QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES REMÈDES PRÉCɬ DENTS
J’ai fini, ou pour parler plus exactement, je m’arrête dans cette énumération des plantes réputées bonnes contre la piqûre du serpent. S’il fallait ne rien omettre, je n’en finirais pas ; hier encore on me désignait comme étant dans le livre de M. de la Cornillère, ce secret que je poursuis et qui m’a échappé jusqu'à présent: ce serait la racine du citronnier I ! !
N° 37 — Racine du Citronnier.
“ Quelques noirs, dit l’auteur; les prennent à la main (le» serpens). Une simple précaution, que des faits nombreux sont venus confirmer leur donnent cette assurance. M. B. du Prêcheur, m’a expliqué ce fait par des avœux qu’il obtint d’nn de ses nègres, hardi chasseur de serpens : il prit de la racine du citronnier, qu’il macha quelque temps, s’en couvrît les mains et saisit plusieurs serpens, sans qu’aucune piqûre détruisit l'efficacité de ce préservatif. M. B. s’assura de la réalité de ce fait par une expérience encore plus complète. Un chien frotté avec cette espèce d’enduit, fut enfermé dans un boucaut avec un serpent, qui plein d’horreur et de crainte, s’élancait dans toutes les directions, frappant les parois de cette prison trop étroite, pour fuir son compagnon empoisonné. Je livre à toute discussion, ce fait trop peu connu, que je me garderai bien d’analyser ou d’expliquer. » (La Martinique en 1842, par M. le comte E. de la Cornillère.)
ni kif mortalibus nrduumcst ; mais ji> dis seulement qu’on n’a pas encore trouvé le contre-poison du serpent ; et qu’aucune des plantes soumises à notre examen n’a présenté les caractères d’un spécifique.
Ce que voyant quelques-uns et considérant néanmoins le grand nombre de guérisons obtenues par chaque moyen, ils sont prêts à admettre que le meilleur remède est celui qu’on a le plus promptement sous la main, dont on à l’habitude et que le succès dépend de la promptitude et du soin de l’application; d’où ils tirent comme corollaire, qne le meilleur panseur de serpent est soi-même, parce qu’on est plus que personne à même de se secourir sur le champ. Que vieux et jeunes, hommes ou femmes, nègres ou blancs, tous doivent se pénétrer de cette vérité là fl) qu’il ne faut pas perdre de précieuses minutes à attendre, occasio preceps , et souvent à aller quérir au loin un panseur ; lequel venu, au lieu de se hâter, au lieu d’éteindre le venin dans son foyer, au point de départ, laisse l’absoption se faire, le ma} se développer et perd le temps à chercher des herbes, à les piler, à les bouillir dans un canari neuf, à les enchanter par des prières et autres singeries dignes de l’Afrique, mais non d’hommes civilisés.
(1) M. Guy on page 24, admet que les nègres pourraient être utiles si leurs maîtres, leurs fesaient donner quelques instructions. Je sais que la loi même leur reconnaît celle capacité [déclaration du I e janvier 1743J, qu'ils sont panseurs de droit, qu’ils peuvent en cela aller de pairs avec nous, et que personne ne pourrait les cmpccher d’exercer leur industrie, la loi est pour eux, en voici le texte :
« Avons fait et faisons défenses à tous esclaves de l'un et de l’autre sexe, de composer et distribuer des remèdes en poudre, ou en quelqu’autre forme que ce puisse être, et d’entreprendre la guérison d’aucuns malades, à l’exception de la morsure du serpent : voulons même que les esclaves, qui sous prétexte de faire des remèdes pour la morsure des serpens, en auraient composé ou distribué, qui n’y seraient pas propres, et qui ne pourraient servir que pour guérir d'autres maux, soient condamnés aux peines portées par ces présentes. (Code de la Martinique,page 4G2).”
