PREMIÈRE OBSERVATION
Un jeune nègre de 25 ans, de l’habitation Desguerres, d’une constitution très forte, fut piqué le 21 juin 1839 par un serpent au moment où il coupait du bois entre 3 et 4 heures de l’après midi : le serpenf était gros. Le siège de la piqûre à la partie antérieure et moyenne de l’avant-bras.
Le nègre s’empressa de revenir chez son maître ; en passant sur une habitation voisine, il prit une infusion alcoolique de plantes réputées bonnes pour la piqûre du serpent ; mais le panseur n’arriva qu’à 7 heures du soir.
(1) Il h’est anatomo-pathologiste si exclusif qui ne convienne que lors même qu'on, a d’une part les symptômes et de l’autre les lésions anatomiques, on n’a pas encore toute la maladie, il reste quelque chose d’inconnu-, le nescio quid divinum d’Hippocrate, pour former l’appoint de ce qu’il faudrait savoir. Cela est frappant surtout dans ces affections, où le principe du mal, portant sur toute l'économie, il n’est pas nécessaire que le désordre se concentre sur un seul organe et en suspende assez, le jeu pour expliquer la cessation de la vie, ( par exemple dans la piqûre du serpent). Mais on demande souvent le plus pour se dispenser du moins; onvouimil des solutions absolues. Quelques-uns ont même l’air de dédaigner les autopsies, parce qu’elles ne disent pas tout, parce qu’elles ne donnent pas le dernier mot de la maladie. A quoi bon, disent-ils, tant de peines? mais comme dans T hypothèse où nous arriverions à connaître la vérité parfaite touchant les maladies, les résxdtats anatomiques doivent faire partie de cette connaissance ; sachons ce que nous pouvons savoir et sachons le bien. Dans l'état actuel, les autopsies forment la moitié de la science médicale,
La pilfure du Serpent fut élargie et convertie en une plaie d'un demi-pouce de long sur 1 ligne 1(2 de profondeur ; puis on fit plus de (50 scarifications sur tout le membre qui était dès lors très tuméfié. Ces scarifications très légères, faites avec la pointe d’une lancette, ne dépassaient pas l’épiderme: la tuméfaction du membre augmenta; le nègre se plaignait d’y éprouver d’insupportables douleurs; Vers 8 heures, il éprouva un léger fr isson auquel succédèrent des sueures froides très abondantes, du reste,aucünaulresymptcme bien notable. L’intelligence resta toujours nette, point de toux ni.de selles, aucune lypotliimic. Vers 11 heures de la nuit, le malade vomît ; à minuit il mourût sarrs presque d’àgonie préalable. Ce sont là les détails que j’ai pu recueillir sur son compte dès le lendemain, n’ayant pas vu moi.même le malade.
J’obtins d’en faire l’autopsie, le 22 à 3 heures de l’après midi : raideur cadavérique assez marquée, mais pas trop forte: aucune tuméfaction delà face ni des autres parties ; le bras et l’avant bras droits sont le siège d’un gonflement considérable ; les incisions qui ont été pratiquées ont fait disparaître les traces primitives de ia piqûre des crocs que je n’ai pu ret.-ou-ver ; ça et là l’épiderme est soulevé par de rares phlyclènes. Le tissu cellulaire sous cutanné de tout le membre est infiltré par une sérosité noirâtre sans odeur fétide. Je constate, à ne pouvoir en douter, que l'aponévrose anlibraciiiale est saine et n’a point été pénétrée par la piqûre : j’avais eu soin de racler tout le tissu cellulaire sous-cutanné, les veines sous-cutannées sont ouvertes dans toute leur étendue, elles contiennent un sang noir fluide, point-de pus ni de caillot, il en est de même de la veine brachiale profonde et de Vartère brachiale, dont les parois ont seulement une légère coloration verdâtre.
Le, tissu musculaire, dans ce membre, offre une coloration foncée ; mais il a aussi cette même coloration dans toutes les autres parties du corps ; aucune infiltration dans le tissu cellulaire intermusculaire.
Le cœur est d’un tissu ferme, il contient dans ses cavités un sang noir et fluide, sans caillot, ayant l’aspect et là fluidité d’un vin un peu foncé. On trouve une éueillerée de sérosité dans le péricarde ; Yaorle et les gros vaisseaux n’offrent l ien de remarquable ; leurs parois n’ont, aucune coloration particulière : le sang, est partout fluide, comme dans le cœur, et offre le même aspect.
Les deux poumons parfaitement sains ; les lobes inférieurs présentent à leur partie postérieure lin peu d’engouement formé par la présence d’un sang noir; mais il n’y a rien là que de normal, et surtout rien qui ressemble à de Vhépatisation pulmonaire. Les bronches sont rouges, mais sans aucune exsudation sanguine. Les plèvres sèches, sans épanchement dans leur cavité. L'estomac est distendu par un liquide abondant, qui exhale une forte odeur alcoolique ; la membrane muqueuse est d’un gris-sale près du pilore: il existe des plis dans le grand cul-de-sac; ramollissement bien marqué de la membrane muqueuse, mais partout ailleurs celle-ci a une bonne résister ; aucune rougeur anormale.
La membrane muqueuse des intestins grêles offre ça et là, surtout dans le jéjunum, des plaques d’une injection blafarde lie de vin ; injections irrégulières au niveau desquelles le tissu de la tunique muqueuse est ferme. Les gros intestins sont remplis par des matières dures.
L’appareil des glandes de Peyer et de Brunner n’a rien d’anormal. Les glandes mésentériques sont doubles de leur volume ordinaire, mais fermes et ayant leur coloration et leur consistance naturelles. ■
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