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qui les lui apportera : elle se préoccupe de trouver des débouchés, d'assurer le paiement de ses créances, de couvrir ses frais, de faire face à ses dettes. Eh bien, j'imagine qu'à la lin d'une année remplie par des exercices de ce genre, l'élève qui les aura pratiqués avec soin n'aura pas seulement acquis les connaissances professionnelles utiles à un futur commerçant : il aura, par surcroît, singulièrement développé ses qualités personnelles de réflexion, de prudence, d'initiative : même si les hasards de la vie devaient Técarter de la carrière commerciale pour l'engager dans une autre, il aura tiré de renseignement technique un profit durable.
Les maîtres des écoles sont instruits : ceux de l'enseignement industriel, à Chàlons, où une section normale a été créée à l'école nationale des arts et métiers, en 1891 ; ceux de l'enseignement commercial, à l'école des Hautes Eludes commerciales, à Paris, où un arrêté du ;2l juillet 1894 a créé l'autre section.
A Chàlons, l'enseignement de la géométrie et de la cinématique a principalement en vue l'application dune de ces sciences à la construction des organes de machines et des machines elles-mêmes ; la physique et la chimie sont enseignées au point de vue des applications industrielles : électricité, métallurgie, etc.
Bien qu'ils ne soient pas destinés à être chefs d'ateliers dans les écoles, les élèves-maîtres font trois heures par jour de travail manuel pendant leurs deux années d'études. Le séjour à l'atelier est plus profitable pour eux, en leur permettant de se rendre compte exactement des relations étroites qui unissent l'enseignement théorique à l'enseignement pratique.
De même, à la section des Hautes Études commerciales, les mathématiques sont enseignées au point de vue de leur application aux opérations de commerce : escompte, change, etc. ; l'enseignement pratique comprend la tenue des livres; la chimie a surtout en vue l'étude des marchandises, matières premières, procédés de fabrication, manière de reconnaître les falsifications.
Dans les deux sections, il est fait aux élèves-maîtres un cours spécial de littérature et aussi un cours de pédagogie pratique où, à tour de rôle, les élèves sont exercés à faire, sous la surveillance et le contrôle d'un professeur, des leçons sur des sujets donnés; après la leçon, le professeur en fait la critique en présence de tous les élèves.
A la fin de leurs deux années d'études, les élèvesmaîtres subissent les épreuves du concours i)Our le certificat d'aptitude au professorat industriel ou au professorat commercial, et, s'ilsl'obtiennent, ils sont nommés professeurs dans les écoles pratiques.
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Des bourses d'études àrétranger peuvent, en outre, être accordées à un certain nombre des élèves-maîtres qui se destinent plus spécialement à l'enseignement des langues vivantes.
Il existe, également, une section normale pour les jeunes filles ; elle est, depuis octobre 1899, annexée à l'Ecole pratique de commerce et d'industrie au Havre ; elle comprend un ensemble de cours d'une durée de deux années exclusivement réservés aux normaliennes et confiés, selon leur nature, à des techniciens. Unesection prépare au commerce, l'autre à l'industrie.
Des cours de morale, de pédagogie, de littérature, d'histoire et de géographie sont communs aux deux " sections.
Des cours particuliers sont faits pour le commerce et pour l'industrie.
Les élèves-maîtresses s'exercent à professer dans les classes selon les principes qui leur ont été enseignés ; leurs compagnes, le professeur de la classe, et, de temps à autre, le professeur du cours assistent à la leçon qu'ils critiquent ensuite. Une leçon sur deux est consacrée au cours du professeur; l'autre leçon est l'exposition d'un sujet fait, à tour de rôle, par une normalienne.
Pour les maîtresses comme jjour les maîtres, même méthode qui consiste surtout à viser les applications
aux travaux industriels ou aux opérations de commerce.
A la fin des deux années, les élèves-maîtresses obtiennent, au concours, le diplôme de professorat de commerce et d'industrie, et quelques-unes, une bourse de séjour à l'étranger.
LE PROBLÈME DE l'aPPRENTISSAGE
Ces sections normales suffisent aux besoins actuels de l'enseignement technique. Le jour s'annonce prochain, où les cadres qu'elles forment seront débordés.
