‹ Enseignement et religionChapitre 23 sur 45 · ORIGINALITE DE I. A IMIll.OSi )|>!I1E PE I.OCKE I i L · texte numérisé non relu

ORIGINALITE DE I. A IMIll.OSi )|>!I1E PE I.OCKE I i L

sance. Les idées simples, atonies de notre science, n'ont et ne peuvent avoir que l'une de ces (\c\\\ origines : la sensation et la réllexion.

Démocrite, gràc c aux atomes qui ne différaient, pensait-il, que par des caractères mathématiques, se trouvait en possession de tous les matériaux nécessaires pour édifier l'Univers. De môme pourrait-on dire du monde de la connaissance selon Locke. Les atomes de savoir qu'il a admis et qui ne diffèrent que par leur provenance: sensation et réflexion, suffisent à réaliser le monde intelligible qu'embrasse la plus haute raison. Et Locke de recourir à la comparaison souvent employée par les antiques théoriciens de l'atomisme : celle des lettres de lalphabet dont l'assemblage infiniment varié permet l'expression infiniment diverse de toutes les pensées. L'œuvre de la science ne consistera que dans les synthèses innombrables de ces éléments dont l'analyse psychologique nous a fait découvrir la présence à la base de tout savoir.

On ne peut se dissimuler que résumer ainsi les idées maîtresses qui commandent VEssai c'est leur prêter une cohésion, une continuité que l'exposition de Locke comporte malaisément. D'une part sa manière mondaine de traiter ces grands sujets, de l'autre la difficulté insurmontable qui est inhérente à cette théorie de la passivité essentielle d'un esprit-miroir, condamné à recevoir ses images toutes formées et néanmoins capable de les unir, de les diviser, de les disjoindre et de les refor-

LïON. — Enseignement et religion. lo

l/iC) ENSEIGNEMENT ET RELIGION

Hier, condamnent la doctrine aux inconséquences et en rendent parfois bien flottante l'expression. Telle est, pour citer une de ces inconsistencies les plus apparentes, celle que Green a justement relevée, quand il constate que le même Locke selon qui la connaissance débute avec des idées simples et sans relation, d'où il s'élève à des idées complexes et relatives, pose ailleurs comme les premiers objets de notre savoir des substances individuelles que manifestent leurs qualités, c'est-à dire qu'il fait préluder l'activité de l'esprit par des idées complexes d'où il passe à des idées simples, grâce à une abstraction arbitraire. — En vain M. Campbell Fraser allèguet-il à la décharge de son auteur que ce sont là deux moments de sa discussion qu'il faut éviter de confondre : dans le premier, Locke fait une exacte analyse logique du contenu phénoménal d'idées abstraites déjà formées et exprimées dans le langage ; dans le second, « il décrit en psychologue le processus qui va des complexes présentations individuelles de phénomènes sensibles auxgénéralisations de l'entendement, processus qui caractérise la croissance de notre savoir. » — Nous admettons la distinction tracée par M. Campbell Fraser. Nous reconnaissons avec lui que cette dissolution du savoir en molécules insécables, en idées isolées et sans relations, est toute théorique, que la réalité psychologique est précisément inverse ; que, pour Locke, dès qu'il y a connaissance, il y a déjà par cela seul perception de connexions entre idées et cela aux termes mêmes de sa définition du début

l'originalité de L.V l'IIILOSOIMlU: DE LOCKE J [\-j

du L. \\ : « La connaissance no me semble être que la perception de la liaison et de Taccord ou de la discordance et de rojîposition entre telles et telles de nos idées. » — Reste à savoir si, cette distinction, Locke avait le droit de la tracer. Sa méthode, toute histori{[ue, n'autorisait pas une analyse purement logique de ce genre. Ou ces éléments simples, terme de sa résolution psychologique, ne sont rien et à quoi bon en faire mention ? ou ils existent vraiment au premier stade de la vie intellectuelle et comment ne sont-ils pas objets de conscience et de pensée ? Un Leibnitz résoudrait aisément la contradiction en recourant à son hypothèse des petites perceptions ; un Kant n'aurait qu'à montrer l'activité de l'esprit unifiant, organisant par ses formes et ses catégories le divers des intuitions sensibles. Mais, au point oîi en est encore Locke, l'un et l'autre de ces partis lui est interdit : le premier, parce qu'il le réduirait à une doctrine d'inconscience contre laquelle il a par avance protesté; le second, parce qu'il croirait sans nul doute en revenir à cette innéité dont il a eu pour dessein constant de s'alfranchir. — La critique de Green, faite d'un point de vue tout criticiste, garde donc sa valeur. Qu'est-ce à dire, en fin de compte, sinon (|uc Green a lu à la lumière de Kant VEssai sur l' Entendement humain, et que, si Locke eût satisfait aux difficultés que son pénétrant critique soulève, la réforme philosophique inaugurée, un siècle plus tard, par la Critique de la Raisonpure aurait été sans objet?