Ainsi cela est positif; mais moi aussi, je reconnais que les nègres peuvent panser la morsure du serpent, puisque je dis que tout le monde sans distinction doit y être apte ; que je ne conçois pas qu’il en soit autrement dans ce pays. Ce sont les lenteurs, les négligences du pansement et les superstitions, causes de ces lenteurs que je combats. Quelques habitons éclairés m’ont répondu: “ Nous ne “ croyons pas, vous le sentez bien à toutes ces jongleries; mais nos nègres “ y croient, celasuffit, il faut s’y prêter. Enmédecine calmer l’imagination n’est “ pas un de vos moins bons préceptes: en grande comme en petite politique, il “ faut respecter les usages, tes mœurs, les coutumes, cela est fondamental : on “ en a fait un cloge classique pour les Romains. ” Mais si sage que puisse paraître ce raisonnement, je ne m’y rends point et je dis que si un homme ferme, donnait à son atlelicr [et il y en a plusieurs qui le font) l’exemple de faire panser méthodiquement la piqûre du serpent, son altelier suivrait cet exemple. Nous sommes ici les monitsurs de la civilisation, c’est notre plus beau titre. D’ailleurs il est certain que ces panseurs premiers venus, ne peuvent convenir que pour les premiers soins, les premier pansemens; trop souvent il ne tarde pas à se déclarer des accidens consécutifs, locaux ou généraux qui exigent l’intervention du médecin. Or je le dis franchement, sans fausse modestie pour ma profession, la
D’autres fesant abstraction des plantes, et trouvant au fond de toutes les recettes, le tafia, comme véhicule, inclinent à penser qu’au tafia appartient tout l’honneur des guérisons, que par le lavage de la plaie, il décompose le venin et qu’administré à l’intérieur, il reconforte le cœur, excite les organes, est l’antidote de la peur, et produit une réaction salutaire contre les effets de l’absorption. J’ai entendu de respectables personnes professer cette opinion.
Je ne vais pas aussi loin, et je suis disposé à reconnaître qu’une infusion de quelques-uues des plantes, soit le poivre de guinée, soit le trèfle, soit le guaco, peut ajouter aux propriétés excitantes du tafia ; mais je dis que cela n’est point constaté comme il faut, que la ou une observation bien éveillée, défiante, ad hoc serait nécessaire, je ne trouve que des bruits populaires, un engouement sans raison. En médecine, nous avons malheureusement trouvé bien d’autres réputations infidèles, le doute laisse au moins le champ ouvert aux vérifications, tandis qu’une affirmation positive et dogmatique interdit toute recherche et clôt la ■science.
Je crois que voici le lieu de repondre à diverses lettres, où l’on me gourmande vertement de mon incrédulité sur la vertu des simples en qui sont, me dit-on la seule médecine vraie et naturelle. Il faut s’entendre: ceux qui m’ont adressé ce reproche, sachant que je suis médecin et médecin de faculté accordent sans doute que je crois à l’opium, au quinquina et à d’autres remèdes encore; que s’ils me rangent au nombre de ces esprits forts qui se rient de la médecine et qui n’y croient pas tout en la professant, ils me font une cruelle injure, je ne connais pas de qualification trop sévère pour un médecin qui se laisserait aller à la sottise d’une pareille opinion. Nier les effets de la médecine, c’est tout bonnement nier que le soin, l’attention, la concentration des esprits sur un même sujet pendant une longue suite de siècles, tout ce qui contribue au perfectionnement des autres connaissances humaines, puisse servir à quelque chose, appliqués à la conservation de la santé. C’est nier la raison à l’endroit de là médecine. Que si au contraire on entend que je ne crois point indistinctement à toutes les plantes, que je ne reconnais pointé chaque brin d’herbe une vertu médicale, que je voudrais modérer cette Soif de tisanes qui ne font que fatiguer l’estomac, et négliger souvent des médications efficaces pour des formalités insignifiantes, on ne s’est pas trompé. Voilà ma pensée, et que j’avoue hautement. Medicus sum, disait Sydenham, non vero formularum medicarum prescriptor.
Je ferai observer en passant que les Anglais, les Allemands et d’autres nations encore ne se servent point de tisanes sans nombre comme les Français. Qu’ils vont droit aux médications établies. Si, comme on me le réptète sans cesse là oû est le mal, là doit être le remède, les habitans des pays du nord, du Spilzberg, par exemple, ou même ceux des hautes montagnes du centre du monde, ne devraient pas avoir beaucoup de maladies, car ils n’ont guères A'herbes et de simples -chez eux. La considération sentimentale des causes finales est le romantisme de
Martinique possède en ce moment une élite de jeunes chirurgiens presque tous ses enfans, pleins de savoir, de zèle et d’humanité, qui justifient tous les jours sa confiance dans te traitement de maladies aussi graves que la piqûre du serpent et qui se font devoir et gloire de se rendre à tout appel. Il y a peu de département en France, qui offrirait unpersonnel médical aussi éclairé, aussi distingué que celui de cette colonie en cette année 1845. Pourquoi donc ne pas leur con fier U traitement de la piqûre du serpent?
là science. Il faut en être très sobre, c’est un abîme ou glissent facilement, ceux qui ne s’occupent des sciences naturelles pour ainsi dire que du bout de l’œil et eu amateurs.
