‹ Enseignement et démocratieChapitre 10 sur 107 · LES SOLUTIONS · texte numérisé non relu

LES SOLUTIONS

Il est relativement facile de dire ce qui nous manque et ce qui est désirable. 11 est plus difficile de trouver des solutions qui tiennent compte à la fois des faits et de l'idéal à réaliser. Je n'ai pas la prétention de résoudre tous ces problèmes ; je dois cependant indiquer comment il me semble qu'il convient de les aborder.

Avant tout, il faut se méfier des systèmes trop simples, qui ont l'inconvénient capital d'être aussi

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faciles ù tracer sur le pa}»ier que difficiles à faire vivre dans la réalité.

Je ne parle que pour mémoire de celui qui consisterait à revenir en arrière, à peu près au temps de Louis-FMiilippe, avec un enseignement primaire se suffisant à lui-même, un enseignement secondaire purement classique, et un enseignement supérieur qui serait comme le couronnement du secondaire. Ce système a existé, mais il est mort, et les causes multiples qui l'ont tué Tempêcheraient de renaître.

Cne autre solution, tout opposée, consisterait à superposer très simplement, dans un ordre rectiligne, les trois degrés d'enseignement : d'abord le primaire (de six à douze ans) , puis le primaire supérieur (de douze à quatorze), communs à tous les enfants; ensuite, pour ceux qui n'entreraient pas directement dans la vie pratique ou dans les écoles d'apprentissage, l'Université, avec deux séries de cours : l'une préparatoire et de caractère secondaire (de quatorze à dix-huit ans), pour initier les futurs étudiants * aux langues anciennes ou aux sciences; l'autre, vraiment supérieure (de dix-huit à vingt-deux environ), pour achever leur instruction spéciale et scientifique dans les diverses branches des connaissances humaines. Ce système est de nature à séduire certains esprits, d'abord par son caractère démocratique, puisque les écoles primaires et primaires supérieures

y sont l'unique préparation à l'Université ; ensuite par sa simplicité apparente. Il a d'ailleurs pour lui de n'être pas une simple conception de l'esprit : il fonctionne en certains endroits des États-Unis et de rÉcosse. C'était aussi à peu près celui de notre moyen âge français.

Je ne crois pourtant pas que nous ayons à nous y arrêter bien longuement. Là où il existe, il est né de certaines circonstances spéciales qui peuvent se ramener à un fait très simple : l'insuffisance des moyens d'instruction les plus parfaits. Il n'a pas été choisi comme le meilleur : il a été subi comme le plus commode, à défaut de mieux. Le manque d'établissements d'enseignement secondaire obligeait les Universités à dégrossir leurs étudiants, sortis de l'enseignement primaire, et à organiser pour eux la préparation qu'ils ne pouvaient trouver ailleurs. Nous n'en sommes pas là. Nous avons un enseignement secondaire très solide, très vivant et qui possède une longue tradition. 11 faut y regarder à deux fois avant de porter la main sur les choses vivantes. Il faut, avanl de détruire ce qui existe, être absolument sûr que ce qu'on y substituera vaudra mieux. Or, il n'est pas du tout certain que l'enseignement primaire put remplacer avantageusement nos lycées pour les classes élémentaires. Il y a môme de fortes raisons de croire que c'est le contraire qui est vrai.

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Nous avons vu tout à riieure que renseignement primaire, liiaillé entre ses traditions et le besoin du mieux, on est encore à cliercher ses mélliodes et à déterminer ses programmes. Quelques-uns lui reprochent très nettement de faire mal, dans les conditions restreintes où il agit à présent, ce qu'on lui demanderait, dans le nouveau système, de faire pour toute la jeunesse. Nous n'avons vraiment pas le droit de risquer une expérience aussi dangereuse. Si l'enseignement primaire était arrivé à complète maturité, il serait peut-être utile d'examiner les autres objections qu'on pourrait adresser au système. Pour le moment, celle-là suffit à le faire écarter. — Ajoutons cependant que la simplicité même de cette conception est plus apparente que réelle, et que beaucoup des difficultés présentes seraient simplement déplacées et ajournées, mais non supprimées : elles se retrouveraient à l'Université. Comment y organiser, en effet, ces cours de caractère secondaire? Le futur médecin, le futur avocat, le futur professeur, y seront-ils soumis tous aux mêmes disciplines ? Évidemment non. Veut-on qu'à l'Université les cours, dès le début, soient indépendants les uns des autres, et que les élèves choisissent librement? L'expérience a été faite et ne paraît pas avoir réussi ^

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