 à 1825, à deux mille vingt six: total pour une localité très bornée, 2,396 en huit ans. On se souvient, qu’à peu près vers la même époque, l’administration de M. Donzelot avait établi une prime de 50 centimes par tête de serpent. M. Vianès, qui était l’une des personnes chargées de payer cette prime et qui en tenait état, a bien voulu me communiquer une note dans laquelle il élève le nombre des têtes de serpent apportées par les nègres pour les environs du Fort-Royal seulement à 700 par trimestre. Généralement, les hauteurs de Saint-Pierre passent pour la partie de l’ile qui contient le plus de serpens à cause des bois et des ravines qui leur offrent des retraites inaccessibles (1) M. Lalaurette m’a affirmé que dans le nettoyage des
(1) Ceux gui ne connaissentpoint les colonies ne sauraient se faire uys idée de ce que nous appelons ici un grand bois ou une profonde ravine. Qu’ils n’aillent passe figurer la forât de Compiégne ou d’Orléans, avec leurs routes royales et communales, avec leur taillis en coupes réglées et dont chaque baliveau est enregistré chez M. le garde-forestier du canton. Il faudrait pouvoir les mener en cet endroit ou le sentier que nous nommons chemin de la trace, passant sur la crête d’un morne, se rétrécit à la largeur d’une corde tendue, et laisse voir adroite et à gauche ces deux immenses nappas de verdure qui couvrent d’immenses abîmes et se déroulent à perte de vue, jusqu’à l’horizon. La mer, la mer seule, pareeque c’est le plus grand spectacle de ce monde, la mer seule peut ici servir de terme de comparaison, encore la mer, en un jour de tempête, surprise et immobilisée toutà-coup dans l’expression de sa plus haute furie ; car l a cime de ces grands bois retrace les inégalités du sol qu’ils couvrent, et ces inégalités ce sont des montagnes de 7 à 800 toises et des vallées d’une profondeur analogue. Tout cela est caché, fondu, nivelé par la verdure, en de molles et immenses ondulations. On dirait des vagues de feuillage. Seulement, au lieu d'une ligne bleue à l’horizon, c’est une ligne verte; au lieu de reflets bleus, ce sont des reflets verts; toutes les nuances, toutes les combinaisons que peut donner le vert: le vert foncé, le vert clair, le vert jaune, le vert noir. L’homme qui se trouve sur la crête du sentier peut se regarder comme un navire au milieu de l’Occün. Lorsque votre ail sera fatigué, si jamais on se fatigue à contempler la superficie de ces grands bois, essayez d’en pénétrer l’épaisseur. Quel inextricable chaos! Les grains de
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des serpens en un lieu plutôt qu’en un autre. Sans doute il en est de la multiplication de ce reptile comme de celle de l’homme : elle est plus ou moins considérable, en raison de la quantité des alimens que le lieu peut offrir à l'animal; on conçoit aussi que si une femelle, à l’époque du rut, entraîne plusieurs mâles à sa suite (ce qui parait certain d’après plusieurs faits qui m’ont été communiqués depuis mon premier article), ceci peut faire trouver dans un lieu plus de serpens qu’en un autre. Enfin, d’autres causes accidentelles font aussi varier ce nombre : ainsi la pièce de cannes, où M. Ducbâtel en a tué 22, était auprès d’une rivière; il y avait eu des débordemens les jours précédens, «il se peut, dit M. D., que les serpens, emportés par les eaux, et déposés dans les cannes se soient établis là où ils abordaient». En un mot, il est certain que le défrichement des terres, leur culture, les envahissemens de l’homme, la civilisation enfin détruisent les serpens. A Ste-Lucie, que M. Beaucé nous dépeint comme n’étant bientôt plus bonne qu’à être abandonnée aux nègres et aux serpens, le nombre de ces derniers est plus considérable encore qu’à la Martinique. M. Juge, qui a longtemps géré des habitations à Ste-Lucie, est aussi de cette opinion. Si nous remontons à des époques autres que la notre, nous voyons qu’au dire de nos premiers historiens, les pères Dutertre et Labat, le nombre et la grosseur des serpens étaient tout autre que ce que nous voyons aujourd’hui. Le grand Dict. des sciences naturelles , s’appuyant sur des appréciations plus récentes fournies par MM. Bonodet et Moreau de Jonnès, porte le nombre des serpens tués par pièce de cannes, à la Martinique, terme, moyen, à 60. Il est évident que ce terme moyen à diminué beaucoup, aujourd’hui. M. de Humbold affirme que, lors de son voyage dans le continent de l’Amérique, quand les indigènes mettaient le feu à des brousailles, il en sortait des armées formidables de serpens qui s’échappaient en toutes directions par rangs pressés de 30 à 40 mille et qui mettaient tout en fuite devant eux. C’est ainsi que l’homme est condamné à une surveillance continuelle, sous peine d’être remplacé dans le commandement du monde par le serpent!