Cette prétention de ne traiter les maladies que par les simples, n’est pas nouvelle, il y a longtemps qn’elle tente l’esprit humain (et il faut avouer qu’elle est' beaucoupmoins dangéreuse que la prétention contraire), ily a eu enEurope, dans les siècles passés des simplicistes comme il y a aujourd'hui des hygiénistes. Galien appelle Dioscovide le prince des simplicistes. Terra medicas fundit, dit Pline, mais le temps a passé là comme ailleurs avec son crible, les bonnes choses seules sont restées. Sur 100,000 plantes total le plus approximatif, suivant le savant Decandolle, delà Botanique du monde, deux mille au plus, prises par toute la terre, sont notées comme médicamens par MM. Merat et Delens dans leur grand dictionnaire de matière medicalel et encore dans ce.nombre combien de leur aveu ne figurent que pour mention!
En France, longtemps, le traitement de la piqûre des vipères à consisté et consiste peut être encore dans beaucoup de villages dans l’emploi des simples. Une note citée par M. de Lacepède nous apprend que la laitue, la casse, le castoreum, la rue, la graine de lin, la gentiane, les centaurées, les aristoloches, la feuille de frêne, toutes les herbes de la St.-Jean comme on dit, les espèces les plus disparates, exactement comme ici, étaient également vantées. Il a fallu les expériences de Fontana pour régulariser.un peu le traitement de cet accident.
La principale cause de cette multiplicité indéfinie, de cette confusion inextricable, vient de ce que le traitement de la piqûre du serpent était abandonné aux inspirations désordonnées des imaginations effrayées, on s’accrochait a tout ce qui tombait sous la main, on se vouait ù toutes les herbes, on peut dire ici de la peur ce que les poètes ont dit de la colère, furor arma ministrat, tout devient arme pour la colère, tout devient remède pour la peur;delà, aucune distinction des cas aucune étude préalable des indications, l’empirisme le plus aveugle, le plus grossier,l’ignorance la plus absolue des circonstances qui peuvent influer sur la gravité des piqûres, c’est à dire l’absence la plus complète de la vraie médecine.
Ainsi comme je l’ai déjà dit, dans la partie pathologique, mais j’y reviens parce que la chose est des plus importantes; la grosseur des serpens influe singulièrement sur les suites des piqûres, quoique j’entende répéter vaguement tous les jours, que les piqûres des petits serpens sont d’autant plus traîtres qu’elles n’attirent pas l’attention, et peuvent passer inapperçues sans provoquer aucun soin ; depuis plus d’un an que je tiens ce sujet en observation, que je le suis avec intérêt, j’ai interrogé toutes les personnes qui venaient à me parler de quelque cas de piqûre et surtout de piqûre mortelle ; jamais on ne m’a cité un cas de mort qui fut le résultat de la piqûre de petits serpens; toujours le serpent, assassin était d’une certaine dimension. A quelle point commence, cette dimension fatale (1) c’est ce quej’ignore et c’est ce qui est digne d’être recherché? si donc, pour apprécier
(IJ II n’est jamais difficile de distinguer les piqûres d'un petit serpent d’avec celles d’un gros, (voyezla partie pathologique:): les dimensions des piqûres faites par les crocs, leur distance l’un de l'autre, l’écoulement du sang, toujours très abondant si le croc est fort, sont des mesures d’appréciation qui ne trompent ■ pas. D'ailleurs dans le cas du plus léger doute, agissez comme si le serpent était gros, Je ne parle pas de la vue même de l’animal, la peur le fait voir souvent plus gros qu’il n’est,.
dans l’espace de moins de sept mois, j’ai déjà, en ma qualité d’officier de l'état* civil de ma commune, rédigé l’acte mortuaire de dix-huit personnes qui ont succombe victimes des morsures de serpent.
