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rencontrera de curieux amis de la toh-i ance : ce seront ceux qui cesseront tle prccher la paix et la charité, sitôt que l'autorité civile se montrera disposée à devenir leur auxiliaire. « Là où ils n'ont pas le pouvoir de mener la persécution et de devenir les maîtres, là ils désirent vivre en hons termes et prè- (dierla tolérance. <)uand ils ne sont pas appuvés |)ar le pouvoir séculier, alors ils savent supporter très patiemment, sans s'émouvoir, la contagion de l'idolâtrie, de la superstition et de Ihérésie dans leur voisinage; toutes choses pour lesquelles, en d'autres occasions, l'intérêt de la religion leur lait éprouver une appréhension extrême. » Ces malicieuses observations n'ontrien perdu de leur vérité.
Pour conclure, le devoir du magistrat est nettement tracé : le soin des Ames n'est absolument pas de son ressort. « Le souci de l'àmc de chacun n'appartient ([u'à lui-même... Personne ne peut être forcé à être riche ou bien portant. Dieu lui-même ne sauvera pas les hommes contre leur volonté... »
Le devoir de tolérance est-il illimité ? Locke n'est pas allé jusqu'à le prétendre. 11 a reconnu à cette obligation des bornes précises qu'il interdit au magistrat de laisser franchir. Cette limitation n'est pas étroite ; mais elle existe. 11 admet en eftet trois exceptions, que ne dicte nullement un dogmatisme
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préconçu mais qu'impose, estime-t-il, l'intérêt supérieur de l'État et de la Société. — En premier lieu, « nulles opinions contraires à la société ou à ces règles morales qu'exige le maintien de la société civile ne devront être tolérées par le magistrat. » Il se hâte d'ajouter qu'au reste les exemples de ces dernières sont rares, tant il est vrai qu'il n'excepte qu'à contre-cœur. — Deuxièmement, « une Eglise ne peut avoir nul droit à être tolérée par le magistrat, qui est établie sur un fondement tel que ceux qui y entreraient se mettraient ipso facto sous la protection et au service d'un autre prince. » Locke n'a pas oublié les enseignements fournis par les révolutions qui bouleversèrent son pays. — Enfin, « ceux-là ne peuvent pas être tolérés qui nient l'existence de Dieu ». Ainsi en décideront, comme l'on sait, J.-J. Rousseau et, à la suite de Robespierre, un peu intimidés par lui sans doute, les hommes de la Convention. En effet, si l'auteur du Contrat Social a exclu de sa Cité toute Religion d'Etat, par contre il maintenait un credo civil très étroit, très rigoureux dont le premier point est l'affirmation d'un Dieu Providence et la négation de cet article fondamental devait entraîner, pour qui la commettrait, la peine du bannissement. Quant à la Convention, elle ne se bornera pas à voter l'impression du rapport de Robespierre sur le culte de l'Etre suprême, rapport sentimental et mystique où la croyance obligatoire en Dieu est présentée comme la meilleure des sauvegardes contre l'intolérance religieuse : « Fanatiques, n'espérez rien
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de nous. Rappeler les hoimncs ;iu ciillc puiderEtie suprême, c'est porler un coup niorlel ;iu l'anatisnie ! » Elle fit mieux. Le i8 lloréal (an 11) elle vota un ■décret débutant ainsi : « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre suprême. » C'est ainsi qu'à la Religion d'l']tat le Déisme d'État aura succédé'.
Les raisons par lesquelles l'éloquent sociologue français et son redoutable disciple interdiront l'athéisme dans leurs Républiques respectives sont, à peu de chose près, celles-là mêmes que Locke avait <»vancées pour excepter du droit à la liberté d'opinion la négation de l'existence de Dieu. La j)lus importante est tirée du rôle social réservé à la croyance en une Divinité : « Promesses, contrais, serments, qui sont les liens de la Société humaine, ne peuvent avoir de prise sur l'athée... Rejeter Dieu, ne l'ùt-ce qu'en pensée, c'est tout dissoudre. » Ainsi s'exprime le philosophe anglais. Or, Rousseau ne dira guère autre chose, quand il parlera d'articles de foi qu'il appartient à l'autorité civile de fixer « non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilité », Lui aussi exigera un consentement du for intérieur : ^'ous êtes libre de ne pas y croire, interprète fort exactement M. Aulard; si vous n'y croyez pas, vous serez banni, non comme impie, mais comme insociable. — Locke s'appuie également sur cette considération que (|uiconque
I. V. Ernest Hamel, Histoire de Robespierre, t. III, I. XIV, § i^. — Aulnrd, llisloire polilique de la Révolution française, cli. ix, § 4 : /e culte de l'Etre suprême et Robespierre.
