TEXTES ANCIENS
L’Araucana, poème épique par D. Alonso de Ercilla y Zuniga. Morceaux choisis précédés... par Jean Ducanin. Paris, Garnier frères 1900, in- 12 de XC-343 pages, avec portrait et carte géographique2 — Juan Ruiz, arcipreste de Hita. Libro de buen amor, texte du XIV* siècle publié pour la première fois avec les leçons des trois manuscrits connus par Jean Ducamin, agrégé de l’Université. Toulouse, Ed. Privât, 1901, p. in-8° de LVI-344 p. 3.
La Revue de Gascogne a l’air de sortir de son domaine en signalant deux publications qui intéressent la littérature espagnole. Mais il n’en est rien. Outre qu’elle suit dans une région voisine les études romanes qui l’intéressent si vivement elle signale — non pas pour la première fois — un jeune professeur gascon qui s’est assuré déjà une place distinguée parmi les romanistes. Les morceaux choisis de Y Araucana ne sont qu’un livre classique destiné surtout, comme les autres volumes de la collection Mérimée, à l’étude de l’espagnol dans l’enseignement moderne. Ce n’est donc ni une édition complète du poème d’Ercilla ni un texte critiquement établi. Ce n’en est pas moins une contribution importante à la biographie du poète et surtout à la correction et à l’interprétation de son œuvre. L’introduction fournit des renseignements nouveaux et de sûres précisions pour la biographie et, dans une étude littéraire étendue, les éléments d’une caractéristique, également neuve et documentée, de la valeur philosophique morale et littéraire d’un poème épique trop longtemps peu étudié. Il faut recommander surtout le portrait très vivant et très fouillé d’Ercilla « type de l’honnête homme espagnol au seizième siècle tel que nous le retrouvons encore dans Cervantès : chevaleresque, sans don-Quichot-
1 Extr. de la Rev. de Gcisc., février 1902.
2 Collection publiée sous la direction de M. E. Mérimée, professeur à l’Université de Toulouse. Voy. R. de G. de 1897, p. 580, et dans ce volume page 885.
3 Voir le numéro de décembre de 1901 de la Revue de Gascogne, p. 551, note. — Cette note annonçait l’article bibliographique de Léonce Couture,
LÉONCE COUTURE
tisme, pieux sans excès et sans fanatisme ; obstinément dévoué à son roi » ; et le jugement sur son œuvre, inégale sans doute, mais pleine de grandeur d’âme et d’énergie et propre à former, même aujourd’hui aux vraies vertus sociales. Dans son travail d’éditeur, M. Ducamin a surtout fait œuvre de grammairien et de prosodiste critique, et cela, non seulement dans les courtes notes placées audessous du texte, mais encore et surtout dans une soixantaine de pages de remarques de grammaire et de versification où sont groupées les notions les plus sûres et les plus précises sur la langue et la métrique d’un texte qui s’éloigne bien souvent de l’usage actuel. Il faut louer au même titre et aussi au point de vue de l’interprétation historique le lexique des mots difficiles et celui des noms propres qui termine, avec la carte d’une partie du Chili cette édition classique, très supérieure en mérite à la plupart des livres de ce genre.
Ce qu’elle promettait est tenu et dépassé dans l’autre volume annoncé au début de cette note. Il s’agit, en effet, cette fois : 1° d’un texte beaucoup plus difficile, d’une œuvre contemporaine de la Divine Comédie et qui mérite à plusieurs égards d’en être rapprochée ; et 2° d’un texte qu’il fallait établir dans toute la rigueur de la méthode critique. Comment M. Ducamin s’est acquitté de sa tâche paléographique, je ne me charge pas de le dire exactement ; je ne rougis pas même de m’avouer juge très incompétent dans la cause ; mais je ne crains pas de garantir la conscience et la sûreté dont témoigne cet effrayant travail. D’ailleurs, des juges mieux préparés que moi y ont passé et leur suffrage est au-dessus de toute contestation. Il faut ajouter que l’édition, ornée de facsimilés, chargée de variantes, agrémentée presque à chaque vers de caractères fondus exprès et de signes abréviatifs *, ne s’adresse qu’aux plus sérieux connaisseurs de philologie espagnole ; mais elle annonce et fait espérer aux simples amateurs une édition critique couramment lisible, sans compter peut-être un travail de vraie vulgarisation et une traduction française. En attendant notre habile romaniste, dépassant de beaucoup la portée de son œuvre de début sur le parler de Lanne-Soubiran (Gers) qui n’a pas encore paru, vient d’attacher son nom et d’une façon définitive, à une œuvre capitale de la vieille poésie espagnole, très imparfaitement connue et très mal publiée jusqu’ici.
1 II est juste, au sujet de l’exécution délicate d’un pareil travail, de faire une large part d’éloge aux ouvriers de l’imprimerie Edouard Privât ; c’est donc en toute justice que leurs noms ont été publiés à la fin du volume, à la suite de Yachevé d’imprimer.