« Depuis quelque temps, toutes les morsures sont mortelles ici, et il en est de même dans les quartiers voisins. Le docteur Clervitîe disait ces jours derniers à mon beau-frère, A. de Beauregard, qu’au Vauclin presque toutes les personnes mordues succombaient aussi. Il semble que l’horrible reptile veuille donner un démenti formel à tous ces remèdes prétendus infaillibles. A quelle cause attribuer les nombreuses mortalités de cette année? jusqu’alors on avait remarqué généralement que le plus grand nombre de piqûres et les plus graves avaient lieu aux époques de la canicule; cependant cette époque est déjà loin de nous, et les mortalités continuent. »
C’est donc encore un point que j’indique à l’observation publique, que cette influence des saisons et des années sur la piqûre du serpent. Le venin aurait comme une foule d’autres causes morbifiques, rougeole, scarlatine, .coqueluche, etc., des recrudescences inexplicables. Quelle analogie ! quelle perspective! plus tard on pourra consulter de nouveau l’opinion du pays et avoir sur ce point-là des données plus positives. Il est certain qu’en Europe les piqûres de la vipère sont moins graves en hiver que pendant l’été. Dans nos régions intertropicales, quoique les saisons soient en apparence confondues, qu’il semble régner un été perpétuel, que la feuillenesoit pas plutôt tombée qu’elle repousse, que les arbres soient toujours verts, les jours égaux, le soleil toujours chaud, toujours radieux, que le thermomètre ne descende jamais au-dessous de 17 ou 18 degrés Réaumur, ou peut dire que tout ceci n’est qu’un masque : au-dessous, les opérations de la nature restent les mêmes. Le principe, le fond de la vie universelle est modifié et non pas changé. Je tiens d’un jeune botaniste, qui est venu faire ici des expériences,-qu’à certaines époques la sève s’endort dans les végétaux tout comme en Europe. Les fleurs comme les fruits ont leurs mois : Mai est toujours flùréal par toute la terre;'les cannes de mars ne sont plus comme celles d’août; les animaux ont aussi leurs amours fixes; les maladies même suivent la loi universelle et ont des retours déterminés, périodiques,
Non animum. mutant, dit le poète, qui trans marc currunt.
Ceux-là ne changent pas d’esprit qui vont au delà des mers.
Et moi comme médecin, je dis :
Non animum, non corpus mutant.
Ils ne changent ni d’esprit ni de corps.
La nomenclalure pathologique est la même partout ; la vallée des larmes et des maladies s’étend de Paris au Japon et du Japon à Paris, et la Martinique est au beau milieu de cette vallée. C’est pourquoi le trigonocéphalé doit être soumis aux mêmes changemens que la vipère de France.
Je n’ai dit jusqu’à présent que quelques circonstances qui peuvent exercer de l’influence sur la piqûre du serpent; il en est d’autres relatives au serpent et à la personne piquée, par exemple l’époque de changement de peau ou de mûê de l’animal, la brisure accidentelle des crocs et leur remplacement encore non achevé, quelques maladies de l’animal et d’autres choses encore que l’observation révélera. (Voir la partie pathologique.)
Le pansement surtout est capital. Il est certain qu’un pansement fait trop tard ne peut arrêter aussi efficacement le développement du mal, le venin étant passé dans le torrent de la circulation. L’omission de panser toutes les piqûres,
lorsqu’il y en a plusieurs, peut entraîner ce danger. On sait que c’est une omission pareille qui a contribué à la mort de M. A*** de P***. Piqué dans sa cour, il fut pansé par un panseur des environs, qui ne pansa que la piqûre d’un seul croc. Le blessé continua de souffrir à l’endroit de l’autre piqûre ; on négligea de relever l’appareil, on remit au lendemain de nouvelles recherches. Au lendemain! mais quelques heures après le mal était fait, et 36 heures après le malade succomba.
En résumé, à défaut de spécifique, je dis que la médecine rationnelle, la médecine tirée de3 indications nous reste, et c’est ce qu’on verra dans le chapitre suivant.
Traitement médical ou rationnel de la piqûre des serpens.
