PÉTRARQUE PAR MÉZIÈRES
L’histoire des littératures modernes n’ofïre guère de nom plus célèbre que celui de Pétrarque ; mais, sauf quelques idées très vagues sur des odes et des sonnets inspirés par l’amour platonique, on ignore à peu près complètement (je parle du commun des lettrés de la France) les œuvres de Pétrarque et la portée réelle des travaux qui remplirent sa vie. Les personnes aujourd’hui bien rares parmi nous qui vivent dans un commerce familier avec la langue et la poésie italiennes du quatorzième siècle, peuvent seules apprécier l’auteur du Canzoniere, qu’aucun commentaire, aucune traduction convenable n’ont encore introduit dans notre littérature, et qui n’est peut-être même pas traduisible en français. Quant à la vie de Pétrarque, elle a été l’objet de beaucoup de travaux, dont le plus considérable, sans contredit, est dû à un de nos compatriotes. Les Mémoires pour la vie de François Pétrarque (Amsterdam, 1764-67, 3 vol. in-4°), où l’abbé de Sade a recueilli (on n’ose dire résumé) les résultats de longues et intelligentes recherches, renferment peutêtre plus de découvertes proprement dites et d’éclaircissements définitifs que tous les autres essais biographiques sur Pétrarque pris ensemble. C’est encore à cet estimable ouvrage qu’il faut recourir aujourd’hui, en tenant compte des quelques corrections et additions qu’y ont faites les critiques italiens qui ont marché sur les traces de de Sade, et surtout Baldelli ( Del Petrarca, Florence, 1797 ; réédité en 1837 ; M. Mézières a tort d’écrire, p. 6, 1792-1837); on ne peut désirer davantage sur la vie si tourmentée du grand poète. Mais sur le poète lui-même, l’abbé de Sade, avec ses fades
i Extrait de la Revue Critique, 1868. — Pétrarque. Etude d’après de nouveaux documents, par A. Mézières, professeur de littérature étrangère à la faculté des lettres de Paris. In-8° XXXIX-435 pages. Paris, Didier, 1868. — Prix 7 fr. 50.
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et incomplètes traductions, est un très mauvais guide, et malgré la valeur relative des pages consacrées par Ginguené aux Rime de Pétrarque, son génie et son âme n’ont pas rencontré jusqu’ici dans la littérature française une appréciation satisfaisante.
Le travail entrepris par M. Mézières nous manquait donc absolument, comme une Vie de Pétrarque, digne du sujet, manque même à la littérature italienne, au témoignage d’une des meilleurs juges en cette matière (A. d’Ancona, Autobiografie, Florence, p. 12). Pour montrer l’opportunité de son entreprise, M. M. n’avait donc pas besoin de la justifier, dans Y Introduction et jusque sur le titre de ce livre, par la récente publication de cent soixante-dix-sept lettres inédites de Pétrarque. Nous rendrons ici même toute justice au beau et méritoire travail de M. Fracassetti, éditeur et traducteur italien des Epistolæ familiares et variœ de Pétrarque. Il n’en est pas moins vrai que M. M. lui doit seulement quelques traits accessoires, quelques détails précieux, par exemple l’histoire de la réconciliation si ingénieusement ménagée par le poète italien entre deux de ses amis (p. 194-196). Les lignes générales de son œuvre, les éléments essentiels de son appréciation morale et littéraire, auraient pu être exactement les mêmes sans le secours des volumes de M. Fracassetti. Je crois même qu’il a tort d’insinuer qu’un pareil secours manquait à l'abbé de Sade (p. v), qui avait soigneusement fait copier à peu près toutes les lettres familières de Pétrarque encore inédites de son temps et qui en fait un très fréquent usage.
