‹ Enseignement et religionChapitre 24 sur 45 · PHILOSOPHIE HELIOIELSE DE LOCKE I · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE HELIOIELSE DE LOCKE I

cependant un principe directeur est réclamé. Ou encore, c'est le défaut de coliésion des apophtegmes auxquels les anciens doctes excellaient et qui ne forment point corps, parce qu'ils ne sont i)as reliés en un système de préceptes découlant en toute clarté de la loi même de la nature'. « La plus grande partie de riiumanité manque de loisir ou de capacité pour la démonstration... Partout où ils frappent, les docteurs sont toujours tenus à faire la preuve, à dissiper le doute, par un fil de déductions cohérentes, tirées du premier principe, si longues, si compliquées, soientelles. Et vous pouvez aussi bien espérer, avoir en tous les journaliers et les commerçants, les fileuses et les vachères, des mathématiciens parfaits, que de les rendre par cette méthode parfaits en morale... » Enfin, il est une considération ({ue je ne trouve qu'indiquée par Locke, mais qui possède beaucoup de force : les mêmes philosophies seront incompétentes pour donner au monde une loi dont le caractère souverain s'impose inrmédiatement, un code d'obligation, d'autant plus impératif (ju'il sera plus clair et plus saisissant. Ce code, Ta-t-on jamais composé ? « Où y eut-il jamais un pareil code, aiujuel l'humanité peut avoir recours ? »

1. Loi-ke moiilre en cela combien était superficielle et courte sa connaissance de la philosophie ancienne. La morale des Stoïciens avait clt'î construite avec un art consommé de logiciens. Celle d']"]pieure ne lui céilait {juère pour la rigueur rationnelle. Les « apophtegmes», relatés par les compilateurs, n'étaient guère de l'une et de l'autre que de Jiiillantes applications.

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La raison ordinaire étant condamnée à un échec, -et par raveuglement des siècles et par l'incapacité des foules et par l'impuissance des philosophies, comme cependant il ne se pouvait que Dieu tolérât une définitive éclipse de la moralité dans l'univers, il ne restait qu'une alternative, celle qui s'est réalisée par le fait même de la venue du Sauveur. C'est pourquoi, au défaut de déductions universellement acceptables et convaincantes, par lesquelles le législateur en morale justifierait la loi qu'il prétend imposer, un «cul moyen subsiste : que ce législateur nous prouve qu'il a reçu du ciel un mandat ; « qu'il vient avec autorité de la part de Dieu pour faire connaître au monde sa volonté et ses commandements. » Le moraliste ainsi compris, voilà ce qu'a été Jésus-Christ. Et ■c'est ici le point central de l'exégèse de Locke. « Cette loi de moralité, Jésus nous l'a donnée dans le Nouveau Testament. Xous avons de lui une règle complète et suffisante pour nous diriger et conforme à celle de la raison. Mais la vérité et l'obligation de ses préceptes ont leur force et sont mis pour nous au-dessus du doute, par l'évidence de sa mission. Il fut envoyé par Dieu ; ses miracles l'attestent et l'autorité de Dieu dans ses préceptes ne peut être mise en question. » En ces lignes on peut dire que se résume tout le credo du maître anglais.

Les miracles, tant ceux que Jésus accomplit, que «eux qu'opérèrent ses disciples, et dont la réalité est entourée aux yeux de Locke d'une évidence historique, n'ont pas une valeur propre. Ils sont des si-

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gnes irrélVagables par lesquels devait être annoncée aux peuples la mission du divin réformateur, des signes propres cà frap[)er riinaginatioii et la raison tout à la fois. Mais ces signes n'ont de prise ([uc parce que celui qui apportait aux hommes la loi morale n'aurait pu, sans leur secours, faire reconnaître son autorité législatrice. En vain objectera-t-on que déjà Moïse avait apporté au monde une révélation de ce genre. Cette révélation avait été confinée dans un coin de la terre et n'avait pu permettre une suffisante propagande. 11 fallait un nouvel appel et qui fut entendu des gentils. Par conséquent, les miracles ne sont de la part du Sauveur qu'un moyen énergique et violent, mais un moyen d'une efficacité souveraine. « L'évidence de la mission de notre Sauveur de la part du ciel est si grande, dans la multitude de miracles qu'il fit devant toutes sortes de gens, que ce qu'il a déclaré ne peut qu'être reçu comme les oracles de Dieu et la vérité indiscutable. Car les miracles qu'il fit étaient ordonnés- de telle sorte, par la providence et la sagesse divines, qu'ils ne furent jamais ni jamais ne purent être niés par aucun des ennemis ou des opposants du christianisme. »

Le miracle se subordonne donc à la loi. Il la suppose, il la signifie. Il a dans la morale sa fin. Et cela, non pas d'une manière générale et comme en bloc, mais aussi dans tout le détail de l'Évangile.