Un problème a surgi que je ne veux ici indiquer que d'un mol — il mériterait, à lui seul, une substantielle conférence : le problème de l'apprentissage.
La République a créé l'enseignement primaire obligatoire, il n'est pas téméraire de prédire qu'elle devra, avant peu, le compléter par l'enseignement professionnel obligatoire.
Dans sa session de 190^, le Conseil supérieur du Travail a abordé la question. Je renvoie ceux de vous qui seraient curieux de l'élucider et de l'approfondir au volume bourré de renseignements et de faits où la Direction du travail a consigné les résultats de
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renquèle à laquelle il a été procédé. La conclusion qui en sort est d'une 4ieUelé qui ne laisse, hélas ! rien à désirer : l'apprentissage disparaît. Chaque jour, les faits démonlrent le bien fondé de cette appréciation.
Comment en serait-il autrement dans l'organisation nouvelle de l'industrie, oiiles applications de la science elles progrès du machinisme ont transformé les conditions de la production? Produire vite et à bon marché : telle est aujourd'hui la loi vitale de l'industrie. Pour atteindre ce but, la grande usine a remplacé l'atelier familial, et les machines-outils, Touvrier.
Mais s'il est exact qu'en quelques semaines un manœuvre puisse apprendre à conduire une machine, il n'en est pas moins vrai, d'une vérité profonde, que l'intérêt de la production nationale comme du producteur lui-même, l'intérêt du pays qui a besoin d'une race intelligente et instruite, exigent impérieusement des ouvriers connaissant l'ensemble de leur profession, possédant des notions scientifiques suffisantes pour comprendre le fonctionnement d'une machine, la réparer, lui trouver au besoin des améliorations.
Les conditions matérielles dans lesquelles fonctionne la grande usine, l'extrême division du travail s'opposent à l'instruction complète des apprentis, ne permettent même plus d'en former.
L'enfant placé directement à l'atelier est fatalement, s'il n'en sort pas bientôt, réduit au rôle d'esclave passif et inintelligent de la machine qu'il est censé conduire.
Nos rivaux étrangers n'ont pas attendu ce jour pour comprendre le péril et prendre les moyens d'y remédier. Dès à présent, l'Allemagne, la Suisse, la Belgique, les Etats-Unis possèdent, grâce à leurs écoles, une armée d'ouvriers dont la solide instruction professionnelle constitue pour ces pays un avantage considérable. Ils ont compris que l'habileté technique, qui n'était autrefois le produit que d'une aptitude spéciale, d'une habileté machinale, d'un tour de main, exige aujourd'hui de l'intelligence et du savoir.
A l'heure actuelle, l'enseignement professionnel est l'instrument nécessaire qui permettra à l'ouvrier de tirer, dans son intérêt comme dans l'intérêt public, tout le profit possible de son goût naturel et de l'adresse de ses mains.
Mais il serait illusoire de penser d'ici longtemps à faire passer par des écoles spéciales l'ouvrier que trop tôt réclame l'atelier. Il faut donc, comme on l'a fait ailleurs, combiner l'atelier et le cours professionnel. Sans doute, il existe, dès aujourd'hui, dans notre pays, de nombreux cours professionnels.
On compte \^"1 associations d'enseignement encou-
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ragées par le niinislèro, qui l'ont o.oîK> cours ù environ 80.000 auditeurs : oO syndicats patronaux entretiennent loO cours professionnels pour environ :î.000 auditeurs.
Si 408 syndicats ouvriers ou Bourses du travail ont créé des cours professionnels, on ne peut évaluer à plus de loO les syndicats dont les cours sont sérieusement organisés ; il faut compter, à leur actif, oOO cours pour environ iiî.OOO auditeurs. Ressources précieuses à coup sur, mais certainement insuffisantes.
Des dispositions de loi nouvelles sont nécessaires et aussi des crédits.
Nous attendons encore une loi spéciale sur l'enseignement professionnel.
Peut-être ne l'attendrons-nous plus longtemps, car un des premiers objets assignés à l'examen du Conseil supérieur de l'enseignement technique réorganisé a été la préparation de cette charte organique de l'enseignement technique.
