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TROISIÈME

TROISIÈME DEGRÉ d' EN SEI GNEMEN T .

Nous avons conduit jusqu'ici les élèves, quant au dessin copié, jusqu'à des têtes ombrées. Ils peuvent passer maintenant à quelques études de pieds et de mains pour arriver aux académies, qui devront être l'occasion d'utiles exercices sur l'ensemble (l).

Il faut éviter aujourd'hui l'abus fait autrefois des modèles- estampes. Ils continueront cependant à être copiés alternativement avec les modèles en relief^ mais dans une judicieuse mesure. L'étude de ces derniers doit prendre, en proportion de l'avancement des élèves, une plus grande prépondérance ; elle réclame une part de temps beaucoup plus considérable.

Après avoir, dans le deuxième degré, initié l'élève à l'étude du relief^ au moyen du dessin des solides, nous continuerons, dans le troisième degré, la série des études de la ronde bosse par des fragments de têtes moulés séparément,

bien gradués et entremêlés» si le professeur le désire, de quelques détails d'ornement. C'est là une transition essentielle, dont l'expérience nous a démontré l'efficacité, pour arriver plus sûrement aux difficultés de plus en plus sérieuses que présenteront des têtes complètes, des extrémités, enfin des motifs d'ornement et des figures entières d'après la bosse.

Quelques masques moulés sur nature peuvent être tout d'abord étudiés utilement; mais les moulages sur l'antique offrent, en nombre infini au choix du professeur, des modèles aussi variés qu'excellents.

Malheureusement, les modèles de dessin sont loin de nous offrir un contingent aussi riche. Ceux qui peuvent être considérés comme bons ou seulement acceptables restent, jusqu'ici, en trèspetit nombre. Les auteurs de la plupart d'entr'eux ne semblent pas s'être rendu bien compte des qualités qu'exigerait un modèle : elles sont nombreuses, et, partant, difficiles à réunir. Un bon modèle de dessin devrait être correct et de bon goût, simple et naturel, c'est-à-dire sans afiPectation de carrés ou d'autres formes conventionnelles. Il devrait être d'apparence libre, facile

et engageante pour les élèves. Il y faudrait beaucoup de science sans pédantisme, de la vérité avec distinction, des effets larges et simplifiés sans monotonie. L'absence presque complète de bons modèles a fait songer naturellement à ces admirables dessins de maîtres, que possèdent nos nausées, et Ton a pensé, avec de grandes apparences de raison, ne pouvoir trouver de modèles plus parfaits que des photographies reproduisant exactement les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres.

Mais confondant le point de vue de Tart avec celui de renseignement, on a oublié que ces dessins, faits le plus souvent par les maîtres, pour la préparation de leurs œuvres, sont presque toujours difficiles, presque impossibles à copier, même pour de très-habiles artistes ; à plus forte raison, ne se trouvent-ils nullement appropriés aux différents degrés d'avancement des élèves. Sans parler des taches, des parties effacées, dont ces dessins abondent, ils sont remplis de tâtonnements, d'essais de différents contours, qui nous font suivre avec un vif intérêt les recherches et les pensées successives des maîtres, mais sont,

pour des jeunes gens encore inexpérimentés, des

mystères incompréhensibles, des difficultés inextricables.

La grande simplicité d'aspect des dessins originaux d'Holbein a, sans doute, suggéré la pensée d'en faire des modèles élémentaires. Mais ces contours si simples à première vue sont, en réalité, épurés avec tant de finesse et, Ton peut dire, si juste à point, que la moindre déviation du copiste les dénature tout à fait. Quant à l'admirable modelé des têtes d'Holbein, rien de si difficile que d'en bien rendre les savantes simplifications et les exquises délicatesses. Laissons à ces inimitables dessins leur rôle véritable et supérieur dans l'enseignement ; reproduisons-les par la photographie, afin de les livrer à l'observation, à l'admiration des jeunes artistes devenus capables d'en comprendre les hautes leçons (J).

