‹ Enquête sur le serpentChapitre 5 sur 13 · GO · texte numérisé non relu

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a réuni les deux piqûres qui n’élaient distantes que d’une ligne ou deux. ) Aquinze lignes de là, dans une direction oblique, se trouve l’autre piqûre; il en découle encore un sang fluide. Un stylet, introduit par cette ouverture, pénètre à un demi-pouce environ et semble suivre une direction oblique et courbe qui retrace la forme d’un croc. La peau du membre enlevée, tout le tissu cellulaire sous-cutannée mis à découvert est le siège d’une infiltration sanguine depuis deux pouces au-dessus de l'areade crurale jusqu’à la racine des orteils. Le sang infiltré est plutôt noir que rouge, très fluide, ayant l’aspect et la consislance d’un liquide vineux; l’infiltration s’étend à tout le contour du membre, excepte à la plante du pied. L 'aponévrose crurale, ainsi que la jambière mise à découvert avec le plus grand soin en raclant avec la lame d’un scalpel, nous constatons : au niveau des points piqués qu’il n’existe aucune piqûre qui puisse faire croire que cette aponévrose ail été pénétrée; cependant le tissu cellulaire intermusculaire offre une infiltration pareille à celle du tissu cellulaire souscutannée; mais l’infiltration est moins forte à mesure qu’on pénètre profondé-, ment et vers l’os du fémur. Beaucoup des fibres musculaires superficiels participent à l’infiltration ; mais le centre même des muscles est rose et intact. Il n’est pas facile de distinguer les glandes de l’aine qui sont noyées au milieu de cette infiltration: leur volume n’est point augmenté. La veine saphène, bien disséquée partout, évidemment n’a pas été pénétrée,quoique les piqûres soient placées sur son trajet ; elle est vide à l’intérieur, ses parois sont blanchâtres, ou n’y trouve aucun caillot, éh.iin mot, du haut en bas elle est parfaitement saine. Vartère et la veine crurales offrent un sang fluide noir, sans caillot, leurs pa-

Le membre, dans son aspect général, paraît être le siège d’une vaste et profonde contusion : mais toutes ces altérations s’arrêtent d’abord à deux ou trois pouces en avant dans le tissu cellulaire de l’abdomen, au-dessus de l'arcade crurale et en arrière dans la partie inférieure de la fesse gauche. Le scrotum' même du côté malade est intact, et l’autre membre est parfaitement naturel.

La cavité crânienne n’a pas été examinée. Le péricarde offre environ une cueillerée de sérosité claire : le cœur est flasque, mou, il contient du sang noir, sans aucun coagulum, liquide, ayant l’aspect déjà décrit : sa membrane interne est naturelle et n’offre sous elle aucune ecchymose. L'aorte et tous les gros vaisseaux n’offrent rien de particulier. Les poumons sont rosés, crépitans, sans adhérences, leurs lobes inférieurs sont légèrement engoués par un sang fluide ; mais cet engouement n’est pas plus considérable que celui qu’oa observe dans une foule d’autres cas. Les plèvres vides et sèches, les bronches vides, naturelles, les glandes bhonchïtfuf? infiltrées de sang, molles; les glandes mésentériques, au contraire, sont saines. Le foie, flasque, contient beaucoup de sang noir et fluide; la substance jaunâtre prédomine sur la rouge. Bile ordinaire assez claire et poisseuse ; membrane interne de la vésicule biliaire saine.

Rate et reins sains; vessie vide.

Estomac très dilaté, contient beaucoup de liquide, leste des boissons administrées au malade. La membrane muqueuse offre une coloration générale d’un rouge vineux, résultant d’un poinlile très fin et très serre, semblable a une éruption de purpura. Aucune arborisation distincte des vaisseaux: point de ramollissement, même dans le grand cul-de-sac,

L'intestin grcle offre quelques plaques d’un poinlilé rouge, semblable à

celui qui a été décrit dans l'estomac; il n’y a aucune trace d’hémorrhagie interne; l’appareil des glandes de Peyer et de Brunner est à l’état normal; les gros intestins sont médiocrement distendus par des gaz, contiennent des matières focales dures ; leur membrane interne estsans aucune altération.

Si, revenant sur nos pas, nous arrêtons notre attention sur les faits principaux -contenus dans ces deux observations, le premier, et pour ainsi dire le seul qui nous frappe, est la lésion du sang. Ce sang est véritablement un sang décomposé; il a une couleur semblable à celle d’une solution de vin ou de rouille; il est plus fluide qu’il n’est ordinairement, il a perdu sa force de cohésion, et de là vient probablement qu’il s’est extravasé dans les tissus voisins, soit qù’il ■se soit échappé des porcs des vaisseaux, ou qu’il ait coulé de leurs extrémités capillaires, il s’est mêlé au tissu cellulaire par une sorte d'imbibition, et il a produit ces énormes infiltrations dont les membres piqués sont le siège. Un pareil état du sang repousse toute idée de coagulation; on ne saurait donc dire, comme l’abbé t’ontana, que l’action du venin sur le sang consiste à le coaguler : c'est plutôt un état contraire, état de dissolution, ainsi que le fait observer M. Guyon : car on ne trouve même pas de ces caillots, de ces coagulante qu’on trouve dans le cœur et dans les gros vaisseaux sur la plupart des cadavres, à la suita,d’une foule d’autres maladies.

Pcrsonne.ne regrettera plus que nous de ne point trouver ici l 'analyse de ce sang, suivant lef derniers procédés de la chimie médicale ; nous aurions été curienx de le comparer avec les divers sangs analysés par MM. Andral et Gavarret, afin de voir quelle quantité de globules il contient, ou bien si sa fibrine est augmentée ou diminuée. Il nous semble que dans ce cas, tenant pour ainsi dire la cause en main, les résultats seraient encore plus curieux à connaître ; mais il n’a pas été possible de nous livrer à celte recherche ; il a fallu nous contenter d’un examen fait avec l’œil seulement. J’ai inoculé de ce sang à un chien et à un jeune chat ; ni l’un ni l’autre ne s’en sont mal trouvés,

Après l’altération du sang, la modification anatomique la plus remarquable qu’aient présentée les organes était une consistance moindre que celle qui leur est ordinaire, un état de ramollissement ou plutôt de flaccidité visible, surtout dans le cœur et dans le foie, mais qui ne dépassait pas le degré où on l’observe dans un grand nombre d’autres maladies. — Suivant M. Guyon, le cadavre des animaux morts de la piqûre du serpent se putréfient rapidement.

Maintenant si quelqu’un me demande pourquoi, dans les deux observations citées, l’infiltration se borne aux membres piqués et ne s’étend pas au reste du corps^ jerépondrai que j’ai fait lamême observation sur les animaux comme chez l’homme ; mais excepté la raisonde proximité qui fait que les parties les plus voisines du point où est déposé le venin en doivent éprouver la première force, je ne trouve aucune autre explication de ce fait, d’autant que le rang dans les antres membres et dans les autres cavités splancniques m’a présenté les mêmes apparences que dans le membre piqué.

Du reste, comme il n’y a aucun organe capital assez altéré pour que son trouble rende compte de la cessation de la vie, nous sommes amenés à admettre qu’il y a un empoisonnement du sang ; que c’est le sang qui est frappé de mort. Mais quelle impression particulière le sang reçoit-il de son mélange avec le venin ? quelle combinaison en résulte-t-il? est-ce une action sceptique, une action putréfactioe ? cette action porte-t-elle sur les fluides ou sur les solides? le sang

celte source qu’il nous sera possible de puiser notre statistique ; mais peut-être que par d’antres voies détournées, par inductions, par approximations; que nous soumettrons toujours au jugement du lecteur, peut-être parviendrons-nous à approcher de la vérité, et suppléerons-nous autant que possible à des réponses directes et positives.

Ainsi, messieurs les curés, dans chaque paroisse, sont des points centraux aux- ; quels doit aboutir la connaissance des accidens occasionnés par la piqûre du ser- j pent, soit à cause des sacremens qu’il faut administrer aux malades, soit à cause de la sépulture des morts. La particularité des faits éveille la curiosité et en rend ! la mémoire plus sûre et plus distincte. J’ai donc interrogé plusieurs de ces messieurs; je leur ai demandé à combien ils portaient dans leur paroisse la mortalité par la piqûre du serpent. Quelques-uns l’ont estimée au moins à une personne par année, la plupart à deux, d’autresmême à trois, d’après leurs souvenirs des années les plus rapprochées.

J’ai aussi consulté des maires, des habitans-propriétaires, des géreurs d'un bon jugement dans leur profession, leurs réponses ont été à peu près les mêmes que i celles de messieurs les curés.

Si donc nous nous arrêtons au minimum de cette approximation, à une personne par année et par paroisse, et si nous comptons 25 paroisses dans l’île, nous i;’ serons conduits à admettre que la piqûre du serpent coûte au moins 25 personnés par an à la colonie.

Je dis au moins , car, pour mon opinion particulière, d’après le détail des reriseignemens que j’ai recueillis, je suis porté à croire que ce nombre est dou- ^ ble; et un respectable habitant avec qui je causais de cette approximation, m’a assuré que M. Boutarel, chirurgien distingué, qui a laissé de bons souvenirs au ^ Lamentin, estimait que la piqûre du serpent, de son temps, enlevait soixante ! personnes à la colonie. C’est aussi l’opinion de M. Edmond Fabrique, qui s’est occupé avec le zèle le plus louable de ce sujet et qui m’a fait parvenir la copie de plusieurs mémoires adressés par lui à diverses époques à MM. les gouver- i neurs pour la destruction du serpent.

