‹ Enseignement et démocratieChapitre 46 sur 107 · I.'eNSKIGNKMF.NT l'ItlMAIUr. sri'KlUKUR \id · texte numérisé non relu

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ont droit à riiulemnilô de résidence, variable suivant les communes, au logement ou à Tindemnité représentative.

Remarquons en passant, à l'honneur du législateur, que dans l'enseignement primaire supérieur on ne distingue pas, pour le traitement, si les services rendus le sont par des hommes ou par des femmes. On y applique ce principe d'élémentaire justice ; à travail égal, salaire égal.

Aussi est-ce avec une peine réelle que nous avons vu, cette année même, la Commission du Budget déroger à ce principe, au moins momentanément, nous aimons à le supposer. Grâce aux efforts de l'Association amicale de l'enseignement primaire supérieur de France, on sait, en effet, que la Commission du Budget, sur l'insistance de son rapporteur, M. Simyan, a inscrit une somme de 76 700 francs destinée à accorder aux professeurs une première augmentation de 100 francs, à valoir sur les 300 francs promis, pour mettre sur le pied d'égalité ces professeurs avec ceux des écoles pratiques de commerce et d'industrie.

Souhaitons que les nécessités budgétaires de l'année 1905 ne prolongent pas cette injustice à l'égard de nos aimables collègues, puisqu'elles ont les mêmes titres et qu'elles rendent les mêmes services que nous, souhaitons enfin que les directeurs et les

ENSEI'JNEMENT ET DÉ.MOCHATIE.

directrices des écoles primaires supérieures se voient, eux aussi, traités sur le pied d'égalité avec leurs collègues des écoles pratiques \

Pour encourager nos maîtres à se pourvoir d'im titre élevé, il leur est alloué une indemnité de 500 francs soumise à retenue dès qu'ils sont munis du Professorat des écoles normales.

Pourtant, comme le remarquait déjà, en 190:2, M. Bepmale, rapporteur du budget de l'Instruction publique, plus de 00 p. 100 des maîtres de l'enseignement primaire supérieur ne sont pourvus ni du professorat, ni de la licence. Est-ce à dire que nos jeunes délégués sont insuffisants ou inférieurs à leur tache? Non, il y a une autre raison majeure qui les empêche matériellement de préparer un examen qui demande de longues et sérieuses études. Les maîtres, dans l'enseignement primaire supérieur, sont véritablement surmenés.

Le décret du li août 1893 exige d'eux vingt heures d'enseignement et cinq heures de surveillance. Comment veut-on, dans ces conditions, que nos jeunes maîtres puissent trouver le temps nécessaire pour agrandir le cercle de leurs connaissances et subir les épreuves du professorat ou de la licence?

i. A l'heure où nous écrivons, un nouveau projet, dit projet Simyan, est sur le point d'être adopté par la commission du lUulget. A notre vil' regret il consacre l'inégalité choquante des traitements entre les maîtres et les maîtresses.

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L'un (roux*, au nom de ses collègues nous écrivait, lors de notre enquête :

« Il est des classes particulièrement absorbantes pour un professeur d'école primaire supérieure, ce sont celles où le maître doit être constamment sur la brèche, où il ne lui est pas permis de se détendre un instant l'esprit. L'âge de nos élèves nous interdit la méthode exposilive, si commode et relativement si peu fatigante ; si nous voulons élever et instruire les enfants qui nous sont confiés, il faut nous les associer (ou.< par des questions toujours nettes, toujours à propos, toujours bien enchaînées ; il nous faut savoir faire ou provoquer les observations nécessaires à la compréhension de telle question de morale, d'histoire, de mathématiques, de sciences ; il nous faut en même temps conserver pleine et entière possession de notre sujet, afin de diriger la classe entière, avec le moins de perte de temps possible. A ce travail, il y a un effort considérable et pour certains les vingt heures d'enseignement se succèdent toujours aussi absorbantes.

