ÉCOLES PROFESSIONNELLES DE LA VILLE DE PARIS
11 existait, à mon arrivée au ministère du Commerce, un certain nombre d'établissements scolaires soumis au régime du « condominium »,
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autrement dit : administrés à la fois parle ministère (le rinstriiclioii Publique et par le ministère du Commerce : régime détestable parce qu'en partageant la responsabilité, il divisait l'autorité et laissait les écoles sans direction ou. ce qui est pis, tiraillées entre deux directions opposées. Cet inconvénient avait déjà tVappé nombre d'esprits, et je fus assez heureux pour voir la loi financière de l'exercice 1900 soustraire à ce régime les écoles nationales professionnelles.
L'idée qui avait présidé à leur création, à Armenlières, Vierzon, Voiron et Nantes, consistait à grouper une école maternelle, une école primaire et une école professionnelle proprement dile, dans l'espoir que l'enfant serait ainsi conduit de l'âge le plus tendre jusqu'à l'école professionnelle sans quitter le même établissement. Ce but avait complètement été manqué, puisque o p. 100 à peine des élèves entraient à l'école professionnelle en provenant de l'école maternelle et de l'école primaire. La force de choses avait d'ailleurs amené les écoles professionnelles à développer la partie technique de leurs leçons, si bien qu'elles étaient tout indiquées pour venir s'agglomérer au groupe de l'enseignement technique au ministère du Commerce. Leurs écoles annexes : écoles maternelle et primaire, furent supprimées en principe pour devenir des écoles communales ordinaires.
ENSEIGNEMENT ET DKMOCltATIE. dl
Depuis leur rattachement au Commerce, des réformes d'une certaine importance ont été apportées au régime des écoles nationales professionnelles : l'admission a lieu désormais au concours, ce qui a permis de former des divisions homogènes et de rendre l'enseignement plus profitable ; la durée des études a été portée de trois à quatre ans, afin de pouvoir donner aux élèves toutes les connaissances professionnelles nécessaires sans restreindre l'enseignement général; — des règlements et des programmes ont été étudiés et mis en application ; — l'enseignement des langues étrangères a été introduit à titre facultatif dans les écoles; — l'enseignement du travail manuel y a été fortifié ; — des postes de sous-chefs d'atelier ont été créés et l'outillage considérablement perfectionné.
Ces améliorations ont eu pour résultat de faire entrer les écoles dans une nouvelle ère de prospérité. Le nombre de leurs élèves était, en 1899, de 1.115 ; il est, en 1903, de 1,212, les locaux ne permettant pas d'en recevoir un plus grand nombre.
La loi du 29 décembre 1900 vint également soustraire au régime du condominium les écoles professionnelles de la ville de Paris.
Désormais, chacune des écoles professionnelles devra avoir un programme et un règlement établis par le Conseil municipal et approuvés par le préfet
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de la Seine, sous l'aulorilé du ministre ; — les attributions des Comités de patronage seront fixées par un règlement du préfet de la Seine, après avis du ('-onseil municipal, sous l'autorité du ministre du Commerce ; — des décrets, rendus sur la proposition du ministre du Commerce, détermineront les conditions à imposer aux candidats aux fonctions de directeur ou de directrice et de professeur; — enfin, un arrêté du préfet de la Seine doit, après délibération du Conseil municipal, fixer les traitements du personnel et ses conditions d'avancement.
La diversité de ces écoles est, d'ailleurs, extrême. On y trouve sept écoles de garçons ; au premier rang, l'école de physique et de chimie industrielles où les physiciens et les chimistes, se destinant à l'industrie, reçoivent une culture scientifique et technique assez approfondie pour que cette école ait le caractère d'un véritable établissement d'enseignement supérieur.
Il me sera permis de rappeler, à l'honneur de l'enseignement technique, que c'est l'école de physique et de chimie qui, longtemps, offrit, seule, l'hospitalité aux admirables travaux de M. et M"^" Curie, dont l'étranger vient de révéler l'existence au grand public français.
Après cette école, je citerai l'école Diderot où
sont enseignés Fajustage, la forge, la chaudronnerie, la menuiserie, la plomberie ;
L'école Boulle, où l'on apprend l'art du meuble, la ciselure, la gravure ;
L'école Germain Pilon, où se donne l'enseignement du dessin pratique ;
L'école Bernard Palissy, particulière à l'étude de l'art du dessin, modelage et céramique ;
L'école Estienne, spéciale à l'industrie du livre ;
L'École Dorian, où l'on forme des mécaniciens et des ajusteurs ;
Et six écoles de jeunes filles, destinées à préparer des ouvrières habiles aux diverses industries parisiennes : broderie, lingerie, couture, fleurs, modes, etc.
LKS KCOLES PRATIQUES DE COMMERCE ET d'iXDUSTRIE LES SECTIONS NORMALES
J'arrive au groupe le plus nouveau, aujourd'hui le plus nombreux et, sans doute, le plus important, d'établissements qui dépendent du ministère du Commerce.