Voici une note qui m’a été communiquée par M. Brière de l’Isle : « Quant au B « nombre des victimes, il est vraiment effrayant. Le comte d’Ennery, gouver- IJ « neur de la Martinique et de Ste-Lucie; en 1765, avait recommandé aux com- R « mandans et aux curés des différentes paroisses des deux colonies de tenir un « registre exact des mortalités causées par la piqûre du serpent. Eh bien! le f« o chiffre a été si haut, qu’il jugea prudent de le cacher pour ne pas trop effrayer 1

« La vipère Fer-cle-lance , dit M. Guyon, est une véritable calamité pour les |u îles qui en sont affligées ; car il ne se passe pas un jour qu’elle n’y fasse des t k victimes. Les nègres qui succombent à sa morsure donnent annuellement un « chiffre assez élevé. Ainsi sa destruction serait, pour ces contrées, un bienfait « non moins grand, je ne crains pas de le dire, que la découverte de Jenner b pour le monde entier. »

Mais, arrêtons-nous à 25 morts par année. Je dis que ce chiffre est assez ef-

ministrativement ; on cherche ainsi à connaître et à combattre les causes de destruction qui nuisent le plus aux hommes. Nous serait-il permis de désirer une pareille sollicitude pour ta ville de SL-Pierre?

frayant pour qu’on y prenne garde ; car ce sont ordinairement des adultes qui sont exposés à cet accident, c’est-à-dire des hommes faits et en plein rapport pour la société.

Maintenant, si on prend en considération que la mort n’a pas toujours lieu immédiatement, mais qu’elle arrive quelquefois vingt jours, et plus, après l’accident par le phlegmon, par la gangrène; etc. (voyez un des articles précédens), alors que toutes les curiosités sont calmées, et celle du curé, et celle du maire, et celle de toutes les personnes qui peuvent fournir desrenseignemens, à l’exception pourtant de celle du médecin qui se rappelle plus d’une mort de ce genre; si, dis-je, on considère que la cause première des accidens, la piqûre du serpent, étant perdue de vue, ce n’est plus elle que l’on accuse au cimetière ou dans le public ; alors on m’accordera que le chiffre de la mortalité par la piqûre du serpent, étant porté à 25, a été coté au plus bas.

Pour bien faire, il faudrait pouvoir donner ici le chiffre général des personnes qui sont annuellement piquées du serpent; mais on conçoit que cela est impossible. En portant la mortalité à une mort sur cent personnes piquées': je crois approcher de la vérité. Mais les piqûres les plus légères exigeant trois ou quatre jours de repos, quelle perte de temps pour le travail, et, par conséquent, pour le bien-être du pays 11

Mais lors même que les accidens consécutifs n’entraînent point la mort, ils laissent assez souvent de graves désordres : des ulcères, des fistules, des nécroses, maladies interminables qui exigent des amputations, c’est-à-dire la perte d’un membre, l’annulation d’un homme, quand surtout cet homme est un ouvrier qui ne vaut quelque chose pour la société que par ses membres. J’ai pratiqué deux fois de grandes amputations pour cette cause et dans la seule année 1842. Je connais trois amputations de membres pour des cas pareils dans le seul ressort de l'arrondissement de St-Pierre.

Si, enfin, à ce tableau nous ajoutons les amauroses, les paralysies des membres ou de la langue, les céphalées opiniâtres, accidens qui, quoique moins communs, ne laissent point que d’ajouter au chiffre total du mal, on concluera que la piqûre du serpent, traitée comme elle l’a été jusqu’à présent, es', un des plus redoutables fléaux qui pèsent sur cette colonie.

Les résultats obtenus par le pansement des nègres ne sont donc pas si satisfaisans qu’on ne doive plus y toucher et qu’il ne soit pas permis de rechercher une manière de panser autre et plus efficace. L’esprit humain, en toute chose, ne se perfectionne qu’à la condition de remettre sans cesse en question les choses en apparence les mieux établies. Rien n’est fixe sous le soleil ; Deus tradidit mundum dis-pulationibus, La meilleure définition qu’on ait encore donnée de notre nature est celle d’une perfectibilité indéfinie. Les vieux nègres ne se fâcheront donc point si nous en Usons avec eux comme on en a usé avec Newton, avec Descartes, avec Cuvier, si nous remettons leurs œuvres en question, et si nous osons soumettre à l’examen leurs pialles et leurs kimbois.

En regard des résultats obtenus par les vieux nègres, plaçons maintenant ceux que peut fournir la science; osons courir le danger de cette comparaison.'M. Guyon est le seul médecin que sa position ait mis à même de panser le serpent sur un assez grand nombre de sujets pour que son expérience puisse être mise en regard de celle des vieux nègres.

« Des instructions, dit-il, page 23, furent données pour que tout militaire qui ..

« serait atteint par la vipère se rendît chez moi sur-le-champ, après s’être appli- « qué, la nature de la partie le permettant, une forte ligature sur la blessure, « C’est ainsi que j’eus occasion de voir la plupart des militaires qui ont été mor- « dus par la vipère pendant mon séjour aux Antilles. J’ajoute que j’ai été assez « heureux dans le traitement de ce genre de blessures pour n’avoir perdu aucun « des malades à qui j’ai donné mes soins, et chez la plupart desquels les accidens « locaux ont même été prévenus. »

Ainsi, les résultats de M. Guyon ont été positifs, incontestables ; tous ses malades ont guéris. Ordinairement, dans l’appréciation des moyens de guérir, dans le choix à faire entre deux remèdes également préconisés, ce qu’il y a de difficile, c’est que l’un et l’autre offrent des succès et des insuccès. Il faut établir une balance, une comparaison; le rapport du plus au moins n’est pas toujours très distinct; l’esprit reste incertain, ici point d’hésitation possible ; je le répète, tous les malades ont guéris. Les accidens locaux ont été prévenus, on n’a été obligé de faire aucune amputation, il n’est resté ni ulcères, ni fistules incurables; un, même, qui fut atteint d’amaurose, guérit aussi. Ce compte est clair ; quelle preuve plus décisive veut-on donc encore?

Je dois ajouter que tous les médecins qui ont eu l’occasion, par hasard, de panser dans les premiers momens les personnes piquées du serpent, m’ont affirmé qu’ils avaient eu le bonheur de les sauver. Je suis heureux de pouvoir m’appuyer, dans l’attaque audacieuse que je me permets aujourd’hui, du nom et de l’autorité de mon spirituel et savant confrère, le docteur Girardon, de la Bassepointe, dont voici quelques lignes :

« Mon cher confrère,

« Ne nous étonnons donc pas si l’obscurité la plus complète enveloppe tout ce qui concerne l’histoire du serpent. Il est si aisé, si commode de croire tout ce qu’on débite, expérimenter serait trop pénible. Vous attaquez des préjugés enracinés : vos preuves, vos raisonnemens seront regardés comme non avenus, et la parole d’un nègre sur cette matière aura l’importance d’un article de foi.

« N’ayant rien de positif à vous répondre, ma première lettre ne pouvait être que très insignifiante : je ne voulais pas vous écrire tontes les absurdités dont on m’avait régalé.

u Depuis, il m’est arrivé de panser deux nègres mordus le même jour, sur la même habitation Pécoul, dans la même pièce de cannes, à la main gauche, et par un serpent gris de la même grosseur à peu près.

« Par elles-mêmes, ces observations n’offrent rien de bien remarquable ; mais comme il est rarement donné au médecin de traiter de semblables morsures, je n’ai pas négligé de les consigner dans mes notes. Ce qui suit est l’expression de l’exacte vérité. Vous en tirerez les conséquences selon votre manière de voir.

» Dn nègre d’assez chétive apparence, âgé de 50 ans environ, fut mordu à l’indicateur de la main gauche, le 23 janvier 1844, en ramassant des pailles dans une pièce de cannes qu’on coupait. Un messager me rencontra en route, en sorte que le malade reçut mes soins 20 ou 30 minutes après son accident.

»Le nègre, assis dans sa cabane, s’agitait, se lamentait, parlait de sa mort prochaine et certaine. Il me montra sa main tuméfiée, engourdie, froide ; du sang coulait par les deux ouvertures que les crocs du serpent avaient laites. Au pli du bras, je vis une ligature d’un effet puissant. (Deux brins de pied-poule, et cependant le patient n’était rien moins que rassuré.)

'( Je lui conseillai d'abord de sucer fortement son doigt mordu, et de rejeter la salive, puis j’incisai sur les morsures. Quand le sang eut coulé en abondance, je frictionnai la plaie avec un citron, ensuite avec delà charpie imbibée d’alcali : sur tout le membre on pratiqua des frictions avec du tafia, de l’huile d’olive, de l’alcali et du jus de citron. Ce même Uniment fut pris à l’intérieur par petits verres à liqueur, six en deux fois, à une heure de distance. On lui donna pour boisson une décoction d’écorce de quina. Les progrès de la tuméfaction furent lents, et deux ou trois jours après le membre était revenu à son état naturel. En un mot, le nègre ne courut aucun danger.

« Un autre nègre plus jeune, plus robuste, plus grand, fut mordu presqu’au même moment par un serpent irrité qui s’élança et l’atteignit h l’anulaire delà main gauche. Ce nègre affectait un grand courage, mais au fond sa frayeur était extrême; il regardait son camarade comme un homme perdu pour avoir été pansé par un blanc, et surtout par un blanc médecin.

« Il était mordu depuis près de quatre heures quand je le pansai; sa main, son avant-bras étaient tuméfiés énormément. Depuis le moment de son accident, il avait son membre lié fortement avec un mouchoir de poche.

« Son pansement fut le même. De plus, il lui fut donné trois petits verres d’une liqueur spécifique dont M. Duehamp, de la Rivière-Blanche vous donnera la recette, si vous en êtes désireux.

« Les suites furent autrement graves; car malgré le remède infaillible, la main, l’avant-bras, le bras, le cou et le côté gauche de la poitrine se tuméfièrent d’une manière effrayante. Le malade en fut quitte pour une belle peur. Au bout de deux jours, l'empâtement diminua, et aujourd’hui la tuméfaction est à peine sensible : on pouvait craindre des abcès. Cette terminaison fâcheuse a peut-être été prévenue par les frictions longtemps continuées et répétées.