« De telles classes ne peuvent se faire que si elles ont été solidement préparées, ^'otre journée d'enseignement finie, il nous faut, sous peine de déchoir et de compromettre sérieusement notre action éducative, trouver le moyen de nous livrer à des lectures personnelles, en apparence inutiles pour notre classe, en réalité très efficaces pour notre enseignement, auquel elles conservent la vie, ou auquel elles donnent le charme de l'actualité (lettres, géographie, sciences).

En outre, il est dans notre tâche une partie aussi pénible pour nous qu'importante pour les progrès de nos élèves : c'est la correction des devoirs, qui devient si facilement fastidieuse par sa monotonie.

1. M. i'riry, professeur à l'école primaire supérieure de Nancy, actuellement iospecleur primaire.

Lire et annoter, même rapidement, une trentaine ou une quarantaine de devoirs de matiiématiques ou décomposition française, ou de physique ou d'iiistoire, etc., préparer le compte rendu de la correction ou le corrigé du devoir: voilà qui représente ui travail assidu d'une durée fort appréciable. »

Dans la circulaire du 10 juillet 190'2, relative à l'application du nouveau plan d'études des lycées et collèges de garçons, M. Chaumié, ministre de Flnstruction publique, écrit ces lignes :

« Les chefs d'établissement doivent être ménagers du temps des professeurs: beaucoup de liberté leur est nécessaire, non seulement pour le repos de corps et d'esprit, non seulement pour le travail de préparation de la classe, mais aussi pour le travail plus indépendant par lequel ils entretiennent et renouvellent leurs fonds. Le bénéfice en est pour les élèves comme pour les maîtres, et l'on peut dire que la valeur la plus haute de l'enseignement universitaire vient de ce qu'il est préservé de la routine et constamment rajeuni et revivifié grâce au travail personnel des professeurs. Toutes les facilités de service, toutes les économies de temps compatibles avec l'intérêt des études devront donc leur être assurées. »

Combien ces sages paroles sont vraies en ce qui concerne l'enseignement primaire supérieur. Songez que nous nous adressons à des jeunes gens de treize à seize ans et que nous devons dominer tout notre enseignement pour n'en donner, en peu de temps, que la substance et des principes inoubliables !

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Aussi nous inspiranl des conseils tle M. le Ministre nous avons déposé à la section permanente du Conseil supérieur une proposition tendant à modifier le décret du l 't août 1893 et à ne plus exiger des professeurs des écoles primaires supérieures de province que seize heures d'enseignement et quatre heures de surveillance par semaine '.

L'AVI'.XIK CONCLUSION

Arrivé au terme de notre étude, nous devons nous demander quelle conclusion nous pouvons en tirer.

Le litre même donné à l'ensemble de ces conférences : L'Education de la démocratie^ nous guidera dans la position de quelques questions très simples et très nettes.

1° L'école primaire supérieure, en France, répondelle aux désirs de ceux qui l'ont créée ou réorganisée?

2° N'y aurait-il pas quelques réformes à apporter à son organisation et à ses programmes ?

1. Ce vœu a été pris en sérieuse considéralion par la section permanente, mais en raison des conséquences financières qu'il entraînerait s'il était adopté, il a été transmis à M. le Ministre avec avis favorable.

3^ Comment peut-on, sans trop de témérité, envisager sa situation dans l'avenir?

Étant juge et partie, et le nous collectif étant presque aussi haïssable que le moi^ il nous paraît plus séant de demander à ceux qui nous ont vus, où nous voient à l'œuvre tous les jours, quelle réponse ils font à notre première question.

Tous les étrangers qui ont visité les écoles primaires supérieures, les écoles des grandes villes comme celles des campagnes, sont unanimes à reconnaître que nulle part l'enseignement primaire supérieur, ou ce qui s'en rapproche le plus, n'est aussi bien organisé qu'en France.

Ils s'accordent à dire que cet enseignement est le seul qui associe intimement un complément d'instruction générale à un commencement d'éducation professionnelle.