Et Locke de consacrer la plus grande partie de son Traité à suivre les actions et démarches de Jésus, par lesquelles se manifesta sa délégation surna-

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turelle. Les circonstances de chacun de ces actes lui apparaissent comme disposées par la plus parfaite sagesse et l'on en pourrait dégager, selon lui, de très édifiantes leçons. Dans cette partie de sa tâche, il faut avouer que la critique du philosophe se montre singulièrement facile et accommodante. Les problèmes d'authenticité ne se posent jamais pour lui, ou plutôt il les écarte par cette commode observation que les dissemblances mêmes des narrateurs, les uns omettant ceci, les autres ajoutant cela, prouvent qu'il n'y a pas eu concert frauduleux, mais au contraire bonne foi et véracité dans leurs témoignages respectifs. Comment, cependant, ne vient-il pas à l'esprit de Locke, qu'une telle façon de fonder la certitude religieuse sur des témoiofnao-es dont les discordances accidentelles seraient un titre de plus à notre créance relève du jugement historique, par conséquent, n'admet, aux termes mêmes de VEssai, qu'un assentiment hypothétique, singulièrement relatif et que, par suite, les fondements de la foi chrétienne ne sauraient, aux yeux de la raison, autoriser autre chose qu'un jugegement de probabilité ? Cela, Locke, pour être conséquent, le devrait dire ; je ne suis pas sûr qu'il l'eût seulement osé penser.

Parce que Jésus venait, entouré de tout l'éclat du merveilleux, mais d'un merveilleux que pénétrait la plus pure morale, dissiper Tignorance des hommes, les rappeler et à la foi en un Dieu unique et au respect du devoir ; parce que sa parole devait aller non âux doctes, non aux seuls esprits spéculatifs, mais à

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la multitude de ceux sur qui pèse le poids du jour, de ceux (jui réclament non des arguments, mais une autorité, non des controverses mais des directions, il fallait que renseignement ([uil allait répandre fût concis et clair, libre de complications doctrinales et par cela même d'autant plus vivant. C'est ainsi que Locke, poursuivant l'aaivre simplificatrice qui avait fait la gloire de Chillingworlh, mais s'eflTorçanl d'arriver à des précisions que le grand latitudinaire n'était point parvenu à fixer, institue sa théorie des articles fondamentaux et la resserre en deux points, dont l'un résume toute la théologie, l'autre toute la morale. Le premier qui, au vrai, pourrait suffire, car il emporte le second, est la foi au Messie. Il constitue, dans l'Evangile, la vérité culminante, celle que la prédication, tant du Sauveur que des apôtres, représente comme nécessaire et totale. « Qu'il était le ^Messie, fut la grande vérité dont il se mit en peine de convaincre ses disciples et ses apôtres, en leur apparaissant après sa résurrection, ainsi que l'on peut voir par Luc XXIY... Nous pouvons observer que la prédication des apôtres, partout dans les Actes, tendit à ce seul point : prouver que Jésus est le Messie... » De môme saint Jean ramène à ce point toute la foi. « Il connut qu'il n'était requis de croire à rien d'autre, pour atteindre la Vie, sinon que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. »

Locke prévoit l'objection qu'on lui fera, et qu'il accueille avec d'autant plus d'empressement qu'elle lui sera l'occasion de confirmer la tradition protes-

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tante et de dépouiller la foi de tous les élémentsadventices que l'arbitraire ecclésiastique ou scolastique y a trop souvent introduits.

On lui opposera donc que « croire seulement que Jésus de Nazareth est le Messie, c'est là une foi historique, non la foi justificative, la foi qui donne le salut. — « A quoi je réponds que je permets aux faiseurs de systèmes et à leurs partisans, d'inventer et employer telles distinctions qu'il leur plaît, d'appeler les choses de tels noms qu'ils jugent à propos. Mais je ne puis leur accorder, à eux ni à personne, l'autorité de faire une religion pour moi, ou d'altérer celle que Dieu a révélée... » Personne n'a le droit d'attendre de nous plus que Dieu n'a formellement exigé.