Quoi qu’il en soit de cet essai de statistique sur la population des serpens à la Martinique, il en résulte qu’ils existent partout et en grand nombre. Un seul coin de terre, heureux coin de terre 1
llle terrarum mihi fraie r omnes Angulus r idel ;
l’ilet Uucliazel, dans le cohé du Lamentin, jouit du privilège de n’être point visité par cet hôte redoutable. De mémoire d’homme, il n’y a pas été vu. Cependant, à certaines époques de l’année, cet îlet devient, par le retrait des eaux, une véritable presqu’île. Tous les animaux y passent à pied sec. excepté le serpent I Par quelle propriété magique ce coin de terre est-il préservé? est-ce la nature bariiique du sol ? sonl-ce les feux de la poterie, qui en est le principal établissement? cst-ce quelque herbe salutaire? cela serait bien digne des recherches de quelque savant. Jenner, l’immortel Jenner, découvrit la vaccine en remarquant que les vachères, qui contractaient la pustule du cowpox en trayant les vaches, n’étaient point atteintes de la petite vérole, même pendant les plus for;es épidémies de ce fléau. Mais; jusqu’à ce que le problème ait eu une solution plus scientifique, je croirai que l’îlet Ducliazcl a été préservé des serpens par le don de quelque fée touchée de l’aimable hospitalité du propriétaire, M. d’Henriville Duchazel' (1).
(IJ On m’a signalé aussi une pièce de cannes de 10 carres de Vhabitation Se-
Ici sc termine tout ce que j’ai pu apprendre de la Yie et des mœurs du Trigonocéphale. Ce qu’il y a de sûr, ce qu’il y a de positif en tout cela, ce qui pourra passer de cette enquête dans la science est bien peu, je crains que le lecteur Vait fait avant moi celte réflexion. Mais il n’en est pas de l’histoire des animaux sauvages, comme de celle des animaux domestiques il’histoire d’un animal sauvage, dit Buffon, est bornée à un petit nombre de faits émanés de la simple nature, aulieu que l’histoire d’un animal domestique est compliquée de tout ce qui a rapport d l’art que l’on emploie pour l’apprivoiser ou pour le subjuguer, s Or, je crois qu’on peut dire qu’à la tête des animaux sauvages marche le serpent, cet animal nous fuit aumoins autant que nous le fuyons, ce n’est pas la une condition pour le connaître, aussi a-t-il été souvent imaginé, interprété, expliqué, plutôt qu’observé. Ce sont des poètes d’où les naturalistes ont été obligés de tirer la plupart des details qui le concernent. L’imagination populaire est le trou, s’il est permis de parler ainsi, d’où il a fallu tirer notre serpent, pour l’offrir au public, trou plein de chimères et de superstitions ? c’est un animal auquel, en d’autres temps, à la Martinique, on aurait élevé un temple pour,le conjurer. Beaucoup de faits que j’ai rapportés se ressentent de la source où je les ai puisés; c’est pourquoi j’ai dû les rapporter avec doute,avec critique. Ainsi,lorsqu’il m’a été raconté desparticularités telles qu’elles m’ont semblé n’avoir pu être saisies que par uneattenlion patiente, réfléchie, en quelque sorte scientifique et desang froid, telle qu’on en peutavoir dans une expérience de cabinet, lorsqu’il a fallu regarder leserpentdes heures entières, pour comprendre ses actions, entrer, pour ainsi dire, dans son intimité, celte précision même m’a mis en défiance; car il n’est pas possible d’observer ainsi le serpent : ou il nous voit, je le répète, et il nous fuit, ou bien à sa vue nous sommes pris d’un mouvement convulsif qui nous porte nous mêmes à le fuir, ou à l’éxterminer ? le hazard seul complétera celte histoire 1 J’ai cité des noms propres, on m’en a fait le reproche, mais n’est-ce pas une enquête dont il s'agit ici ? qu’est-ce que des témoins anonymes? quelle foi pourrait-on leur ajouter? n’était-il pas convenu, dès la première page, que nous ferions cette histoire en commun, et que je ne serais qu’un secrétaire. Mais, je le dis sans flatterie, j’ai regardé ces noms comme les ornemens de mon travail, comme la preuve, comme la garantie du soin que j’ai mis û chercher la vérité: chacun pouvant réclamer contre ce que j’avance? Lorsque j’ai rencontré des hyperboles démesurées, fantastiques, provoquantes, qui ne peuvent qu’entretenir la crédulité du vulgaire, je me suis laissé aller à leur opposer une plaisanterie, douce je crois, permise, ou ma plume m’aurait bien mal servi. J’ai toujours eu soin de les adresser à des hommes dont la réputation d’esprit m’autorisait à espérer qu’ils seraient les premiers à en rire; d’ailleurs, je ne suis pas si présomptueux, ni si ignorant des hommes pour ne pas
guin, à Stèi-Mârie, où il est transmis par tradition que jamais un serpent n’a été rencontré. Le bourg meme de Stc.-Marie paraîtrait jouir de celte immunité: les serpens, dit-on, y sont rares. Ce fait n’est pas sans analogie dans la science. Voici ce que Bagtivi a dit de la Tarentule : « Tarantula, ut « diximus venenifera duntaxat est in Apulia, nam quœ in montibus Apulée vio- « cinis reperiturvel nullo, vel non pernicioso pollet verieno. » (Dissertation de la Tarentule,) La Tarentule n’est venimeuse qu’en Apulie ; dans les montagnes voisines de l'Apulie, elle cesse de l’être ou du moins son venin est peu dangereux. On a remarqué que l’île de Malte était le seul point de l’ancien continent où il n’y ait point de vipères.
savoir que je m’expose à souffrir la peine du Talion : tout ce que je désire, c’est que personne ne puisse dire avec raison que j’ai rapporté de la méchante compagnie du Trigonocéphale quelque chose de son venin.