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EVSEIGNT.MEXT SCIENTIFIQUE EX VUE DES APPLICATIONS

§ i. — Relatiolu avec les écolcfi teckniques.

A côté de l'enseignement général correspondant aux anciennes licences est venu, depuis la constitu-

tion des Universités, se placer un enseignement scientifique nouveau qui, malgré ses origines récentes, a déjà pris une grande extension. Xous voulons parler de FEnseignement scientifique fait en vue des applications, c'est-à-dire des Ecoles techniques et de l'Industrie. L'étude de cet enseignement soulève, d'une façon générale, le problème des relations entre les Facultés des Sciences et les Ecoles techniques. Nous appelons Écoles techniques, les écoles qui préparent directement à l'exercice d'un art ou d'une profession. Ainsi les Facultés de Médecine, les Ecoles de Pharmacie sont des Ecoles techniques ; la préparation professionnelle et pédagogique à l'enseignement, c'est-à-dire à la carrière du professorat, est une préparation technique qui se trouve mêlée à l'enseignement des Facultés : les Écoles d'Électricité, les deuxième et troisième années de l'Ecole Centrale, les trois années qui suivent l'année préparatoire aux Écoles des Mines et des Ponts, la troisième année de l'Ecole Normale supérieure, l'École Coloniale, l'Institut Agronomique, l'École de Physique et de Chimie de la Ville de Paris, les Ecoles d'Agriculture, les Écoles supérieures de Commerce, les Ecoles d'Arts et Métiers... sont des Écoles techniques. L'École Polytechnique, au contraire, est une École purement scientifique, donnant un enseignement général, comme une

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Faculté, el préparant ses élèves à certaines Ecoles d'application.

La règle générale qui nous semble devoir régir les rapports entre les Facultés et les Ecoles techniques est la suivante : l'enseignement lecliniciue devant être appuyé sur un enseignement scientifique aussi élevé que possible, pour mettre les élèves à même de lutter contre la concurrence étrangère, de perfectionner et de renouveler san^ cesse les applications de la Science, il est indispensable d'établir le plus de points de contact possible entre renseignement supérieur et les Écoles techniques, les Facultés fournissant aux jeunes gens l'éducation scientifique, les Écoles techniques les préparant à l'exercice de l'art ou de la profession qu'ils poursuivent. En d'autres termes, les Facultés doivent remplir, vis-à-vis des Écoles techniques, le rôle que la Convention avait assigné à l'École Polytechnique à l'égard des Écoles d'ingénieurs, avant l'établissement des Facultés.

Celte idée a été, comme nous l'avons vu, réalisée depuis longtemps à la section des Sciences de l'Ecole Normale, dont les élèves de première et deuxième année sont comme des boursiers de licence recevant à la Sorbonne l'Enseignement scientifique, la fonction propre de l'Ecole étant, pendant la troisième année, de préparer ses élèves à la cari-ière du j)ro-

fessorat : elle a été réalisée récemment par Finstitiition du P. C. N., transportant dans les Facultés des Sciences l'enseignement général préparatoire aux études médicales. La même idée est exprimée par Renan, à la fin des Mélanges d'Histoire et de Voyages^ à propos de la liberté de l'Enseignement supérieur :

a On résoudrait, dit-il, la plupart des difficultés par ce principe que l'Université enseigne tout l'ensemble de la Science théorique, laissant aux Ecoles d'application, aux séminaires de toute sorte, le soin de former des sujets en Yue d'une certaine pratique. »

Le principe énoncé par Renan nous semble devoir être la base des relations entre les Universités et les Ecoles techniques. Et qu'on ne croie pas que, en poursuivant son application, nous ayons en vue une sorte de protection isme universitaire, le désir de donner des élèves aux Facultés : il s'agit, dans l'intérêt de la Science comme dans celui des applications, de faire le partage des fonctions et de laisser l'enseignement scientilique à l'organisme le mieux adapté au but visé. L'observation montre que, chaque fois qu'une Ecole technique veut donner un enseignement scientifique, cet enseignement passe au second plan, par rapport à l'objet principal de l'école ; il est donné à la hâte, dans un esprit d'uti-

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lilé immédiate, sans les exercices, les inlerrogalions les maiiipulalions nécessaires.