Ce n’est donc pas par la révélation « de nouveaux documents » que l’étude de M. M. peut passer pour neuve ; mais elle l’est, ce qui vaut bien autant, par la révélation au public français de l’âme et de quelques parties du génie de Pétrarque. Grâce à l’agencement facile de son livre, aux citations encore trop peu nombreuses peut-être, mais toujours bien choisies, qu’il y a répandues, aux délicates analyses psychologiques qui en remplissent les meilleures pages, l’habile professeur aura mis en circulation parmi nous un Pétrarque encore incomplet, mais réel et vivant, au lieu du fantôme indécis que représentait au vulgaire ce nom éclatant. Nous n’aurons garde de reprocher à M. M. le parti qu’il a pris de ne pas faire une « biographie minutieuse » (p. vij). Un tel travail n’était pas le plus nécessaire, et, avec une existence aussi variée que celle de Pétrarque, il eut été très difficile à réaliser dans ces conditions de largeur et d’unité qui peuvent seules faire vivre une œuvre littéraire. Une étude morale se prêtait bien mieux à la révélation proprement dite d’un grand génie et d’une belle âme, et d’ailleurs convenait davantage au talent d’exposition et d’analyse dont M. M.
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a déjà donné des preuves dans ses livres et dans son enseignement. Mais l’auteur a cru pouvoir, sans briser les lignes de son étude psychologique, y dérouler tous les faits importants de la vie de son héros ; et c’est à quoi il n’a pas complètement réussi. A la vérité, rien d’essentiel n’est entièrement omis ; il y a même quelques remarques neuves sur deux ou trois points encore controversés, et nous sommes très porté à donner gain de cause au professeur français, à l’encontre du laborieux éditeur italien, sinon au sujet d’une sœur un peu problématique de Pétrarque (p. 148), au moins sur la mère du poète, dont on voudrait, en vertu d’un document encore inédit, changer l’âge et le nom (p. 13, 14). Mais l’histoire de Pétrarque, surtout à partir du milieu de sa vie, n’a pas, dans le livre de M. M., tout le relief désirable. Le récit court heureusement dans le premier chapitre, où la jeunesse de Pétrarque est aussi nettement retracée qu’elle pouvait l’être avec les documents connus. Les deux chapitres suivants donnent une idée très complète des relations de Pétrarque avec Laure, d’après les découvertes de l’abbé de Sade et les confidences toujours un peu mystérieuses du Canzoniere. La famille et les amis de Pétrarque sont suffisamment étudiées dans le quatrième chapitre, à la fin duquel nous le voyons mourir. Le fil historique si tôt brisé ne se renoue jamais solidement, et les faits sont dispersés et non coordonnés dans les chapitres, d’ailleurs remarquables, sur la politique de Pétrarque (V), ses rapports avec les souverains pontifes (VI), ses travaux pour la restauration des lettres (VII) et son caractère (VIII). Le charme d’une première lecture dérobe ce défaut, mais un examen un peu réfléchi le rend sensible. Pour ne citer qu’un exemple, il est peu d’événements plus importants dans la vie de Pétrarque que son couronnement au Capitole. Or ce fait est simplement indiqué par M. M. sans le moindre détail caractéristique, à sa vraie place, au moment décisif de la passion de Pétrarque pour Laure (p. 100). L’auteur revient sur le même fait, en y ajoutant toujours quelques circonstances, en quatre autres endroits de son livre au moins (p. 200, 226, 320, 380). Des indications si éloignées l’une de l’autre, sans récit proprement dit, ne peuvent guère fixer un lecteur qui n’aurait pas étudié la vie de Pétraque avant d’aborder le livre de M. Mézières.
Ce qui augmente l’embarras produit par cette dispersion et ce morcellement des faits, c’est le peu de souci que prend M. M. de marquer les dates, même des événements les plus considérables ; ainsi la révolution produite à Rome par Rienzi est retracée d’une façon intéressante (p. 229 et suiv.), mais sans aucune indication chronologique.