PHILOSOPHIE PiELIGIEUSE DE LOCKE

La philosophie de V Essai ne saurait, suivant la désignation qui a cours, être appelée à bon droit du nom de sensualisme, attendu que, si la sensation fournit une grande partie de nos idées elle ne les engendre pas dans leur totalité (la réflexion apportant une importante part de notre savoir). Ces matériaux de toute science constituent même si peu la science qu'il n'y a connaissance vraie que là où l'entendement est entré en scène.

C'est l'entendement qui est le véritable, le seul agent du savoir, La philosophie de Locke serait donc plus exactement définie : un empirisme intellectuel, autorisant un doumatisme limité. La certitude absolue, ce haut point auquel elle vise, est réservée à une sphère d'idées, déterminée avec le plus grand soin et, hors de cette sphère, il ne reste que l'immense domaine de la probabilité ; mais encore cette probabilité aux degrés sans nombre reçoit-elle de la raison, sa mesure, ses évaluations.

l5o ENSEIGNEME?îT ET RELlGIO>f

Le même caractère de rationalisme, tempéré par le souci que Ton peut appeler génétique, par la préoccupation des faits et de l'expérience ainsi que par le sentiment des bornes imposées aux aspirations de notre pensée, domine la doctrine religieuse et éducative de Locke. Sa religion n'est autre chose que la raison naturelle, affermie par la révélation. Sa pédagogie consiste toute à cultiver Fliomme rationnel et aie rendre victorieux et maître de l'homme appétitif.

Religion. — Locke est un tolérant, un « latitudinaire », mais personne n'est plus éloigné que lui de ce Socinianisme qu'on ne se fit pas faute de lui imputer, comme à tous les penseurs originaux de son temps ; personne n'aurait dû être moins que lui suspect de libre pensée. Il est un chrétien convaincu, mais un chrétien libéral, comme on dirait de nos jours; un chrétien qui s'est fait de sa foi une doctrine très compréhensive, en concordance directe avec sa philosophie générale. Et cette doctrine n'a rien d'une théologie compliquée, exclusivement accessible à des doctes, exigeant de la masse des fidèles une adhésion aveugle à ses conclusions. Son système est, au contraire, un rationalisme chrétien, mais un rationalisme aux données simples et vivantes, où rien ne saurait rebuter le droit bon sens, dès que l'accompagne la bonne foi. J'ajoute qu'il n'a rien d'artificiel, et que, loin d'être suranné, il précise aujourd'hui encore l'intime credo d'innombrables multitudes d'adeptes du Christ.

niILOSOPHIE HELIGIEISE DE LOCKE 101

Le traité dans lequel il exposa ses vues était intitulé : liationaliti- du c/iristiatmme tel que l'exposent les Ecritures. Il parut cinq ans après VEssai. Il ne pouvait manquer de provoquer les attaques ; Tauteur en releva les j)rinci pales dans deux u Défenses » successives.

Sa théorie de la connaissance avait mis Locke en possession de fonder sur de forles assises sa construction religieuse. Si nous l'en croyons, deux ordres de vérités sj)éculativos sont, en outre de celles qui forment l'objet des mathématiques, susceptibles de démonstration : l'existence de Dieu, les règles de la morale. Or ces deux ordres de vérités sont et la raison d'être et même tout l'essentiel de la religion chrétienne. Ayons-les bien présents à l'esprit 1 un et l'autre et la parfaite rationalité du Christianisme nous apparaîtra.

Et d'abord, il faut poser que la raison naturelle, consultée directement, et soigneusement dégagée de tous les préjugés ou habitudes déformantes qui en altèrent les dictées, peut conduire par elle-même et a, en fait, conduit bien des hommes, ignorants de notre Révélation, à pratiquer ce que Dieu commande et à observer la loi du bien. Ainsi deviendra-t-il facile de résoudre le dilemme si fréquemment opposé au christianisme : une grande partie de l'humanité ayant ignoré la venue du Christ, il serait ini({ue de lui interdire le salut et, d'autre part, le lui permettre serait avouer que cette venue n'était point nécessaire ! « Je réponds, dit Locke, que Dieu exigera de