Nons verrons plus loin comment le principe de la séparation des deux enseignements et de leur organisation en vue d'un but commun a déjà reçu, sous des formes diverses, de nombreuses applications, résultant de la force même des cboses et de l'impérieux besoin qui domine l'industrie moderne de se renouveler sans cesse au contact de la Science. Comme le dit M. Haller, dans son remarquable Rapport sur les Arts cliimiques à l'Exposition de 1900 : « L'avenir est à l'industrie scientifique, et malheur aux nations insouciantes qui restent audessous de ces nécessités nouvelles. » Seulement, nous devons mettre les Facultés en garde contre un écueil redoutable : il faut éviter qu'il s'établisse une confusion inverse de celle qui existe aujourd'hui et que les Facultés versent dans l'Enseignement technique. L'Enseignement des Facultés doit être exclusivement scientifique et non technique ; les deux enseignements doivent avoir leurs organes propres, aussi perfectionnés que possible, mis en relations par des Conseils ou Commissions mixtes composées de savants et d'ingénieurs, analogues aux Conseils des Universités où siègent les représentants des Facultés des Sciences, des Ecoles de Médecine et de Pharmacie. En laissant pénétrer l'Enseignement

technique dans les Facultés des Sciences, on amènerait rapidement la déchéance de la Science française et, par suite, l'affaiblissement des études techniques elles-mêmes, qui ne peuvent progresser qu'avec une base scientifique solide et profonde. Il est parfaitement admissible, et le fait existe déjà, que les Universités organisent à côté d'elles, avec leurs ressources, des Instituts techniques ; mais ces Instituts doivent être nettement séparés des autres services, et se borner à donner un enseignement professionnel à des étudiants qui suivent ou ont suivi l'enseignement scientifique général de la Faculté des Sciences.

Voici des indications sommaires sur quelques organisations-types qui existent actuellement dans cet ordre d'idées.

A Lille, les rapports les plus étroits ont été établis entre l'Institut industriel du Nord de la France et la Faculté des Sciences. Cet Institut est un établissement fondé par le Département et la Ville, occupant parmi les Ecoles techniques une situation intermédiaire entre les Ecoles d'Arts et Métiers et l'Ecole Centrale. Tout d'abord, il y a entre l'Institut et la Faculté une sorte d'union personnelle, en ce sens que les cours théoriques y sont donnés par des membres de la Faculté qui y enseignent les Mathématiques spéciales, l'Analyse, la Mécanique, la Physique, l'Electricité, et (|ui y doimcMl des confé-

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renées et îles iiilerroi;alions. Puis, les meilleurs élèves de riiislilul viennenl à la Faculté compléter leur éducation scientilique et prennent, quand ils sont bacheliers, des certitlcats de Mathématiques générales, de Mécanique rationnelle, de Mécanique appliquée, de Physique industrielle, de Chimie générale, de (Hiimie industrielle. Les élèves sortant de l'Institut industriel avec le diplôme forment à peu près le quart de TelTeclif : ils trouvent facilement des situations dans la région, où ils sont recherchés comme ingénieurs. Cette organisation pourrait encore être améliorée si les cours théoriques de l'Institut, d'un caractère vraiment scientifique, étaient tous faits à la Faculté même.

Comme annexe directe à l'Université de Lille existe un Institut électrochimique, qui donne un diplôme d'ingénieur électricien et dont les élèves suivent à la Faculté des Sciences les cours de Mathématiques générales, de Physique générale, de Thermodynamique et de Mécanique appliquée ; à noter que celle Mécanique est réellement appliquée et que, cette année, le professeur a fait porter son enseignement sur l'étude théorique des automobiles. Enfin, pour montrer l'union réalisée, dans cette Faculté, entre la Science et l'Industrie, signalons ce fait que, dans le jury des certificats de Chimie industrielle, figure un docteur ayant une situation indus-

trielle considérable, celle cradministrateur délégué des Établissements Kullmann.