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répudie absolument toute religion ne peut se réclamer de la religion (comme lui-même avait l'ait au début de sa lettre) pour obtenir d'avoir part au privilège de la tolérance. Et de cet argument quelque peu dialectique le révolutionnaire français pourrait bien s'être inspiré quand il émettait cet apparent paradoxe que professer le théisme, c'est se mettre à Tabri de l'intolérance.
Ces trois exceptions sont les seules. Locke n'en admet point d'autres. Toutes les autres opinions, si sujettes à l'erreur qu'elles puissent être, dès là qu'elles ne visent point à établir la domination ou à doter l'Eglise qui les enseigne de l'impunité civile, il déclare formellementqu'elles doivent être tolérées.
En résumé, c'est bien la libre vie spirituelle, soustraite aux contraintes physiques et sociales, c'est l'émancipation de la pensée sous la plus haute de ses formes et nullement je ne sais quelle résignation nitéressée à supporter les dires et les pensers d'autrui, dont Locke s'est institué l'apologiste. Il ne consent pas que, pour adorer Dieu, personne impose tels ou tels rites ; il lui suffît que ce culte soit rendu en esprit et en vérité. S'il ne dépendait que de lui, il ferait en sorte que cette loi de mutuel respect fût inscrite dans tous les credo comme un article initial. Aussi, sur le point de clore cette lettre si belle, émet-il le vœu que « la loi de tolérance fût ainsi posée que toutes les Eglises seraient tenues d'établir la tolérance comme la base de leur propre liberté et d'enseigner que la liberté de conscience
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«Stic droit iialurel de tout lionimc « Le droit naturel ! IS'ulle part Locke n'en a dit aussi long et c'est ainsi que Télan de sa discussion a porté le scrupuleux analyste jusqu'à l'universel axiome que proclameront, en France, les métaphysiciens de la Déclaration des Droits !
Certes, après ce grand plaidoyer, la cause n'est pas épuisée. L'auteur de la lettre a laissé plus qu'à glaner à ses successeurs. Sa défense a des lacunes. En particulier, il est un argument qui, comme l'on dit, y brille par son absence : celui (jui naît de la faiblesse et de l'incertitude dos jugements humains; celui qui consisterait à nous rappeler à la modestie intellectuelle et que Voltaire, dans son Dictionnaire jj/ii/osophiquc, a présenté en des termes si émouvants : « nous devons nous tolérer mutuellement, parce que nous sommes tous faibles, inconséquents, sujets à la mutal»ilité, à l'erreur. Un roseau couché par le vent dans la fange dira-t-il au roseau voisin couché dans un sens contraire : « Rampe à ma façon, « misérable, ou je présenterai rec|uète pour qu'on « t'arrache et qu'on te brûle?... »
Il y a d'autres motifs intellectuels que le philosophe de VEs'^ai, ailleurs si attentif à délimiter le champ de la connaissance certaine, aurait pu invoquer encore. Ce champ, l'élite de l'humanité pensante s'efforce et de le fertiliser et de l'agrandir. Et tel est précisément le rôle de la science. Or la Science n'accomplit une tâche durable qu'à la condition d'être toujours prête à défier l'épreuve des
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discussions contradictoires, discussions que nul ])ouvoir au monde ne saurait trancher sinon celui de Févidence. Cela revient à dire que nulle énonciation ne saurait être proscrite, parce que ou bien elle est fondée et alors c'est une vérité que Ton condamne, ou bien elle est en partie fondée, en partie inexacte et alors ce que Ton prohibe c'est la possibilité de corriger des opinions reçues ; ou bien elle est fausse et alors ce dont on prive la vérité c'est le choc qui en rendra Téclat plus vif en même temps que l'obligation pour le vrai d'être toujours en état de faire sa preuve et d'attester sa vitalité. Ces motifs de proclamer la tolérance et le droit de libre examen, Locke a laissé au plus pénétrant logicien du xix'' siècle, à John Stuart Mill, l'honneur de les mettre en lumière'. D'ailleurs, pour l'un comme pour l'autre, combattre l'intolérance c'est empêcher que les vérités ne deviennent des lettres mortes, de vides formules qui se figent sur les lèvres et d'où la pensée mouvante s'est retirée. Tous deux se font les défenseurs de la libre activité de l'esprit, mais d'une activité séculière pour ]Mill, et pour Locke d'une activité encore toute religieuse.
