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l'on a autorité, qu'elle accroît l'adresse à gagner leur confiance, à emporter leur respect, à conquérir de l'ascendant sur leurs volontés; ot c'est là, réjiolenlils, un don de la nature ou un lulcnl (jui s'a((|iiiert à l'user. — Mais ce (|ue nos conlradicleurs oublient -c'est qu'à côté ou plutôt au-dessus de ce don et de ce talent il y a autre chose, savoir la réflexion sur la substance elle-inêine de l'enseignement que l'on donne, sur l'utililé (ju'il y a à le donner, sur l'esprit suivant lequel il doit être donné'. Cette réflexion directrice, la nature ne la lait point pour nous et la dextérité pratique, loin d'y suppléer, ne serait, à son défaut, qu'un assez vulgaire empirisme. Ce que l'on prétend tenir lieu de science éducative n'est qu'un
I . Et nous ne parlons pas ici (car ce serait sortir de notre sujet) de hi diversité des niétliodes suivant lesquelles l'enseignement a été autrefois, est aujourd'hui donné. Si biea doué que l'on soit parla nature et quelque ■larg-e expérience que l'on ait pu soi-même acquérir, on ne saurait sans une outrecuidance ridicule, avoir en matière d'éducation et d'instruction, tout su, tout inventé, tout deviné, de sorte que ni l'histoire des institutions éducatives, ni la relation des pratiques actuellement suivies ou des réformes récemment accomplies dans les Etats contemporains ne vous puisse mettre sur la voie d'aucune amélioration. Nous dirions volontiers, au contraire, qu'il y a une histoire, comme il y a une {jéog'raj>hie des systèmes éducatifs, l'une et l'autre singulièrement instructives pour un maître aimant sa mission. Sur une vaste étendue de ce double domaine, on peut très fructueusement consulter M. Ch.-\ . Langlois : La qucslion de l'Enseignement secondaire en France cl ù l'étranger (1900) et : La préparation professionnelle à l'Enseignement secondaire (1902). — Mais on comprendra que nous insistions sur ce point : qu'il y a une jihilosophie des questions éducatives. De cette philosophie, nombre des plus profonds ■ou des plus brillants penseurs, Socrate, Platon, les deux Bacon, Locke, Rousseau, Condillac, Fichte, Herbart, les deux Mill, Herbert Spencer, firent l'objet incessant de leurs méditations. Le problème que nous agitons daus cette étude relève, en toute évidence, de cette dernière juridiction.
mécanisme commode d'où la pensée coordinatrice est absente. Ce don, ce talent, que l'on dit suffire à tout, feront peut-être de très adroits orateurs d'écoliers, mais non des éveilleurs d'àmes, des guides intellectuels. Comment prétendraient-ils à conduire les autres, ces maîtres qui ne savent pas où ils vont et ne se sont jamais demandé où ils voulaient aller ? La pédagogie n'est donc pas l'art d'enseigner avec maestria n'importe quoi et de pétrir à sa guise les esprits qui vous sont confiés ; elle est avant tout une application personnelle à découvrir le meilleur, le "AXoq disait l'antiquité; elle est, de plus, un effort méthodique pour que, ce meilleur une fois conçu et déterminé, nos conseils, nos exhortations, nos préceptes concourent à lui attirer le plus possible le cœur et l'intelligence de l'enfant. Sans doute la conception de ce meilleitr pourra considérablement varier. Aussi y a-t-il eu dans l'histoire et existe-t-il encore des types d'éducations très divers. 11 en est de mystiques ; il en est d'intellectuels ; il en est de réalistes et de positifs. Entre toutes ces formes et, par conséquent, entre les principes qui les commandent, il faudra s'être prononcé, sous peine d'aller à la dérive et d'accomplir une œuvre d'incertitude et de confusion. Mais il ne suffirait pas d'être fixé sur ce point primordial. Il y a là une question de principe qu'il faut sans doute avoir tranchée une fois pour toutes et que le maître ne doit jamais, pour son compte, oublier, mais qu'enfin il serait fastidieux de remuer indéfiniment. Ce qui importe d'abord c'est que cette
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conviction morale, dès le tlébiit acquise, donne à tout le système éducatif son unité et sa cohésion ; qu'elle se fasse percevoir à travers tout un enseignement ; que jeunes gens et j)rofesseur en soient également pénétrés. Ce i|ui importe, en second lieu, c'est (jue Texcellente prati(|iie d'une réflexion en commun ne se limite pas à l'unité suprême de l'œuvre d'instruction ; c'est qu'elle se multiplie ; ((u'elle se renouvelle à propos des différentes sections de cette œuvre; qu'il soit constamment fait apj)el au bon sens, à la raison de l'écolier, aussitôt qu'il commence à penser par lui-même ; que l'explication lui soit fournie des programmes qu'il devra rempli»' ; qu'il aperçoive paurquoi on