I. Cf. le rôle que lui prête Kant
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force de ne rien respecter, pourquoi n'en viendraiton pas à ne pas plus respecter la vérité que tout le reste ? De plus, elle a facilement comme corrélatif une exaltation de la vanité individuelle, empêche de reconnaître et de percevoir toute vraie grandeur, prépare l'ingratitude envers les bienfaiteurs de l'humanité. Enfin, elle expose à une perturbation irrémédiable dans les rapports sociaux, car elle entraînerait soit la négation de toute subordination hiérarchique — dans la famille comme dans l'Etat, — ou elle réduirait la reconnaissance de cette subordination à une apparence extérieure, de pure hypocrisie. Certes, les hiérarchies sociales sont loin d'être, en fait, toujours respectables ; en droit, cependant, elles le sont, puisque, théoriquement, elles correspondent à des inégalités d'importance dans les services rendus à la collectivité.
Cette vérité reçoit du fait de l'éducation elle-même son éclatante confirmation. La suppression du respect de la part de l'enfant mettrait le maître dans l'impossibilité certaine d'exercer sur lui aucune action. Si l'élève, malgré son inexpérience, malgré l'insuffisance de ses informations, la témérité de sa critique forcément novice, n'admet pas, comme un postulat indiscuté, que tout jugement de son maître, par cela seul que son maître l'a énoncé, doit être pris par lui en sérieuse considération^ ; que s'il lui est loisible, après
I. Je dis seulement: en sérieuse considération. Et ici, il faut distinguer. Dans l'ordre de ce qui se raisonne, se déduit, se prouve, l'autorité ne doit intervenir que pour commander l'attention ; mais l'évidence seule
l'e>SEIG>EMENT d'état et L\ PENSKE RELIGIEISE 89
réflexion, de n'adopter point co jugement, il doit du moins raccueillir d'abord avec éo-ards, non comme une opinion négligeable, mais comme um- allirination qui doit être pesée et ne saurait èlrc rejetée que parce (|u"il y a quelque ciiose de plus respectable encore (|ue la jiarole du maître, c'est le souci de la vérité; si, dis-je, il n'y a pas chez l'élève cette persuasion secrète — fondée sur un raisonnement de j)robabililé — ((u'il y a des chances qu'en général et sauf excepti(Mis, rhomme ex[)ériinenté et instruit (juc ses parents ou l'Etat lui ont désigné pour guide en sache plus long c(ue lui et se trom|)e moins aisément que lui, je le demande, comment ne serait-ce pas folie pure de parler, je ne dis même pas de l'edicacité, mais de la possibilité même d'un enseignement ? Ce respect ne doit être ni aveugle, ni superstitieux, ni machinal ; mais il doit exister et il existera en s'accordant très bien avec ce que j'appellerai le contrôle intellectuel chez l'élève. Qu'il disparaisse et, je le répète, l'œuvre éducatrice n'a plus le moindre sens. Cette condition est requise dans une éducation particulière — et là, elle est, semble-t-il, assez facilement réalisée ; — elle l'est surtout dans un enseignement collectif, alors que les élèves composent une petite foule et ont d'une foule l'âme mobile, j)rompte, émotive, imitatrice. Dans ces milieux sujets
et la force déniKiisti'ative du vrai doivent avoii- empire sur l'élève. Le respect dans ce cas ne porte que sur la forme. Dans l'ordre préecptif, où il s'agfit des directions à donner à l'élève, des redressements de sa volonté, du pli de ses habitudes, le respect doit porter au fond.
à Fincliscipline et à Fespièglerie, malheur au professeur dont la parole manque d'autorité ' et dont la personne n'inspire pas, avant toutes choses, à son jeune auditoire le respect !
Entre ces deux extrêmes : respect irraisonné, ébahi, quasi idolâtrique, et mise à l'écart de tout respect, il y a donc une attitude moyenne à adopter. Mais j'avoue que de ces deux excès, le premier est de beaucoup celui qui me préoccupe le moins. Outre qu'il est le moins fréquent, c'est celui qu'il est le moins malaisé de combattre. Dans l'Université, dirai-je, le simple courant de l'enseignement tend à le prévenir, puisque cet enseignement n'est qu'une incessante affirmation du devoir de poursuivre le vrai, par toutes voies et à tous risques. — Au contraire, le second est bien plus menaçant; de toutes parts, il est favorisé par l'amourpropre et les sophismes trop souvent fondés sur le droit imprescriptible de la raison. C'est à celui-là que les jeunes générations, dans les établissements laï-
I. La notion d'autorité, qui n'est pas sans parenté avec celle de respect, mériterait elle-même d'être soumise à l'analvse. Ce mot comporte deux acceptions, qu'il y a intérêt à distlng-uer. En premier lieu, il désig'ne le droit de se faire obéir ; en second lieu, celui d'obtenir l'adhésion à ce que l'on affirme et cela non pas en raison du contenu de l'affirmation, mais en égard seulement à la véracité présumée de celui qui affirme. Deux significations voisines, sans doute, mais que l'on ne saurait confondre. La première est entraînée par le fait seul qu'une organisation sociale, quelle qu'elle soit (exceptée l'anarcbique) existe. La seconde résulte de l'impuissance où se trouve un esprit individuel à tout connaître. Elle suppose toute uue théorie critique du témoignage et l'on sait comment Auguste Comte a établi que, dans la science même, elle tenait une place considérable. — L'un et l'autre sens valent dans l'enseignement ; souvent ils se combinent, mais plus spécialement le premier intéresse l'éducation et le second l'instruction.