« Observez que le serpent était plus animé que le premier qui avait mordu, et que de plus il y avait quatre heures d’écoulées avant l’administration des sc-

« Dans tout ce qui précède, je ne vois rien de plus que dans la morsure de la vipère d’Europe. Le traitement est celui qu’on emploierait en France. Les deux serpens avaient environ 1 mètre de longueur, ils étaient plus gros que le goulot d’une b outeille, et pour vous donner une idée de la véracité du nègre, il le croyait gros comme son bras, tant la peur grossit les objetsl ..

o Lundi 20 dumois dernier, unevieillenégresse de M.Pécoul fut encore piquée dans sa case avant que d’aller au travail. Elle ne vit pas le serpent, resta pendant huit heures sans se plaindre et exposée ù une pluie continuelle. Enfin son pied se tuméfia tellement que la malheureuse fut obligée d’entrer h l’hôpital. Pour ne pas me déranger, le géreur pansa lui-même, comme il m’avait vu faire, et la femme allait au mieux deux jours après, quand on me la montra. II faut dire aussi que le serpent retrouvé et tué n’était pas plus long d’un pied et gros comme le canon d’une plume de cygne.

« Si je voulais vous ennuyer plus longtemps, je vous raconterais l’étonnement de chacun en apprenant que j’avais pansé des morsures de serpent. Je vous dirais aussi avec quelle curiosité on me demandait des nouvelles de mes malades, s’attendant à apprendre qu’ils étaient morts. On me demandait où j’avais appris, si j’avais un secret, et alors chacun de me donner un conseil, un mode de pansement qui réussissait toujours. »

Nons allons maintenant entrer dans l’exposition des différons modes de pansement en usage dans le pays, et en donner le formulaire. (Ce sera une autre manière de les juger.) Par déférence pour les lieux et pour les temps, nous commencerons par les pansemens dits des vieux nègres, quoique la main qui les applique ne soit pas toujours noire.

Poivre-de-Guinée, racine de trèfle (pour boisson), poivre-de-Guinée, sel, racine de l’envers (pour pansement externe) ; scarifications, bois immortel , pour les pansemens subséquents ; racine de citronnier, de verveine bleue, malnommèe rouge pour tisane des jours suivants : Cataplasme de pain bouilli, vin et suif contre le phlegmon, bois immortelet eau-de-Luce contre la fluxion de poitrine; mouron contre la gangrène; Lotions avec une décoction d’herbes grasses et de feuilles de bananes sèches contre l’enflure,

«D’abord, faites boire dans un petit verre de tafia, 7 à 8 grains de poivre-de- Guinée pilé et un demi dé à coudre de racine de trèfle gragée. Ensuite vous pilerez ensemble un demi pouce racine de trèfle, 5 grains de poivre-de-Guinée, deux gros grains de se! blanc.et de l’envers. Vous ferez bouillir le tout, infusé dans du bon tafia, dans un vase plat (1 ). Quand le remède aura acquis un degré de chaleur supportable, vous frictionnerez, toujours du haut en bas, la partie enflée qui aura dft, d’abord, être incisée autant que faire se peut sur toute l’enflure. Pareil pansement se renouvellera vingt quatre heures après, en ayant soin d’inciser encore, non seulement la partie incisée la veille, mais celle qui sera nouvellement enflée. A ce second pansement, au lieu de racine de trèfle, vous mettrez un morceau d’écorce de bois immortel long et large comme deux doigts, qu’on pilera avec le poivre-de-Guinée (5 grains) et les 2 gros grains de sel blanc. Les pansemens qui suivront, et qui seront continués tant qu’il y aura de l’enflure, ne seront composés que de l’envers, du sel et du tafia, à chacune des incisions qui auront été pratiquées; on aura soin de tenir un réchaud allumé auprès de la partie malade pour entretenir une chaleur convenable.

«Tisane.—Long comme le doigt de racine decitron fendue en quatre, mais dont on n’emploiera que trois morceaux; lpng comme le doigt de racine de verveine bleue fendue en quatre, mais dont le quatrième morceau ne sera pas non plus employé ; un demi pouce racine de trèfle: long et large comme deux doigts d’écorce de bois immortel et une bonne poignée de malnommée rouge; sur le tout vous viderez de l’eau bouillante. Les mêmes ingrédients serviront trois et quatre jours, temps que l’on doit prendre cette tisane en vidant tous les jours de l’eau bouillante dessus : cette tisane doit se prendre chaude. En cas de dépôt, vous emploierez la moitié d’un pain bouilli dans une demi bouteille de vin avec du suif et un gros grain de sel blanc.

«En cas de fluxion de poitrine:

(Ij Si vous êtes appelé après le vomissement survenu, il faut, aussiiât que le malade aura vomi, lui donner à boire le remède ; il arrêtera le vomissement Un traiteur, quia exercé avec succès, enseigne que si l’on n’apas ce qu’il faut pour composer la boisson ci-dessus, il suffira de faire boire aussitôt qu’on aura été piqué du tafia avec du jus de citron.

•Large comme la main d’écorce de bois immortel dépouillé de sa première peau que vous faites bien bouillir dans une quantité d’eau suffisante pour pouvoir donner deux ou trois tasses de quart d’heure en quart d’heure. Dans chaque tasse vous mettrez deux doigts de tafia et deux gouttes d’eau-de-Luce, et vous ferez boire toujours chaud, en ayant soin de bien couvrir le malade pour le faire suer.

«Dans le cas oùl’on aurait.à panser un malade quelques jours après la piqûre, et qui aurait déjà la gangrène, on emploierait une bonne poignée de mouron pilé avec de l’envers, qui servirait pour le cataplasme et la friction.

«Si, après le guérison, la partie blessée conservait de l’enflure, vous la laveriez' avec de l’herbe grasse bouillie avec de la feuille de figue-banane sèche et un peu de tafia: le tout chaud.»

Ce remède est le remède du pays par excellence; car il n’y entre que ce que l’on nomme ici des simples. C’est un mélange d’herbes tirées de familles très différentes: le poivre-de-Guinée ( Amonum Grana-Paradisi), et l’envers ( Maranta arundinacea), le bois immortel (Erythrina cirallodendrum), et le trèfle (Ansiolo chia, triloba.)

Pour en admettre l’efficacité, il faut se contenter de l’expérience brute : Il guérit. Cette explication est sans doute la meilleure, et ce n’est pas moi qui irai contre. Mais je ferai observer que ce mélange de simples est fort composé. Aujourd’hui, pour bien apprécier les vertus d’une drogue, on tâche, autant que possible, de l’isoler, de l’employer seule ou bien unie avec des congénères, de le simplifier véritablement. On craint, non sans raison, que dans ces fdrragos, qui étaient fort dans le goût de la médecine ancienne, il ne se glisse des élémens hétérogènes, contraires, et qu’une chose ne combatte l’autre:

Mais cette forme de remèdes composés d’ingrédiens divers, plaît partout à l'imagination populaire. C’est toujours le vulnéraire suisse tel qu’il est débité en, Europe par les charlatans : recueilli des herbes balsamiques sur les montagnes des Alpes. Pour nous, nous n’y voyons que l’application de l’axiome homéopathique : similia simitibus, simples traités par d’autres simples. Depuis que le monde est monde, aucun bon remède n’est sorti d’un pareil assemblage. Notons déjà en passant, pour y revenir plus tard, que le tafia est l’excipient de toutes les infusions prescrites dans ce pansement, même dans le cas de fluxion de poitrine. Dans chaque tasse, vous mettez deux doigts de tafiaet deux gouttes d’eaude-Luce !! Notez encore qu’il faut donner deux ou trois tasses de ce tafia de.quartd’heure en quart-d’heure. J’avoue qu’une telle médication fait frémir un médecin, et je ne crains point de trop m’avancer en affirmant qu’une telle ordonnance est contraire aux principes enseignés dans n’importe quelle faculté de médecine.

Je me hâte de prévenir quo dans l’exposition de ces remèdes, j’ai pris le parti de conserver la rédaction originale des formules telles qu’elles m’ont été transmises, ne corrigeant que les obscurités de langage qui pourraient en altérer le sens. Cela entraînera à quelques longueurs ; mais je préviendrai ainsi les réclamations des auteurs qui conservent une sorte de superstition pour certains détails sacramentels, tels que la nécessité de faire l’infusion dans un vase plat , de pratiquer les frictions de haut en bas, de fendre la racine de citron en quatre, mais de ne pas employer la quatrième partie, détails que j’aurai pu

omettre involontairement, ne leur accordant point toute l’importance qu’on leur

prête.

Dans ce mode de pansement, les scarifications sont prescrites d’abord dés le début. La partie enflée doit être incisée autant que faire se peut sur toute l’enflure: et, comme l’enflure occupe souvent tout un membre, nous avons déjà vu dans les observations citées à quelles pratiques barbares cette prescription a donné lieu.

Vingt-quatre heures après, on recommande encore de revenir aux scarifications, ayant soin" d’inciser non-seulement la partie incisée la veille, mais celle qui sera encore récemment enflée.

Scarifier encore 24 heures après l’accident 1 Mais à quoi bon ? Ce ne sont plus les accidens primitifs, mais les consécutifs, c’est-à-dire la suite de la résorption et le phlegmon qui sont à craindre. Comme j’ai l’intention de revenir plus tard sur cet article des scarifications, je n’en parlerai pas plus longuement ici.

Ce remède, tel que je l’ai rapporté, m’a été donné par M. Gravier Ste.-Luce, qui le tient de M. Germon. Il est complet et comprend non-seulement le pansement immédiat, mais les modifications qui sont nécessaires pour les suites de la piqûre.

Ainsi, lorsque l’enflure persiste les jours suivans, on contenue les frictions excitantes avec le sel, le tafia et l’envers. On tient des réchauds autour du malade. Je crois cette pratique mauvaise : j’aimerais mieux employer alors les huileux, les émolliens afin de calmer la douleur ou de circonscrire, autant que possible, l’inflammation. Ce sont ces excitations qui favorisent le développement du phlegmon, accident aussi à redouter que la fluxion de poitrine.