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tout homme en proportion de ce que l'on possède et non en proportion de ce que Ton ne possède pas. Il n'attendra pas une amélioration de dix talents, là où il en a donné seulement un ; il ne réclamera pas que l'on croie en une promesse dont on n'a jamais entendu

parler Il y a eu des étrangers aux oracles de Dieu

confiés au peuple d'Israël, bien des hommes à qui la promesse du Messie ne parvint jamais et qui, par conséquent, ne furent jamais capables de professer ou de rejeter cette révélation ; cependant Dieu avait, par la lumière de la raison, révélé à tous les hommes qui feraient usage de cette lumière, qu'il était bon et clément. La même étincelle de la nature divine et de la science en l'homme, qui lui a montré la loi à laquelle, en tant qu'homme, il était soumis, lui a également montré la manière de se gagner le clément, aimable, compatissant auteur et Père de son être, quand il aurait transgressé cette loi. Celui qui faisait usage de cette chandelle du Seigneur, de manière à trouver quel était son devoir, ne pouvait manquer de trouver aussi la voie de la réconciliation et du pardon, quand il avait manqué à son devoir... La loi est l'éternel, l'immuable modèle du bien... »

Mais alors, reprendra-t-on, à quoi bon la venue du Christ, puisque la lumière naturelle suffisait à révéler ce que Dieu désire de nous ? C'est le problème du pourquoi d'une révélation.

Locke le résout par une thèse historique des plus aventurées et par une thèse doctrinale d'une réelle valeur psychologique.

PHILOSOPHIE RELIOIEl'SE DE LOCKE

La prcinici-e s'autorise de la généi-alilé du polythéisme dans rantiquité, pour avaiKcr que la notion du divin avait disparu du monde. Par là, notre philosophe entend ([lie l'idée du vrai Dieu, du Dieu niii(|ue, s'était effacée, en dépit des facilités offertes aux esprits pour la ressaisir. Et cet aveuglement entraînait à sa suite la superstition, les vices qui se déployaient librement à l'ombre de rites puérils.

« Bien {|ue les œuvres de la nature attestent suffisamment In dpinilé, néanmoins le monde fit si j)eu usage de sa raison qu'ils ne le virent [)oint là où, même par les impressions qu'ils avaient de lui, il était facile à trouver... Dans cet état de ténèbres et d'ignorance du vrai Dieu, le vice et la superstition ■occupèrent le monde. Et Ton ne pouvait ni obtenir, ni espérer de secours de la raison, les prêtres ayant partout, en vue d'assurer leur empire, exclu la raison d'avoir quoi que ce fût à faire dans la religion. Et, dans la foule des notions erronées, des rites inventés, le monde avait presque perdu la vue du seul vrai Dieu. »

Que si des hommes de méditation, des j)hilosophes tels que Socrate et Platon, virent plus juste que leurs contemporains, ils furent contraints dans leur attitude et leur culte, « d'aller avec le troupeau et de se tenir à la religion établie par la loi ».

Le naufrage du monothéisme avait entraîné le naufrage de la véritable morale. Il est tellement plus séduisant de remplacer l'austérité du devoir par l'observance de rites et la pratique de cérémonies !

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« Des cérémonies lustrales et des processions étaient bien plus faciles qu'une pure conscience et que la marche sûre de la vertu ; et un sacrifice expiatoire offert pour rendre indulgent au défaut de vertu, était plus commode qu'une vie sévère et sainte ; aussi rien d'étonnant à ce que la religion fût partout distinguée de la vertu et obtint sur elle la préférence... »

(( La religion naturelle, dans son plein déploiement, n'était point, que je sache, sauvegardée par la force de la raison naturelle. » Et nulle part, non plus, sous-entend Locke, cette morale naturelle, qui dicte immuablement à la volonté, par la voie de la raison,^ ses décrets.

Quant à la thèse doctrinale, elle se tire de l'inaptitude des philosophies à donner aux hommes lesdirections morales dont ils ont besoin.

En vain lui opposerait-on ce qu'il nous a affirmé dans VEssai : que les propositions de cet ordre comportaient une certitude démonstrative ; car, dans le même Essai, nous avons été avertis qu'en pareille matière, l'évidence nous était, à la différence de ce qui a lieu pour les mathématiques, masquée par trop de préjugés, d'intérêts et de passions.

Aussi bien, môme à ne pas tenir compte de ce& influences affectives qui vicient les arguments de la raison pratique et en obscurcissent la lumière, il est, pour la déduction philosophique, une autre raison d'échec. C'est la subtilité épineuse, la difficulté ardue qui rendent ces sortes de déductions inaccessibles aux masses dénuées de culture ou de loisirs, par qui

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