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LE RECRUTEMENT PAR LES ÉCOLES NORMALES

Quant à la constitution des écoles normales, il convient qu'on n'y touche — si l'on doit y toucher — que d'une main légère.

J'exprime le très vif souhait qu'on ne se résigne pas, quel que soit le prétexte invoqué ou l'intérêt à satisfaire, à abaisser dans les écoles normales le niveau des études, étant parfaitement convaincu que le gain cherché, même s'il était obtenu, ne compenserait jamais la perte. Ce qui longtemps encore manquera le plus aux instituteurs, c'est la sûreté et le choix dans les connaissances, la curiosité et la liberté d'esprit, l'aptitude à rétléchir, à pénétrer l'âme enfantine, à s'intéresser à ses manifestations.

Tout ce qui est métier, habitudes, pratique des procédés pédagogiques, c'est-à-dire tout ce qui apparaît à première vue chez un bon maître, tout ce qui

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manque le premier jour au débulanl le mieux doué, tout cela est tort important mais s'acquiert aisément, — autant qu'on le peut acquérir — par lexercice même de la profession, avec un peu d'attention et de persévérance, surtout quand on a eu de bonnes directions à l'école normale. 11 n'y a pas lieu d'avoir, sur ce point, l'ombre d'une inquiétude.

In autre souhait que je forme, non moins vif que le précédent, c'est que le régime libéral, si clairement défini dans la circulaire du 7 février 1884, devienne une réalité dans toutes les écoles normales.

Nulle part ce régime de liberté raisonnable, de confiance, d'amitié, de large initiative pour les élèves, de discussions sincères avec eux sur tous les sujets, n'est mieux à sa place que dans la maison où se forment les éducateurs de l'enfance. Voilà plus de quinze ans que je l'expérimente, — qu'on m'excuse de le rappeler — dans des milieux différents, dans les externats d'xVjaccio et de Màcon, pour la direction desquels un homme dont la pensée me fut toujours présente pendant que je rassemblais ces notes, mon cher et vénéré maître. M, Buisson, m'avait laissé carte blanche, dans les internats de Lyon et d'Auteuil où j'ai déjà passé plus de dix années, dans de petites et dans de grandes villes, avec peu ou avec beaucoup d'élèves : je n'ai jamais senti que ce

régime pût être dangereux pour la tenue morale ni pour le travail de ceux dont j'avais la garde. Au contraire, j'ai eu la joie d'aimer et de respecter cette jeunesse choisie, si vivement éprise de générosité, de justice et de vérité, et d'en être aimé et respecté comme je le souhaitais ; j'ai tâché toujours de provoquer, en elle, FetTort volontaire, quotidien et soutenu, sans lequel il n'est pas d'éducation réelle, car la liberté bien comprise, à l'école comme hors de l'école, suppose non pas l'abandon et le laisser aller, mais, au contraire, un appel énergique aux facultés supérieures de l'homme, une surveillance incessante de la raison sur les sentiments et sur les actes.

Enfin j'appelle de tous mes vœux le moment où les écoles normales d'instituteurs retrouveront, dans leur concours d'admission, un plus grand nombre de candidats bien préparés. Dans les cinq ou six dernières années, c'est à peine si le nombre des concurrents égalait celui des bourses disponibles. Pendant qu'on inscrivait plus de 5.000 candidats en i88(), il ne s'en trouvait plus en 190*2 que ^.670, c'eslà-dire à peu près la moitié. Je crois savoir que le nombre s'en est légèrement accru, au dernier concours.

Les causes principales de cette pénurie, qui a été particulièrement signalée depuis deux ans sous le

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nom tlo Péril |MMmairo, sont évidemment l'insuffisance, chaque année plus douloureusement sentie, des traitements du personnel, la participation des instituteurs, depuis 1881), au service militaire; et sans doute aussi l'état d'insécurité relative où se trouvent souvent les maîtres même les plus sages, dans les communes troublées par des rivalités politiques ou des passions religieuses.

Une autre cause d'un caractère plus spécial, c'est le mot d'ordre imprudemment donné, il y a quelques années, aux écoles primaires supérieures, de détourner leur clientèle des carrières libérales et en particulier de la carrière de l'enseignement, sous prétexte qu'elles devaient être surtout — ce qui est vrai d'ailleurs — les auxiliaires du commerce ou de rindustrie. En 189!2, les écoles primaires supérieures fournissaient encore un contingent de 800 élèvesmaîtres aux écoles normales : plus de la moitié de l'effectif total. En 1898, ce contingent n'était plus que de 500 élèves-maîtres. Le nombre était considérablement réduit, et par surcroît la qualité devenait notoirement inférieure.

Aujourd'hui, fort heureusement, les administrations académiques se préoccupent davantage du bon recrutement des écoles normales. D'autre part, le traitement des instituteurs va être sérieusement amélioré par les Chambres. Peut-être, dans un très

prochain avenir, retrouverons-nous la possibilité, depuis longtemps perdue, de faire un choix de jeunes gens assez bien doués pour qu'on les engage, sans trop de risques pour l'école et pour eux-mêmes, dans une carrière qui est des plus attachantes et des plus honorables mais aussi des plus périlleuses.

l'éducation des INSTITUTEURS EN EXERCICE

Il ne suffit pas de faire entrer dans les écoles primaires des maîtres convenablement préparés à leurs fonctions. Il faudrait donner à ces maîtres, quand ils sont en exercice, les moyens de se perfectionner ou tout au moins de ne pas déchoir.

Je crois que l'aide qu'on leur offre aujourd'hui est insuffisante et qu'au contraire, avec les meilleures intentions du monde, on les met à peu près, en beaucoup d'endroits, dans l'impossibilité de se maintenir à leur niveau du début.

Je sais qu'ils ont, pour les éclairer, des inspecteurs compétents, soucieux du bien public, ayant en général le vif sentiment de leur responsabilité. Mais ces inspecteurs, accablés par la paperasserie envahissante, à leur grand regret s'éloignent davantage chaque année de leur tache essentielle : non seulement ils n'inspectent guère qu'à la hùte et pour ainsi dire en passant, s'il faut s'en rapporter à leur propre témoignage, les écoles de leur ressort,

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