Ce remède est fort en usage dans les hauteurs de St.-Pierré et dans les quartiers du Carbct et de la Case-Pilote. Après la critique què je me suis permis d’en faire, je dois ajouter que les personnes qui en font usage citent des milliers de guérisons obtenues par son administration.

Parmi lés plantes employées dans la composition de ce remède, il faut remarquer le mouron, déjà recommandé par le père Dulertre. « Les malades prentidront, dit-il, le poids d’un ecu de mouron dans du vin blanc ou dans de l’ea,ù, s et la malnommée rouge, dont il dit des choses admirables. Voici ses paroles :

o II croîst dans toutes les habitations de ces isles une herbe qui a quelque rapo port avec la pariétaire : mais elle estplus trapue et plus basse, ses feuilles sont « petites, dentelées, velues, d’un ver naissant, deux à deux le long de leurs peo tites branches ; entre deux feuilles il croist un petit umbel de petites fleurs vero tes et rouges, toutes velues ; et c’est ce qui lui a fait donner un vilain nom : « les plus discrets l’appellent poil de chat, d’autres l’appellent la malnommée ; « elle se sème de soi-même et perd entièrement les jardins, si l’on n’est soigneux «delà sarcler. C’est un thrésorqui n’a été que trop longtemps caché, parliculîère- « ment aux habitans de la Martinique, dont plusieurs sont péris faute de secours, « foulant tous les jours aux pieds l’antidote contre le venin qui les îes'ait mouci rir; car cette plante est toute remplie d’un lait qui coule à la rupture de ses « branches et qui tue les serpens. Le R. P. Yeuillé m’a assuré qu’il en avait vu « faire l’épreuve sur un petit serpent qu’une seule goutte de ce lait fit mourir à « l’instant. La plante broyée et appliquée avec son suc sur la morsure, attire le « venin et guérit absolument la playe : et si le cœur était atteint du venin, un « peu de poudre de cette plante scche, le fortifie et lui rend les forces qu’il “ a perdues par le venin. »

Poivre de Guinée, trèfle, tiane-de-serpcnt, pistache bâtarde, mouron-pigeon, émétique.

« Prenez une bonne cueillerêe de poivre de Guindé pulvérisée, — long et gros comme le pouce de racine de trèfle ou racine de iiane-de-serpent pulvérisée. Ces deux objets seront ajoutés à la bouteille après que la décoction des simples ciaprès y aura été mise : — Bonne poignée de pistache bâtarde, racine et feuilles; bonne poignée de mouron-pigeon, racine et feuilles ; bonne poignée de pirète, racine et feuilles, le tout pilé séparément. Melez eusuite dans un vase, faites infuser vingt-quatre heures dans une bouteille de bon tafia ou tout autre alcool. Vous remuerez le tout avec les mains plusieurs fois durant ce délai, afin de bien détacher le suc de ces plantes ; après quoi vous presserez et vous retirerez le gros marc et viderez le reste dans la bouteille..

o Un verre à madère de ce remède sera donné au malade de quart-d’heure en quart-d’heure, dans le cas où le pouls serait faible. Dans le cas contraire où il serait ordinaire ou frequent, vous ne donneriez le second coup qu’après une heure d’intervalle du premier, et un troisième une heure après le second.

« Après le premier coup de ce remède, vous frictionnerez la plaie, sans im iser, avec le remède, et vous la couvrirez du marc, et ensuite d’une feuille de tabac vert passée au feu, ou bien d’une feuille de palmachristic.

« Trois heures après le troisième coup, vous donnerez quatre cueillerées d’huile d’olive ; et vingt-quatre heures après la piqûre, vous purgerez avec de l’huile de palmachristie.

« Si, après ce traitement, le malade se trouvait plus mal, se tracassait et n’avait pas de position, youslui passerez de l’émétique comme seul et dernier moyen.

o L’enflure, dans ce cas, n’est pas un mauvais symptôme : vous la faites disparaître avec de la feuille de figue sèche bouillie, dont vous enveloppez la partie, et vous faites suer par le moyen d’une fumigation faite avec la racine de trèfle. Il faut éviter tout contact avec l’air.

<i Au préalable et au moment même, s’il se peut, delà piqûre,, vous mettrez spr la langue du blessé une bonne prise de racine de trèfle pulvérisée avec du poivre de Guinée, dans le cas où vous manqueriez de tafia pour les dissoudre.

« Vous donnerez deux autres prises de cette poudre une heure après, si ce délai s’écoulait avant de pouvoir se servir du précédent remède. »

Ce pansement n’est qu’une variété du précédent, mais il n’est pas aussi compliqué.

Il contient deux herbes qui ne se trouvent point dans l’autre : Y avachis hypo gea, dite ici pistache bâtarde, et Varistolochia anguicida, autrement dite lianed-serpent.

Les scarifications n’y sont pas jugées nécessaires. Sous ce rapport, ce remède serait préférable au précédent, car il permettrait une guérison plus prompte. Les scarifications, pour être efficaces, doivent être faites un peu profondément, et pénétrer au moins au-delà de la peau. Par conséquent, elles condamnent au repos le malade sur lequel elles sont pratiquées, surtout si elles sont faites sur les jambes; siège le plus ordinaire des piqûres. C’est à la suite des pansemens sans

scarifications que les'malades peuvent retourner au travail dès le lendemain ou 1 le jour même de la piqûre. Cet avantage est considérable. Si donc il venait à Être prouvé que les pansemens sans scarifications sont aussi efficaces que les autres, ils seraient, je le répète, de beaucoup préférables. Mais, n’oublions point un principe fondamental en thérapeutiques et qu’il faut avoir sans-cesse présent à l’esprit, lorsque l’on essaie un remède quelconque : C’est que tout semble concourir quelquefois à nous induire en erreur; que pour établir un jugement définitif sur l’efficacité d’un remède, il faut en multiplier, en varier, en surveiller attentivement l’emploi et ne jamais se hâter de fermer l'expérimentation. Ainsi il paraît résulter de l’observation qu’une certaine rencontre de circonstances est nécessaire pour que chez l’homme là piqûre du serpent ait de la gravité, que beaucoup de piqûres guérissent par tous les moyens, et quelquefois, suivant l’opinion de quelques vieux habitans, sans l’emploi d’aucun. Il n’y a donc qu’une longue expérience qui puisse faire juger de la bonté d’un remède, et si l’on s’en tenait aux deux ou trois premiers venus cas où le pansement est appliqué, notre jugement dépendrait du hasard, suivant que ces cas auraient été favorables ou défavorables.

La présente recette a pour elle une expérience séculaire ; elle m’a été fournie par M. Darrigan, qui la tenait de M. Courtois, respectable vieillard, habitant les hauteurs de la Case-Pilote, où ee remède est en usage de temps immémorial.

Les personnes étrangères à la médecine croient en général que rien n’est plus facile que de constater l’elficacilé d’un remède, qu’il suffit de l’administrer, et que l’effet bon ou mauvais qui suit cette administration doit lui être attribué, post hoc, ergo propter hoc. Mais en toutes choses cette manière de raisonner est une des plus fréquentes causes d’erreurs. Notre organisation est si compliquée, tant d’influences agissent sur elle, influences d’ailleurs inconnues pour la plupart, qu’il est impossible d’analyser ce qui revient à chacune. Il n’y a donc peut-être pas dans les sciences humaines de problème plus complexe que l’essai des remèdes. De là vient qu’il y en a taut qui, après avoir été vantés, préconisés, exaltés, sont tombés dans le plus profond oubli. Une dame demandait au médecin Bouvart ce qu'il pensait d’un remède très vanté par les gazettes, les vieilles femmes, les compères et les commères, toutes ces voix de la renommée médicale. — Hâtez-vous de le prendre, lui dit Bouvart, pendant qu’il est à la mode.

O peuple! sachez que les bons remèdes sont aussi rares que les bons amis, et que le soin, la patience, le temps, que Sydeuham appelait le plus grand de tous les médecins, l’amour de l’ordre et de la règle, la résignation et l’horreur de toutes les extravagances, sont les meilleures drogues que Dieu nous a données contre cts affreuses épreuves que l’on nomme les maladies.

Parmi les plantes qui entrent dans cette formule, nous, trouvons la pistache bâtarde, qui ne fait partie d’aucune autre tisanne du pays ;

Le poivre de Guinée et le trèfle, sur lesquels nous reviendrons plus tard.

J’ai retrouvé dans quelques autres formules la recommandation de l’émétique, qui est ici prescrit comme moyen extrême. «Si, après le traitement, le malade « se trouvait plus mal, se tracassait et n’avait pas de position, vous lui passe- <i rez de l'émétique. » L’emploi de l’émétique dans des cas pareils n’est point le résultat d’une induction rationnelle ; c’est plutôt l’une de ces inspirations désespérées sur la valeur desquelles il faut s’en rapporter entièrement à l’expérience.

Toujours du tafia, et en quantité 1

ri* 3 . — Liane-à-serpent.

La liane-à-serpent, qui entre aussi dans la formule précédente, a été ainsi nommée, parce que depuis les premiers temps de la colonie, elle a toujours passé pour un des meilleurs remèdes contre la piqûre du Trigonocépkule. Voici ce qu’en dit le père Labat :

» Cette liane est trop utile pour ne pas la connaître : elle vient en quantité et » sans culture daus toutes les baies, lisières et halliers de nos îles, et surtout de » la Martinique.

