LE DEVOIR DE RESPECT A L'EGARD DE LA PENSÉE RELIGIEUSE
Le maître de renseignement public, lorsqu'il rencontre sur son chemin la religion, sous forme soit de faits, soit d'institutions, soit de dogmes, soit d'idées et de sentiments, est tenu de n'en parler qu'avec sérieux et gravité, d'éviter la raillerie -et le sarcasme, de s'interdire cette manière que Ton a appelée voltairienne, qui donne sans doute de la vivacité et du piquant à une polémique, mais qui^ le plus généralement superficielle, très souvent injuste et partiale, est certainement déplacée chez un directeur de jeunes esprits. Ce devoir, je le désignerai d'un mot : c'est le devoir de respect.
Le respect est une certaine disposition de toute notre personnalité spirituelle : il est un sentiment, mais que la réflexion éclaire, recommande, dirait un Stoïcien, et auquel adhère notre volonté. Cette disposition est motivée par la conviction d'une supériorité chez l'être à qui nous le témoignons : supériorité qui pourra être physique (que d'hommes ont le respect de la force !), économique (que d'hommes ont le respect de la fortune !) ; mais elle n'aura sa
l'enseignement détvt et la pensée religieuse 87
valeur la plus haute et pai- là ne doiinei-a lieu à la j)lus iu)hle forme de respect ipie lorsque cette supériorité sera de Tordre intellectuel et surtout moral (respect de la science, respect de la vertu). I)«ns tus les cas, elle atteste (juc nous sommes devant quelque chose de grand, (|iii dépasse le champ banal de nos pensées coutumières ; (piel(|ue chose qui arrête le sourire et dissuade des propos frivoles (respect de Tautorité, respect de la vieillesse, respect du malheur); mais celle oiandeur, je le répète, n'atteint son sommet que si. par ([uelquun de ses caractères, elle participe à la moralité \
Une telle disposition, comme la plupart de celles que l'homme peut .contracter, est sujette au progrès et au déclin, à l'hypertrophie et à l'atrophie. Chacun de ces deux excès a ses dangers. L'excès dans le respect peut engendrer la timidité d'esprit, l'oppression de toute pensée critique, émousser la réflexion, engendrer la superstition de l'autorité en des matières oùTautorité ne doit être de nul poids. 11 peut, en d'autres natures, déchaîner la passion aveugle, qui imposerait même par la violence à la volonté des autres l'objet indiscuté de notre vénération, c'est-àdire qu'il peut porter au fanatisme. — Mais l'absence de respect est un mal non moins déplorable. Elle favorise de façon bien dangereuse le scepticisme moral aux yeux duquel toutes les existences ont même valeur, toutes les affirmations même portée : car à