Messieurs les Inspecteurs généraux René Leblanc et Coûtant écrivent dans le rapport adressé en l^OO, à M. le ministre de l'Instruction publique, les lignes suivantes :

(( En résumé, les écoles primaires supérieures semblent avoir presque entièrement reçu aujourdluii l'organisation générale et l'enseignement qui

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leur conviennent. Il y a lieu de croire qu'elles sont en état de rendre au pays les services qu'il esl en droit d'en attendre. »

M. Couyba, un des nôtres, dans son beau discours du ['2 février 100:2, s'écriait, aux applaudissements de la majorité de la Chambre des députés : a Je crois que c'est par le développement de renseignement primaire supérieur, qui a été longtemps trop négligé, comme le constate dans son rapport mon ami Maurice Faure, c'est par l'enseignement primaire supérieur que se fera, j'en ai la conviction, la réorganisation de l'enseignement public en France. »

Si nous avons cru bon de laisser à d'autres le soin de faire l'éloge de l'enseignement primaire supérieur français, il est de notre devoir de lui adresser quelques critiques.

Tout d'abord, nos écoles primaires supérieures de garçons et de filles nous semblent réparties un peu au hasard des circonstances. Si quelques départements, n'en ont encore aucune, d'autres départements en comptent huit et dix. Cette installation hâtive laisse bien souvent à désirer et ce n'est point par ironie que la circulaire ministérielle du 2?) octobre 1898 contient cette phrase surprenante :

. « On trouve des écoles primaires supérieures avec section agricole qui n'ont pas de jardin. »

Avant donc que de créer de nouvelles écoles, dans les départements où il en existe, aménageons convenablement celles dont l'installation est défectueuse et que tout département ait au moins une école primaire supérieure de garçons et une de filles.

Nos programmes constituent dans leur ensemble une véritable encyclopédie. 11 faut avoir le courage de le dire, jamais le meilleur de nos élèves ne pourra se les assimiler en trois ans. 11 faut, par conséquent les reviser de telle sorte que renseignement général soit réduit à sa plus simple expression et que tout ce qui constitue l'enseignement professionnel soit adapté aux besoins régionaux, voire même aux besoins locaux.

Les programmes ainsi allégés, il nous sera possible de faire réellement l'éducation intellectuelle de nos élèves, de leur apprendre à apprendre.

Deux grands principes devront encore nous guider dans la rédaction des nouveaux programmes :

1° On supprimera tout ce qui est de théorie pure, tout ce qui surcharge inutilement la mémoire, tout ce (ju'il n'est pas nécessaire à nos élèves de connaître ;

2° Dans chaque année d'études les programmes, surtout les programmes d'ordre scientifique devront se prêter un mutuel secours.

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Knlin pour assurer uu meilleur recrulemenl du personnel administratif et enseignant, les traitements seront équivalents à ceux des collègues des autres ordres d'enseignement qui sont pourvus des mêmes litres ou des titres reconnus équivalents.

Pour terminer, qu'il nous soit permis de lever un coin du voile qui nous cache l'avenir.

Nous entrevoyons, en rêve peut-être, l'avenir sous un jour meilleur.

Nous croyons, est-ce une utopie? que dans un temps plus ou moins rapproché, il n'y aura plus Bn France qu'une seule école, l'école nationale, qu'un seul enseignement, l'enseignement adapté à l'âge des enfants sans distinction d'origine, que les parents soient riches ou pauvres, peu importe. Evidemment il y aurait toujours des degrés, mais il n'y aurait plus de ces étiquettes malsonnantes de primaires et de secondaires.