Après de nombreux essais, on a pu se convaincre de l'impossibilité pratique de la plupart des modèles photographiés ; ces expériences n'en restent pas moins fort louables, fort utiles, et les hommes de savoir et de dévouement qui s'en sont occupés ont rendu un éminent service, en élucidant une question aussi intéressante. Ils paraissent chercher maintenant à rendre plus Intel-

ligibles aux élèves certains dessins de maîtres, en les traduisant par la lithographie. On peut espérer dans cette nouvelle voie de très-heureux résultats, surtout si l'on sait se bien pénétrer des conditions spéciales et nécessaires de renseignement.

En attendant que l'idéal du parfait modèle de dessin soit complètement réalisé, le professeur mettra tous ses soins à rassembler ce qui lui paraîtra le plus convenable parmi les modèles existants et le mieux approprié aux études du troisième degré. Il devra, surtout, attacher la plus grande importance aux travaux qu'il fera exécuter, d'après la bosse par les élèves, en apportant toujours une grande sévérité dans l'acceptation d'un dessin, avant de faire passer son auteur à un modèle d'un degré ou d'un caractère plus difficile.

Plus que jamais, dans la troisième période d'enseignement, le professeur suivra le mode de correction déjà adopté. C'est-à-dire qu'après avoir examiné de près certaines finesses de la forme et du travail, il portera toujours ses jugements de loin sur le dessin et sur le modèle, placés à côté l'un de l'autre, en faisant sa démonstration à l'aide de l'appuie-main.

Cet enseignement tout de comparaisons et de raisonnements ne peut tarder à éveiller chez l'élève les facultés d'observation. C'est le moment de leur donner un nouvel et puissant essor par l'étude du dessin de mémoire \

Ainsi que je l'ai souvent déclaré, cet exercice n'est point une méthode de dessin ; c'est un des moyens qui doit, comme tous les autres, fonctionner avec sa juste mesure dans l'ensemble des études qui constituent l'enseignement du dessin.

Il ne s'agit donc, en aucune façon, d'apprendre à dessiner uniquenfient par la mémoire. Nous proposons une manière rationnelle d'enseigner le dessin de mémoire, mais confondre cette méthode spéciale avec la méthode générale de dessin, c'est prendre la partie pour le tout.

Cet enseignement, du reste, n'est nullement fondé sur des principes à part, il procède toujours du simple au composé, par difficultés graduées et successives. Les sujets des modèles sont empruntés de préférence à la figure humaine, parce qu'il importe de présenter d'abord à la mémoire

1. Voir l'Éducation de la mémoire pittoresque, mémoire spéciale des formes.

des objets dont la physionomie soit aisément saisissable.

Afin de choisir un point de départ facile, on pourra commencer, si Ton veut^ par un nez de profil au trait. Chaque élève emportera chez lui ce premier modèle, pour l'étudier comme on apprend une leçon par cœur. 11 le dessinera plusieurs fois ou se contentera de l'observer attentivement, en faisant des remarques qui puissent aider son souvenir. Le temps accordé pour ce travail devra d'abord être, assez long.

Au terme fixé, chaque élève remettra au professeur son modèle ; revenu à sa place, il le dessinera entièrement de souvenir. Après avoir exécuté ce travail de son mieux, il le soumettra aux observations du professeur. Puis, bien pénétré des différences qui lui auront été signalées et qu'il aura reconnues lui-même, il retournera encore à sa place pour faire de mémoire les modifications nécessaires. Ces corrections seront répétées jusqu'à résultat très-satisfaisant, il faut obtenir sinon une exactitude tout à fait aussi rigoureuse que s'il s'agissait d'une copie ordinaire, du moins une très-grande approximation.

Le tact et l'expérience sont ici d'une extrême

32 Ll'TTRES A UN JliUNE PROFESSEUR.

importance, pour bien apprécier ce qu'il est possible d'obtenir de la mémoire. De la juste sévérité des exigences sur ce point, dépendent tous les progrès ultérieurs.