A l'Université de Xancy, nous relevons quatre Instituts techniques : l'Institut chimique, l'Ecole de Brasserie, l'Institut électro-technique, l'Institut agricole. A l'Institut de Chimie, la base de l'Enseignement est constituée par les cours de la Faculté sur la Chimie minérale, la Chimie organique, la Chimie analytique ; ces cours sont complétés à l'Institut par des leçons dans lesquelles on étudie une série d'industries spéciales : Métallurgie, Céramique, grande Industrie chimique, Électrochimie ; des cours spéciaux, subventionnés par la Ville de Nancy, se rapportent aux procédés chimiques de teinture et d'impression. L'Enseignement pratique se fait dans de vastes laboratoires, où les élèves sont admis chaque jour de huit heures à midi et de deux heures à six heures. La durée des études est de trois ans : cependant, des jeunes gens ayant déjà suivi des cours de la Faculté et munis de diplômes ou de certificats de licence peuvent être dispensés d'une ou de deux années d'études. Un diplôme d'ingénieur-chimiste est délivré aux meilleurs élèves. L'Institut électrochimique a été fondé par les généreuses subventions des industriels de la région, du Conseil général de Meurthe-et- Moselle, du Conseil municipal de Nancy et de l'État. Son organisation est analogue à celle de l'Institut

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chimique. Dans les (leu\ premières années, les élèves prenncnl à la Faculté les connaissances générales en Malhémaliques, en Physique, en Chimie ; la troisième année est technique : sont admis d'emblée en troisième année les anciens élèves des grandes Ecoles de Paris et les étudiants pourvus du certificat de Physique générale et de Tun des certificats fondamentaux de Mathématiques : Analyse infinitésimale ou Mécanique rationnelle. Enfin, l'Institut agricole a pour but de donner une instruction supérieure préparant à la profession d'agriculteur : il comprend une section d'études coloniales.

A Bordeaux, nous relevons de même une École de Chimie appliquée à l'Industrie et à TAgriculture, dont les élèves suivent les cours de Chimie professés régulièrement à la Faculté pour les candidats à la licence, ainsi que ceux de Chimie industrielle et de Chimie agricole, et reçoivent à l'Ecole un enseignement technique. Un laboratoire d'Electricité industrielle est annexé à la Faculté dans des conditions semblables.

Je ne puis ici passer en revue toutes les organisations analogues existant dans les Universités de Besançon, Caen, Clermont, Dijon, Grenoble, Lyon, Marseille, Montpellier, Rennes, Toulouse...; une telle étude serait des plus instructives : elle mon-

Irerait avec quelle variété de formes, avec quelle intelligente activité, les Universités se sont efforcées partout de répondre aux exigences de la Science et de l'Industrie.

A Paris, l'Université possède un Institut de Chimie appliquée où les élèves sont admis à la suite d'un examen de capacité et étudient pendant trois ans. L'Enseignement pratique qu'on y donne est coordonné aux cours et conférences de la Faculté des Sciences que les élèves sont tenus de suivre. La Faculté des Sciences de Paris ne dirige pas d'autre Institut technique proprement dit ; mais, dans la plupart des Enseignements expérimentaux, se trouvent placés, à côté des cours et exercices généraux, des Enseignements scientifiques faits en vue de certaines applications ; il arrive aussi que des étudiants ayant pris à la Faculté des certificats d'études supérieures vont ensuite dans des Ecoles techniques, ou que des jeunes gens sortis de ces Ecoles viennent prendre à la l'acuité un Enseignement scientifique. C'est ainsi que, chaque année, plusieurs étudiants de la Faculté entrent à l'École d'Electricité après «ivoir pris les certificats d'études supérieures nécessaires ; que les cours, conférences et travaux |)ratiques de Géologie et de Minéralogie ont été suivis })ar d'anciens élèves de l'Ecole Centrale, des élèves de l'École des Mines, des officiers