Quelque inoubliables services que Locke ait
I. J. Stuart Mill, Liberty. On lira avec profit la discussion soutenue à l'occasion des arguments de Mill par Leslie Steplien, The EmjUsh Utl- Ularians, t. III, ch. iv, de qui nous nous inspirons, dans ce résumé.
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rendus èi la (miisc toujours nuMiacrt- de la liberté irexanien, iu)us ne voulons point les surfaire. Il n'a pas inventé la tolérance, Kn son j)ays même, il eut (les précurseurs, très persuasifs, très éloquents, à ((ui riiistoire n'a pas sulHsamment fait justice et ce nous est une occasion, à propos des Lettres sur la Tolérance^ de leur donner, si brève soit-elle, la réparation (|ue mérite la générosité de leurs âmes. Il v eut, au XVII'' siècle, en Angleterre, toute une succession d'orateurs théologiens, d'écrivains religieux, ([ui avaient conçu un Christianisme tellement élargi qu'il aurait [)u faire accueil même au credo rationaliste de la religion naturelle ; un Christianisme où la vie morale était tout, non la pratique extérieure, la confession et le rite: un Christianisme sobre d'exégèse, mais épris de grandes spéculations métaphysiques, toutes pénétrées de Tesprit ([ui anima le platonisme et plus encore TEcole d'Alexandrie ; un Christianisme ouvert, libéral, heureux (\o concilier, dans de larges synthèses philosophiques, les opinions réputées les plus exclusives et désireux d'unir dans la communauté d'un idéal moral identique les dogmatismes les plus discordants. D'oîi le nom (jui leur fut donné de latilti- (/inaires ou encore , en souvenir du fameux collège puritain d'Emmanuel oii nombre d'entre eux s'initièrent à l'idéalisme grec, les Platoniciens de Cambridge.
Les limites de notre étude ne nous permettent point de retracer, d'esquisser même les théories professées par les principaux d'entre eux. Les deux noms les plus considérables, celui de Ralph Cud-
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worth et celui de^Henry More ont été les moins inaperçus des historiens. Ils furent des fondateurs de systèmes, Gudworth principalement et, à ce titre, ils ne pouvaient laisser Thistoire des philosophies indifférente. Arrêtons-nous de préférence sur l'un des deux initiateurs de TEcole et, négligeant Stillingfleet, encore trop empêtré de théologie, préférons-lui Whichcote, en cjui respire le pur esprit de cette tolérance qui fit l'honneur de noslatitudinaires. Assurément il est un Chrétien ; il croit à la Révélation, au salut par la foi. Mais cette foi, il la comprend tout autrement que la plupart des théologiens. Il estime, comme l'a bien montré M. TuUoch, l'écrivain qui a mis en si belle lumière les talents de ces penseurs trop oubliés, oui, il estime que l'essence de cette foi est non une adhésion à d'abstraites formules, mais une direction morale. Il proclame que les lois morales ne tiennent point leur autorité dune arbitraire dictée divine ; mais bien qu'elles sont lois par elles-mêmes, qu'elles émanent de l'immuable raison et que la piété véritable consiste en une « universelle charité ». Etre religieux, c'est vivre de la vie morale. Tout le reste est de petite importance. Jamais effort plus vigoureux, plus sincère, n'a été accompli pour montrer dans la religion Tépanouissement de la philosophie, pour faire se joindre, se pénétrer dans la vérité agissante ces deux prétendues ennemies, que Victor Cousin au contraire appellera « les deux sœurs immortelles ». Aussi Whichcote sera-t-il conduit à faire de la religion non pas, comme