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Il ne faudrait pas exagérer la portée de ces remarques. Le cadre adopté par M. M. rendait à peu près impossible une narration un peu suivie, mais il avait le précieux avantage de se prêter aux développements psychologiques où se complaît et triomphe le talent d’analyse et d’exposition de l’auteur. Aussi n’est-il que juste d’apprécier surtout ce travail à ce point de vue, et dès lors nous n’avons guère qu’à y applaudir. L’introduction renferme déjà sur Pétrarque amoureux, ami, restaurateur des lettres, patriote, philosophe chrétien, les conclusions louangeuses que M. M. développe ensuite dans ses huit chapitres en les appuyant sur des faits plutôt indiqués que racontés. Sur tous ces points, M. M. pourra trouver des contradicteurs : Pétrarque a été accusé souvent d’être un parleur d’amour peu sincère, un flatteur des grands, un poète jaloux, reproches que son nouveau biographe repousse énergiquement. Pour nous, après de longues années d’études sur le gracieux poète, nous avons le plaisir de nous trouver d’accord à peu près en tout avec M. M., et nous croyons que sa sympathie extrême pour son héros ne l’a pas entraîné à commettre une seule injustice. Oui, les reproches adressés par des juges prévenus ou peu attentifs au plus aimable des poètes italiens, à un des hommes qui ont eu, vivants ou morts, le plus d’amis et d’admirateurs, s’effacent ou s’atténuent devant un examen impartial. Ce n’est pas à dire que cette belle âme n’eût son côté faible, son défaut originel qui en explique les longues hésitations, les contradictions fréquentes, les défaillances même. Richement doué des dons de l’esprit et des qualités du cœur, Pétrarque manquait de cette forte énergie volontaire qui fait seule l’unité parfaite et la rectitude inflexible de la vie. On s’en convainc dans le livre même de M. M., qui ne dissimule pas les torts graves de l’aveugle admirateur de Rienzi à l’égard des Colonna, ses bienfaiteurs, qui le compare quelque part à J. -J. Rousseau, qui signale plus d’une inconséquence et plus d’une faiblesse dans cette existence d’ailleurs si heureusement remplie. Mais ce trait aurait dû être plus nettement marqué dans les pages consacrées au caractère de Pétrarque, et M. M. n’aurait pas dû dire que la mobilité native du poète, et la prédominance, chez lui, de la fantaisie sur la raison avaient plus nui à sa poésie qu’à son caractère (p. xxxviij) ; il nous paraît que c’est précisément le contraire qui est la vérité.
Sauf ce point essentiel et divers détails de moindre portée sur lesquels il n’y a pas lieu d’appuyer dans une revue plus soucieuse des faits que des théories morales, le caractère de Pétrarque est soigneusement étudié et heureusement dessiné dans le livre de
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M. Mézières. Comme étude littéraire, ce livre laisse beaucoup plus à désirer. Et d’abord il ne donne presque jamais sur l’occasion, la date et le contenu des ouvrages de Pétrarque, ces indications précises sans lesquelles tout jugement manque de base. Ainsi rien n’est plus intéressant que les nombreux passages empruntés par M. M. au Secret de Pétrarque (De contemptu mundi libri III ) ; et nulle part il n’apprend à son lecteur ce qu’est cet ouvrage. Il a senti la nécessité d’ajouter une fois à son texte une note assez détaillée sur la composition et la destinée du poème latin intitulé Africa (p. 340 et suiv.) ; plusieurs autres œuvres latines de son auteur n’auraient-elles pas mérité la même attention? Nous reconnaissons d’ailleurs que le cadre adopté par M. M. ne pouvait admettre que des renseignements très succincts sur ces productions, relativement secondaires, du grand poète italien. Nous devons dire aussi que l’influence générale des œuvres latines de Pétrarque est bien appréciée dans le chapitre VII, où les efforts du studieux humaniste pour restaurer les lettres antiques sont exposés avec tous les développements désirables. Encore ici pourtant, des indications de faits plus précises n’auraient rien gâté : pourquoi ne pas citer, par exemple, parmi les découvertes littéraires de Pétrarque, les Institutions oratoires de Quintilien ?
