‹ Enquête sur le serpentChapitre 6 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

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Quant *i u x simples recommandées, on voit que ce sont les mêmes que ceux énoncés dans les remèdes précédées, à l’exception de la tête du serpent et de la thériaque dont nous parlerons plus tard.

Mais un point sur lequel je désire arrêter un moment l’attention: c’est l’opinion qu’on doit avoir de la succion de la. plaie par une autre personne ou par l'individu lui-même. On a vu que M. Beaucé donnait celte pratique pour être rans danger. Le père Dutertre et le père Létbat disent le con’ràire et citent des faits incontestables à l’appui de leur opinion. « Il fau’ bien, disent-ils, se garder de sucer les piqâivs lorsque l’on a quelque plaie ou ulcèie.à la bouche. » Mais comme les personnes qui sont dans ce cas doivent être rares, je crois que le précepte de sucer la piqûre, comme précepte général et lorsque la chose est possible, est un excellent précepte: la succion est la meilleure de toutes les ventouses ; il n’en est aucune qui pompe et attiré autant le venin ; en même temps elle presse les parties voisines par le mouvement des lèvres et lave la pluie par la salive. Quant aux effets du venin dans les voies digestives, j’ai déjà rapporté les expériences faites par M. Guyon et par moi page 49, et qui démontrent que ce passage est tout-h-fait sans danger. Le venin eit décomposé et digéré par les sucs gastriques. (Voyez la partie pathologique.)

N* 24- — Remède recommandé par M. Thibaut de Chanvalon. (Voyage à la Martinique, 1751.)

« On sait aujourd’hui dans toute l’isle la façon de traiter leur piqûre. Parmi divers remèdes, le plus simple de ceux que j’ai éprouvés est celui du càapebt, que l’on connaît à la Martinique sous le mm de liaiie-a-serpent, ou mieux encore sous celui de liane à glacer l’eau. On lui donne ce dernier nom parce qu’elle est si muciiagineusc, qu’elle épaissit l’eau dans laquelle on l’écrase. Cette eau épaisse forme une espèce de gelée; elle paraît alors figée. I) faut prendre cat:e plant», en faire boire le jus au malade de temps en temps et appliquer le marc sur la morsu'e, après en avoir frotté la plaie. Cette plante ne vient point dans tons les terrains ; à la Martinique on ne la trouvé poiut dans cette partie de l’isle appelée la Montagne-Pelee. »

Je ne sais si la lia nne -à-serpent dont il s’agit ici est la même don t nous avons déjà donné la recette, d’ap ès le pète Labat, ou si c’est Vophiorizzu mwigos dont nous allons parler tout-à-l’heure, et qui signifie aus=i, en grec, racine de serpent. Je serai tenté de croire que c’est de cette seconde plante dont il s’agit; car l’auteur, qui est postérieur au père Labat, ajoute : a Cette recette si simple est inconnue aux îles, quoique celte liane entre dans la composition de quelques-unes de celles qui sont usitées. Sur le témoignage de Marcgrave et de Bison, je l’appris à diverses personnes qui l’ont éprouvée aveqgsjccès. »

n° 25. — Autre remède du môme auteur.

a J’aisçu que les Indiens de la Guyane avaient appris aux habitans de Cayenne un remède à peu près semblable. Ils prennent des feuilles à'ouangue ou ouangle, après les avoir pilées, ils en font boire le jus au malade et en appliquent le marc sur la morsure.

«La plapte que l'on connaît a Cayenne sous le nom à'ouangue est celle que l’on appelle gigiri à la Martinique. C’est le digitalis scsanum dicta, rubello flore, du père Plumier; le scsamim foliis ovato oblongis, integris. (Linnée.)

« Je tiens ce remède de M. de Préfonlaine, officier de Cayenne. Comme le caapeba n’est pas très-commun à la Martinique, on aura plus facilement le gigiri. Les nègres le cultivent pour sa graine que l’on mange.

« Thibaut de Chanvalojv. »

J’avoue que j’aurais été étonné de trouver Je gigiri au nombre des plantes recommandées contre la piqûre du serpent, si je ne savais, comme je l’ai déjà dit, que quelques personnes traitent cette piqûre uniquement par les émolliens, car le gigiri est une des plantes les plus douces et les plus mucilagineuses qu’on puisse avoir. Dans la thérapeutique du pays, on s’en sert contre les angines et contre les ophthalmies, c’est-à-dire dans les cas où il faut calmer une vive irri-

n° 26. — Remède recommandé par M. Levaseher. (Guide médical des Antilles, 1840.)

« Il existe aussi dans les Antilles quelques plantes ignorées et qui nous offrent des principes d’une rare activité. La racine d’une de ces plantes, connue des anciens caraïbes et maintenant de quelques nègres africains, possède la merveilleuse propriété d’enivrer ou de calmer à tel point la vipère de ce pays, qu’après s’en être frotté les mains, on peut aborder ce dangereux reptile, le prendre et le replier en tous sens sur lui-même, sans éprouver de sa part ni résistance ni

« Une racine aussi précieuse; et que je suppose être celle de Vophiorizza mungos, n’est malheureusement encore que le secret de quelques hommes, qui se refusent obstinément à nous le faire partager. »

II est à regretter que M. Levaseher, médecin à Ste-Lucie, écrivant un guide médical pour les liabitans, n’ait dit que ces quelques mots sur la piqûre du Trigonacepkale , fléau particulier à cette colonie et à la Martinique.

M. Levaseher suppose que la racine dont les nègres font un secret est celle de V ophiorizzamungos; mais il est probable qu’il en a parlé d’après les auteurs et non d’après des recherches faites par lui-même. « Kampfer, dit M, de I.acépède à l’article naja, prétend que l’on a un remède assuré contre la morsure venimeuse de ce serpent dans la plante que l’on nomme mungo ainsi qu 'ophiorizza, qui croît abondamment dans les contrées chaudes de l’Inde, et que l’on a employé non-seulrment contre la morsure des reptiles et des scorpions, mais même contre celle des chiens enragés. L’on disait, suivant ce même Kempfer, que l’on avait découvert ses vertus anti-venimeuses, en en voyant manger à des mangoustes ou ichneumons mordus par dcsNasas, et que c’était ce qui avait fait appliquer à ce végétal le nom de mungo donné aussi par les Portugais aux mangoustes. » Malgré des renseignemens recherchés auprès des personnes qui s’occupent de la botanique locale, il ne m’a pas été possible de savoir si Vophiorizza mungos est une plante indigène à la Martinique: M. Artaud la croit exotique ; M. Eugène Coltrel dit qu’on la trouve dans les terrains gras du François et du Robert.