» On pile la racine et le bois de celte liane, et on en fait une tisane avec deux » tiers d’eau-de-vie que l’on fait prendre à celui qui a été mordu d'un serpent,

» et on applique le marc sur la blessure. Le marc attire le venin aü déhors, et b la tisane a la vertu d’empêcher qu’il ne gagne et qu’il ne corrompe les parties

C’est sans doute de cette même liane-à-serpent dont le père Dutertre a écrit ces merveilleuses lignes : a Le bois des couleuvres est si utile dans ces îles, à • ” cause de la quantité de serpens, que je ne puis me dispenser d’en parler. La ” plupart des arbres lui servent d’appuy, comme le chêne fait aulierre : cette ” plante se plait dans les lieux humides, et lorsqu’elle y rencontre des arbres,

” elle s’y attache par des petites chevelures de racines et s’élève en serpentant ” jusqu’au haut. Son bois, qui n’a pour l’ordinaire qu’un pouce ou deux de ” grosseur, est vert en quelques endroits : en d’autres, il est gris mêlé de noir,

” tortu, et si semblable à une couleuvre, que ses tronçons jetés dans un lieu ” obscur font peur, parce qu’on les prend pour des serpens. Ses feuilles sont ” grandes comme celles de la serpentine, elles n’ont au commencement aucune ” découpure ; mais il s’y fait de petites cicatrices comme si on les avait percées ” d’un couteau, lesquelles venant à s’augmenter, divisent les bords de la feuille.

” Son nom seul, bois des couleuvres, témoigne assez les propriétés admirables ” desquelles Dieu l’a douée. Tous les auteurs qui ont écrit sur cette plante as- ” surent qu’il y a une telle antipathie entre elle et les serpens, qu’ils la fuyent ” et qu’ils ne mordent jamais ceux qui la portent eu la main ou sur eux. et qu’ils ” crevent et meurent si tôt qu’ils en sont touchés : que sa racine broyée et bue ” avec de l’eau-de-vie, est un remède prompt et assuré contre les morsures de ” toutes sortes de serpens.

” En effet, il me souvient d’avoir vu au pied d’un arbre tout couvert de cette ” plante, sur le bord de la rivière du Fort (St.-Pierre), dans l’isle de la Martini- ” que, sept ou huit serpens de différentes grandeurs, dont quelques-uns étaient ” aussi gros que le bras, morts snr les tiges de cette plante : ce que je fis voir à ” un chirurgien nommé l’Auxergnat et à quelques autres personnes, qui depuis ” en ont fait telle estime, que non-seulement ils en conservaient dans leur mai- ” son, mais même en portaient toujours sur eux pour s’en servir au besoin. ”

J’ai rapporté les paroles mêmes du père Dutertre, ainsi que celles du père Labat : le lecteur en croira ce qu’il voudra. Mais ne se pourrait-il pas que l’arbre 1 dont parle le père Dutertre, et sur lequel il a vu sept ou huit serpens morts fût un de ces arbres comme on en trouve sur presque toutes les habitations, et sur lesquels on se plaît à suspendre en épouvantail tous les serpens tués dans le voisinage : c’est un usage assez général dans l'île. On m’a cité un de ces arbres sur l’habitation Pécoul, et qui est couvert de plus de trois cents serpens. Cela est hideux à voir. Si le leeteur adapte mon explication, celle du père Dutertre serait

curieuse. Mais ce n’est pas la seule fois dont les voyageurs ont ainsi parlé des colonies. A Dieu ne plaise que je sois assez maladroit pour m’attaquer à la gloire del’Hérodote des Antilles. On ne saurait avoir trop de vénération pour ces hommes vi aiment extraordinaires qui, au milieu des labeurs de la colonisation, trouvèrenlassez de liberté d’esprit et assez de courage pour songer à la postérité et pour lui conserver des souvenirs qui sans eux auraient été perdus. Oui, sans le père Duterire et sans le père Labat les premiers temps civilisés des Antilles sciaient couverts des mêmes ténèbres que leurs temps de sauvagerie. Ce sont des historiens pleins de bonne foi et de bonne volonté, qui écrivaient sincèrement pour instruire. Mais si nous rendons justice ii leur mérite, il faut aussi reconnaître qu’ils se montrent souvent d’une crédulité singulière. Ils ont admis les choses telles qu’on' les leur présentait dans la conversation, sans s’inquiéter qu’elles fussent vraies ou fausses: ils semblent ne tenir qu’au talent de conteur et au mérite de voyageur qui a vu des contrées lointaines. Mais il faut dire à leur décharge que cette crédulité est en rapport avec le temps où ils vivaient et peutêtre aussi avec l’habit qu’ils portaient. Au 17° siècle la critique historique était inconnue; d’ailleurs surtout dans les sciences physiques le progrès est incontestable. On a eu le temps de voir et d reyt , d , un pre¬

mier défrichement ne pouvait avoir la perfection des cultures successives.

Mais peut-on dire : les remèdes rapportés par nospremiersjiistoriens doiventêtre les bons, car de qui les tenaient-ils ? des premiers colons: et ceux-ci? des caraïbes ; et les caraïbes ? de l’instinct, c’est-à-dire des mains de la Providence qui pourvoit à la conservation de son œuvre en mettant partout le remède à côté du mal, Je sais que ce raisonnement est sans réplique pour certains esprits; après qu’ils vous l’ont jeté à la tête, ils tournent le dos et ne veulent plus rien entendre. Mais il est hasardeux pour l’homme de se mettre ainsi au point de vue de la Providence, et de dater ses décisions du ciel. Cés sortes de solutions par les causes finales, ainsi qu’on les appelle, sont rejetées comme trop ambitieuses et impossibles à vérifier. Mais, appliquez à la réalité des choses existantes celte antithèse de l’instinct du sauvage avec la raison'des peuples civilisés, et voyez ce qui en sort. La rareté des populations sauvages, leur diminution journalière, leur aspect misérable, attestent la faiblesse de leurs moyens de défense contre les causes de destruction qui nous assaillent. Qu’est-ce que des peuplades éparses comparées avec ces nations civilisées, si denses dont les habilans se comptent par milliers! Je sais tout ce que l’on a dit de la découverte du quinquina ; mais sans remonter ù la question d’origine toujours ténébreuse, toujours falsifiée par l’imagination d’un chacun, prenons les faits tels qu’ils sont aujourd’hui. Les Indiens delà région moyenne des cordillières, au milieu des forêts de quinquina, continuent à être rabougris, infiltres. dec;més par les fièvres intermittentes. Les sauvages dp Pérou achètent des Européens le sulfate de kinine. (Voyez Leblond. ) Qnant à cette autre banalité qui se débite pour emplir les vides de la conversation, à savoir que dans la nature le remède est il côté du mal, j’ai déjà dit que c’était peut-être une des illusions de l’homme. En effet, il suffit de jeter les yeux autour de soi pour voir combien l’expérience a peu justifié cette assertion. Les fièvres intermittentes désolent toutes les parties de la terre, autant l’Asie que l’Afrique, autant l’Europe que l’Amérique, etle quinquina n’existe qu’au Pérou; le syphilis infecte le monde, il n’y a de mercure qu’en certains lieux ; c’est de l’Orient qu’est venue la petite vérole, et c’cst en Angleterre que la vaccine a été

déeouverte. C’est rapetisser l’homme que de le réduire, comme un végétal, aux avantages d’une localité ; la terre est le domaine de 1 homme, il y fouille, 11 y puise, il prend et déplace tout à son gré. La nature fournit la matière première, peu importe où, au génie de l’humanité appartient la main-d’œuvre.

La liane-à-serpent est aujourd’hui bien déchue de son ancienne réputation ; elle ne constitue plus à elle seule un remède spécifique, mais elle entre comme ingrédient dans plusieurs composés. Voici une formule que j’ai trouvée dans un vieux cahier de recettes de l’habitation Decasse :

De la liane-à-serpent. — ” Le remède à'serpent se compose d’autant de lianeà-serpent que peut contenir la main, infusée dans un poban de talia. Plus le remède est vieux, meilleur il est-.

” Lorsque le nègre a été piqué, on commence par lui faire boire un petit verre de celle liqueur, dans laquelle on ajoute une bonne pincée de poivre Guinée bien pulvérisée. On scarifie la piqûre, que l’on frotte avec du citron rôti, et on met dessus un emplâtre de thériaque. On continue toutes les heures à donner un petit verre du remède, dans lequel on ajoute toujours une forte pincée de poivre Guinée. Si l’enflure gagnait, on récidiverait les doses toutes les demi-heures, surtout si des vomissemens survenaient ; on peut aller jusqu’à un poban et demi. Il faul tenir le malade bien chaudement, s’il a soif, on lui fait boire une décoction de malnommée : on a bien soin de ne pas le laisser dormir. Après les vingtquatre heures, s’il y a beaucoup d’enflure, on fait des fumigations avec toutes sortes d’herbes aromatiques ; après quoi on enveloppe bien la partie enflée avec du petit mouron bien pilé et des herbes à femme passées au feu. On purge le quatrième ou cinquième jour avec une prise de jalap ou des poudres d’Aillaud. Il faut surtout porter la plus grande attention aux dépôts, et s’il en survenait, avoir sur-le-champ recours à un médecin expert.

n° h. — Remède de il/. Beausoleil.

« Je fais boire aussi promptement que possible une infusion de trèfle-femelle et de poivre de Guinée dans environ un petit verre de tafia.

« Je fais des scarifications sur toute l’étendue de la partie enflée, je les multiplie autant que je les juge nécessaires : j’en ferais deux cents si deux cents me semblaient nécessaires.

o Je maintiens la partie piquée constamment chaude avec un grand réchaud allumé et placé au-dessous. J’applique sur les piqûres des crocs et sur les parties voisines des cataplasmes faits avec la racine de l’envérs, les feuilles de semencontra, l’écorce de bois immortel et un pied-poule, le tout bien chaud, et je fais frictionner la partie, toujours en descendant, avec cette décoction.

a On continue ce pansement jusqu’à parfaite guérison.

a Au bout de six jours, s’il y a enflure, posez un cataplasme avec pain, vin

«S’il survient une fluxion de poitrine, donnez une tisane faite avec de la malm mmée rouge et des écorces de bois immortel, en ajoutant une cuillerée de tafia et six gouttes d’eau de Luce dans chaque tasse. On donnera une tasse tous les quarts-d’heure et l’on mettra des vésicatoires au côté.

o S’il survient de la paralysie, écrasez trois gousses d’ail dans une tasse de vinaigre et faîtes rincer trois fois la bouche sans avaler.