Je veux parler des écoles pratiques de commerce et d'industrie. Elles sont nées d'hier; les plus vieilles ne sont rattachées au ministère du Commerce que depuis 1893 ; leur acte de naissance est la loi de
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luiancojî du :2() janvier 189^, art. ()0 ; elles ont été organisées d'accord avec le ministère de rinstruction Publique, par une Commission constituée par le ministre de l'Instruction Publique, où figuraient des représentants du ministre du Commerce. Elle était chargée d'examiner comment les écoles primaires supérieures et les cours complémentaires donnant l'enseignement industriel et commercial seraient soumis au régime de la loi du il décembre 1880. En présence du désaccord qui se produisit entre les deux ministères, la Commission fut amenée à considérer qu'il était désirable, dans l'intérêt général, que le ministère du Commerce eût un budget d'enseignement et des écoles relevant directement de lui, où pussent se former des ouvriers et des employés de commerce instruits.
Le but des écoles pratiques était précisé en ces termes dans la circulaire du ministre du Commerce du "10 juin l89o : « Les écoles pratiques diffèrent, essentiellement des écoles primaires supérieures dans lesquelles une place est faite à l'enseignement professionnel ; celles-ci ont simplement pour objet la préparation à l'apprentissage. Pour éviter toute confusion, il importe de préciser le caractère des premières ; elles sont destinées à former des employés de commerce et des ouvriers aptes à être utilisés immédiatement au comptoir et à l'atelier. »
Deux chiffres diront le succès qu'a obtenu cette création. En octobre 1893, il existait 11 écoles pratiques avec 1.717 élèves; en octobre 1903, on en compte 49 avec 8.718 élèves : eu 10 ans, le nombre des cours a plus que quadruplé, le nombre de leurs élèves a plus que quintuplé.
Cet enseignement s'est créé pourtant dans des conditions difficiles. Peut-être l'insuffisance même de ses ressources, et le régime forcé qui en a été pour lui la conséquence, Font-ils particulièrement servi. Comme l'État ne disposait pas de crédits suffisants, il fallut implorer le concours des municipalités ; elles entendirent Fappel ; mais, en y répondant, elles gardèrent, comme il était légitime, une grosse part d'influence sur Tœuvre qu'elles contribuaient à créer. L'État leur laissa une place dans la surveillance et la direction de l'école ; d'où la plus heureuse variété et la plus féconde, dans l'enseignement que distribuent nos écoles pratiques.
Il diffère d'une école à l'autre selon les besoins locaux ou régionaux ; il comprend, dans les écoles industrielles, le travail du fer et du bois, l'électricité, le lissage de la laine cl de la soie, la chimie et la teinture, l'armurerie, la stéréotomie, etc.
Les industriels et les personnes qui emploient les anciens élèves des écoles pratiques sont unanimes à témoigner qu'ils leurs rendent de réels services et
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que, chose rare, ces établissements atteignent précisément le but pour lequel ils ont été créés.
Toujours parce qu'il n'y avait pas de crédits, il fallut organiser l'inspection nécessaire de ces écoles, en faisant appel à des fonctionnaires bénévoles, à des industriels, à des commerçants, qui voulurent bien accepter l'honneur et la charge, parfois lourde, d'inspecter nos écoles ; procédé qui n'est pas peut-être sans certains inconvénients, mais qui offre, à coup sur, le précieux avantage de provoquer chez les négociants et les industriels ainsi associés à notre œuvre plus que de l'intérêt, une véritable passion pour son succès.
S'il n'y avait pas d'inspecteurs, il n'y avait pas davantage de maîtres : il fallut en créer. A l'origine, les instituteurs appelés à exercer dans les écoles professionnelles, ceux mômes pourvus de diplômes particuliers : certificat d'aptitude à l'enseignement du travail manuel, de la comptabilité, etc., n'ayant jamais passé par des écoles spéciales, n'avaient que des connaissances superficielles, et ne savaient pas approprier leur enseignement aux besoins de jeunes gens se destinant à la vie commerciale et industrielle. D'autre part, on rencontrait chez les professeurs purement techniques des lacunes différentes, mais non moins graves : n'étant pas des éducateurs, ils possédaient rarement les connaissances pédagogiques
indispensables pourenseignerdesjeunesgens de douze à quinze ans, et concourir à leur éducation . Le ministre du Commerce fut amené, par la nécessité même, à créer des centres pédagogiques où les futurs professeurs pussent compléter et étendre leur instruction, en même temps que s'initier à la méthode et aux procédés de l'enseignement technique : méthode qui consiste essentiellement à exercer les facultés en vue de l'éveil ou du développement des aptitudes appliquées à un but déterminé, à donner à l'esprit le sens exact du réel, et aussi, à fournir à l'imagination les connaissances qu'elle devra utiliser; à unir, en un mot, la culture générale à l'enseignement spécial.
Sans prétendre, profane que je suis, aborder ici ce délicat problème pédagogique, je me persuade que l'apprentissage d'une profession peut être une matière excellente à culture générale. J'ai vu, dans une école pratique du commerce, une installation du cours de quatrième année qui m'a vivement frappé. La salle est divisée en boxes grillagés comme les guichets d'une banque ou d'un bureau de poste; au-dessus de chaque guichet, une plaque où se lit : « Maison française», <( Maison allemande», « Maison italienne», etc.. Chaque maison fait toutes les opérations auxquelles, dans la réalité, elle devrait procéder : elle constitue une société ; elle rassemble le capital social ; elle achète ses matières premières ; elle frète le navire