Comme nous ne sommes pas si pauvres en remèdes à serpent, ainsi qu’on a pule voir par leur dénombrement, qu’il nous faille enaller chercher jusqu’au bout du monde, dans l’Inde ; comme l’analogie est un guide peu sûr dans la recherche de la vérité; comme il est rare que deux choses se ressemblent par le côté qui veut qu’on en profile, et que bien d’autres remèdes réputés infaillibles contre la morsure des serpens exotiques, ont été trouvés impuissans contre celle du 7Vigonocéphale, ne nous occupons pas plus longtemps de 1 ’ophiorizza, malgré sa renommée dans les livres, et laissons-en les obscurités aux botanistes.

Quant aux prétendus secrets des nègres et des caraïbes, ce sont des croyances qu’on a pu admettre dans leur nouveauté, alors qu’elles n’avaient été l’objet d’aucun contrôle, alors que les nègres, les caraïbes et tous les sauvages du monde pouvaient, jouir du prestige des choses inconnues, omne ignotum pro magni/ico est. : alors, en effet, on put soutenir, en pleine Europe, devant toutes les académies, que l’état sauvage est vraiment l’elat de nature de l’homme, que l’instinct est au-dessus de la raison, et que c’est à retourner dans les bois que doivent tendre tous nos efforts. Mais aujourd’hui que les voyageurs on t porté partout les lumières de la civilisation, de pareils paradoxes seraient dangereux à soutenir et motiveraient 1 admission dans une maison de fous de celui qui oserait les tenir, sérieusement. Toute merveille rapportée des pays sauvages doit être suspecte ; il y faut croire comme au d’able et aux rcvenatis, sous bénéfice d’inventaire.

N° 27. — De l’emploi du suc de bananier.

M. l’editcur du Palladium de Ste-Lucie a eu la bonté de me faire parvenir quelques numéros de son journal, dans lesquels sont relatés quelques-uns des remèdes en usage à Sle.-Lucie, contre la morsure du serpent. De ces remèdes, les uns ont été déjà donnés par nous, d’autres le seront plus tard. Au nombre de ceux dont nous n’avons pas encore fait mention, se trouve le suc de bananier.

a Un des remèdes, dit l’auteur de l’article, que j’ai vu maintes fois appliqués avec succès par un habitant de Ste-Lucie, qui pendant trente ans a fait profession de panser les personnes mordues du serpent sans en perdre une seule (1), est le suc de bananier. Du moment que le blessé lui était amené, il scarifiait les plaies, prenait environ le tiers d’une grosse racine de bananier, la lavait pour en retirer la terre qui y adhérait, la broyait dans un mortier, en extrayaitle suc et fesait prendre de ce suc au blessé environ un verre à claret, toutes les 10 ou 20 minutes, observant de faire boire chaud, si le malade était en transpiration, autrement il laissait boire froid. Le marc de celte racine de bananier était appliqué sur la plaie, après qu’on avait eu le soin de frotter fortement et longtemps les scarifications, on laissait ce cataplasme pendant vingt-quatre heures; les pan* semens suivans étaient faits avec l’onguent supuralif ordinaire. M*** répétait

(IJ C’esl la prétention de tous les panseurs de ne perdre aucune des personnes pansées par eux. On sait ce qu’il faudrait penser d’un médecin qui, dans une épidémie, se vanterait de n’avoir perdu aucun malade, c’est qu’ators l'épidémie aurait été fort peu grave, et cela arrive plus souvent qu’on ne croit. Rien n’est plus variable que les épidémies d'une même affection sous le point de vue de sa gravité, témoin la rougeole, la scarlatine, la dysséntcric, etc. qui sont tantôt bénignes, tantôt d’une malignité désespérante

ta dose du suc du bananier cinq ou six fois, et après douze heures, il regardait le malade comme hors de tout danger. »

Dans la partie physiologique de cette enquête, j’ai déjà dit que le P. Feuillée avait guéri avec le suc du bananier son chien de chasse mordu à plusieurs reprises et avec fureur par un énorme serpent. Le remède date de loin, car le P. Feuillé est antérieur au P. Dutertre.

Le suc du bananier est très astringent au goût ; cependant il ne paraît pas contenir du tanin. Les réactifs qui révèlent la présence du tanin n’y ont produit aucun effet, on sait vulgairement que ce suc laisse sur le linge qui en est imprégné des taches indélébiles qui peuvent simuler des taches de sang. Lucien, assassin du sieur Lapeyronie, avait voulu profiter de cette ressemblance pour cacher son crime ; il soutenait que les taches trouvées sur son linge étaient produites par le suc du bananier. Il suffit aux experts (MM. Fazeuille, Morin et moi) de démontrer que les taches’de sang s’en allaient par le lavage, et telles étaient celles qui se trouvaient sur le linge de l’assassin. Le suc du bananier ne parait pas renfermer un acide, il ne rougit pas la teinture de tournésol.

Après le règne végétal, le règne animal a été mis à contribution, à commencer par le serpent lui-même, comme si, semblable à la lance d’Achille, il devait guérir les blessures qu’il faisait. Sa tête, son cœur, sa rate et son fiel servent de base à un remède célèbre.

N° 28. — Têtei cœur, rate et fiel de serpent. (Remède du P. Dutertre. )

« Le dernier et le plus assuré de tous les remèdes, selon l’avis des plus fameux médecins de la faculté de Paris, auxquels je l’ai communiqué, est d’user tous les mois d’une poudre composée de rate et de cœur de serpens ou vipères, en prenant le poids de 15 ou 20 grains dans un bouillon ou dans quelque autre liqueur; car s’il arrive que celui qui se sert de cette poudre soit mordu de ces dangereuses bêtes, le venin n’aura aucun pouvoir sur lui (1). Pour le regard de ceux qui pourront s’assujettir à user de ce souverain remède tous les mois, si par malheur ils viennent à être mordus, ils en doivent prendre incontinent le poids d’un escu, et c’est le plus assuré contre-poison qui soit au monde. »— Et ailleurs le même auteur dit ; « Il faut couper la tête à la couleuvre, la broyer et l’appliquer sur la plaie. Ce remède est pour ceux qui sont mordus dans les bois; il est si assuré que Mathiole le tient pour le plus certain. »

Voici une autre formule du même remède, plus détaillée, et qui a été longtemps très recherchée.