L'enseignement du premier degré serait donné à tous les enfants de six à douze ans, par exemple ;

L'enseignement du second degré à tous les enfants de douze à quinze ans ;

L'enseignement du troisième degré aux enfants au-dessus de quinze ans, qui auraient montré des

aptitudes réelles soit pour les lettres, soit pour les sciences, soit pour une profession déterminée. On ne passerait dans le second degré que pourvu d'un diplôme des études du premier degré, diplôme délivré par les maîtres eux-mêmes qui connaissent bien leurs élèves, de même qu'on ne pourrait aborder les études du troisième degré que si Ton en avait été reconnu capable.

Dans ce troisième degré, les études, pour n'être pas encyclopédiques, seraient aussi variées que possible et répondraient à toutes les exigences de la société moderne.

Rêvez, nous dira-t-on, rêvez longtemps, ce jour, vous n'êtes pas près d'en voir l'aurore.

Qu'en sait-on? A notre époque où les idées-forces^ selon la belle expression de M. Fouillée, font leur chemin si rapidement, qui peut répondre de ce que nous réserve demain ?

Que nous ayons comme grand maître de l'Université un homme qui ait été lui-même hanté toute sa vie de ce beau rêve, et qu'il sache communiquer sa foi à la majorité du Parlement républicain, et ce sera chose faite avant peu.

Lors de la grande enquête sur la crise de l'enseignement secondaire, MM. Hibol et Aynard posèrent la question suivante à M. Buisson, ancien directeur (le l'enseignement primaire : « Considérez-vous

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qu'on puisse rapprocher, en faisant de l'un la suite de l'autre, l'enseignement primaire supérieur et le deuxième cycle de l'enseignement secondaire ? » Sans hésiter, avec sa franchise habituelle, M. Buisson répondit :

« Cela me paraît être un des plus grands besoins de la France scolaire en ce moment :

Et il ajoutait :

« De môme que de l'enseignement primaire élémentaire, on passe à l'enseignement primaire supérieur, il faudrait que, de l'enseignement primaire supérieur, on pût passer directement au deuxième cycle de l'enseignement secondaire.

... C'est un meurtre de laisser ainsi en détresse de braves enfants de la classe moyenne, faute d'avoir mieux aménagé les transitions et ouvert à chacun sa voie. Dans un système d'établissements scolaires bien gradués et bien hiérarchisés, il ne doit plus y avoir d'impasses. »

Or, bien que l'on ait pris pour le premier cycle de l'enseignement secondaire, presque l'esprit de notre enseignement primaire supérieur, les programmes ne concordent pas et tel de nos élèves qui nous semblerait avoir de réelles aptitudes pour les lettres ne trouverait pas, ù l'heure actuelle, les moyens de faire de bonnes études grecques et latines et, ù notre avis, cela est profondément déplorable et injuste.

Nous savons bien que Funité de renseignement entraînerait fatalement une complète transformation de la préparation professionnelle des maîtres des trois degrés de l'enseignement, qu'il faudrait assurer à tous, à l'origine, la même éducation générale, mais cela est loin de nous effrayer.

Un de nos collègues ' nous écrivait, non sans raison :

« Une des anomalies les plus choquantes de notre système d'éducation, c'est la coexistence d'établissements différents donnant le même enseignement ; les lycées et collèges, à l'usage des familles aisées; les autres, les écoles primaires, réservées aux pauvres. C'est, au début de la vie, la classification des individus, comme dans une salle d'attente avec V\ 2% 3'' classe, banquettes de velours et bancs de bois...

« Au point de vue administratif, c'est le désordre et la confusion, c'est encore l'injustice, car le professeur de collège qui fera une classe d'enseignement primaire supérieur aura seize ou dix-huit heures de service et un traitement plus élevé que son collègue qui dans la véritable école primaire supérieure, fait vingt-cinq heures par semaine.

« Avant tout, c'est anti-démocratique ! »

Et nous ajoutons, ce qui est plus grave et ce qui serait facile à démontrer, c'est injuste et c'est dangereux.

Voilà pourquoi, en dernière analyse, nous appelons de tous nos vœux le jour où l'enseignement primaire supérieur sera, non pas supprimé, mais

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