l'engage dans telles ou telles études souvent ardues où il fait ses premiers pas ; qu'il se rende compte que ce n'est ni par caprice ni par routine qu'on l'astreint à ce labeur, mais que la fin générale dont il a compris que la haute idée devait lui être, dans son cours d'études, comme une étoile polaire, commande les multiples tâches intellectuelles auxquelles il sera ou il est soumis. Parmi tant de belles leçons que Platon a prodiguées dans ses Lois^ il en est une dont l'application est remarquable à l'objet qui nous occupe. L'étranger Athénien, en qui nous reconnaissons l'interprète du philosophe, exprime le vœu que le législateur, avant d'édicter ses prescriptions impératives, en fasse, dans un préambule, comprendre le pourquoi et agréer l'intention par ceux auxquels il les impose : de la sorte il les aura dès l'abord gagnés à son des-
sein' et c'est spontanément qu'ils se décideront ensuite à l'obéissance. Nos éducateurs ne seraient-ils pas bien inspirés de mettre eux aussi en pratique cette saoe recommandation? Les «préambules» dont ils feraient usage, en des causeries familières exemptes de dogmatisme, convaincraient sans peine leurs jeunes interlocuteurs que le cycle des travaux scolaires n'a pas été tracé par une autorité despotique, mais bien par une volonté amie, éclairée, prévoyante. Ce n'est pas sans de bons motifs qu'on les initie à l'histoire naturelle, à l'arithmétique, à la géométrie, à l'algèbre ; qu'on les exerce à la grammaire ; qu'on leur enseigne l'histoire des hauts temps, les lettres anciennes et les littératures modernes, les éléments des beaux-arts. La raison des efforts si divers qu'on leur demande, sitôt que par une méditation loyale ils l'auront découverte, préviendra, de leur part, cette forme invincible de l'indocilité que Fou appelle l'inertie; elle préviendra, de la part des maîtres, l'étalage puéril et irritant d'une érudition oiseuse et, comme l'on dit d'un mot bien expressif, « les chinoiseries «. Tout le monde ne pourra qu'y gagner. « C'est une
I. « Les doubles lois dont nous parlons ne sont pas proprement deux choses, mais elles comprennent deux parties : la loi et le préambule de la loi. L'injonction autocratique qui a été comparée aux ordonnances des médecins, hommes que nous avons appelés illibéraux, était la loi pure et simple ; Ja partie qui précédait et que notre ami appelait persuasive, était bien réellement persuasive et avait toute la vertu du préambule usité dans les discours. C'est en effet pour créer le bon vouloir et par le bon vouloir la docilité à suivre la prescription qui est précisément la loi, chez celui à qui elle s'adresse, que le législateur emploie, dans son préambule, ce langage de persuasion. » (Lots, IV, '^22-773.)
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règle excellente, dit très justement M. Liivisse, de projeter une lumière sur la route de l'écolier, puis de l'arrêter de temps en temps j)oiir l'inviter à se retourner vers le chemin parcouru'. »
Ce n'est pas tout. Il est un ti'oisième ordre de sujets sur lescpiels doivent s'èti-e formées les convictions du maître et aiix(|uels la pensée de l'élève ne saurait, le voulùt-on, demeurer étrangère. Ces sujets ne rentrent pas expressément, il est vrai, dans les cadres des cours. Et cependant ils n'en peuvent ^'tre considérés comme absents. Ils y sont sans trêve intéressés d'une manière au nu)ins latente. Aux C[uestions multiples (prils soulèvent, des solutions générales sont sous-entendues qui inclineront dans tel ou tel sens l'action morale d'un enseignement. — Par exemple, l'idée de patrie ne fait nulle part, dans les programmes, la matière dune étude systématique. Cependant n'est-il j)as inévitable qu'en de fréquentes occasions, au moment le plus imprévu, pai rintermédiaired'un beau texte littéraire ancien ou moderne ou
I. Revue de Paris du i5 novembre 1902 : Souvenirs d'une éducation manquée. — Le conseil de M. La visse ne répond pas, il est vrai, de tout point, à notre desideratum. Comme lui nous jugeons désirables ces retours périodiques sur l'œuvre accomplie en commun. Mais nous tenons pour indispensables d'abord ces explications inaugurales qui rendront apparent le but vers lequel l'élève est dirigé. Que l'on nous permette d'invoquer notre propre expérience. Nous nous souvenons de notre désarroi lorsque, pour la première fois, au lycée, en classe de seconde, nous nous vîmes introduit dans l'étude de l'algèbre, sans un mot d'éclaircissement sur l'objet de cette science, sur le sens et l'utilité de ces abstractions d'abstractions. Un maître de grande autorité nous rappelait qu'il eut une surprise pareille, pendant les premières classes où la géométrie élémentaire lui fut enseignée.