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chargés de missions, vonaiil faire leur éducation scientifique en vue de la prospection, delà recherche des sources et, dune façon générale, de la Minéralogie et de la (léologie appliquées. De même, le laboratoire de Géographie physique a été fréquenté par de futurs professeurs de Géographie, des élèves diplômés de l'Institut Agronomique, des élèves de l'École Coloniale, des ingénieurs et des officiers du Service géographique. Les exercices de Botanique ont été suivis par des étudiants ayant en vue l'Enseignement agricole, ou des applications à l'Agriculture et à l'Horticulture. De nombreux élèves de l'Institut Agronomique, de l'Ecole de Grignon, des autres Écoles supérieures d'Agriculture sont venus passer avec succès des certificats de licence ; certains d'entre eux ont même poussé leurs études jusqu'au doctorat et ont fait ensuite une carrière rapide dans l'Enseignement agricole supérieur. Le laboratoire de Physique a conduit plusieurs de ses élèves à d'importantes situations dans l'Industrie, etc.

Critique de têlat actuel.

Possihilité (loi'fjanisation pour rarenir. Actuellement, comme dans les organismes imparfaits, il existe encore une grande -confusion de fonctions. On peut reprocher aux Facultés des Sciences de donner un Enseignement technique en s'occupant

de la préparation professionnelle au professorat ; un professeur de lycée doit être savant : avant d'enseigner, il doit connaître la Science pour Ta voir pratiquée : il doit être placé bien au-dessus des sujets qu'il aura à traiter et être capable de trouver dans sa science même le moyen de perfectionner son enseignement : ces qualités, le futur professeur les acquerra dans une Université ; il doit ensuite posséder l'art d'enseigner, de composer une leçon, de présenter une démonstration avec habileté, de faire des expériences de cours qui fassent image et frappent limagination des enfants ; ces qualités professionnelles, il doit les recevoir soit dans des Instituts techniques (pouvant dépendre des Universités) comme la troisième année de l'École Normale Supérieure, soit au cours d'un stage organisé, dans les lycées des diverses Académies, par les soins du Recteur, avec le concours des professeurs les plus expérimentés de l'Enseignement supérieur ou secondaire. Mais si, sur ce point spécial, les Facultés font un peu d'Enseignement technique mélangé à l'Enseignement général, il existe, en revanche, un très grand nombre d'Ecoles techniques qui donnent un Enseignement scientilique général, souvcnl à quelques centaines de mètres de distance d'une Faculté des Sciences. Tel est, dans les Ecoles de Pharmacie, l'enseignement général des Sciences physiques, chi-

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miqiics et naturelles, qui Iroiiverait, scmblc-l-il, sa place toute préparée au V. C. iV. Tel est, à l'Ecole (les Mines, à l'Ecole des Ponts, à l'Ecole Centrale, l'enseignement de la première année ou année préparatoire, où se font de véritables cours de Faculté sur l'Analyse mathématique, la Mécanique rationnelle, la Chimie générale, la Physique générale. Tels sont entin de nombreux cours de l'Institut Agronomique et des Écoles d'Agriculture.

A ce défaut d'harmonie, à ces enseignements scientifiques dispersés, qui certainement ne sont pas meilleurs que ceux des Facultés, qui sont moins bien organisés et moins bien outillés comme conférences et travaux pratiques, il est nécessaire de substituer une organisation nouvelle, qui donnera un meilleur rendement au point de vue scientifique, avec une diminution des frais généraux supportés* par le budget.

Dans les Écoles des Ponts et Chaussées et des Mines, on devrait supprimer l'année préparatoire et recevoir directement en deuxième année des Élèves des Facultés des Sciences présentant certains certificats et subissant, s'il paraît utile, un concours ou un exameç de capacité : le nombre des élèves admis pourrait ne pas être absolument déterminé a priori, le diplôme d'ingénieur délivré à la sortie n'étant donné qu'aux bons élèves.

