COLLECTION E. MÉRIMÉE
Une attention délicate d’un très savant et très sympathique professeur de la Faculté des lettres de Toulouse a mis dans mes mains toute une petite bibliothèque de classiques espagnols, qu’on me permettra bien de signaler ici, dans l’intérêt commun de l’enseignement : d’ailleurs les éditeurs littéraires de ces excellents petits livres appartiennent, on va le voir, à notre région, qui est bien de toutes les contrées de la France la plus intéressée à renouer ses antiques relations avec la péninsule voisine. Destinée à ce qu’on appelle Y enseignement moderne, la Collection E. Mérimée peut rendre les mêmes services à l’enseignement classique, partout où l’on aura la bonne pensée d’adjoindre l’étude de l’espagnol, au moins à titre de cours libre, à celle des autres langues vivantes. En tout cas, grâce à l’excellente direction donnée par M. Mérimée à ses correspondants et anciens élèves, on ne trouvera pas, en ce genre, une série de textes mieux triés, préparés, annotés et accompagnés de notices, analyses et autres secours utiles aux élèves et même aux maîtres, pour la parfaite intelligence de l’auteur et la formation progressive des jeunes hispanisants.
Voici l’énumération des volumes que j’ai sous les yeux : 1° Quintana, Vidas de los espaiïoles célébrés ; 2° Solis, Conquista de Mêjico. Ces deux classiques sont annotés avec le plus grand soin par une toulousaine dont la famille est originaire de Fleurance, Mme Lucie-Lary. Ils ne sont pas entiers ; mais les extraits, fort bien choisis, sont reliés par des analyses qui permettent d’en saisir tout l’ensemble, et il en est de même pour plusieurs des volumes suivants : 3° Mesonero, Escenas matritenses, par E. Morère, professeur au collège de Castres ; 4° Don Quijote, première partie,
l Extr. de la Rev. de Gasc., 1897.
LÉONCE COUTURE
par L. Dubois, professeur d’espagnol au lycée de Mont-de-Marsan, aujourd’hui au lycée de Toulouse. — Je passe aux textes poétiques : 5° Samaniego et Iriarte, Fabulas escogidas, par A. Rosiès, prof, au lycée d’Agen ; 6° Guillén de Castro, las Mocedades del Cid, par M. Lacroix, prof, au lycée de Foix ; 7° Lope de Vega, El nuevo mundo, par Ed. Barry, prof, au lycée de Tarbes ; 8° Alarcon, la Verdad sospechosa, par le même ; 9° Calderon, la Vida es siieiïo, par E. Morère ; 10° Romances choisies, par Jean Ducamin 1.
Si j’avais ici le droit de m’étendre, c’est sur ce dernier recueil que j’insisterais. Il est, par le fond, d’un intérêt historique et poétique spécial ; il offre, dans le détail, des difficultés très particulières de langue et d’interprétation. L’exécution m’en a paru, de plus, très réussie, et le jeune auteur a fourni de son fond une préface bibliographique et littéraire, une série d’observations grammaticales et un lexique spécial, qui témoignent d’autant de compétence que de travail. Je ne me priverai pas d’ajouter que M. J. Ducamin est un de mes compatriotes du Bas-Armagnac et que j’ai lu, de lui, dans les Annales du Midi, une excellente contribution à l’étude du parler de cette région, sur une question, il est vrai, très particulière, Yn gutturale, étudiée précisément dans la commune de Lanne- Soubiran 2.
1 Extr. de la Rev. de Gasc., février 1902.
2 Voir pag. 887 deux autres publications de M. Ducamin (1901).
Depuis lors M. J. Ducamin a publié (1908) sous le titre Disciplines de Clerçjie et de Moralités un manuscrit, en gascon girondin, découvert par lui à la Bibliothèque Nationale de Madrid, qu’il a fait suivre d’une étude remarquable, peutêtre définitive, sur la difficile question de la conjugaison gasconne : « livre que je laisse incomplet, ajoute-t-il lui-même dans la préface, parce que Dieu m’a fait la grâce de m’appeler à d’autres travaux, et que, lorsque Dieu appelle, il est bon de poser le plus vite possible ce qu’on avait dans les mains et d’accourir statim relictis retibus ». L’agrégé de l’Université est aujourd’hui trappiste à Sainte-Marie du Désert.