Si Pétrarque latiniste est bien jugé par M. M., Pétrarque poète italien n’est pas abordé sérieusement dans tout son livre. Nous ne sommes pas exagéré partisan des jugements en histoire littéraire, mais il faut bien donner sur l’inspiration, la composition, le style et la langue du poète que l’on étudie les indications rigoureusement nécessaires pour le mettre à son rang. Il s’en faut qu’on soit édifié sur tous ces points après avoir lu ce volume. M. M. a bien essayé de montrer les origines littéraires de la poésie de Pétrarque : mais s’il a signalé judicieusement le caractère platonique de l’amour chanté par les premiers rimeurs italiens, il a eu tort d’étendre ce jugement à toute l’Italie, où une tendance opposée est représentée par Boccace, par Sacchetti, par d’autres encore, dès le quatorzième siècle, et aboutit, dans le quinzième, à Laurent de Médicis et à Politien1. Quant aux indications que l’ingénieux critique a essayé de donner sur les emprunts de Pétrarque aux troubadours, non seulement elles n’ont aucune signification précise, mais elles montrent peu de connaissance du sujet ; ce n’est pas
1 Nul n’a mieux montré la diversité de ces premiers courants poétiques dans le lyrisme italien que M. G. Carducci dans ses introductions aux poésies de Politien (1863) et de Cino de Pistoia (1862). M. M. s’est servi de ce dernier travail ; mais il pouvait en faire encore mieux son profit.
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sans un sentiment pénible que nous relèverons ici des emprunts faits avec d’inutiles et insuffisantes réserves au livre absolument décrié de Jean de Nostradamus 1 et que nous répéterons ce qui devrait être connu de tout français lettré, qu’il n’est plus permis de parler sérieusement des cours d’amour présidées par « une Ermengarde de Narbonne » ou une Eléonore de Poitiers (p. 18). M. M., qui a étudié l’influence de Pétrarque latiniste sur la Renaissance, ne devait-il pas, à plus forte raison, montrer l’action si décisive de ses rimes sur la poésie moderne ? Il y avait dans le Pétrarquisme en Italie (et même en Epagne et en France) un sujet d’étude assez piquant et assez instructif pour tenter un esprit habitué de longue main aux analyses et aux comparaisons littéraires et morales.
A la vérité, il fallait ici plus que ces heureuses habitudes ; il fallait une préparation spéciale, dont le défaut nous paraît évident chez M. Mézières. On ne doit pas lui faire un reproche d’avoir exclu de son livre tout appareil d’érudition, toute recherche critique ; mais puisqu’il a bien voulu citer quelquefois ses autorités, n’est-il pas permis de s’étonner qu’il renvoie à de Potter et à MM. Gidel, Baret, Bonifas ,etc. ? Il traduit d’ordinaire la poésie italienne avec élégance et fidélité ; mais s’il était vraiment familier avec elle, il n’aurait pas pris pour un sonnet une ballata (p. 37, note), encore bien que cette ballata soit de quatorze vers. Si la langue italienne elle-même lui était bien connue, il n’aurait pas écrit (p. XXXIV) ces mots : fuori i stranieri, en dépit de la grammaire et de l’usage qui exigent l’article gli. Enfin si son commerce avec les œuvres latines de Pétrarque n’était de date très récente, il n’aurait pas dit (p. 49) que la curieuse Epître à la postérité est en tête des Lettres familières de son auteur. Cette épître est réellement la première des Epistolæ seniles, recueil très différent des Lettres familières et qui leur est postérieur. Il est vrai que M. Fracassetti, publiant dernièrement celles-ci, les a fait précéder de cette intéressante autobiographie, que M. M. ne doit pas avoir lue ailleurs. — C’est mal juger Dante comme poète amoureux que de lui attribuer seulement un sentiment « abstrait » et « philosophique » (p. 142) ; il faut oublier les Rime de l’auteur de la Comédie pour ne pas reconnaître en lui plus de fraîcheur et de flamme qu’en Pétrarque même 2.
