ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL SCIENTIFIQUE
L'enseignement supérieur des Sciences est donné actuellement, comme objet principal ou comme enseignement préparatoire, dans un très grand nombre d'établissements qui comprennent: en première ligne les Facultés des Sciences, puis TÉcole Polytechnique, le Collège de France, le Muséum, les années préparatoires aux Écoles techniques (Mines, Ponts et Chaussées, École Centrale), certains cours des Écoles de Pharmacie, de l'Institut Agronomique, des Écoles d'Agriculture.
Nous ferons de l'étude des Facultés des Sciences l'objet principal de celte conférence: les. autres questions d'enseignement supérieur viendront tout naturellement s'y rattacher.
Les travaux des Facultés des Sciences peuvent se ramener à trois types, qui se présentent avec de nombreux intermédiaires : l'enseignement général.
renseignement scientifique en vue des applications, les travaux de recherches.
I 1. — Enseigneinent général des Facultés
Les Facultés donnent un enseignement général portant sur les connaissances regardées actuellement comme classiques dans les diverses branches des Sciences. Cet enseignement correspond, à peu près, au programme des trois anciennes licences : Sciences mathématiques (Analyse, Mécanique, Astronomie), Sciences physiques (Physique générale. Chimie générale, Minéralogie) , Sciences naturelles (Zoologie, Physiologie, Botanique, Géologie). Pour les Sciences physiques, chimiques et naturelles, il y a, en quelque sorte, deux sections : une section plus élémentaire constitue le P. C. N., une section plus élevée les cours de licence. Pour les Mathématiques, la création de cours de Mathématiques générales dans la plupart des Facultés indique également une tendance à établir une section plus élémentaire ou section préparatoire.
Dans cet enseignement général, on cherche à donner aux étudiants les éléments essentiels des Sciences, à développer en eux Fespril scientifique en leur faisant connaître et appliquer les méthodes de recherches.
A côté des cours didactiques sont organisées des
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conférences et des manipulations dans lesquelles les élèves sont en rapport direct avec des maîtres de conférences, des chefs de travaux, des préparateurs chargés de leur donner des explications, de les interroger, de leur faire faire des prohlèmes, des exercices pratiques, des manipulations, des lectures, et de les initier ainsi à la recherche et à la réflexion personnelle. Ces conférences et ces exercices pratiques sont d'une importance toute particulière; sans eux, les cours magistraux seraient loin de produire tous leurs effets utiles, car beaucoup d'élèves sortent de la préparation au baccalauréat avec une tendance fâcheuse à se contenter d'apprendre et de répéter la parole du maître.
En Mathématiques, les étudiants de licence sont exercés sur des problèmes de Calcul différentiel, de Calcul intégral, de Mécanique; en Astronomie, on cherche à les familiariser avec les calculs numériques et le maniement des instruments; ce côté pratique de l'enseignement de l'Astronomie demande à être très développé; cela serait facile dans les Univej"sités où le Directeur de l'Observatoire est en même temps professeur à la Faculté ; à Paris, la Faculté a fait, dans ce but, un accord avec l'Observatoire du Bureau des Longitudes, situé au Parc de Montsouris, où se trouve un outillage excellent ayant servi pendant longtemps à l'éducation astronomique dès officiers de marine.
Dans les Sciences physiques et naturelles, les étudiants en licence sont de même exercés par de nombreuses manipulations à réaliser les expériences qu'ils ont vu décrire, à construire et à étudier des appareils, à acquérir l'éducation de l'œil et de la main, et à corriger par l'observation personnelle el directe ce que les notions prises dans les livres et les cours ont de théorique et de schématique. Enfin, en Botanique, en Géologie, et en Géographie physique, les élèves font des promenades et des voyages scientifiques.
A la fin de l'année, les étudiants subissent l'examen du certificat d'études P. G. X., ouïes examens des certificats de licence : la réunion de trois de ces derniers certificats donne le grade de licencié. Dans ces examens, les notes des conférences et des travaux pratiques sont consultées par les examinateurs ; en outre, les travaux pratiques forment, à l'examen même, une épreuve importante pouvant * être éliminatoire.
