‹ Enseignement et religionChapitre 40 sur 45 · I.K T.KVIVTIIAN F, T I. V l'VIV l'IlilT.TI F I.T.K · texte numérisé non relu

I.K T.KVIVTIIAN F, T I. V l'VIV l'IlilT.TI F I.T.K

personnes, (riisiirpalions violciiles on hypocrites plongeant dans l'insecurilé et l'alarme à peu pi'ès indistineternenl tons les nieniltres de ce (|ui Inl la Cité humaine. Le risfjKr : voilà le grand mol. Il rt-sunu^ toutes les frayeurs, toutes les pani(|ues, toutes les anxiétés; il signifie la peite irrémédiable de ce bien que Bentham plaçait avec raison parmi les motifs primoinliaux de 1 activité humaine, bien (pii seit à tous les antres de caution : la sécurité.

Ce ris([ue, notons le bien, n'exige pas, pour donner lieu à de légitimes incpiiétudes, ([u'une sorte d'unanimité à vouloir le mal et la lutte ni même qu'une majorité de volontés séditieuses le fassent courir. N'est-il pas de notoriété que quckpies brouillons suffisent j)our jeter le désarroi dans une assemblée paisible? Dans tel canton calme et tranquille, que la nouvelle se répande d'un forfait certainement exceptionnel, jusqu'ici sans exemple, et qu'en toutes vraisemblances ce coin de terre ne reverra pas. Toutes les âmes sont émues, indignées et effrayées. Il n'est pas un foyer oii ne Hotte le spectre du crime et chacun de se dire avec le poète : « ton bien est en péril, quand brûle la maison du voisin. » Que l'on juge, par ces exemples accidentels, de ce que serait l'état d'àme d'une collectivité humaine oîi toutes les garanties préventives ou répressives par lesquelles nos lois ont d'avance paralysé les vouloirs pervers seraient ou inconnues ou abrogées et osons prétendre que le tableau imaginé par Hobbes d'une humanité anté-sociale nous dépeint la vie primitive sous de trop noires couleurs !

Que disons-nous ? Il n'est pas besoin d'invoquer ces cas « cruciaux » pour démontrer que le risque dont nous parlons n'a rien de fictif. En un passage de son Léviathan, Hobbes fait remarquer avec autant d'esprit que de force comment, sous la savante armature de l'Etat policé moderne, se trahit quelque chose de la mutuelle défiance qui dut animer les cœurs pendant l'âge d'anarchie. « Il peut sembler étrange à qui n'a pas bien pesé ces choses que la nature ait pu dissocier à ce point les hommes et les rendre aptes à s'envahir et à se détruire les uns les autres. Peut-être désirera-t-il, comme il ne se fie pas à l'inférence que je tire des passions, que ce même point lui soit confirmé par l'expérience. Qu'il examine donc avec lui-même, alors qu'en voyage il emporte des armes, qu'il cherche à aller bien accoippagné ; quand, avant de se coucher, il verrouille ses portes ; quand, même chez lui, il ferme à double tour ses tiroirs et cela, alors qu'il sait qu'il y a des lois, des officiers publics armés pour châtier tous les attentats dont il serait victime : quelle est l'opinion qu'il se fait de ses compatriotes, quand il va en armes à cheval ; de ses concitoyens, quand il verrouille ses portes; de ses enfants et de ses domestiques, quand il ferme à clefs ses tiroirs. En celan'accuse-t-il pas l'humanité par ses actions autant que moi par mes paroles ? »

Ce n'est pas tout. De nos jours même, alors que tous les agrégats humains ont leur organisation civile, leurs constitutions et leurs codes, il est permis d'apercevoir l'image agrandie de cette condition

LE LÉVIATH.VN ET LA PAIX l>i;iU>É Tl ELLE '.>3l

iTiîséraljle et inccrlaiiu' oii dcvaieiil se liainor nos lointains ancc'trcs de la période anarelii(|ue. Au lieu de considéi'ei' les individus en leurs relations réciproques, élevons nos regards sur ees grandi's unités politiques, que Ton nomme les nations, dans leur mode d'agir les unes à Tég^ard des autres. Leur cocxistence que ne dominent ni des lois communes, ni une commune autorité, nous offre comme la j)rojection gigantesque de la juxtaposition première d'êtres humains ignorants de tout contrat politique, à peu près de même que, selon Platon, la Cité nous présente, en proportions démesurées, la structure exacte de l'àme individuelle. Royautés ou démocraties, les nations sont mutuellement sur le pied de guerre, quand bien même elles ne se trouveraient pas présentement aux prises. Le mauvais temps, observe Hobbes, ne signifie pas que l'orage est actuellement déchaîné, mais bien que l'état du ciel est une continuelle menace dorage. De même la condition internationale d'hostilité consiste moins en ce qu'à l'heure où nous parlons, les armées se livrent bataille, qu'^elle ne réside dans la perpétuelle possibilité d'usurpations ou de querelles qui auront des batailles pour dénouement. Or, depuis que Hobbes écrivit, peut-on dire que cette condition internationale de guerre — virtuelle, — guerre de tous les Etats contre tous les Etats, se soit améliorée ; (jue la condition de nature soit à la veille de prendre fin, entre les peuples s'entend?

N'est-ce pas l'humanité contemporaine que semblent viser ces lignes saisissantes : « Dans tous les

temps, des rois, des personnes ayant l'autorité souveraine, en raison de leur indépendance, sont dans des jalousies mutuelles, dans l'état et la posture de gladiateurs se portant. leurs .armes à la gorge et les yeux fixés dans les yeux; c'est-à-dire leurs forts, leurs garnisons, canons, sur les frontières de leurs royaumes ; leurs espions lancés continuellement chez leurs voisins; ce qui est une attitude de guerre (Lévlathan). » Cette description trop fidèle de la situation politique de l'Europe au xvii* siècle a-t-elle perdu, à l'aube du xx*, une parcelle de sa vérité?

Nous serions tentés de croire au contraire et il ne nous serait que trop aisé d'établir que l'exactitude s'en est, depuis un demi-siècle, tragiquement accrue- L'humanité présente vit sous le cauchemar du grand risque international. Il y a plus : cette condition générale de guerre virtuelle de tous contre tous entraîne quelque chose de plus douloureux, si possible, que la guerre effective : la résignation à des iniquités colossales, longs massacres de populations impuissantes à obtenir que l'on acquitte envers elles les stipulations du traité le plus solennel, suppression brutale pour une province des franchises et privilèges que depuis près d'un siècle ses souverains lui avaient successivement jurées ; invasion et progressif égorgement d'un petit peuple de héros. Les gouvernements, sinon les peuples, détournent leurs regards de ces défis à la conscience éternelle, car, si l'un d'eux s'aventurait, selon la mystique expression de Locke, à lancer « l'appel au ciel », c'est-à-dire une

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