On lui opposera encore qu'une foi aussi rudimentaire est si peu suffisante pour le salut, que les démons eux-mêmes en sont capables, qu'ils la possèdent certainement. N'est-ce pas, en effet, saint Jacques qui nous dit: « Les diables croient et tremblent » ; pourtant ils ne seront pas sauvés ? — Mais Locke pare à cette dilïiculté nouvelle en posant le second point, celui-là même, disions-nous, où toute la morale est contenue : « oui, les diables croyaient, mais ils ne pouvaient être sauvés par le pacte de grâce, parce qu'ils n'accomplissaient pas l'autre condition qui y était requise, tout aussi nécessaire que celle de croire: et c'est le repentir... ». Que cette seconde condition renferme virtuellement la morale et qu'elle soit comprise elle-même dans l'acte de

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croire à Christ (acte incomplet, inellîcace clie/. les es|)rits inrernau:ic), l'analyse morale du repentir le montre amj)lement. « Le repentir est un vigoureux chagrin de nos méfaits j)assés et une sincère résolution, un sincère elToii de conrormer, de tout noire pouvoir, toutes nos actions à la loi de l)i<'u. l-lii sorte que le repentir ne consiste pas en un simple acte de chagrin, mais à l'aire les œuvres propres au repentir; il consiste en une sincère obéissance à la loi du (Christ, le reste de notre vie. «On doit donc conclure (jue : « ces i\cuK choses, foi et lepentir, c'est-à-dire cioire que Jésus est le Messie, et mener un vie juste sont les conditions du nouveau j)acte, que doivent respecter tous ceux (|ui veulent ohtenii- la vie éternelle. »

.lésus, enfin, a mis le sceau à son oeuvre d'initiation morale en faisant revivie dans là me humaine une croyance qui s'y était trop effacée et en la rendant visible par le miracle de sa propre résurrection : je veux dire la croyance en une vie future, dont la perspective s'offre ici-bas comme un stimulant à la vertu : « Avant le temps de noti-(î Sauveui', la doctrine d'un état futur, sans être lotalenu'nt cachée, n'était cependant pas clairement connue dans le monde. C'était une vue imparfaite de la raison, ou peut-être les restes vermoulus d'une tradition ancienne, qui semblait plutôt flotter sui- les imaginations des hommes, qu'elle ne plongeait j)r()f()ndémenl <lans leurs cœurs. C/clail (|u<'l<|ue chose, ils ne savaient pas (|U(u, entre Tèlre et lenon-ètre. Ils iniagi-

l^voN. — l'iiis(it:[i(iiii'iit f't religion. ii

naient que quelque chose en Ihomme pouvait échapper du tombeau ; mais une vie parfaite et complète d'éternelle durée, succédant à celle-ci, était chose qui n'entrait guère dans leurs pensées, et moins encore dans leurs persuasions. Et ils étaient si peu éclairés là-dessus, que nous ne voyons pas de nation au monde qui Tait publiquement professée, et qui ait édifié sur elle... » A Jésus il était réservé de faire à ce sujet la conviction ; ce devait être sa mission d'apprendre aux hommes que a s'ils vivaient bien icibas, ils seraient heureux après. Ils n'avaient qu'à ouvrir les yeux sur les joies sans fin, indicibles, d'une autre vie, pour que leurs cœurs trouvassent quelque chose de solide et de puissant pour les mouvoir )).

Et ainsi Locke aura bien rempli sa promesse. Il aura montré que la révélation chrétienne était, d'un bout à l'autre, en parfait accord avec la raison naturelle et que son but unique avait été de dissiper l'épais brouillard qui avait enveloppé cette dernière. La religion de Locke est une religion raisonnable, moralisatrice, mais clémente, accessible à tous et animée de pure bonté. « Dieu, du fond de l'infinité de sa clémence, s'est comporté avec l'homme comme un père compatissant et tendre. » La loi qu'il a dictée et que le Sauveur a fait renaître dans les cœurs, est celle-là même que la raison commande, mais il a pris, pour la promulguer, des voies simples, de manière à ne pas mettre trop à l'épreuve les intelligences etles volontés. « C'est ici une religion appropriée aux ca-

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