Voici les critiques que soulèvent ces diverses façons de procéder et les améliorations qu'il me [)arait utile d'y apporter :
1'' En ce qui concerne l'enseignement du P. C. N., les étudiants qui se destinent à la Médecine sont à peu près les seuls à le fréquenter : il serait très utile que le P. G. N. fût fréquenté par des étudiants
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de toute nature, sauf pout-èlro les malliématiciens, et (iuil comportât, outre les cours actuels, un enseiiïuementde Mathématiques comprenant les éléments ilu Calcul arithmétique, do l'Algèbre et de la Géométrie analytique. Le certilicat d'études P. G. X. ainsi constitué formerait un certilicat d'études supérieures pouvant conférer un tiers de licence, à condition qui] fût pris avant les deux autres certificats. On gagnerait à ce système de placer une année non obligatoire entre le lycée et les études de licence. 11 arrive actuellement que de jeunes bacheliers se font inscrire à des cours de licence qu'ils ne peuvent pas suivre, à cause du changement brusque de méthode ou encore parce qu'ils se sont trompés sur leur vocation : une année de P. G. X., avec un enseignement simple et de très fortes manipulations, leur donnerait une éducation scientifique, les initierait aux méthodes des diverses sciences et leur permettrait ensuite de choisir leur voie en connaissance de cause. Gette année ne serait pas un retard, puisqu'elle conférerait un tiers de licence. On outre, le fait de posséder déjà ce tiers de licence engagerait certainement beaucoup de futurs médecins à prendre ensuite deux autres certiticats, pour avoir le grade de licencié et peut-être plus tard celui de docteur es sciences ; l'éducation scientifique du corps médical ne pourrait qu'y gagner. Entin, l'introduction d'un
enseignement de Mathémaliques au P. C. N. se justifie par ce fait que les connaissances mathématiques indispensables aux physiciens et aux chimistes, rendent aussi de grands services dans les sciences naturelles où les procédés géométriques, les représentations graphiques jouent actuellement un rôle de plus en plus considérable.
2' Relativement aux conférences et aux travaux pratiques, il nous semble que les enseignements didactiques sont souvent beaucoup trop chargés par rapport aux conférences et aux manipulations. On se préoccupe trop de faire des cours complets, ce qui fatigue les élèves et les maintient dans l'habitude prise au lycée d'écouter des leçons et de les apprendre pour l'examen. 11 n'y a pas d'inconvénient à ce qu'un cours ne soit pas complet, pourvu que les élèves comprennent bien l'esprit des méthodes et acquièrent dans les travaux pratiques, l'habitude de réfléchir et de chercher ; pour les parties qui n'auraient pas été enseignées, ils se tireront ensuite facilement d'affaire sans cours, avec des livres et des travaux dans le laboratoire. Par contre, il faudiait développer les conférences d'interrogations et surtout les manipulations. Trop souvent, les étudiants de licence manipulent sur des instruments ou des préparations montés par le préparateur et font ainsi deux ou trois manipulations seulement par semaine : ils
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prennent alors une part personnelle trop faible aux travaux pratiques. 11 faudrait que les élèves pussent aller au laboratoire quand ils le voudraient et y passer des journées entières, en y montant euxmêmes les appareils, en apprenant à faire une expérience à peu de frais, en voyant travailler et en aidant les préparateurs et les chefs de travaux. Les manipulations toutes préparées devraient, autant que possible, disparaître de l'enseignement supérieur. On a déjà essayé ce nouveau système, qui donne d'excellents résultats. Ainsi, à Paris, certains laboratoires, comme celui de Chimie analytique et celui de Géographie physique, sont constamment ouverts aux étudiants de licence. En Zoologie et Anatomie comparées, on a installé des travaux pratiques facultatifs ; on a autorisé des élèves qui en ont fait la demande à travailler au laboratoire, quand ils le voudraient, en assignant à chacun d'eux une place déterminée avec un petit matériel et en mettant à leur disposition des livres : seize élèves ont demandé l'année dernière à profiter de ces avantages ; mais on a constaté que l'assiduité à l'étude des livres a été plu§ grande que l'assiduité aux travaux pratiques : le Directeur du laboratoire attribue ce fait à ce que la plupart des élèves, sortis depuis peu de temps du lycée, n'ont pas encore l'esprit d'initiative et l'habitude du travail personnel.
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Mais les laboratoires où une organisation de ce genre peut fonctionner sont rares, et sur certains points tout manque. Ainsi, pour la Mécanique appliquée, les élèves devraient vivre dans un laboratoire qui serait un véritable atelier, avec des machines en action et des appareils d'essai, sous la direction de préparateurs qui seraient de véritables ingénieurs, capables de leur faire vérifier, sur chaque sorte de machine, les théories exposées par le professeur. Mais ce genre d'études est, en France, tout à fait dans l'enfance : il existe une scission à peu près complète entre la Mécanique enseignée dans les Facultés comme une Science mathématique et la Mécanique des usines et des ateliers, malgré les progrès faits dans cette voie par plusieurs de nos Universités. On ose à peine comparer ce qui se fait en France, dans les Universités les mieux outillées, aux magnifiques installations des laboratoires de Mécanique, qu'on voit en Amérique, dans plusieurs Universités, et en Europe, à Charlottenbourg ou au Polytechnicum de Zurich.
Pour résumer la façon dont nous concevons l'enseignement général des sciences expérimentales dans les Universités par la limitation de l'enseignement ex cathedra et l'accroissement du temps passé au laboratoire, nous pouvons dire qu'elle est la suite de l'évolution indiquée par Duruy : l'enseignement