‹ Enseignement et philosophieChapitre 13 sur 32 · SCIENCE · texte numérisé non relu

SCIENCE

Messieurs,

L'année dernière à pareille époque, je faisais devant vous la critique du positivisme, en signalant son caractère matérialiste, ses tendances irréligieuses, ses inconséquences morales et ses conceptions politiques subversives de toute liberté ; mais je reconnaissais en même temps que la doctrine d'Auguste Comte a du moins un mérite par lequel elle se rattache au mouvement scientifique des temps modernes, savoir l'énergique revendication de la méthode expérimentale ou de l'observation. C'est sur ce point que je désire insister aujourd'hui, car c'est là la source de tous les malentendus qui existent entre la philosophie et les sciences naturelles ; c'est là aussi l'origine des objections que l'on a formulées dans quelques publications belges et françaises, contre mon discours du 7 octobre 1867.

(1) Ouverture solennelle des cours de l'Université de Bruxelles; Discours du Prorecteur, 12 octobre 1868.

La méthode est la voie qui conduit à la vérité et à la certitude. Cette voie est longue, mais elle est sûre. Ceux qui ont la patience de la parcourir tout entière arrivent infailliblement au but de leurs recherches et peuvent se reposer dans la possession de la vérité. Ceux au contraire qui s'arrêtent en route n'entrevoient la vérité que de loin et d'un seul côté : ils recueillent des fragments de science, mais ils n'ont pas la science ; ils aperçoivent quelques détails de la réalité, mais l'ensemble leur échappe ; ils s'imaginent volontiers qu'il est inutile d'aller au delà du point qu'ils ont eux-mêmes atteint, et finissent par se persuader qu'ils savent tout ce qu'il est donné à l'homme de savoir. Sous l'empire de cette illusion, leur jugement se déforme, ils prennent une vérité partielle pour la vérité complète, ils méprisent tout ce qui dépasse leur étroit horizon, ils tombent enfin dans l'intolérance et dans l'exclusivisme. Tel est le sort de la plupart des systèmes.

Je continue ma comparaison, et pour mieux me faire comprendre, je me représente la vérité au sommet d'une montagne, parce que c'est de haut seulement que la réalité peut être contemplée sous tous ses aspects. La route delà science monte en pente douce en contournant la montagne, et revient ensuite du sommet à la plaine ; de là les deux parties de la méthode, vulgairement appelées analyse et synthèse. L'analyse s'élève graduellement depuis le point de départ jusqu'au principe suprême des choses, en examinant chaque objet en lui-même tel qu'il se présente à la pensée, abstraction faite de son origine ou de sa cause. La synthèse descend ensuite du point culminant au point de départ, en examinant les mêmes objets

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