M° 29 .—Recette pour la composition de la poudre des dames Ursulines, de St-Pierre, pour panser la piqûre du serpent.

« Prenez la tête et le fiel d’un serpent ordinaire, placez la vésicule du fiel dans la gueule du serpent, afin qu’elle ne se crève pas, et opérez à feu lent la calcination de la tête et du fiel dans un vase vernissé. Quand le tête du sîrpent com-

(1) Singulière opinion sur la vertu pre'servative du remède! il agirait comm

mence à répandre un peu d’odeur, que la calcination est à moitié opérée, ajoutez-y neuf morceaux de racine de lierre du pays, de la longueur d’un doigt et coupés en tranches, neuf morceaux d’égale longueur d’herbe à couresse hachés également, et neuf citrons de la grosseur d’une olive, aussi mis en tranches. Quand toutes ces substances sont à peu près calcinées, on y ajoute une cuillerée a bouche de sel de cuisine, et on achève de calciner le tout jusqu’à ce que l’on puisse facilement en obtenir une poudre très fine, en pilant la tête du serpent et les autres substances dans un mortier de marbre. On passe la poudre dans une gaze, S’il restait quelque chose qui ne fût pas assez calciné pour être réduit en poudre dans le mortier, on repasse ce qui reste a une seconde calcination, jusqu’à ce qu’elle soit complète. On conserve la poudre dans une fiole bien séchée et bouchée hermétiquement.

a On reconnaît que la poudre ne vaut plus rien quand elle se met en boules, alors elle a contracté de l’humidité. Elle peut se conserver quinze et dix-huit mois, mais il vaut mieux la renouveler plus souvent.

Manière de panser avec cette poudre.

a A l’instant où l’on opère le premier pansement de la personne qui a été pi-* quée, il faut bien visiter la partie blessée et s’assurer autant que possible si l’une ou l’autre des extrémités des crocs du serpent ne sont point restées dans les piqûres en se rompant, ce qui arrive quelquefois. On s’en assure facilement en appuyant le doigt sur les piqûres et demandant à la personne blessée si elle ne sent pas une piqûre intérieure : si elle l’éprouve, on essaie alors d’extraire les morceaux de crocs qui sont restés dans les piqûres ; dans le cas contraire, il suffit de faire une légère incision sur chaque piqûre, pour faire écouler le sang, et l'y fixer; ensuite on y applique une pincée de la poudre que l’on y fixe par un bandage. On doit en faire prendre intérieurement et de suite au malade. La dose pour une personne ordinaire est ce que peut contenir un dé à coudre ; elle est moindre pour un enfant. On la délaye dans une quantité suffisante de tafia pour que le malade puisse en boire facilement. On renouvelle le pansement deux fois après ; cela suffit.

» Commel’effet du remède est d’occasionner une transpiration très abondante, il faut avoir soin de tenir le malade dans un lieu chaud ; il faut également l’empêcher de dormir dans l’intervalle du premier pansement au second.

c II arrive quelquefois qu’après les deux pansemens prescrits pour l’entière guérison du malade, la partie blessée conserve du gonflement; dans ce cas, on y applique un cataplasme de gombeaux ét d’herbes grasses pilés ensemble et bouillis dans du tafia, que l’on renouvelle deux fois par jour, jusqu’à parfaite guérison. On donne pour tisane et pour boisson, après le second pansement, de l’eau et du vin. Le malade ne doit point manger pendant cet intervalle. »

Cette poudre était préparée et distribuée par les dames ursulines, communauté religieuse établie à St-Pierre. On y avait grande confiance.

Galien dit (au livre de la thériaque ad Pisonem) que « l’on attire le venin « d’une morsure à vipère en y appliquant une teste de vipère sur la plaie; autres « y mettent la vipère entière bien pilée. » (Voir Ambroise Paré.)

Si l’on se reporte au temps où ce remède a été en vogue, on trouvera dans la matière médicale de celte époque, pour les autres maladies, une foule de près-

criptionssemblables. Le pied d’Helland, l'album grœcum, ou fiente de chien, etc., etc., tout cela allait bien de compagnie : c’étaient les remèdes à la mode, L’esprit humain expérimentait dans ce sens, tous les détritus des animaux y passèrent. C’est ce qui avait fait de la matière médicale, suivant l’expression d’Alibert, un étable d'Augias; il a fallu tous les prodiges de la chimie moderne pour nettoyer cet étable et pour en faire le temple que l’on voit aujourd'hui. Lorsque l’on considère au milieu de quelles épaisses ténèbres l’homme est obligé de marcher, de combien d’obstacles et de retardemens le fabricateur souverain a hérissé notre voie,

Pater ipse cotendU Haud facitem esse viam voluit,

on ne s’étonne ni de la lenteur avec laquelle l’homme s’avance ni des écarts qu’il fait à droite et à gauche, avant de marquer un pas dans le chemin de la vérité. Ce qui surprend plutôt, c’est qu’il finit toujours par se trouver en route, comme s’il devait un jour atteindre le but définitif.

Aujourd’hui, à la N- artinique, la poudre des têtes et rates de serpens n’est employée que comme ingrédient et non comme substance principale. Pendant que j’expérimentais sur des chiens quelques-uns des remèdes en renom, M. A. B*** me pria de le laisser essayer d’une poudre.—- cadeau précieux,— disait-il, qui lui avait été donné par un nègre marron, non-seulement comme un remède curatif, mais comme un moyen préservatif des piqûres du serpent. M. A. B***, ayant frotté de celte poudre un jeune poulet, le présenta au serpent qui servait aux expériences. Non-seulement le serpent piqua le poulet sans hésitation, sans répugnance, mais ce poulet qui était fort jeune, mourut en moins de cinq minutes, quoiqu’il eût été imbibé de la poudre avant et après la piqûre.

J’ajoute ici deux formules qui me sont parvenues, comme étantencore aujourd’hui en usage.

n° 30. — Recette communiquée par M. Edmond.

« Prenez une tête de serpent, faites-la sécher et griller, puis, réduisez-la en poudre. Prenez une poignée de piments dits d’oiseaux, faites les sécher, pulvérisez-les. Prenez des petits citrons, faites aussi griller et pulvériser, ainsi qu’une poignée de mouron.