On peut employer^ pour aider les exercices de mémoire, la plupart des moyens déjà appliqués pour le dessin ordinaire : par exemple, les lignes horizontales et verticales, tirées idéalement sur le modèle, et donnant par leurs intersections avec les formes du dessin des points de repère précieux pour le souvenir. On peut conseiller aussi la comparaison des grandeurs, des formes ou des teintes entre elles, ou bien encore l'emploi des unités de mesure, des échelles de proportion, etc.

Tous ces moyens doivent être proposés, mais non imposés aux élèves : les opérations de la mémoire sont de nature trop intimes et, il faut le dire, encore trop mystérieuses, pour qu'on doive y intervenir sans une extrême circonspection.

11 est constant que des manières d'opérer, acceptées par certains élèves^ ne conviennent nullement à d'autres; chacun d'eux ne tarde pas à se faire ses procédés personnels.

Du reste, il arrive un moment où tous ces moyens, très-utiles et très-employés dans les com-

mencements, sont peu à peu négligés, parce qu'ils deviennent de moins en moins nécessaires.

Jl se produit^ par Texercice méthodique de la mémoire, un grand développement de la faculté de voir dans l'espace, un objet qui a été bien observé, mais qu'on n'aplus sous les yeux; alors il devient possible de le dessiner, à peu près, comme s'il était présent. Ce résultat, est-il besoin de le dire? est obtenu chez les jeunes gens, en raison du travail et de l'organisation naturelle de chacun d'eux. Les uns voient nettement l'ensemble de leur modèle, les autres ne voient cet ensemble que d'une manière confuse. Quelquefois, un détail qui les frappe particulièrement se présente clairement à leur esprit, et les conduit successivement aux autres détails qui l'avoisinent.

Le professeur devra exécuter lui-même le répertoire des modèles destinés à l'étude de mémoire, avec les gradations bien classées, progressions essentielles qui exigent une expérience toute spéciale. Il comprendra que le plus ou le moins de difficulté d'un modèle pour la mémoire ne résulte pas de ce qu'il représente tel trait de la figure ou tout autre objet, mais de son degré de complication et de certains caractères qui frappent l'at—

tcntioil davantage : ainsi, les formes laides, grotesques ou bizarres, sont, entre toutes, celles qui se retiennent le mieux, du moins, dans les commencements ; plus tard, les jeunes gens chez lesquels le sentiment du beau commence à se développer, se souviennent souvent avec plus de facilité des belles formes^ parce qu'ils en sont plus vivement émus.

Mais n'anticipons pas sur un enseignement plus avancé de la mémoire. Bornons-nous ici à celui que comporte le troisième degré, c'est-àdire à une série d'études pouvant commencer par un nez de profil, au trait, et arrivant par une suite de gradations à de petites têtes d'abord, au trait seulement, puis légèrement ombrées.

Les exercices de la mémoire ne doivent aucunement remplacer les études ordinaires ; les deux doivent avancer de front et se prêter une aide réciproque.

On peut diminuer peu à peu le temps donné aux élèves pour étudier chez eux leurs leçons par cœur, à condition de proportionner cette latitude aux progrès déjà obtenus : les leçons destinées à l'exécution de mémoire ou, si Ton veut, à la récitation dessinée, peuvent être, pour le troi-

sième degré, d'une à deux par semaine, c'està-dire au nombre d'une ou de deux pour six leçons consacrées au dessin ordinaire.

Parvenus à la fin de la troisième période de notre enseignement, nos élèves sont arrivés à copier des têtes et des académies, soit d'après le modèle dessiné, soit d'après l'antique.

De plus, leurs facultés d'observation et de mémoire ont reçu un prennier commencement de culture, qui leur permet de reproduire de souvenir de petites têtes d'après le dessin.

Ce sont là des résultats encore bien modestes, déjà précieux cependant s'ils sont sincères, exempts d'habitudes vicieuses, obtenus par la pratique de principes féconds pour l'avenir.

Ces premières connaissances indispensables acquises, et ces préliminaires essentiels terminés^ nous entrerons dans la quatrième période où se prononce définitivement, dans les études, le ca ractère artistique (K).

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