Ces remarques montrent assez que le volume de M. M. n’apportera pas un élément nouveau à la philologie et à la littérature
1 Voir Revue Critique , 1867, i, p. 171.
2 M. M. ne paraît pas non plus être bien au courant des derniers travaux en ce qui touche l’interprétation allégorique de la Divine Comédie ; voy. Revue Critique 1866, t. n, p. 380.
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italiennes ; mais elles ne lui enlèvent rien de son prix comme étude intime sur Pétrarque. Nous avons assez fait entendre que la manière de l’écrivain est heureusement appropriée à ses tendances, et que son style semble se prêter, mieux qu’à tout le reste, au développement des sentiments du cœur. Cependant plus de narration proprement dite, un détail plus précis et plus familier augmenteraient en beaucoup d’endroits l’intérêt de ces pages, en interrompant l’allure un peu monotone de la réflexion psychologique. Quelques répétitions peu nécessaires, un grand nombre de transitions trop communes et trop verbeuses, devraient disparaître çà et là. L’élocution, habituellement facile et brillante, pourrait être débarrassée de quelques négligences à certains endroits, d’un peu de recherche à certains autres : ainsi la description de la fontaine de Vaucluse (p. 79-82), l’un des morceaux les plus soignés et les mieux réussis du volume, offre pourtant, ou je me trompe fort, un peu de surcharge.
LA RENAISSANCE EN ITALIE AU XVe SIÈCLE
(Cours de 1881)
Programme et résumé du Cours de 1881 '
Le professeur, continuant l’histoire littéraire de la renaissance dans les nations romanes, aborde le quinzième siècle, mais sans quitter l’Italie. En ce siècle, la renaissance s’étend et triomphe dans toute la péninsule, non sans danger pour le génie national, méconnu par la superstition classique, et pour la civilisation chrétienne, menacée par le paganisme. Aussi, tout en glorifiant la prodigieuse activité intellectuelle qui signala les débuts de l’âge moderne, le professeur aura-t-il soin de noter à l’occasion ce qu’elle eut de faux, de dangereux ou d’excessif.
Après trois ou quatre leçons, surtout historiques, consacrées aux plus illustres Mécènes de l’Italie au quinzième siècle, comme le pape Nicolas V, le roi de Naples Alphonse le Magnanime et Cosme de Médicis, appelé Père de la patrie , la cour de Laurent le Magnifique, petit-fils de ce dernier, sera le centre naturel de toutes nos études littéraires. Laurent luimême est le premier des trois noms qui résument la poésie italienne d’alors. Nous ne le séparerons pas de son protégé Ange Politien, poète supérieur, mais qui puise absolument aux mêmes sources d’inspiration. Ainsi nous rapprocherons du drame pieux Jean et Paul le drame profane d’Orphée ; des Laudi et des Canti carnascialeschi, les Rispetti et les ballades, et des octaves narratives les Stances pour la Joûte (la Giostra ), poème mythologique inachevé, mais qui fait époque dans l’histoire de la poésie toscane.
Tous les genres poétiques cultivés alors en Italie sont déjà représentés par ces deux noms, excepté l’épopée romanesque, qui emprunte sa matière au moyen âge, mais qui est bien de la Renaissance par sa joyeuse inspiration, ses brillants caprices et sa forme élégante. Nous en étudierons les éléments surtout dans le Morgante maggiore de L. Pulci.
Ces trois poètes, sans être à beaucoup près aussi païens qu’on a voulu le dire, reflètent trop souvent dans leurs œuvres les libres tendances et les mœurs corrompues de leur temps ; ils représentent bien cette civilisation amollie que les Médicis se croyaient intéressés à favoriser à Horence, dès lors capitale de l’art italien. De là une réaction religieuse, qui se personnifie dans Savonarole, le grand prédicateur dominicain. —
1 Extr. du Bull, de l’Inst. 1881.
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La prose toscane dans sa pureté apparaît en même temps dans les traités didactiques de L.-B. Alberti.
La renaissance des études grecques et latines, qui tient une si grande place dans l’histoire littéraire du quinzième siècle, sera renvoyée au second semestre.