« Infusez le tout dans du bon tafia, scarifiez les piqûres, donnez à boire de l’infusion, appliquez sur les plaies des compresses trempées dans cette infusion.

M. Edmond est très connu daus St-Pierre pour sa dextérité en toutes choses. Il tient ce remède d’un vieux nègre de Ste-Marie, et lui-même a pansé un grand nombre de personnes sans en perdre une seule.

On voit dans celte recette l’emploi des piments dits d'oiseaux. Les Antilles ont, dans le temps, donné ce remède, envoyé par M. Bicliet de la Grasserie, comme le meilleur qui fut employé dans les campagnes de la Nouvelle-Orléans contre la piqûre des serpents à sonnettes.

n° 31. —Recette donnée par M . Dussausay-Beaumanoir.

« Procurez-vous un gros serpent, auquel vous couperez la tête jusqu’au ras du cou, puis, prenez le foie elle fiel, faites frire ces parties de l’animal dans une

casserole qui n’aura .point servi ; vous introduirez dans cette friture la racine de lierre réduite en poudre. Quand toutes ces substances seront calcinées, vous les ferez broyer dans un mortier jusqu’à ce qu’elles soient réduites en poudre.

« La personne qui fait le traitement mettra cette poudre dans une fiole, pour éviter les inconvéniens de l’humidité. Elle prendra une bouteille de bon tafia, dans laquelle elle ajoutera un morceau de celte même racine de lierre, de la grosseur du pouce. Elle laissera exposer la bouteille au soleil pendant vingtquatre heures.

Pansement. — «On fera dés scarifications à la personne piquée; on lui donnera aussitôt la piqûre un verre a madère de ce tafia, dans lequel on a laissé infuser le lierre. On prendra celte poudre, qu’on semera sur un linge imbibé de tafia, lequel on posera sur la blessure. De 24 heures en 24 heures on renouvellera le pansement.

« Avant l’expiration des neufs jours, on fera trois pansemens par jour au malade, en lui faisant prendre trois petits verres du même liquide.

« L’auteur de ce remède prétend avoir traité plus de cinquante personnes piquées et qu'aucune n’y a succombé- »

N° 32. — De quelques autres remèdes.

« Voici les remèdes ordinaires, dit le P. Dutertre ; mais la charité m’oblige, pour la consolation des habitans de celte isle et pour m’acquitter en partie des obligations extrêmes que je leur dois, d’en coucher quelques autres ici plus faciles, et desquels un chacun se pourra servir, sans avoir recours au chirurgien.

« Un autre, très assuré, est de plumer le derrière d’un gros poulet, et après avoir fait l’incision, si l’on veut l’appliquer immédiatement sur la plaie, il attirera tellement le venin par le fondement, qu’il mourra entre les mains de celui qui l’appliquera ; celui-là mort, il faut en remettre un second, et ainsi consécutivement jusqu’à ce que le poulet ne meure plus. » (P, Dutertre.)

Ce singulier moyen, cette bizarre ventouse n’est pas un fruit de l’imagination locale ; l’honneur en doit être rapporté, comme pour beaucoup de nos préjugés, à la Métropole, car on lit dans Ambroise Paré à propos de la vipère : « On pourra s aussi mettre sur la playe, et entre autres, le cul des poulailles qui ponnes, « ou en lieu d'icelle, prendre des coqs ou poules d’Inde, parce qu’elles ont plus de «vigueur d’attirer que les communes et'si elles meurent en remettre d’autres. Si non veut, on pourra fendre tesdiles volailles toutes rives, lesquelles d’un discord na- « turel résistent au venin, parce que les poulailles sont de nature fort chaude. « Qu’il soit vray, elles mangent et digèrent les bêtes venimeuses, comme cra- « peaux, vipères, aspics, scorpions et autres: et consomment pareillement les o plus sèches graines qui soient, mesme des petites pierres et sablons. Parquo y « apqliqués dessus, ont grande force, d’attirer le venin en lieu d’icelles, on « prendra des petits chiens ou chatons, lesquels estant fendus, seront appliqués a tout chauds sur la playe et sur les scarifications, tes y laissant jusqu’à ce « qu'ils soient refroidis, puis on en remettra d’autres, tant qu’il en sera besoin.s On conçoit que ce ne peut être qu’à la curiosité de mes lecteurs que j’offre aujourd’hui de pareils remèdes ; ce ne sont plus que des pièces pour servir à l’histoire de l’esprit humain, le ne sais si l’avenir aura un jour à relever dans

!e temps présent des bizarreries pareilles t il est vrai que le magnétisme, l’homéopathie et la phrénologie sont de belle force, sans compter bien d’autres merveilles vantées à la 4 e page des journaux.

Suite des remèdes. — 1° La chaux-vive melée avec l’huile et le miel et appliquée en forme d’emplâtre sur la plaie, est encore un excellent remède.

(Dutertre.)

La chaux-vive peut être un bon remède, mais suivant la remarque de M. Blot, c’est en neutraliser 1’ action que de la mêler avec l’huile et le miel.

2° Il faut en dire autant de la cendre de sarment de vigne délayée dans l’huile mat et vantée encore par le P. Dutertre.

3° Deux ou trois gousses d’ail pour manger et quelques autres broyées et mises en forme d’emplâtre sur la morsure.

4° Le poids d’un escu de mouron, pris dans du vin blanc ou dans de l’eau.

5“ Le feu de la betoine, le bouillon de toutes sortes de poulliot ou de tin, les feuilles de moutarde broyées et appliquées sur la blessure.

D’Aléchamp, ajoute le P. Dutertre, donne plus de cent sortes de remèdes.

En voici d’autres encore tirés d’Ambroise Paré :

Et partant les ails, ognons, poreaux sont utiles, parce qu’ils sont vaporeux, fumieux et de tenue substance.

Autre : Prenez farine d’orge, délayée avec vinaigre; miel, crottes de chèvre, et appliqnez dessus en ferme de cataplasme.

Autre : Tout promptement on doit laver et fomenter la plaie avec vinaigre et sel et un peu de miel, le plus chaud que l’on pourra endurer et de ce, on frottera la plaie assez rudement.

Autre : Pareillement la moutarde délayée dans l’urine ou vinaigre est bonne. De ma part dit encore A. Paré, je conseille de prendre promptement de l’urine et en frotter assez rudement la plaie et y laisser un linge trempé dessus, il faut laver aussi fortement que le malade pourra endurer.

