LOCKE APOLOGISTE DE LA TOLÉRWCL
pour le publier. La manière nièine dont il Téclita est d'ailleurs bien signilicative. Dès longtemps notre philosophe avait mûri ses Lettres dans son esprit ; elles avaient fonini un aliment, nous dit son savant biographe, ^L Campbell Fraser, à ses longues méditations (rOxford, et cela même avant qu'il se iïit associé à Shaftesbury dans sa lutte contre les ennemis de la liberté. La lettre avait été adressée à son ami, le hollandais Limborch. IClle portail, à la première page, ces indications mystérieuses : Epistola dé Tolerantia, ad Clarissimum Virwn T. A. R. P. T. O. L. A. scripta « P. A. P. O. I. 1. A, Le sens de la première série d'initiales était : Theolocjià' apud Remonstrantes Prof essor em, Tyrannidis Osorem, Limbiirgiiim,Ams:telodamenseme\.\di seconde : Paciscmiico, Persecutionis Osore, Joanne Lockio, Anglo \ Locke aurait désiré (|ue le secret, connu du seul Limborch, ne l'ùt point divulgué. Mais Limborch, en un moment de distraction, le laissa échapper, ce dont l'auteur lui garda longtemps rancune. Tant il y avait de témérité, en un tel pays et en un tel temps, à défier l'esprit de fanatisme et à mener, au mépris des violents, l'apostolat de la modération !... Sans doute, après Locke, les choses vont bien changer. L'irréligion et le libertinage, durant un demi-siècle, vont régner en Angleterre presque sans partage -.
1. Lettre sur la tolérance au très illustre professeur de théologie chez les Rémonstranls, ennemi de la tyrannie, Limborch d'Amsterdam ; écrite par l'ami de la paix, ennemi de la persécution, Jean Locke, anglais.
2. V. Elie Halévy, La naissance du méthodisme en Angleterre (Revue de Paris du i""" et du i3 août 1906). On lira avec intérêt, dans ces études
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Cette lignée sceptique ou athée, Fauteur de Rationalité l'eût désavouée avec tristesse. Locke fît acte de courage lorsqu'il réclama la liberté d'examen. Mais il ne crut }3as un instant avoir frayé la route à la liberté de scepticisme et de blasphème.
La loi de tolérance, que proclament les LettreSy n'est pas déduite par elles dans la totalité de ses conséquences; la portée en est restreinte aux choses religieuses. Cette application avait paru à Locke la plus impérieuse. Il avait trouvé, selon la juste remarque de M. Campbell Fraser, tous les partis, toutes les sectes et en premier lieu l'Eglise, disposés à la persécution; à la partialité de l'Etat les indépendants n'avaient su résister qu'en s'appuyant sur des principes étroits, tirés eux-mêmes d'intérêts sectaires. Il fallait s'élever plus haut, jusqu'à un principe vraiment général'. Locke le comprit et ainsi il légiféra non pour des chapelles ou pour des Eglises, mais pour Funiversalité elle-même de la religion.
Aussi bien la tolérance en matière religieuse est celle qui importe avant tout, celle qui entraîner» toutes les autres libertés intellectuelles et morales à sa suite. La raison en est que l'on a toujours vu les hommes enclins à persécuter en proportion de l'incertitude et de l'impénétrabilité des objets pour
très documentées, comment le lelàcliement du dogmatisme durant cette période provoqua la réaction puritaine qui devait prévaloir jusqu'à notre temps.
I. Locke, par Campbell Fraser, 1890. — >iOus devons beaucoup, dans toute celte exposition, à l'éminent éditeur de Berkeley.
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lesquels ils persécutent. Or, (|ii(>i de plus linpéuétrable, (|Uoi de plus incertain pour la pensée commune que la réalité ot les déterminations d'un au delà ? Le témoignage de l'histoire est constant et universel : le fanatisme meurtrier a toujours été déchaîné par l'esprit d'exclusivisme religieux. «Toute église, dira Voltaire, a voulu exterminer toute Eglise d'une opinion contraire à la sienne. Le sang a coulé longtemps pour des arguments théologiques et la tolérance seule a pu étancher le sang qui coulait d'un bout (le l'Europe à l'autre' ». Et, de nos jours, Renan avec son ordinaire douceur : « L'énergie de l'aflirmation est en raison inverse de la certitude. » On peut donc avancer que la cause de la tolérance, gagnée en matière théologique, devra, a fortiori^ triompher sur tous les autres domaines.
En passant de son enquête sur les sources de la connaissance à la détermination des données fondamentales de la religion, nous ne pouvions nous attendre que Locke eût changé de méthode. Qu'il s'agisse de credo ou qu'il s'agisse d'évidence, nul a priori ne saurait être pour lui de mise. Sa thèse de libéralisme religieux ne se réclamera donc pas de quelque axiome transcendant ou d'une pure abstraction, telle que le droit imprescriptible de la