L ENSEIGNEMENT D ÉTAT ET L\ PI- NSKE UELIGIELSE 'JO
combat ne réussiront pas à nous faire nous départir de notre ligne de conduite. Mais un dernier danger peut nous menacer et, cette fois, non pas du côté de nos adversaires scolastiques et casuistes, mais sem- Jjle-t-il, ducôtédenosamis naturels, les chefs ollieiels, les comités dirigeants et les représentants en titre de notre Université, delà part, en un mot, de ceux qui ont charge de réglementer nos études et qui tracent comme l'itinéraire intellectuel que nous avons à parcourir. Expliquons-nous.
Il est à prévoir, en effet, que, fort de nos doiiiments publics, on viendi-a nous dii'e : la neutralité ! Mais comment s'y tenir réellement ? Vos programmes eux-mêmes ne l'autorisent pas. Consultez celui de la classe de philosophie. Vous y verrez que l'existence de Dieu, la Providence, y soiat désignées comme des objets de l'enseignement philosophique d'Etat '. Or ces points de doctrine, ces « éléments de métaphysi- <|ue », pour parler comme ses rédacteurs, sont les postulats initiaux de tout enseignement confessionnel. D'où il suit que, par le fait d'avoir à développer devant ses élèves ces postulats, le proi'esseur d'Etat se voit dans l'obligation de fournir à l'enseignement religieux son préambule naturel ou, plus exactement, son premier chapitre. Du coup —
I. Cette rubrique a été encore simplifiée dans le nouveau plan d'études (V. les arrêtés du 3i mai 1902). ^ oioi ce que l'on y trouve, au projrramme de 1^ classe de philosophie : « Les problèmes de la philosophie première : la Matière, l'Ame et Dieu. » Remarquons la forme toute critique donnée à cet énoncé.
et par la faute de l'Etat lui-même — succombe la théorie de la neutralité.
— Nous répondons : A prendre les choses comme l'objection les présente, il est clair que, si le principe de la neutralité vaut encore à l'égard des divers systèmes de révélations, il ne subsiste plus entre les religions prises en bloc d'une part et, de l'autre, les irréligions. Ce serait une neutralité partielle, qui aurait encore bien son prix et dont il ne faudrait pas se montrer trop dédaigneux. Le temps n'est pas si loin où, même sous cette forme incomplète, elle eût été tenue pour une conquête précieuse et un grand bienfait.
Il est vrai que, depuis cette époque, notre rationalisme s'est fait, et à bon droit, plus exigeant. Sans doute les thèses dogmatiques énoncées par ces mots : existence de Dieu, Providence, sont impliquées par toute grande religion révélée ; mais la réciproque n'est pas vraie et ces thèses, si l'on y souscrit, n'impliquent point forcément l'adhésion à une révélation quelconque. Et ce que nous disons est telle, ment indéniable que ce que Ton nomme le déisme, doctrine dont on aperçoit le germe chez Locke et que reprirent ou portèrent à l'extrême certains continuateurs anglais de l'auteur de ï Essai, tandis que, de leur côté, s'y rangeaient la grande généralité des philosophes français du xviii'^ siècle, est ou négatif ou sceptique à l'endroit de la révélation, mais afïîrmatif et dogmatique en ce qui concerne la réalité d'un IJieu providentiel.