Je transcris patiemment tous ces remèdes afin d’être complété! plutôt pour l’amusement que pour le profit des lecteurs; par là, ils verront à quels misérables lalonnemens l’homme est condamné même lorsqu’il s’agit d’une chose aussi importante pour lui que la conservation de sa vie, puisqu’il lui faut aller frapper à toutes les portes de nature, pour demander du secours. Jamais satyrique, moraliste ou prédicateur ont ils imaginé quelque trait plus poignant pour peindre la misère de notre condition que ce cul des poulaillcs I O vicissitudes de l’esprit humain ! c’est ce même homme pourtant qui a trouvé tant de sciences, c’est lui qui s’appelle Homère, Newton, Bossuet ! Encore si cette prescription : “ et il faut leur mettre un gravi de sel dedans le cul et leur clorre le bec » était de quelque vieux nègres, mais elle est d’Ambroise Paré, chirurgien de trois rois de France, espèce de demi Dieu dans l’histoire de son art. O mystérieux assemblage de bassesse et de grandeurl

En résumé la multiplicité des remèdes prouve autant la facilité que la difficulté de la guérison, car là ou tout est mauvais il est indifférent d’employer tel ou tel remède, de même que là ou tout est bon, tout doit réussir. Dans l’espèce présente je dis que le grand nombre des remèdes doit nous rassurer, parcequ’ils montrent la variété de nos ressources, car pour avoir acquis quelque crédit il a fallu que chacun de ces remèdes ait réussi au moins quelque fois. Le soin que l’on met a s’en servir, la promptitude surtout de l’application font autant que la nature

du remède, et expliquent les alternatives de suecès et d’insuccès. L’emploi de l’urine doit fixer notre attention, ce liquide que nous portons en nous même peutêtre toujours à notre service, immédiatement, a volonté, nous savons qu’il entre en sa composition de l’anmoniaque, ceci est assez pour faire croire à son efficacité. Mais n’oublions pas le conseil d’Ambroise Paré, qu’il faut frotter rudement la partie afin que l’urine s’insinue dans la piqûre, et quelle délaye et décompose le venin.

Ayant épuiséles ressources de la botanique locale, malgré l’axiome que le remède croit toujours à côté du mal, on s’est adressé aux plantes étrangères, on a quitté l’observation directe, pour l’analogie. On a pensé que les plantes réputées bonnes contre la piqûre des reptiles exotiques le seraientaussi contre celles du Trigonocéphale. Nous avons déjà vu ce qu’il fallait croire des merveilles attribuées par Kampfer à YOphiorriza mungo , nous allons maintenant examiner ce qui est resté de toutes les espérances que firent concevoir à l’annonce de leur découverte, le Guaco, le Gombo muse, le Nandhiroba et le Polygala Seneka, quatre des plus célèbres plantes antiophioliques.

N° 33. — Bej'uco ou Vejuco de Guaco.

Mikania opifera, Mikania Guaco, Eupatorium Guaco.

Cette plante vient surtout dans la Nouvelle-Grenade, dans le Venezuela, à la Trinidad.

Je crois ne pouvoir mieux la faire connaître qu’en transcrivant ici les extraits, publiés dans le n° 73 des Petites-Affiches de St-Pierre de deux ouvrages qui parurent lors de l’annonce de la découverte de sa propriété ; de ces deux ouvrages l’un estle traité de Thérapeutique d'Alibert, l’autre la Notice du docteur Vargas :

«On a jetté dit Albert, beaucoup de merveilleux sur l’histoire des remèdes propres àcombattre lesaccidens qui se manifestent après la morsure des Serpensvénimeux. Quoi de plus fabuleux que ce qu’on a écrit sur la pierre renfermée dans le corps du Naja, et à laquelle on attribue une telle sympathie pour le venin, qu’elle le suce à la manière des ventouses 1 Redi, du reste, a déjà démontré le ridicule d’une pareille assertion. Je ne reproduirai pas non plus ce que Kampfer a publié sur la plante appelée Mungo, laquelle croit avec abondance dans les contrées brûlantes de l’Inde. Je m’abstiendrai pareillement de prononcer sur les vertus attribuées au Polygala Seneka, et à beaucoup d’autres plantes des pays chahds. Toutefois, la correspondance particulière que j’entretiens avec M. Zéa; naturaliste de l’Amérique méridionale, ne me permet point de passer sous silence les détails qu’il ma communiqués relativement au Guaco. Cette plante forme un genre nouveau, auquel doivent se rapporter les Cacalia, hauri-Folia et Cordi- Folia de Linné.

s C’est surtout au Choco, si célèbre par le Platine, dont il est la patrie, que se rencontrent les serpens les plus venimeux; et c’est là que depuis longtemps on employait le Guaco pour en guérir les morsures. Quelques nègres se transmettaient ce secret, auquel ils mêlaient des prières, des cérémonies et autres actes superstitieux. Aussi le vulgaire frappé des effets dont il ignorait la cause, croyait qu’il y avait de la magie.

M, Mutis à force d’adresse, parvint à le découvrir. 11 le communiqua à quelques amis, qui étaient réunis à sa maison de campagne, près de Mariquila, à

doigts de chaque main, il répéta cette espèce d’inoculation, aux deux pieds ainsi que sur la partie droite et gauche de la poitrine, puis me présentant le Scrpeni m’invita à le saisir sans crainte. Je crus devoir lui faire quelques observations sur les conséquences funestes qui pouvaient en résulter pour moi; mais le voyant toujours plein de confiance en son art, je m’emparai hardiment du reptile, qui ne fit jamais le moindre mouvement pour me nuire, quoique je l’eusse alternativement lâché et repris plusieurs fois. Il arriva cependant qu’un des Asistans ayant voulu courir les mêmes hasards fut mordu par le Serpent, à la seconde épreuve, mais cette morsure ne produisit qu’une très légère inflamation de la partie mordue.

o Deux de mes valets, qui avaient aussi subi l’inoculation, encouragés par ces essais, furent parcourir la campagne et en rapportèrent d’autres Serpens, non moins venimeux, sans en recevoir la moindre atteinte.