Un régime analogue devrait êlre appliqué à l'École Centrale, qui deviendrait ainsi exclusivement technique.

A Paris, l'Institut Agronomique pourrait de même pour certains cours théoriques, envoyer ses élèves à la Faculté des Sciences, après entente entre les deux établissements ; ou bien l'on pourrait exiger le certificat d'études P. C. N. des candidats à l'Institut Agronomique et y supprimer les cours théoriques correspondants.

Pour les Écoles d'Agriculture, presque tout est à faire en vue d'une entente avec l'enseignement supérieur. Conformément à un vœu exprimé dans un des Congrès de 1900, quelques chaires de Faculté ont été créées en vue de la préparation scientifique à l'Agriculture, sans que, bien entendu, ces chaires aient un caractère technique pouvant faire un double emploi avec l'enseignement pratique des Fcoles d'Agriculture. Mais aucune organisation d'ensemble n'a encore été proposée.

Notre étude nous amène fatalement à la ([uestion de l'École Polytechnique. Cette École, qui, dans ses débuts, a été en quelque sorte la première Faculté des Sciences, qui a été intimement mêlée à la création de la Faculté de Paris, est restée à peu près immuable dans les principes de son organisation : ainsi que nous l'avons déjà dit, elle apparaît comme une

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l'aculh' (les Sciences fermée, dont les élèves, suivanl un cours d'éhules cjui ne laisse aucune place à la libre recherche, concourcnl entre eux en vue de certaines situations d'ingénieurs qu'eux seuls peuvent obtenir par la voie de renseignement supérieur. Je constate ce caractère de Taculté de rb>ole Polytechnique, sans y trouver à redire : tout établissement donnant un enseignement général préparatoire aux Kcoles techniques doit être un véritable établissement d'enseignement supérieur.

Si cette Ecole n'existait pas , les Facultés des Sciences s'organiseraient sans peine pour accomplir la fonction dont l'Ecole des Travaux publics avait été chargée par la Convention avant qu'il existât des Facultés, de donner un enseignement scientifique en vue des Écoles d'ingénieurs, du moins au titre civil. Les élèves des Facultés, munis des certificats exigés, ayant suivi un enseignement scientifique dont le programme et l'esprit auraient été établis après entente avec les Écoles techniques, entreraient directement dans ces Écoles, sous la garantie d'un examen de capacité ou d'un concours. Les Universités rempliraient alors pleinement leur rôle d'éducatrices de la démocratie : elles établiraient entre les esprits les plus distingués du pays, dans toutes les carrières scientifiques, théoriques ou pratiques, par la communauté du travail, par la liberté de l'é-

tilde, l'union et l'harmonie que, dans la diversité croissante des individualités et des consciences, la science seule peut donner. Mais l'École Polytechnique existe : ses beaux états de service, le respect qu'inspire une institution plus que séculaire, lui assureront sans doute encore une longue carrière, et la préserveront d'une transformation en école exclusivement militaire. Seulement, dès maintenant, son organisation appelle des modifications profondes : on pouvait, il y a un siècle, enseigner en deux ans, à des jeunes gens sortant de l'enseignement secondaire, l'Analyse mathématique, la Mécanique rationnelle, l'Astronomie, la Physique générale, la Chimie générale, en poussant cet enseignement jusqu'aux limites mêmes de la Science d'alors : on ne le peut plus pour la Science d'aujourd'hui. Malgré l'habileté de professeurs qui sont choisis parmi les premiers savants du pays, malgré la bonne volonté d'élèves excellents, nommés après concours, il est impossible d'embrasser avec fruit un pareil programme : les cours succèdent aux cours, rapides, condensés, nourris de la substance des sciences ; les élèves les écoutent, les comprennent, et en tirent peu de profit à cause du temps trop court qui leur reste pour la réflexion personnelle, les exercices écrits, l'étude des livres, la vie du laboratoire. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier en détail une nouvelle organisation de

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