PROGRAMME
DES COURS DE 1893, 1894, 1895 et 1896.
Manzoni et la Renaissance littéraire du dix-neuvième siècle en Italie
Le passage pourra paraître brusque du quatorzième siècle au dixneuvième et du poète de la Divine Comédie à l’auteur des Fiancés. Mais, outre que les principaux jalons intermédiaires ont été l’objet de nos études dans les années précédentes, il faut bien reconnaître que, malgré les différences profondes des deux génies et des deux carrières, Manzoni n’est pas sans quelques ressemblances avec Dante. En tout cas, à l’heure qu’il est, il jouit, dans le public lettré et jusque dans les écoles de la Péninsule, d’une popularité qui n’a de rivale que la gloire toujours grandissante du vieux poète gibelin. L’intérêt qu’il peut offrir chez nous, c’est surtout de représenter excellemment le renouveau littéraire et religieux de son pays, qui se rattache d’une façon si intime au mouvement analogue de l’Europe et en particulier de la France au commencement de ce siècle.
Pour le bien montrer, le professeur essaiera d’abord de dégager de l’esprit et des événements de la période précédente les causes de cette révolution des idées, de la poésie et de l’art. Prenant ensuite Manzoni à ses débuts, il montrera les attaches du petit-fils de
Beccaria à cette école italienne qui suivait le drapeau de nos encyclopédistes. II l’accompagnera à Paris, dans le groupe de Cabanis et de Fauriel : autant dire, d’une part, le déclin de la philosophie du dix-huitième siècle ; de l’autre l’inauguration des études historiques du dix-neuvième. Il racontera surtout sa pleine conversion au catholicisme, dont le détail, révélé depuis peu, jette un jour inattendu sur certains côtés de la vie religieuse à Paris au sortir de la Révolution.
L’étude de ses œuvres poétiques amènera d’elle-même celle du renouvellement de la lyre et du drame à notre époque. Les Hymnes sacrés se placeront naturellement vis-à-vis des Méditations de Lamartine, et de même que la Lettre à Fauriel sur les unités ne perdra rien de sa valeur en face de la préface de Cromwell, les deux tragédies de Manzoni soutiendront assez bien, par le sens historique et dramatique, sinon par l’éclat de la poésie, la comparaison avec tout le théâtre de Victor Hugo.
Le beau roman des Fiancés et les essais historiques, philosophiques et philologiques de Manzoni suggèrent des rapprochements non moins instructifs, non moins piquants avec les diverses littératures contemporaines, à commencer par la nôtre ; mais il sera probablement impossible d’aborder dans ces deux mois cette partie du sujet, et il faudra, sans doute, renvoyer à l’année prochaine l’étude des œuvres en prose de Manzoni.
Manzoni, poète et théoricien dramatique ; Le romantisme au théâtre
(lS9'r)
Dans les conférences de l’an dernier, la monographie de Manzoni considéré comme le moteur principal de la Renaissance littéraire de l’Italie au dix-neuvième siècle est loin d’avoir été achevée. Après l’homme et le chrétien, le poète lyrique seul a pu être étudié. Restent le poète dramatique, le romancier, l’apologiste, le critique littéraire. Les conférences de cette année se borneront à « Manzoni poète et théoricien dramatique. »
Cette étude s’ouvrira naturellement par le tableau du théâtre sérieux en Italie et en France au début de ce siècle. Suivra l’analyse des deux tragédies de Manzoni, Adelghis et le comte de Carmagnole, où le professeur essaiera de montrer la part de l’innovation et celle de la tradition dans la composition et dans le style, et surtout de
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
faire ressortir les sentiments humains, patriotiques et religieux qui sont, ici encore, la vraie marque et le triomphe du poète milanais.
Avec encore plus de soin et d’insistance, il analysera et discutera la lettre de Manzoni à Chauvet sur les trois unités , qui constitue un des manifestes les plus célèbres du romantisme dramatique et qui, d’elle-même, se rapproche d’un autre manifeste plus bruyant, la préface de Cromwell.
Comme conclusion, le professeur tâchera de démêler, en les séparant des éléments faux et caducs, les conquêtes légitimes et durables de cette révolution dramatique qui promettait tant et qui est si loin d’avoir tenu ses promesses.
TU
« Les Fiancés » de Manzoni et le roman contemporain
Le professeur a commencé l’histoire de la Renaissance littéraire de l’Italie au dix-neuvième siècle, en s’attachant principalement à l’œuvre de Manzoni. Dans les cours des deux années précédentes, il a étudié Manzoni poète lyrique national et religieux, puis Manzoni auteur et théoricien dramatique, en le rapprochant de ses contemporains romantiques, italiens et français.
Reste son ouvrage le plus célèbre, les Fiancés, objet des cours publics de cette année. Après l’histoire et l’analyse de ce livre, le professeur essaiera d’en dégager les éléments essentiels, morale, art, histoire ; ce qui amènera, d’une part, la discussion des difficultés proposées par Manzoni lui-même contre le roman historique ; d’autre part, l’étude de l’évolution du roman, de la poésie à l’histoire, de l’histoire à la peinture des mœurs, et, comme conclusion, le tableau et l’appréciation sommaires de la littérature romanesque d’aujourd’hui chez les peuples du Midi et en France, non sans tenir compte de l'influence du roman anglais et du roman russe.
L idée religieuse dans la littérature italienne du XIXe siècle
En trois séries annuelles de cours publics, le professeur a étudié
LÉONCE COUTURE
Manzoni : 1° dans sa vie et dans son œuvre lyrique ; 2° comme auteur et théoricien dramatique ; 3° comme romancier ( les Fiancés). Sur ces trois chefs, ses développements, quoique étendus, n’ont pas dépassé les exigences du sujet, d’autant plus que Manzoni a toujours été présenté comme le centre de la Renaissance littéraire de l’Italie au dix-neuvième siècle, et que ce mouvement a été constamment rapproché du mouvement analogue de la littérature française.
Il reste à étudier Manzoni apologiste ; ce sera l’objet d’une leçon, au moins, consacrée à sa Défense de la morale catholique contre Sismondi. Mais, à partir de là, le professeur tâchera de retracer l’action de l’idée religieuse dans la culture intellectuelle de l’Italie contemporaine.
1° Il abordera avant tout l’école politique et littéraire du Conciliatore (un journal comparable à notre Globe), et s’attachera particulièrement à son représentant le plus populaire, Silvio Pellico ;
2° Dans la philosophie, il esquissera les portraits de ces deux grands rivaux, Gioberti et Rosmini, qui tous les deux se flattèrent de relier la métaphysique à l’Evangile et à l’Eglise ;
3° Il appuiera davantage sur l’histoire, qui a été si largement traitée et si profondément renouvelée au-delà des monts par des savants dont l’ambition était surtout de concilier le libéralisme politique avec le catholicisme : Carlo Troya, Carlo Balbo, César Cantù ;
4° Enfin, il reviendra sur la littérature d’imagination, où l’influence de Manzoni se fait sentir jusque chez les écrivains de notre temps, tels que le poète Zanella et le romancier Fogazzaro, malgré le progrès des tendances opposées : roman naturaliste, poésie du pessimisme athée. »