« En un mot, j’ai depuis cette époque, pris dans mes mains plusieurs de ces reptiles, après avoir simplement bu un peu du suc exprimé du Bejaco de Guaco, et ces épreuves ayant été souvent répétées, soit sur ma personne, soi t sur mes domestiques, toujours avec le plus heureux succès, je résolu en 1791, de publier un mémoiresur cet antidote remarquable, qui fut inséré dans une feuille périodique, publiée chaque semaine à Sanla-Fé. J’y joignis une description de la Plante et tout ce qui me parut propre à rendre publique et générale une découverte qui promet de si grands avantages à l’humanité. On trouvera dans ce papier, en date du 30 septembre 1791, le détail exact de toutes mes expériences, ainsique le nombre et les noms des personnes qui y assistèrent.

« Je me permettrai de joindre ici la tradition répandue parmi les Indiens et les Nègres de la Vice-royaulé de Santa-Fé, sur la manière dont fut faite la découverte des vertus de cette Plante : un Oiseau de l’espèce du Milan, décrit par Catesby, sous le nom de Faucon-Serpent, ne vit principalement que de Serpens dans les régions chaudes et tempérées de celte partie du Nouveau-Monde. Cet Oiseau a un cri monotone, souvent très désagréable par sa répétition qui imite la prononciation du mol guaco, ce qui lui a fait donner ce nom par les Indigènes, qui prétendent qu’il attire par ce cri les Serpens, sur lesquels il exerce une espèce d’empire. Ils joignirent à cette tradition une infinité d’autres fables : mais il est de fait que le Guaco poursuit ces reptiles partoutoù il peutles découvrir, etles Indiens et lesNègres qui vivent presqu’entièremenl dans les forêts et les champs, assurent que pour s’en saisir avec plus de sûreté, cet Oiseau commence par manger quelques feuilles de la Plante de Bejuco. La chose est possible: ils peuvent avoir ainsi découvert, et fait un heureux usage des propriétés de celle Plante; ici, comme dans bien d’autres circonstances, l'instinct des Animaux nousa conduit à une découverte importante et utile. »

Notice sur le Guaco Orbies y Vargas.

Dans un autre imprimé que j’ai sous les yeux, la fable de la découverte du guaco est rapportée tout au long, sous forme d’une nouvelle : o Un esclave marron dans les environs de Guyana, sur les bords de l’Orénoque, aurait vu l’oiseau appelé guaco livrer un combat à un serpent des plus venimeux. (Suivent tous les détails du combat.) L’oiseau resta vainqueur grâce aux feuilles de guaco qu’il allait becqueter à mesure qu’il se sentait blessé. L’esclave, ayant répété sur lui cette audacieuse expérience, n’hésita pas à se présenter au gouverneur de Caraças (il y ade cela, dit-on, environ 50 ans) ; il fit des essais publics et reçut pour livrer son secret une récompense de 50,000 dollars. »

Est-il possible de préciser davantage un fait : comment douter encore après

«ne pareille publicité ? Mais cette historiette est probablement coutrouvée, c’est une invention de quelque journaliste pour remplir les colonnes de son journal. Le docteur Vargas n’en dit aucun mot, et certes il n’aurait pas oublié une circonstance aussi solennelle, atissi favorable au remède qu’il voulait préconiser. Suivant lui, cependant, c’est toujours l’observation de l’antipathie d’un oiseau contre le serpent qui auraient révélé les propriétés du guaco. Nous avons déjà vu qu’une semblable origine avait été attribuée par Kampfer à la découverte de Yophiorizza mungos, Dans l’histoire de tous les arts, on trouve des traditions pareilles; et sans sortir de la médecine, ne dit-on pas que l’usage de la saignée nous a été appris par le cheval qui, chaque printemps, se frotte et s’écorche aux épines des buissons pour se tirer un trop plein de sang. C’est la cigogne qui nous aurait enseigné les effets des clyslêres qu’elle s’administre elle-même. Une foule de médicamens purgatifs nous seraient révéléé par les animaux, etc., etc. Est-ce humilité 5 l’homme de se mettre ainsi en lessede la bête pour trouver les choses qui lui sont nécessaires, et de croire que l’instinct aveugle est un meilleur guide que ht raison. Mais n’est-ce pas aussi uu beau spectacle de répresenter l’homme au centre de la création l’œil et l’oreille aux aguets, interrogeant le moindre bruit, le moindre mouvement, les étoiles du ciel, la feuille qui tombe, le vent qui siffle, l'oiseau qui vole, le moindre pas des animaux, pour en tirer ces inductions hardies qui élargissent le cercle où il est emprisonné ?

Une découverte si précieuse ne pouvait rester bornée au lieu où elle avait été faite. Comme la Martinique est connue dans le monde pour être le repaire du 7 rigonocéphale, on s’empressa d’y apporter le guaco. La gazette du pays répéta les éloges d’Alibert et du docteur Vargas ; chacun voulutavoir duguacochez soi, puisque grâce à cette plante on ne mourrait plus de la piqûre du serpent. MM. de Schack. Badollet et Houdeleck, en répandirent l'usage ; on en plantait partout. Je ne sais combien de temps dura cette vogue, mais déjà en 1823 le guaco avait perdu de sa renommée, et M. Blot écrivait ces lignes :

« On a donc naturalisé le guaco aux îles de la Martinique et de Ste-Lucie ; on o a répété les mêmes essais contre la vipère fer-de-lance, et malheureusement «toujours sans succès. A quoi tient cette différence dans les résultats? à la « différence des espèces de scrpens, à des circonstance, qu’on n’a pas appré- «clées. S’en était-on laissé imposer dans les premières expériences? les a-t-on «faites dans des cas où les blessures ne devaient pas être graves? Cependant « les témoins étaient des hommes difficiles à tromper ; ils s’étaient assurés que « l’animal avait ses crochets, que son venin n’avait pas été épuisé. M. de Hum- « bold lui-mème, dont on ne peut révoquer en doute ni la bonne foi ni l’attcn- « lion nécessaires en pareille occasion, a vu un serpent très venimeux, coluber « corallinus, détourner la tête à l’approche d’une baguette imprégnée de guaco. « D’un autre côté, M. Guyon vient de me communiquer le fait suivant : Il a « renfermé dans un cylindre de verre une jeune vipère, et lui a présenté, à l’ex- « trémité d’un bâton, des feuilles broyées de guaco; bien loin de détourner la « tête, l’animal y enfonça ses crocs avec fureur. Répétée avec d’autres vipères, « cette expérience a toujours eu le même résultat (Blot, page 27.) »