La recherche des spécifiques est un des buts de la médecine, un des meilleurs sans doute, un des plus souhaitables à atteindre; mais ce n’est pas toute la médecine. Lorsque l’homme n’a pas trouvé le spécifique d’une maladie (1), il n’y a pas encore lieu pour lui de se desespérer, car il lui reste la médecine rationnelle, la médecine proprement dite, la médecine fondée sur l’étude des maladies, sur les indications curatives qu’on en peut tirer, et sur les tâtonnemens de l’expérience pour remplir ces indications.
Voyons donc quelles sont les indications qui ressortent de l’étude de la piqûre du serpent.
1° Après que le venin a été injecté dans les chairs par la piqûre de l’animal,
(1) J’entends par spécifique ce que peut entendre un médecin : un médicament qui, à certain temps d'une maladie, abstraction faite des complications, guérit cette maladie ou. bien en arrête les progrès par une vertu particulière, inexplicable, et que n’ont point les autres mèdicamens. Loin de nous d’entendre ce mot dans son acception la plus étendue, et par conséquent de courir après cette chimère poursuivie par le vulgaire d'un médicament absolu, dans lequel on peut avoir une confiance illimitée pour guérir sûrement et toujours une maladie, sans que cette puissance curative puisse être diminuée par aucune circonstance, La reflexion et l’expérience repoussent l’existence de pareils spécifiques.
Mais hélas ! aux meilleurs raisonne:::ens, le peuple répondra toujours comme le coq de la fable ;
Un bon spécifique ferait bien mieux mon affaire.
Voilà pourquoi il est toujours la dupe des charlatans.
On ne saurait dire que la découverte des spécifiques tels que l’entendent les médecins soit le résultat du hazard ; c’est une conséquence de l'esprit de recherche naturel à l’homme. Que fait l’homme ? il va sans cesse s’appliquant, se mesurantàtoutela nature, U essaie la combinaison de son corps avec tes autres corps, à peu près comme tes chimistes qui, pour connaître une substance, la combinent avec les autres substances. Les corps encore non essayés offrant plus de chances de quelque découverte, ceux-là ont pour l’homme plus d’attrait, c’est à eux qu’il s’adresse de préférence, au fur et à mesure qu’ils se présentent. C’est pourquoi on peut dire du quinquina que lorsqu’il a été découvert, ça n'a pas été l’effet du hazard; c'est que sontour était arrivé d’être essayé. L’observation, aidée du raisonnement, nous sert beaucoup dans cette fouille de la nature.
il est reconnu qu’il y a un certain temps durant lequel ce venin ne révèle sa présence que par les signes de toute lésion de continuité : douleur et écoulemeu l de nng. Le mal est circonscrit au point piqué; c’est ce que l’on appelle son temps d’incubation. Il était bien important de déterminer la durée de ce temps d'incubation : nous avons vu que chez les animaux il était de 5 à 10 minutes ;
2° Dans la grande majorité des cas, les effets du venin s’étendent de proche en proche, on en peut suivre la marche par la rougeur, la tuméfaction et la sensibilité des parties, h mesure qu’elles en ressentent l’atteinte. Mais on peut encore considérer le mal comme local, comme étant borné aux chairs, l’économie entière n’est pas infectée, et le pis qui peut arriver est un phlegmon diffus :
3" Enfin l’absorption est faite, le venin a passé des chairs aux organes; un trouble plus ou moins varié se déclare, les grandes fonctions se dérangent, la mort est menaçante.
De là trois indications ;
1° Agir le plus promptement possible, ne pas attendre plus de 5 à 10 minutes, chercher à neutraliser, à éteindre le venin dans le lieu même où il a été déposé, de même qu’on prévient un vaste incendie en mettant le pied sur l’étincelle qui le produirait ;
2° Arrêter le venin là où il est parvenu, empêcher l'absorption de s’étendre aux organes essentiels de la vie, et combattre les effets produits par l'infection des chairs déjà atteintes :
3“ Employer les remèdes que l’expérience ou que l’analogie nous apprennent être les meilleurs pour combattre les effets du venin sur le sang et sur l’économie entière.
Nous allons maintenant passer en revue les différens moyens propres à remplir ces trois indications, et nous les présenterons dans l’ordre pour ainsi dire naturel de leur emploi.