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(l'une leçon d'histoire ou d'un aperçu philosophique^ la grande image de la patrie se dresse devant les esprits ? N'est-il pas constant, d'autre part, que cette image se prête à des réfractions bien décevantes ou bien dangereuses? Qu'il y a une bonne comme une mauvaise manière de comprendre et de pratiquer l'amour de la patrie ? Comment, dès lors, consentir que le maître ne se soit pas interrogé lui-même sur la nature, les exigences et les limites d'un tel culte ? Les discordes terribles qui troublent si profondément la société contemporaine — et nous ne parlons pas de notre pays seulement ; le monde actuel tout entier est comme affecté d'hyperesthésie patriotique — attestent assez les maux que peuvent soulever des contresens trop prolongés sur ce problème vitaP. — Autre exemple : la notion de progrès social ne constitue pas davantage un objet des cours scolaires. Et nous reconnaissons sans peine qu'elle comporte une extrême variété d'interprétations, dès que Ton aborde certains domaines où il n'est pas à souhaiter que des
I. De tels contresens ne sont pas seulement graves en eux-mêmes,, comme on a pu le voir dans la crise dite « nationaliste », que nous avons récemment traversée. Ils le sont davantage encore par le prétexte qu'ils ont pu offrir aux malfaisants négateurs de cette idée vénérable entre toutes, qui ue rougissent pas de s'appeler « antipatriotes », titre qui est à lui seul une injure au bon sens et un défi au devoir. — Nationalisme, antipatriotisme, ce sont là deux aberrations opposées, dont il faut bien avouer que la seconde est la plus condamnable, en ayant soin d'ajouter qu'elle tire le plus souvent de la première sa raison d'exister. L'une et l'autre ne sauraient résister à un loyal examen critique ; l'une et l'autre se dissiperont, ainsi que les sophismes dont elles s'escortent, devant la déduction historique et morale de la notion de patrie.
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intelligences novices s'aventurent avant l'heure, le domaine économique notamment. Et cependant, sur telle ou telle manifestation de ce progrès, il est inadmissible que le maître ilt-nicurc^ muet et manque de la sorte au meilleur de sa mission. Il serait grave que la noble idée de solidarité, pour ne citer ([U(> c(dle-là, n'obtînt de sa part que de la froideur.
Il serait grave, également, que le maître ne se fût jamais consulté sur la relation qui unit tout l'avenir du progrès humain à la possibilité d'une condition internationale de paix indéfinie, quelques obstacles que la situation politique du monde contemporain et surtout les servitudes historiques qui pèsent si lourdement sur les États modernes opposent à son avènement prochain. Il se peut que cet examen criti- (jue conduise un penseur sincère à se persuader qu'il se trouve en présence d'une utopie. Mais une telle utopie — à laquelle les diplomaties du monde civilisé ont rendu cà La Haye, sur l'initiative de l'autocrate du Nord, un solennel hommage — ne serat-elle pas traitée par lui avec un respect, mettons, si Ton préfère, avec un regret respectueux, qui déjà porterait en lui-même une leçon ? Une utopie, à force d'être vénérée, admirée, aimée, désirée, a plus d'une fois, dans l'histoire, cessé d'être l'irréalisable: ainsi la suppression de l'esclavage, ainsi la conquête morale des gentils par les apôtres du Christ'. — Que si une réflexion approfondie mène au contraire l'es-