En 1835, M. Guyon répéta dans sa thèse la même opinion sur le guaco. Aujourd’hui, mars 1845, on peut dire qu’à la Martinique personne ne se sert du guaco. Quelques personnes me l’ayant pourtant signalé comme l’une des plantes les plus efficaces contre la piqûre du serpent, j’ai fait venir d’Angostura une fiole d’extrait de guaco, préparée par M. Vallée, pharmacien de cette ville, cl j’ai fait l’expérience suivante :

Un chien assez fort a été présenté à un serpent de cinq pieds, qui l’tf piqué à l’épaule. Immédiatement, j’ai rasé les poils, j’ai incisé toute l’épaisseur du derme au niveau des piqûres des crocs, et j’ai frotté les plaies avec de l’extrait du guaco ; j’en ai fait boire quatre grandes cuillerées à l’animal. Une demi-heure après, le chien était triste tremblait, traînait la pâte ; l’épaule était le siège d’un gonflement considérable, l’animal est mort à minuit. Le tissu cellulaire de l’épaule et du cou offrait l’épanchement noirâtre dont j’ai parlé.

Une autre expérience n’a pas été plus heureuse.

M. Canczza, qui possédait un gros morceau de liane de Guaco, prépara luimême une infusion avec du rum, fit piquer vers midi un jeune chien, le pansa lui-même : à quatre heures l’animal était mort.

Je ne crus pas devoir poursuivre davantage mes expériences sur le guaco, ma conviction était faite.

Quant à la propriété qu’on lui suppose d’écarter les Serpeus, aux faits déjà rapportés par M. Blot, j’ajouterai celui-ci : M. Touin, notaire en cette ville, m’a ailirmé qu’au temps où le guaco était à la mode, M. son père en ayant planté au Morne-Rouge, quelque temps après, lorsque la liane était en pleine végétation, on tua sous son feuillage un serpent qui avait cherché Cet abri pour s’y endormir paisiblement.

Je ne puis terminer cet article sur le guaco sans arrêter l’attention quelques inslans sur cette autre propriété neutralisante ou même répulsive du venin des serpens, qu’on suppose à l’inoculation de son suc dans les chairs de l’homme. On a vu ce que le docteur Vargas dit de cette pratique, le guaco préserverait de la piqûre du serpent comme le vaccin préserve de la petite vérole.—Quelle précieuse découverte, si elle était vraie! Nous n’avons rien de mieux à souhaiter que des spécifiques comme le vaccin ; c’est le dernier mot, le nec plus ultra de la médecine humaine ! Avec cinq ou six préservatifs comme cela, l'humanité changerait de face. Mais hélas! au milieu des maux innombrables auxquels nous sommes en proie, la vaccine est unique en son genre, c’est une de ces vérités que la Providence nous jette à ronger de temps en temps, pour nous faire prendre patience et nous empêcher de trop désespérer. Mais cette vérité a été la mère de beaucoup d’erreurs, de beaucoup de mécomptes, par les fausses applications auxquelles elle a donné lieu. Il est à craindre que la prétendue vertu préservative du Guaco ne soit de ce nombre. Dans une des lettres qui m’ont été envoyées pour me vanter le guaco je trouve le fait suivant :

« La gazette officielle de Curaçao publiait dernièrement un article relatif à « l’inoculation du guaco. Un habitant de la province qui s’était inoculé le guaco,

« avait un énorme serpent à sonnettes bien apprivoisé. L’homme jouait avec « l’animal comme avec un enfant, lui faisait des caresses qui lui étaient rendues; « au dîner le serpent montait sur la table et mangeait dans les plats ; il faisait « cent autres gentillesses semblables qui montraient évidemment l’efficacité de ” l’inoculation du Guaco, car on ne pouvait les attribuer au bon naturel de l’a- « nimal. Cela dura six ans. Mais un jour on. oublia de donner à manger à ce « serpent. Le maître, à son retour des champs, voulut se livrer à son diverlisse- « ment ordinaire; mais celte fois le serpent le mordit si fort, qu’il en coula du « sang, et cinq minutes après, le pauvre homme tomba comme frappé d’une « attaque d’appoplexie foudroyante.

« Signé JAMMES, ayant habité longtemps différentes provinces de la

A Ste.-Lucie, le guaco ne parait pas avoir fail meilleure fortune qu’à la Martinique : car dans l’article du Palladium de Ste,-Lucie déjà cité, l’auteur de cet article reproche aux habitons de n’en pas faire usage :— And yct tho Ihis daij we are not aware thaï the teast effort had been made to introduce il Itère, where it is so greatly wanted. —A la Martinique, malgré la première importation, le guaco manquait entièrement. Un officier distingué de la marine, M. Bedel Dulerlre, en a rapporté dernièrement quelques plants de la Trinidad ; jen ai planté dans mon jardin il vient mal. Suivant le Palladium de Ste-Lucie, on trouverait encore du guaco dans cette colonie, à l’Ause-Clcret, près de la rivière (1).

Le lecteur a maintenant sous les yeux toutes les pièces relatives à cette plante, si vantée dans le temps. Qu’il juge.

n° 3 h. — Atnbrelle ou goinbo-imisc o i musqué ( Hibiscus abel moschus ou mosckalus.

C’est à Ste-Lucie, en 1814, que le R. P. don Manuel Sedent y Radia, curé à la Sonfrièré, ancien missionnaire de la Côte-Ferine, fit connaître le gombomusc. Il avait appris des Indiens de Venezuela et de Santa-Fé l’emploi de cet antidote, a Un Indien vient-il, disait don Manuel, à être piqué du serpent, il se panse lui-même sur-le-champ et continue sa course et son travail sans accident. » Ce récit, fait par un ecclésiastique respectable par son âge et par sa qualité, encouragea les habitans de Ste-Lucie à en faire l’épreuve, et leurs succès ont pleinement confirmé la vérité de l’assertion. De 1814 à 1821, plus de cent cures ont été obtenues par MM. H, de Bernard, du Vieux-Fort, Mac-Dianet, de Laborie, et Tailla-son, du Grand-Cul-de-sac de Caslries, et par plusieurs autres habitans. (Extrait de la Gazette de la Martinique, du 29 septembre 1824.)