« S'il y a de la gangrène, pansez avec le mouron, l’arada et la racine de citronnier. i

Ce traitement m’a été dicté par M. Beausoleil, panseur très renommé dans les hauteurs de St.-Pierre. On en a vu l'application dans les deux observations du nègre de l’habitation Deguerre et de M.. citées précédemment.

Ce pansement est à peu près le même que ceux des n os 1 et 2 ; seulement on y trouve quelques cbangemens dans- les herbes.

Le pied-poule, l’arada, le semen-contra, la malnommée rouge, sont ajoutés ; d’autres ingrédiens, au contraire, sont supprimés ; mais au fond ce sont les mêmes principes.

On ne saurait trop réprouver, je le répété, ces scarifications faites il tort et à travers. Le moindre bon sens suffit pour en faire sentir non-seulement l’inutilité, mais la barbarie. C’est un précepte médical mal compris, mal exécuté. On conçoit qu’il est nécessaire de scarifier la piqûre des crocs pour favoriser la sortie du venin ; mais à quoi sert de picoter, par conséquent d’irriter tout un membre de haut en bas ! Par l’irritation de ces incisions, si légères qu’elles sont, n’est-ce point provoquer l'afflux des liquides, par conséquent souffler sur le feu, et augmenter la matière du phlegmon érysipélateux, qui est un accident très redoutable.

D’ailleurs, la multiplicité de ces piqûres chez un sujet nerveux peut déterminer une excitation extrême. On trouve dans la science des exemples de morts survenues à la suite des piqûres multiples faites par des guêpes ou par des abeilles.

Cependant M. Beausoleil m’a assuré que sur plus de deux cents personnes pansées par lui, il n’avait perdu que les deux que j’ai citées, et il faut encore ajouter que ces deux personnes avaient été pansées tardivement, ce qui est pour quelque pansement que ce soit la circonstance la plus défavorable.

N” 5. — Remède de M. Duchamp.

« Prenez : Mouron, une once. •— Poivre cle Guinée , une once. — Chardon bénit, demi-once.—Bon tafia, une bouteille.

« Pilez le mouron et le chardon bénit dans un mortier de marbre, introduisezles dans la bouteille de tafia avec le poivre de Guinée réduit en poudre, boucliez bien la bouteille et conservez pour l’usage. Avant d’employer le remède, il faut avoir soin de bien remuer la bouteille.

« La dose est, pour la morsure d’un gros serpent, de trois petits verres à liqueur administrés de demi-heure en demi-heure.

o Pour la morsure d’un serpent ordinaire, d’un à deux petits verres.

” Lorsque la morsure est grave, on applique à trois pouces au-dessus de la plaie un vésicatoire d’uu pouce et demi de large et d’une longueur convenable pour entourer le membre. »

La grande estime dont jouit M. Duchamp rejaillit sur tout ce qui s'attache h son nom. Ce remède est très recherché dans les environs de St.-Pierre. Je tiens de M. Duchamp lui-même qu’après l’avoir employé pendant longtemps et sur un grand nombre de personnes, à peine s’il se souvient de quelques mortalités.

Ce remède ne diffère de ceux des n°» 1, 2 et 4 que par la présence du chardon béni, qui est considéré dans le pays comme un puissant sudorifique.

M. Ducbamp recommande aussi l’usage .d’un vésicatoire au-dessus de la piqûre. L’expérience seule peut prononcer sur la valeur de cette pratique.

N* 6, — Remède employé sur l’habitation Lajus, au Carbet, communiqué par M. Baquié.

“ Prenez : Trèfle mâle. — Bouton cl’or (pyrhètre du pays). — Mouron : de chaque plante entière trois onces. — Poivre de Guinée, une once. — Bon tafia, une bouteille.

« Après avoir nettoyé les plantes, réduisez-les en pâte dans un mortier, introduisez-les dans un vase avec le poivre de Guinée, ajoutez le tafia, bouchez bien, laissez infuser pendant quinze jours enayantsoin de remuer de temps en temps, passez à travers un linge serré, exprimez et conservez pour l’usage.

« La dose est de trois verres à liqueur pris de demi-heure en demi-heure. On frictionne la partie blessée avec la même liqueur plusieurs fois par jour, en ayant soin de ne cesser de frotter que lorsque la peau est redevenue bien sèche. Les frictions doivent être longues et fortes.

o On a soin de conserver dans un vase à part le marc, auquel on ajoute une once de poivre de Guinée en poudre et suffisante quantité de tafia. On s’en sert pour appliquer des cataplasmes sur la plaie. »

M. Baquié se loue extrêmement de l’usage de ce remède. Le soin qu’il porte à tout ce qu’il fait doit contribuer à ses succès.

n° 7. — Remède du nègre de M. Louis Lalung.

« Prenez : une cuiller à bouche de poivre de Guinée pulvérisé. — Six vieilles pipes réduites en poudre très fine. — Une once de racine de trèfle. — Six cuillerées de poudre à canon ou quatre cuillerècs’de poudre fine. — Une bouteille de bon tafia.

« Coupez en petits morceaux la racine de trèfle, mêlez-la lorsqu’elle sera réduite en pâte, mélangez-la avec les autres substances, et introduisez le tout dans un vase avec le tafia. Après avoir bien bouché la bouteille, laissez infuser au soleil pendant quinze jours.

o La dose de ce remède est de six onces (ou douze bonnes cuillerées) à prendre par petits verres de demi-heure en demi-heure. Il faut avoir soin de tenir le malade chaudement; on applique sur la blessure une compresse imbibée de cette liqueur ; on frictionne la partie blessée avec ce remède, en ayant soin de diriger les frictions de manière à ramener le venin vers la blessure, c’est-à-dire que les frictions supérieures à la blessure se feront de haut en bas et .celles au-dessous de bas en haut.

« Quand la piqûre parait dangereuse, on applique une ventouse et on fait frictionner la partie avec un liminent composé de : Huile d’olive, trois onces .— Set de cuisine en poudre très fine, une once. — Ce liminent s’emploie aussi chaud que le malade peut le supporter. »

Je lions ce remède de l’obligeance de M. Peyraud, auquel M. Louis Lalung a bien voulu le communiquer. Le nègre qui s’en sert en a fait longtemps un secret. Ce nègre est très recherché qu Prêcheur pour le pansement des piqûres de serpent, et en fait pour ainsi dire profession. On dit qu’il peut aussi les charmer et les prendre sans danger. (Je reviendrai plus tard sur ces sortes de Psylles.(

. L’emploi de la pipe culottée commence à paraître dans ce remède. Nous la retrouverons dans d’autres formules. Est-ce un de ces ingrédiens bizarres aux- R quels les nègres ajoutent foi à cause de leur bizarrerie même, ou bien la pipe i culottée agit-elle par le tabac qui l’imprégne. C’est ce que je laisse à décider au jugement du lecteur.

Je n’en finirais pas si je voulais rapporter toutes les variétés de ce genre de remède, variétés qui résultent de l’addition ou du retranchement de quelques plantes. Ainsi, M. de Lagardelle ajoute la racine du papayer et lui croit des vertus particulières ; d’autres l’ayapaua, d’autres l’herbe à charpentier, ou le mahot, ou le gingembre, etc., beaucoup quelqu’autre herbe cachée et dont ils font un secret. Toute la flore des Antilles y passerait.

Observons que le poivre de Guinée, qui est aujourd’hui la substance en honneur, celle qui entre comme principale dans toutes ces formules n’est point indigène à la Martinique et n’y vient même que difficilement. Ce n’est autre chose que la manigueite, substance bannie de la matière médicale et qui n’est employée en Europe qüe comme épicerie.

Quant à la mal nommée, au mouron, ula liane-à-serpent, autrefois si préconisés, ee ne sont aujourd’hui que des succédanés. On ne se sert plus de chacun d’eux séparément, comme de spécifiques : on les réunit, on les associe, pensant qu’elles s’entr’aideront çt que la vertu de l’une ajoutera à la vertu de l’autre. Ces amalgames sont assez dans le goût, et si je puis parler ainsi, assez dans la marche de l’esprit humain. L’homme commence par essayer des choses séparément, etsouvent dès les premiers essais s’y abandonne avec enthousiasme : revenu de son premier entraînement, il tombe dans une ineextitude qui est encore un reste d’attachement pour l’objet dè son abandon ; il né peut pas croire qu’il se soit trompé du tout au tout; à la longue les mécomptes et Tes incertitudes s’amassant, onïes ràssèmblfe, on les mêle, on en fait uii bloc qui est essayé de nouveau en masse. C’est alors dans la pensée que chacune des substances ayant un peu de vertu, toutes réunies humeront un ensemble plus efficace, ou que la nature, mieux instruite, choisira dans cette masse ce qui lui convient, de même qu’elle sait puiser dans le fumier les élemens nécessaires aux végétaux. C’est toujoui-s la théorie de la thériaque qui était'arrivée à se composer de 75 substances, et cela n’èst qu’un acte de désespoir de la part dè l’esprit humain. C’est sous une autre forme l’histoire de ce peintre qui, né pouvant reproduîrè l’écume du chien, lança contre son tableau une éponge imprégnée du résidu dè toutes les couleurs dont il s’était servi dans le jour, et réussit à représenter l'image qu’il ri’avait pu obtenir jusqu’alors.-

Voici une série de plantes autres que celles qui précèdent : c'étaient des excédants et des sudorifiques : voici d.es émolliens, des spécifiques, dés acides, dés purgatifs, etc., etc.

n° 8. — Du Tabac.