Le travail a été fait, et le projet en préparation prévoit naturellement dans un certain nombre de ses articles l'institution de cours professionnels, sous le contrôle de commissions chargées d'organiser les cours appropriés aux besoins locaux, d'en élaborer les règlements, de recruter le personnel enseignant, de surveiller l'assiduité des auditeurs, d'organiser
les épreuves de Texamen théorique et pratique à la suite duquel les auditeurs qui auront suivi les cours, pendant trois ans au moins, pourront obtenir un certificat de capacité professionnelle.
Lorsque les cours professionnels et de perfectionnement auront lieu pendant la journée de travail, les industriels et commerçants qui occupent des apprentis, des ouvriers ou employés de moins de dix-huit ans accomplis, seront tenus de les laisser libres à l'heure fixée pour ces cours, jusqu'à concurrence d'un certain nombre d'heures.
Pour faire fonctionner cette organisation nouvelle, il faudra de l'argent. A ceux qui. naturellement préoccupés de la multiplicité des besoins nouveaux auxquels le budget démocratique doit faire face, seraient tentés d'opposer à l'enseignement technique une fin de non-recevoir, je me permettrai de signaler quelques chiffres se passant de commentaires.
Tandis que l'Angleterre consacre à l'enseignement technique IG. 000. 000 de francs par an. l'Allemagne, outre les sommes importantes payées par les communes et les corporations. 9. 385. 525 francs, les crédits inscrits au budget du ministère du Commerce pour notre enseignement industriel et commercial dépassent à peine A millions et demi. C'est assez dire que, eu égard au chiffre de sa population, la France est un des pays qui s'imposent actuellement le
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moins de sacrifices pour renseignement technique. Dépenses indispensables pourtant, dépenses productives entre toutes, car elles accroissent à la fois la puissance matérielle et la valeur intellectuelle et morale du pays qui sait les consentir.
Tel est, résumé à grands traits, avec, sans doute, d'inévitables omissions dont je m'excuse, l'état présent de notre enseignement technique. Telles sont quelques-unes des vues d'avenir qu'ont conçues pour son développement ses parrains et ses défenseurs. L'enseignement professionnel ne doit-il pas être appelé à jouer un rôle plus important, et lequel? à prendre une place plus considérable, et laquelle? dans notre enseignement national? Je pose la question ; fidèle au programme prudent et modeste que je me suis tracé, je laisse à de plus compétents le soin d'y répondre.
Déjà des liens se sont noués entre notre enseignement supérieur et notre enseignement technique. Je citerai seulement à titre d'exemple : à Lyon, l'Ecole de chimie industrielle et son annexe l'Ecole de tannerie ; à Grenoble, l'Institut électro-technique ; à
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Paris, l'Ecole pratique de brasserie annexée à l'Institut Pasteur.
Il est excellent que ces exemples se multiplient, et que l'entente nouée se resserre. Je ne crains pas de l'affirmer : il serait déplorable que l'union tournât à la confusion et que, comme parfois des personnes imprudentes ou trop pressées en ont manifesté le dessein, l'Université se proposât d'absorber l'enseignement technique. L'Université n'y gagnerait rien, et l'enseignement technique risquerait d'y perdre tout : je veux dire l'originalité qui est sa force et sa raison d'être.
Sans cesser d'être lui-même, l'enseignement professionnel peut et doit faire à la culture générale la large part, faute de laquelle il serait impuissant même à produire de bons spécialistes.
En même temps que l'artisan d'une tache, l'enseignement technique doit viser à former l'homme.
Ses élèves ne seront excellents dans leur profession, quelle qu'elle soit, qu'à la condition de dominer leur œuvre au lieu qu'ils en soient dominés.
Ses maîtres n'oublieront pas que la valeur de . l'individu se mesure à sa capacité d'idées générales, et que l'important n'est pas qu'il devienne quelque chose, mais qu'il soit quelqu'un.
Il n'est pas de besogne, si humble semble-t-elle, que ne rehaussent et n'ennoblissent la compréhen-
i/eNSEIGNF.MENT TEiUMOlF OU PnoFESSIONNKI, 179
sion de la beauté de rctTorl, la vue de sa liaison avec l'ensemble du travail humain, l'idée de la solidarité humaine.
Tout enseignement digne de ce nom doit être pénétré et idéalisé par la pensée toujours présente de son but : donnera la vie son sens vrai et sa pleine valeur.