Le remède fut apporté à la Martinique par un anonyme qui le fit connaître dans la gazette de cette époque, par des notes à la date du 12 mai 1821 et 29 septembre 1824. Voici la composition qu'il donne du remède ainsi que la manière de s’en servir :

Composition du remède. — o Prenez des graines de gombo-musquè ( Ambrelle) bien sèches, pulvérisez-les et passez-les par un tamis très-fin : mettez de cette poudre dans une bouteille de pinte jusqu’au tiers de ladite bouteille environ, puis rcmplissez-la de bon tafia ou rum blanc : une livre de poudre divisée en cinq doses égales, sert à faire cinq bouteilles de ce remède. Chaque bouteille étant pleine de la composition ci-dessus, on la bouche et la tient en réserve pour l’usage.

Pansement. —« Lorsqu’il arrive qu’un individu ou qu’un animal a été mordu du serpent, on agite fortement le composé, et lorsque le liquide est bien mêlé avec le marc, on en fait de suite avaler au malade un verre à toast (environ 3

(1) Dans tes notices que j’ai sous les yeux, le guaco est recommandé contre un grand nombre de maladies, principalement contre le rhumatisme chronique, les faiblesses intestinales. C’est un vermifuge, un tonique, un fébrifuge, etc., etc. M. le docteur Verteuit, à la Trinidad, s’en loue beaucoup ; tes docteurs Carlcau et Lordat en ont compose un sirop. Mais la préparation la plus usuelle est une teinture à la dose de 1 à 3 gros par jour. On s'en sert aussi comme application externe.

-1 il

ci 4 cuilléiées à bouclic). On fait ensuite quelques légères scarifications à l’endroit mordu, on frictionne la plaie avec un linge imbibé du liquide, ensuite on l’applique en compresse, et à mesure qu’elle sèche on l’arrose : six à huit fois suffisent. Demi-heure après le premier pansement, on administre une deuxième dose du spécifique, pareille à la première, et le traitement est terminé.

« S’il s’est écoulé quelque temps depuis que la morsure a eu lieu, le pansement se fait comme ci-dessns, si ce n’est qu’il faut activer l’action du remède en faisant avaler au patient trois verres de quart-d'heure en quart-d’heure. Si par un plus long retard encore, le vomissement avait commencé ou survenait, on ne cesserait de faire boire au malade un verre du liquide immédiatement après chaque vomissement, jusqu’à ce qu’il soit arrêté, et dans ce cas, dès qu’il se serait écoulé 20 ou 25 minutes sans vomissement, on donnerait une dernière dose, et le traitement sera terminé : bien entendu que dans tous les cas possibles, il ne faut jamais négliger la scarification de la plaie et l’application des compresses imbibées du remède. »

Depuis cette époque, le gombo-musc est resté en usage à la Martinique : beaucoup d’habilans n’emploient pas d’autres remèdes, et la plupart des pharmaciens en vendent de tout préparé. Voici la recette que M. Morin joinL à sa préparation :

Traitement de la piqûre du serpent par la liqueur du gombo-musc,

« Aussitôt qu’un individu a été piqué du serpent, on lui fera prendre le plus tôt possible un verre a vin plein de liqueur de gombo musc, on pratiquera une scarification cruciale sur la piqûre, après quoi on appliquera une ventouse. Immédiatement après, on bassinera avec de la liqueur de gombo musc, à laquelle on ajoutera une quantité égale d’alcali volatil, et on posera des compresses imbibées de ce même mélangé qu’on renouvellera toutes les demi-heures. Toutes les heures on donnera un verre 5 liqueur de gombo musc, qu’on alternera avec une tasse de café très-fort, dans laquelle on aura ajouté 5 à 7 gouttes d’alcali volatil. Le malade sera tenu très chaudement, et on cessera l’administration du remède lorsque la transpiration sera devenue abondante.

“ Durant quelques jours, on ne donnera qu’une nourriture légère, et ensuite on purgera avec une médecine de manne, sel et rhubarbe. “

On voit que dans celte formule on a jugé convenable d’ajouter à l’action du gombo-musc, l’aide de l’alcali et du café. C’est qu’avec le temps le gombo-musc a perdu de son premier crédit, et il lui est arrivé ce qui est arrivé à tous les remèdes précédées : il est tombé dans les amalgames. C’est un fait remarquable dans l’histoire de la thérapeutique, que celte réussite des premiers essais d’un remède ; l'histoire des modes les plus frivoles n’est pas plus variable. On dirait que le sort conspire à nous induire en erreur, ou plutôt n’est-ce pas un effet de celle précipitation avec laquelle l’homme se jette dans le nouveau et se voue à l'inconnu. Tant le point acquis reste toujours imparfait!

n° 35. — De la noix de serpent et du Nandhirobu.

Je vais décrire un arbre dont le fruit guérit parfaitement les morsures des serpens les plus dangereux, et dont la vertu n’est contestée de personne. J’en puis parler comme témoin oculaire, m’en étant servi pour guérir unnegre de notr e habitation de la Martinique, qui avait été mo"du à la jambe par un serpent très

us

pas si c’est la même que la noix à serpent, mais ce qu’il y a de certain, c’est que parmi le grand nombre de remèdes en usage aujourd’hui, je n'ai trouvé ni nandhiroba ni noix à serpent, malgré le passage du P. Labat.

Le grand nombre de synonimies du nandhiroba doit en rendre la recherche très difficile.

N° 36. — Du polygala seneka.

Cette plante existe dans quelques états du nord de l’Amérique. Tonnent, médecin écossais, qui le premier le fit connaître en Europe, dit avoir guéri avec, des personnes mordues par le boiquira et déjà atteintes de la fluxion de poitrine: il tenait ce remède des Indiens. Je ne sache pas qu’on ait essayé de cette plante contre les piqûres du trigonocéphale. Comme la pneumonie est aussi désignée comme un des accidens les plus redoutables de ces piqûres, et comme il n’existe contre elle aucune médication établie, je crois qu’on pourrait, en pareils cas, essayer du polygala, puisqu’il a un commencement de réputation.

Voici cependant le jugement qu’en portent MM. Delens et Merat dans leur Dictionnaire de matière medicale ;—Nous pensons qu’il n’est guère possible de croire à la prétendue vertu de cette racine contre la morsure des serpens a sonnettes, qui cause une mort si prompte, malgré les assertions des auteurs dont la confiance explique celle des naturels qui en portent la poudre dans leurs voyages pour en couvrir la morsure des serpens. Le polygala pourrait être employé à la dose de 4 à 8 grammes en infusion dans 4000 grammes d’eau, ou à la dose de 125 grammes dans une potion.

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