Tabac vert (nicotiana tabacum.j —Herbes grasses (commelina.) —Herbes pliantes (cassia occideiitalis.)

o Vous commencerez par interroger le malade pour savoir s’il y a longtemps qu’il a mangé, ce qui est indispensable, car le remède pourrait troubler la digestion, ce qui serait une complicaiion. 11 faut donc attendre pour donner là potion intérieure ; mais cela n’empêclie pas de panser extérieurement avec le cataplasme indiqué ci-après.

u Vous prenez une poignée d’herbes grasses ; Une poignée d’herbes puantes ; Une poignée de feuilles de tabac vert.

« Vous pilez le tout ensemble dans un mortier, vous en pressez le jus à travers un linge, vous mettez deux doigts de ce jus dans un verre ordinaire avec tin peu de tafia, suivant l’habitude de l’individu ; s’il boit d’ordinaire, vous mettez au moins le tiers en sus du liquide. Dans le cas que le malade n’en userait pas, vous ajouterez fort peu de tafia, et vous ferez boire un seul coup pour tout remède.

Pansement extérieur. — « Prenez le marc de ces différentes plantes, mettez le tout dans un vase que vous arroserez de tafia pour bien humecter ce cataplasme. Vous le mettrez entre deux linges que vous appliquerez sur là partie malade. De temps à autre vous arroserez avec un peu de tafia pour tenir ie cataplasme humecté, car il se dessèche par la chaleur de la peau. Vingt-quatre heures après, vous ferez bouillir des feuilles de figue-bananes sèches et des cordes et feuilles de patates de bord de mer. Lorsque le tout sera bien consommé, vous laisserez refroidir, et avant de mettre la partie malade dans ce bain, vous f ajouterez une bouteille de tafia en plus, suivant la quantité de liquide que le bain de la partie malade exige ; car s’il fallait tremper une main, il n’en faudrait pas plus d’une demi-bouteille.

o Je frotte la partie avec du Citron pour bien connaître le mal.

« Je mets le malade à une diète rigide pendant un ou deux jours, et ne lé laisse boire pour toute tisane que de la malnommée adoucie avec du gros sirop.

« Cette recette contre la piqûre du serpent est efficace pour tous les endroits. Vous n’avez pas besoin de donner le remède chaud, lorsque vous ajoutez une partie spiritueuse : il convient de tenir la partie chaudement. Vous pouvez laisser dormir s’il convient au malade ; en général l’inquiétude le lient éveillé.

On répète plusieurs fois les bains.

Si l’enllure est considérable on peut employer un cataplasme, avec aloës & froid battu dans du sel et coupé par tranches. 11 suffit d’étendre ce cataplasme sitr tout le membre enflé. »

Ce remède est un de ceux qui se présente avec le plus d’autorité. Il m’a été envoyé par beaucoup de personnes dont le témoignage mérite la plus haute cousidéiation; je tiens de souice certaine que c’était ce remède dont fesait usage au Vauclin sur son habitation le grand père de MM. de Tascher, il eût encore très en

eovce d’acacia de six à huit pouces de long, et d’un pouce à un pouce et demi de large a peu près. On dépouille cette écorce de sa pellicule verte. Si le malade a de bonnes dénis, on lui donne cette écorce à . mâcher et on lui fait avaler le jus et par dessus, un bon coup de tafia; ou bien on extrait le jus on le mêle au tafia et on fait avaler le mélange, environ un verre à toast. Si le serpent est gros ou donne aussi deux ou trois doses. On met ensuite sur la piqûre le marc qui reste, mêlé avec du tafia et du sel.

“ Pour tisane, si le malade a soif, eau et tafia. Quand le malade est mordu à la jambe ou au pied, les nègres lui mettent un jarretière avec l’écorce d’acacia,

'•*' Le pansement se fait à froid, ”

Ce remède m’a été envoyé par M. Duchatel, qui le désigne sous le titre de traitement Caplaou, parcequ’il est en usage sur son habitation parmi les nègres aiusi nommés: M. Duchatel, ajoute, qu’il en a toujours vu de bons effets.

L’Acacia à fleurs jaunes, est un arbrisseau fort commun à la Martinique. M, Levacher, dans son Guide des maladies de Sainte-Lucie, le donne comme un bon antiseptique qui déterge la surface des ulcères les plus sordides, arrête la gangrène, etc., etc. Non seulement quelques personnes s’en servent comme d’un remède curatif delà piqûre de serpent; mais quelques unes me l’ont vanté comme un préservatif contre cet accident. C’est l’écorce d’acacia, qu'employait cet homme dont les Antilles ont parlé dans le temps et qui se donnait pour un preneur de serpent: il savait disait-on les charmer, les engourdir, s’en faire obéir, on en citait des merveilles, plusieurs fois il avait réclamé de l’autorité municipale une récompense en retour de son secret ; quelques uns s indignaient qu on attendit si longtemps pour faire une aussi précieuse acquisition. Je lis venir cet homme, et en présence d’un grand nombre de personnes, je le mis en face d’un très moyen serpent gris déjà atfaibli par plusieurs jours de captivité. G. après s’être fait arranger par un camarade, se présenta dans l’arène, il machait d’une herbe que nous reconnûmes pour être l’écorce d’acacia; il en cracha le jus à plusieurs reprises sur le serpent (absolument comme au temps de Lucrèce). Cria, gesticula, iit enfin toutes sortes de grands mouvemens : mais n’osa jamais toucher à l’animal, malgré le rire de toute l’assemblée. Enfin notre spirituel compatriote Auguste de Maynard, ennuyé de toutes ces jongleries, sauta sur le serpent, le saisit par leçon et se tournant vers G. qu’il fit reculer, il lui montra que de la hardiesse avec un peu d’adresse, aurait pu le tirer d'affaire et pouvait être un très bon talisman même contre le serpent. Ab uno disce omîtes.

L’acacia est très employé à Ste-Lucie.

n° 13. De l’Epineux blanc .

Chardon béni (argemone mexicana). — Ecorce Epineux blanc (clavalier des Antilles, Zanthoxylum.)— Poiore de guinée. — Ta fia et Vin rouge.

“ Prenez un gros 1|2 de graines chardon béni ; un gros 1|2 poivre de guinée un morceau comme le doigt d’écorce épineux blanc, le tout bien pulvérisé, et rais dans une bouteille de bon tafia. Vous donnerez un petit verre à liqueur selon l’âge de l’individu mordu.

“ S’il y a vomissement on récidivera les doses jusqu’à ce que le vomissement soit rentièrement passé, s’il y a du froid également, on donnera pour une piqûre ordinaire deux ou trQis coups, pour appareil, on imbibera une compresse avec lé

remède l’on aura soin de la mouiller de temps en temps, ou bien on s.e servira de l’alcali avec l’huile d’olives !

“ Pour tisane, on mettra une cuiller de tafia et un verre de viu rouge, dans une bouteille d’eau. ”

ta base de ce remède est l’épineux blanc, plante que nous n’avons point vu,figurer jusqu’à présent : mais le véhicule est ioujours du tafia.

Ce remède m’a été communiqué par M. le pharmacien Bernard Carbouère comme étant fort en crédit au Lamentin. J’ai su aussi que depuis longtemps l’épineux blanc était employé au Gros-Morne par MM. Duvalon pèreet fils, et qu’ils flot en lui une grande confiance.

L’épineux blanc à feuilles de frênes pour le distinguer de l’épineux jaune, est un zanthoxylum de la famille des therebinthaeées, son écorce est aussi employée dans quelques tisanes, comme fébrifuge et comme antisipbilitique.

n° 14. — Remède par le trèfle (arislolocltia triloba), de M. E. Cottrell, du Macouba.

a Faites infuser une poignée de racines de trèfle du pays dans une bouteille d'esprit de tafia : ajoutez des cendres de pipe.

« Faites prendre îi la personne mordue un petit verre de cette infusion; il est rare qu’on soit obligé de donner deux verres.

«Prenez du chardon béni, des pavots du pays et de la malnommée, de chaque, une poigné, un citron coupé; faites bouillir le tout dans un vase d’eau, pilez et ajoutez un peu d’esprit de tafia, faites avec ce mélange un cataplasme, et mettez sur la plaie.

« Je ne donne aucune tisane particulière; je fais observer un régime sanssej, je tiens le malade couché, et lorsqu’il est sur le point de sortir de l’hôpital, je lui donne une médecine. »

M. F,. Cotlercir m’a assuré qu’il avait pansé ainsi un très grand nombre de personnes, et qu’il n’avait perdu aucune d’elles. Non-seulement il considère le trefle du imys comme l’antidote de la piqûre du serpent, mais il croit cette plante antipathique au serpent. — Ayant remarqué, me dit-il, que les lieux où le trèfle se trouve en abondance avaient peu desei pens, j’en ai fait planter dans le jardin potager qui entoure ma maison, et où j’avais liabilude de tuer beaucoup de serpens : depuis que je suis ainsi gardé par le trèfle, je n’ai plus tué un seul serpent.

J’ai trouvé celle opinion sur le trèfle chez plusieurs autres personnes. Je signale ce fait ù l'attention des observateurs, mais je ne garantis rien.

n° 15. — Remède par la calebasse d’herbes.

« Il faut commencer par poser sept ventouses sur la partie piquée et plus haut, et dire à chacune d’elles: — Venin, arrête ton cours! —Comme Judas a trahi Notre Seigneur, les sept ventouses sont ù l’honneur des sept plaies qu’a souffert Notre Seigneur Jésus-Christ ; puis, un paler et un ave à chaque ventouse.

« Prenez de la poudre de pipe (un dé à coudre, —neuf feuilles de calebasse d’herbes, —neuf petits paquets de pied-de-poule, — neuf paquets herbe à cou-

K° 16 . — Autre formule du remède précédent.

a Mon vieux camàradp.

« J’ai lu dans le journal les Antilles , plusieurs recettes pour lé pansement de « la piqûre du serpent consignées dans votre Enquête,)!', vous en envoie une qui o m’a été donnée il y a plusieurs années par ma cousine Mme LiUée-Amelin, qui « s’en servait avec succès ; elle la tenait du nègre Barthêlemi qui jouissait au « Gros-Morne, d’une grande réputation pour la piqûre du serpent. »

En effet nous trouvons dans cette recette l’emploi de la calebasse d’herbe, mais ilestcombiné, avec l'emploi de beaucoup de plantes précédemment indiquées, en outre il y en a d'autres qui n’ont point encore paru telles que l'ortie , l'herbe ri bit, l'herbe ri •panache, etc. J’ai déjà dit que l’énumération de toutes les heibes employées dans les recettes contre la piqûre du serpent serait une flore complète de la Martinique. Non seulement dans chaque quartier, mais dans chaque habitation, le pansement présente quelque modification. Je cherche à donner une idée de cette variété, en rapportant les formules qui offrent le plus de différences qjais on conçoit que j’ai du négliger celles ou la diversité ne consiste que dans un ou deux ingredirns différents. C’est pourtant à ces légères différences de leur remède que les auteurs d’ordinaire attribuent son efficacité.

N” 17. — du Citron.

Vous donnez trois doigts de jus de citron dans un verre, une heure après une pareille dose; ensuite on laisse un intervalle de deux heures pour la troisième do r e, on continue les doses decettemanitre jusqu’au moment ou les douzes heures sont écoulées.

Ou scarifie la plaie, ensuite on y met un cataplasme composé du marc des citrons, de la poudre et du sel, l’on frotte doucement la partie mordue de citron afin de faire le suc du citron entrer dans les pores.

Si l’enflure continue quelques jours sans danger de dépôt, on la fera cesser en la bassinant dans une décoction d’herbes à charpentier bien bouillie, dans laquelle on ajoutera du tafia. Il fautque le bain soit tiède.

J’ai parfaitement réussi à enlever l’enflure avec le remède du docteur Havard savoir : Une grosse poignée patalte du bord de mer, une idem feuilles figues bannanes sèches, une poignée pied-poule; faites.le tout bien bouillir, laissez refroidir et trempez la partie enflée dans cette eau, après y avoir ajouté une bouteille de tafia et faites tremper a froid trois fois le jour, la même décoction sert pour trois ou quatre joursen y ajoutant du talia tout les jours.

Si la fièvre ou la fluxion de poitrine, ou enfin le dépôt se manifestait, il faut laisser de côté les remèdes pour la piqûre du serpent et s’occuper de la maladie.

Remède du docteur Havard, pour la fluxion de poitrine.

Si la fluxion de poitrine se fait sentir, faites vomir de suite avec l’émétique, posez un large vessicatoire sur le point, donnez beaucoup de lock d'huile palmachryslie et kermès toutes les heures pour tenir le ventre libre.

Remède pour faire tomb er la chair morte et guérir la. Gangrène.

Une cuilliérée d’huile d’olives, une idem gros sirop, deux idem vin, un jaune d’œuf, un peu de farine de froment pour donner de la consistence, passez le tout au feu pour le faire cuire et en faire une bouillie.

J’ai choisi cette formule entre un grand nombre d’autres dans lesquelles l’emploi du citron est recommandé. Elle m’a été donnée par M. le docteur Cornette de St.-Cyr, qui la tient de M. Huyghes Deslietages, du Marin. De tous les remèdes indiqués jusqu’à présent, le citron est celui qui me parait le plus répandu, tantôt il est général a tout un quartier, tantôt particulier à une habitation, quelquefois il est employé seul; d’autres fuis il entre dans le remède comme élément, en môme temps que d’autres plantes, ainsi qu’on l’a pu voir dans plusieurs des recettes précédentes; il m'est venu de tous les côtés, de Ste.-Anne et de la Basse- Pointe.

Voici ce quem’en écrit l’anonyme Jean-Joseph, déjà nommé (et qn’à sa malice' de bonne, compagnie j’aurais du déjà reconnaître pour M. de G**) «Le but de « cette longue lettre est de vous parler du citron, c’est d’après mon expérience « ( l'auteur si je ne me trompe a bien près de SO ans ). Le premier de tous les « remèdes de serpent. Je ne l’ai jamais vu faillir et je l’ai employé pendant trente « ans dans mon atelier dont près de la moitié a subi la moisnre du serpent, « quelques uns, deux ou trois fois. Je n'ai vu d’accident qu’une fausse couche.

« Voici la manière de s’en servir : si l’on a le malheur d’être mordu du serpent il faut aussitôt manger quelques citrons, graines et pulpe, frottez ensuite la plaie avec plusieurs autres, laissez faire des scarifications sur les piqûres d?s crocs, Si vous vous en sentez le courage, et couvrez ces plaifs avec des tranches de citron, puis d’heure en heure pendant ies premières douze heures, avalez un verre a toast de jus de citron, puis éloignez les verres de jus de cit-on de deux en deux heures et de trois eri trois heures; continuez de renouvelle!' les tranches de citron sur la plaie; et arrosez même tout le membre avec du jus, le plus souvent possible, A moins de ces morsures contre les quelles tout remède est inutile soyez sûr que le malade guérira. »

« La plupart de mes nègres; ajoute l’auteur, savent administrer un remè le aussi simple, un d’eux qui fait commerce de vers palmistes, et qui pour en avoir, est obligé d’aller couper les palmistes nains, au milieu des bois, ne marche jamais sans porter quelques citi ons sur lui et bien lui en prend, car dans une de ces excursions, ayant été mordu par un serpent, il se pansa sur le champ et vint achever son traitement dans sa case.

« Il y a cinq ou si x rr.oi -, le même jour, un de mes nègre", un nègre de la Gra ;d-Anse, un de l’Ajoupa-Bouilion et un homme de cou leur libre, de mes environs furent p’qués du serpent, il y eut aussi un cheval du médecin M. *"* qui le fut également. Le nègre de l’Ajoupa-Bouillon, celui de la Grand-Anse, pansés par des remèdes différen? moururent, l’homme libre resta longtemps paralysé, le cheval même du médecin est mort; mon nègre pansé avec le citron était au travail après dix jours, encore trois ou quatre jours avaient-ils été aç- . coi dés de générosité, pour la convalescence.

« Vous n’êtes peut-être pas sans curiosité de savoir comment le pansement par le citron, s’est indrod.uit à la Martinique? un jeune homme nommé M. Lartiguesqui depuisest mort delà fièvre jaune en causantaupère Cairéliune frayeur épouvantable, avait habité Ste.-Lucie, où le citron était employé, se trouvant un jour chez M**. de T. au moment pp l'on portait à l’hôpital une négresse piquée dit serpent, i] pa’-la de l’efficacité du citron avec tant de conviction, qu’on lui confia la

4" Retirer avec des pinces ies crocs du serpent qui se cassent souvent dans ia plaie, par l’effet du saississement qu’éprouve la personne mordue ;

S" Macérer flans du rhum de l'herbe pied-poule avec du sel et du piment, laver la plaie et y appliquer un cataplasme avec les mêmes matières ;

G” Envelopper le malade avec des laines pour le faire transpirer, et lui donner au besoin un second petit verre de rhum et de jus d’orties :

7" Donner pour boisson ordinaire du grog, c’est-îi-dire du rhum et de l’eau, faire diète.

Si le pansement est bien fait, aussitôt t|ue le malade a transpiré, il est guéri, et peut travailler vingt-quatre heures après. Néanmoins il faut éviter de le faire sortir à l’humidité.

Le venin du serpent pris intérieurement n’empoisonne pas, mais il s’inocule comme le vaccin. La personne qui suce la blessure et crache le veuin n’a rien à craindre, à moins qu’elle n’ait mal à la bouche.

On peut au besoin remplacer l’herbe pied-poule par des feuilles de plantin, ces deux plantes coupent parfaitement ta gangrène.»

(Extrait d’une notice sur Me de Sle-Lucie, Paris 1840.

N° 21 — Remède par la Liane-Lait case (Père Labat) .

» Voici encore un autre remède pour la morsure des serpens. C’est une liane qu’on appelle Laiteuse, et qu’il ne faut pas confondre avec le bois laiteux, dont j’ai parlé ci-devant.

Ceux qui ont élé mordus d’un serpent sucent le lait de cette plante, bois et feuilles tout est bon, et après avoir un peu ratissé la première écorce, ils mâchent la seconde avec le bois pour appliquer le marc en manière de cataplasme sur la morsure qu’il faut avoir soiu de scarifier légèrement. Ce marc attire le venin que l’on voit comme une matière verdâtre et virulente sur le cataplasme, quand on le leve pour en mettre un autre, ce qu il faut faire de six en six heures ; observant que ce soit lu blessé qui mâche l’écorce et le bois dont il esl composé. On fait encore avec le même bois légèrement pilé, une tisane dont on lui donne à boire à discrétion. J’ai remarqué que tous les remèdes qu’on applique sur les morsures des serpens, peuvent être employés pour guérir les ulcéré, de quelque nature qu’ils soient. On prétend que le suc de cetle liane est souverain pour ces sortes de maux,

( Nouveau voyage aux lies p. 232. J L’auteur ajoute une description de ta Liane-Laiteuse pour la distinguer des autres lianes.

Outre le remède précédent, outre celui par la liaue-à-serpent déjà indiqué et encore un autre que nous donnerons plus lard en san lieu ; le père Labat dans un chapitre particulier, résume ainsi la manière de panser de son temps, la piqûre du serpent.

n° 22. — Pansement rapporté par le père. Labat.

On vint me chercher pour confesser un nègre de monsieur Roy à lagrande rivière, qui venait d’être mordu d’un serpent. M. Michel eut l'honnêteté de m’y accompagner.

Il faut que j'avoue que i’élat où je trouvai le nègre me fit compassion, il avait été mordu trois doigts au dessus de la chevillé du pied, par un serpent long de

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